LIVRE VII
De leur sol paternel baisent les l)ords poudreux ; Enfin , se grossissant de sources vagabondes , Dans l'abîme grondant amoncellent leurs ondes. Dieu voit l'amas des eaux, et le nomme les nurs. «Maintenant sur la terre offrez vos tapis verts, Riants gazons, dil-il; paroissez, frais ombrages; Arbres, donnez vos fruits, déployez vos feuillages. Déjà les cbamps fécond* vous portent dans leur sein : Vivez, et monlrez-vous. » Il commande, et soudain La terre, qui d'abord, sombre, informe et hideuse, Dccouvroil Irislement sa nudilé honteuse, Prend sa robe de fête, et de riants gazons Ont tapissé la plaine, oui habillé les monis ; Dans les champs parfumés le jeune arbuste étale De son luxe naissant la pompe végétale; Et, déployant sa lige, et sa feuille, el ses fleurs, De nuance en nuance assortit ses couleurs. Le lierre étend ses bras; la vigne qui serpente Monti-e ses fruils de pourpre, el sa vrille grimpante. L'épi doré rangea ses nombreux balaillons; Les buissons hérissés s'armèrent d'aiguillons; L'humble ronce embrassa les rochers dfs collines; L'arbre leva sa lèle et cacha ses racines, Forma de frais abris de ses bras complaisants. Et donna lour-à-lour ou promit ses présents ; Il borda les ruisseaux , couronna les monlagues , Et fut et le trésor et l'honneur des campagnes. La terre ainsi devint une image des deux, Et le séjour de l'homme eût fait envie aux dieux. Mais nulle ondée encor ne toniboit de la nue: La terre inculte encore ignoroil la charrue : Seulement des vapeurs la douce exhalaison
Rafraîchissoil la plante, humecloil le gazon, El les germes cachés de la jeune verdure Qn'avoit déjà créés l'Auteur de la nature. Il vit, il approuva ces prodiges nouveaux. Et le troisième jour admira ses travaux.
« Le suivant le revit : « Allez, astres sans nombre, Reprit-il, et du jour dislinguez la nuit sombre; Eclairez l'univers de vos feux bienfaisants, Et ramenez les jours, les saisons et les ans. »
<< Il commande, ils sont nés : à la céleste voûte Deux astres suspendus ouvrent déjà leur route; Le plus grand luit le jom-, et le moindre la nnil; Un corlége brillant en triomphe les suit. D'innombrables flambeaux, qu'il nomme les étoiles. De la nuit élonnée ont parsemé les voiles ; Et se cachant aux yeux, se monirant tour-à-tour, Séparent les confins de la nuit et du jour. Dieu les vit , applaudit à leu.- magnificence. Eh! qui l'honoroil mieux que ce soleil immense Qui , créé pour briller , niais encor ténébreux , Surpasse de bien loin Ions les orbes des cieux; Et la lune, et les feux qu'aux champs de la lumière L'Eternel a semés ainsi que la poussière. Inégaux de beauté, d'éclat et de grandeur? Enfin, de l'orient qui cachoil sa splendeur, La lumière s'élance; elle abreuve, elle inonde j D'un torrent de clarté le grand astre du monde, t Dont la masse solide et le lissu poreux ! Sont fails pour recevoir et retenir ses feux.
Là, comme en son palais, habile la lumière; 1 C'est son temple sacré, c'est sa source première: i Là, ses brillants sujets, avec leurs urnes d'or.
Stream, and perpetual draw their huitiid train.
