LIVRE VIL
El hasardant l'essor de leurs plumes nouvelles,
De leur terre natale ils i'uiroul le séjour,
Et d'un nuage immense iront noircir le jour.
Au cèdre aérien, aux rochers solitaires.
L'aigle altier , la cigogne ont suspendu leurs aires.
Les uns voyagent seuls dans les chanijis de l'éther ;
Les autres, pressentant l'approche de l'hiver.
En triangles ailés , caravane annuelle ,
Se prêtent, en voguant, leur force mutuelle;
Ils traversent les mers, ils franchissent les monts :
Telle , ombrageant les cieux de ses noirs escadrons ,
La grue agile part , vole avec les nuages ,
El s'abat à grand bruit sur de lointains rivages.
Cependant, tout le jour, un peuple d'oiselets.
De rameaux en rameaux volant dans les bosquets,
Charme leur doux silence, et sous le vert feuillage
Fait ouïr ses concerts et briller son plumage.
Ses chants ont-ils cessé ? dans les bois ténébreux
Philomèle reprend ses refrains douloureux :
Elle chante; et, sensible à sa voix douce et tendre.
L'astre brillant des nuits s'arrête pour l'entendre.
« L'onde à son tour reçoit les germes créateurs : Tous les flols sont peuplés d'oiseaux navigateurs; Dans les lacs azurés , dans les ruisseaux Ihnpides , Ils baignent le duvet de leurs gorges humides. A leur tête le cygne, au plumage d'argent, Courbe son col en arc, s'applaudit en nageant, Et déploie, au milieu des ondes paternelles, Les rames de ses pieds , les voiles de ses ailes ; Tantôt il prend l'essor, et vers l'astre du join- S'élance, dédaigneux de l'humide séjour.
«D'autres, sans s'élever à la voûte céleste. Préfèrent sur la terre uu destin plus modeste : Au milieu d'eux le coq, d'un air de majesté, Marche, sûr de sa force et fier de sa beauté; Superbe, le front haut, en triomphe il étale Son panache flottant , son aigrette royale; Son plmnage doré descend eu longs cheveux ;
*ïo Thcir callow young; but feather'd soou and fledge, They summ'd thcir pens; and, soaring the' air sublime, With clang dcspis'd the ground, under a cloud In prospect; there the eagle and the stork Ou clifl's and cedar tops their eyries build ; Part loosely wing the region, part more wise In common, rang'd in figure, wedge their way, lutelligent of seasons, and set forth Their aery caravan, high over seas Flying, and over lands, with mutual wing
«3o Easing their flight; so steers the prudent crane Her annual voyage, borne on winds; the air Floats as they pass, fann'd with unnumber'd plumes; From branch to branch the smaller birds with song Solac'd the woods, and spread their painted wings Till even; nor then the solemn nightingale Ceas'd warbling, but all night tun'd her soft lays : Others, on silver lakes and rivers, bath'd Their downy breast; the swan with arched neck Between her white wings mantling proudly, rows
• 40 Her state with oary feet. Yet oft they quit The dauk, and, rising on stiff pennons, tower
L'orgueil est dans son port , l'éclair est dans ses yeux;
Sa voix est un clairon ; son organe sonore
Marque l'heure des nuits, et réveille l'Aurore;
crest le chant du matin, c'est l'annonce du jour.
L'accent de la victoire , et le cri de l'amour ;
Lui seul réunit tout, force, beauté, courage.
De la création le plus brillant ouvrage,
Après lui vient le paon, de lui-même ébloui ;
Son plumage superbe, en cercle épanoui.
Déploie avec orgueil la pompe de sa roue :
Iris s'y rétléchit, la lumière s'y joue;
Il semble réunir dans son arc radieux
Et les fleurs de la terre, et les astres des cieux.
« Tout vit au sein des eaux , tout vit sur le rivage : L'un montre son écaille, et l'autre son plumage. Enfui le soir arrive, et la nuit à son tour Vient finir à regret cet admirable jour.