The dry land, earth; and the great receptacle
Of congregated waters, he call'd seas :
— And saw that it was good : and said, ' Let the earth
^'o Put forth the verdant grass, herb yielding seed. And fruit-tree yielding fruit after her kind. Whose seed is in herself upon the eai-th.' He scarce had said, wlien the bare earth' (till then Desert and bare, unsightly, unadorn'd,) Brought forth the tender grass, whose verdure clad Her universal face with pleasant green; Then herbs of every leaf, that sudden flowcr'd Opening their various colours, and made gay Her bosom, smelling sweet: and, these scarce blown,
3m Forth flourish'd thick the clustering vine, forth crept The swelling gourd, up stood the corny reed Embattled in her field, and the' bumble shrub, And bush with frizzled hair implicit : last Rose, as in dance, the stately trees, and spread Their branches hung with copious fruit, or gemm'd \\'ith blossoms : with high woods the hills were crowu'd ; With tufts the valleys, and each fountain side. With borders long the rivers; that earth now Secm'd like to heaven, a seat where Gods might dwell,
3So Op wander with delight, and love to haunt
Her sacred shades : though God had yet not rain'd Upon the earth, and man to till the ground I\ouc was; but from the earth a dewv mist Weut up, and watcr'd all the ground, and each
Plant of the field; which, ere it was in the earth, God made, and every herb, before it grew On the green stem : God saw that it was good : So even and morn recorded the third day.
« Again the' Almighty spake : ' Let there be lights
340 [jigli ill the' expanse of heaven, to divide
The day from night; and let them be for signs. For seasons, and for days, and circling years; And let them be for lights, as 1 ordain Their office in the firmament of heaven. To give light on the earth ; ' and it was so. And God made two great lights, great for their use To man , the greater to have rule by day. The less by night, altern ; and made the stars, And set them in the firmament of heaven
3i" To' illuminate the earth , and rule the day In their vicissitude, and rule the night. And light from darkness to divide. God saw. Surveying his great work, that it was good : For of celestial bodies fiist the sun A mighty sphere be bad fram'd, uulightsome first. Though of ethereal mould : then form'd the moon Globose, and every magnitude of stars.
And sow'd with stars the heaven, thick as a field : Of light by far the greater part be took,
36o Transplanted from her cloudy shrine; and plac'd In the sun's orb , made porous to receive And drink the liquid light; firm to retain lier gather'd beams, great palace now of light.
PARADIS PERDU
Vont puiser de ses feux le liquide trésor; (Aux même qui, placés bien loin de notre vue, Se perdent comme un point dans la vaste étendue, Se pai'tagcaut entre eux l'écoulement divin, S'alimentent des feux émanés de son sein.
« Superbe, impatient de fraucliir la barrière. C'est lui qui le premier commença sa carrière. Et, de son trône d'or jusqu'aux bornes des cieux , Lança ses traits brûlants et ses gerbes de feux. Les Pléiades ouvroient sa marche triomphante; L'Aurore déployoit sa robe blanchissante; D'autre part, ce bel astre, ami du doux sommeil, Ornement de la nuit et miroir du soleil, Sur son char, entouré d'un cortège d'étoiles, Dcscendoit de I'Dlympe et replioit ses voiles. L'astre du joui- jiaroit : il marche dans les cieux; La lune a dérobé son cours mystérieux.
La nuit sondire renaît , et sa lampe argentée Revient montrer encor sa splendeur empruntée. Reprend son doux empire, et sur ses frais babils Les asires de sa cour ont semé leurs rubis. Pour la première fois, le soir, la douce aurore Admire les flandjeaux dont le ciel se décore, Leur retour régulier , le partage des temps , Du quatrième jour prodiges éclatants.
« Dieu reprend la parole; il éveille, il féconde Les germes endormis dans les gouffres de l'onde : « Troupeaux , couvrez les champs; poissons, peuplez les Légers oiseaux, volez, et planez dans les airs. » [mers; Soudain l'oiseau léger, la pesante baleine Fendent les champs de l'air et la liquide plaine. ])ieu les voit et jouit; mais son souffle puissant Veut propager leiu- germe à jamais renaissant :
llilher, as to llicir fountain, otlicr stars Kopairing, in ihcir goltlLMi urns draw light, And licncc the inoruing-pianel gilds her liorns; Bv liiicturc or reQcction ihev augment Their small peculiar, though from human sight So tar remote, with diminution seen.