« Le sixième finit ce magnifique ouvrage ; Le soir et le matin lui rendirent hommage ; Et des harpes, des chants les sons mélodiiux Ajoutèrent encore aux délices des cieux. Le Créateur poursuit : « Terre fertile, enfante ! » Il dit : la terre entend sa voix toute puissante. Aussitôt de son sein les êtres animés Comme d'un long sommeil s'élancent tout formés. La terre s'organise, et la poudre est féconde. Les antres caverneux et la forêt profonde Ont chacun leurs enfants, chacun leurs nourrissons : Ils sortent des taillis, s'élancent des buissons. Les troupeaux en famille inondent la prairie, Errent au bord des eaux , paissent l'herbe fleurie. L'un vit seul; celui-ci, moins sauvage en ses mœurs, De la société veut goûter les douceurs. Chaque instant donne au monde une race naissante , Chaque sol est fécond, et chaque glèbe enfante. LyiLx, tigre, léopard, de taches parsemés, Daus leurs berceaux poudreux déjà sont animés. Cherchant enfin le jour, la taupe souterraine
The mid aerial sky.
Others on ground Walk'd firm; the crested cock whose clarion sounds The silent hours, and the' other whose gay train Adorns him, colour'd with the florid hue Of rainbows and starry eyes.
The waters thus With fish replenish'd , and the air with fowl , Evening and morn solemniz'd the fifth day. « The sixth, and of creation last, arose
i'-'° With evening harps and matin; when God said: ' Let the' earth bring forth soul living in her kind, Cattle, and creeping things, and beast of the earth. Each in their kind. ' The earth obcy'd, and straight Opening her fertile womb, tecm'd at a birth Innumerous living creatures, perfect forms, Liiub'd and full grown : out of the ground up rose, As from his lair, the wild beast where he woas In forest wild, in thicket, brake, or den; Among the trees in pairs they rose, they walk'd .
<^'^ The cattle in the fields and meadows green : Those rare and solitary, these in flocks
PARADIS PERDU
Aulonr d'elle en monceaux a rejelé l'arène.
Le lion monire aux yeux la moitié de son corps ;
Le resie pour sortir teule de longs elïorts,
Et cherchant à Iniser la prison qui l'enserre,
De sa griiïe tranchanle il déchire la terre.
Enfin, tel qu'un captif échappé de ses fers.
Il s'élance, il s'enfuit dans le fond des déserts,
Et secoue en grondant sa crinière ondoyante.
Le daim hondit et part ; de sa forêt naissante.
Le cerf aux pieds légers étale les rameaux ;
Tandis que le plus lourd de tous les animaux.
Le difforme éléphant, de sa terre natale
Dégage pesamment sa masse colossale.
Comme l her!)e des chanqis, d'innomhrahlcs troupeaux
Ont couvert les vallons, ont peuplé les coteaux.
De leurs molles toisons les hrehis se vêtissent :
De leurs longs bêlements les plaines retentissent ,
Le chevreau vagabond suit son goût inconstant.
De son double séjour étpiivoque habitant ,
Le crocodile sort de l'arène féconde,
Et balance indécis entre la terre et l'onde.
« Par un art plus savant et plus prodigue encor. De la création épuisant le trésor.
Déjà de tous côtés nait, pullule et fourmille Des insectes, des vers liniiombrable famille : Les uns, de l'œuf natal à peine épanouis, Déjà d un vol léger se sont évanouis.
Dieu lui-même forma de la plus molle argile Leurs membre» délicats et leur tissu fragile : On croit voir du printemps s'assortir les couleurs, Se nuancer l'iris, et voltiger des fleurs. D'autres naquirent nus, et sur la douce arène En replis torlueux cheminent avec peine. Tandis ijue sont éclos ces vermisseaux rampants, De terribles dragons, de monstrueux serpents, Yonl roulant, déroulant leur croupe tortueuse,
Pasturing at once, and in broad herds upsprimg. The grassy clods now calv'd; now half appear'd The tawny lion , pawing to get free His hinder parts, then springs as broke from bonds And rampant shakes his briuded mane; the ounce, The libbard , and the tiger, as the mole Rising, the crumbled earth above them threw In hillocks : the swift stag from under ground
470 Bore up his branching head: scarce from his mould Behemoth , biggest born of earth , upheav'd His vastness : fleec'd the flocks and bleating, rose As plants : ambiguous between sea and land The river-horse, and scaly crocodile.
te At once came forth whatever creeps the ground , Insect or worm : those wav'd their limber fans For wings, and smallest lineaments exact In all the liveries deck'd of summer's pride. With spots of gold and purple, azure' and green:
480 These, as a line, their long dimension drew. Streaking the ground with sinuous trace; not all Minims of nature; sotne of serpent-kind. Wondrous in length and corpulence, iuvolv'd Their snaky folds, and added wings.
First crept The parsimonious emmet, provident
On s'élancent dans l'air d'une aile impétueuse.
« Pourrai-je l'oublier, ô modeste animal. Content d'un antre obscur et d'un repas frugal , Qui dans un foible corps caches un grand courage, Toi, d'un éiat heureux la plus parfaite image. Chez qui l'autorité, partagée entre nous, Picnd les droits plus égaux, et le pouvoir plus doux; Et qui peut-être un jour aux nations humaines Seras l'exemple heureux des mœurs républicaines .•• Des abeilles bientôt on vit naître l'essaim , Peuple heureux, dont la ville enferme dans son sein El ses ruisseaux de miel et ses palais de cire; Tandis que, par son luxe appauvrissant l'empire, Le frelon fainéant vil des travaux d'autrui. Et s'engraisse d'un suc qui n'éloil pas pour lui.
« Mais pounpioi m'égarer dans ce détail immense.!' Tous sonl nés tes sujets : loi-même, à leur naissance. Tu leur donnas des noms, observas leurs humeurs. Le serpent à tes yeux n'a point caché ses mœurs: De tous les animaux le plus rusé peul-ètre. Quelquefois il s'irrite, il menace sou maître, Agite sa paupière, et roule im œil ardent; Mais bientôt, plus paisible, ou du moins plus prudent, Il se calme , et répond à la voix qui l'appelle. Ne deviens point ingrat, il te sera Adèle.
« Le jour brilloit encor; dans toute leur splendeur, Les cienx de l'Éternel proclamoienl la grandeur ; Tous les globes, ouvrant leur carrière naissante, Suivoient du grand moteur l'impression puissante : La terre en souriant admiroit sa beauté ; Le monde s'étonnoil de sa fécoudilé ; Les airs , les eaux , les champs , les monts étoienl ferliles ; Quadrupèdes, oiseaux, et poissons et reptiles, Nageoient, marchoient , ranipoient, ou prenoienl leur IMais cet ouvrage immense est imparfait encor: [essor. Un être lui manquoit, dont la face divine
Of future; in small room large heart enclos'd; Pattern of just equality perhaps Hereafter, join'd in her popular tribes Of commonalty ; swarming next ajjpcar'd
490 The female bee, that feeds her husband-drone Deliciously, and builds her waxen cells With honey stor'd.
The rest are numberless.
And thou their natures know'st, and gav'st them names IVeedicss to thee repeated; nor unknown The serpent, subtlest beast of all the field, Of huge extent sometimes , with brazen eyes And hairy mane terrific, though to thee Not noxious, but obedient at thy call.
« Now heaven in all glory shone, and roll'd
ftoo Her motions, as the great first Mover's hand
First wheel'd their course: earth, in her rich attire
Consummate, lovely sniil'd; air, water, earth.
By fowl, fish, beast, was flown, was swum, was walk'd
Frequent; and of the sixth day yet remain'd :
There wanted yet the master-work, the end
Of all yet done ; a creature , who not prone
And brute as other creatures, but endued
With sanctity of reason, might, erect
His stature and upright, with front serene