37a „ l-iistin his cast the glorious lamp was seen. Regent of day ! and all the' horizon round Invested with bright rays, jocund to run His longitude through heaven's high road; the gray Dawn and the Pleiades before him danc'd, Shedding sw cet influence : less bright the moon , But opposite in levell'd west was set.
His mirror, with full face borrowing her light From him; for other light she needed none In that aspect, and still that distance keeps
38o 'I'ill night; then in the east her turn she shines Revolv'd on heaven's great axle, and her reigo With tiionsand lesser lights dividual holds. With thousand thousand stars, that then appear'd Spangling the hemisphere : then first adorn'd With their bright luminaries that set and rose. Glad evening and glad moru crown'd the fourtli day.
« And God said : ' Let the waters generate Reptiles with spawn abundant, living foul : And let I'owl fly above the earth, with wings
*j" Display'd on the' open firmament of heaven.' — And God created the great whales, aud each
Les mers et leurs détroits , leurs golfes et leurs anses
Reproduisent sans fin leurs peuplades immenses;
L'onde ;i peine contient tout ce peuple écaillé.
Des plus vives couleurs richement émaillé;
Tout son sein est couvert de rameurs innombrables:
Les uns, plongeurs adroits, descendent sur les sables;
Sui- les flots populeux, d'autres par bataillons
Croisent en mille sens leurs raf)ides sillons;
Les uns seuls de la mer paissent les frais herbages ;
Dans des bois de corail , quelques-uns moins sauvages
Vont se jouant ensemble, ou de leur corps vermeil
Allument les couleurs aux rayons du soleil ;
Ceux-ci, le corps paré de perles éclatantes.
Boivent les eaux des mers dans leurs conques flottantes;
L'mi conduit sa gondole en habile nocher;
Sous l'abri protecteur d'ini énorme rocher.
D'autres forment ensemble une vivante chaîne,
Et guettent le butin que le flot leur amène.
Là, les dauphins voûtés, les phocjues vagabonds.
Vont tournant , se jouant , et s'élançant par bonds;
De ses longs mouvements l'autre en courant tourmente
L'onde tumultueuse et la vague écumante.
L'affreux leviathan, géant des animaux,
Tantôt , le corps tourné, s'alonge sous les eaux.
Et de loin semble aux yeux un vaste promontoire;
Tantôt, développant son immense nageoire.
Semble une île mouvante, et des profondes mers
Absorbe tour-à-lour et rend les flots amers.
«Les marais, les étangs, les lacs ont leurs familles; Leurs bords sont animés : de ses frêles coquilles En foule on voit sortir le peuple des oiseaux , Sous le sein mStteniel couvés dans leurs berceaux : D'abord foibles et nus, bientôt fiers de leurs ailes,
Soul living, each that crept, which pleuteously
The waters generated by their kinds;
And every bird of wing after his kind;
And saw that it was good, and blcss'd them, saying.
Be fruitful, multiply, aud in the seas.
And lakes, and running streams, the waters fill:
And let the fowl be multiplied, on the earth.'
Fortiiwith the sounds and seas, each creek and bay,
400 \Mth fi'v innumerable swarm, and shoals
Of fish that with their fins, and shining scales. Glide under the green wave, in sculls that oft Bank the mid sea; part single, or with mate, Graze the sca-wecd their pasture, and through groves Of coral stray; or, sporting with quick glance. Show to the sun their wav'd coats dropt with gold; Or, ill their pearly shells at ease, attend Moist nutriment; or under rocks their food In jointed armour watch : on smooth the seal
411 And bended dolphins play : part huge of bulk Wallowing unwieldy, enormous in their gait. Tempest the ocean : there leviathan, Hugest of living creatures, on the deep Stretch'd like a promontory sleeps, or swims. And seems a moving land; and at his gills Draws in, and at his trunit spouts out, a sea.
"Meanwhile the tepid caves, and fens, and shores. Their brood as numerous hatch , from the' egg thai soon Bursting with kindly rupture forth disclos'd