PAR LE DOCTEUR DESCURET
CHANT I
I Ainsi , (llsparoissant avec ses cieux de verre , L'astronome du Nil laissa tourner la terre.
Ptolémée (Claude), le plus célèbre, mais non le plus grand astronome de l'antiquité, florissoit vers l'an laS de l'ère vulgaire. Les savants ne sont pas d'accord sur le lieu de sa naissance, mais ils pensent généralement qu'il a fait la plupart de ses observations dans la ville d'Alexandrie, située, comme on
NOTES DU CHANT I
le sait, h quelques lieues de l'cnibouchurc occidentale du IV il. \'admirnble, l'étnniiant, le divin Ptolémée, ainsi que l'appeloienl ses contemporains et les commentateurs de sa Syntaxe mathématique , passera sans doute à la postérité la plus reculée, ne fût-ce que par le système qui porte son nom , quoiqu'il ne soit pas son ouvrage, mais celui de ses prédécesseurs, et surtout d'Ilipparque, dont il se montre fort souvent le copiste.
l'tolémée n'a su appuyer son système d'aucune raison plausililc; il n'oppose aucune objection raisonnable an système contraire, c'est-a-dire à celui d'après lequel la terre tourne autour du soleil; il se borne à dire que ce système est trop ridicule pour mériter un sérieux examen.
2 C'fst à toi, cher Driambre, à diriger ma route. Delambre ( Jean-Baptiste-Joscph), célèbre astronome, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, professeur au Collège de France, né à Amiens en I74î). mort à Paris en 1822, fit ses premières études au collège de sa ville natale , où Delillc étoit alors répétiteur. Depuis, la carrière de la célébrité s'ouvrit peur le maitre et pour le disciple; ils y marclièrent d'un pas égal et liés d'une étroite amitié.
MM. Cuvier, liiot et Arago, ont payé un juste tribut d'éloges à la inémoiie de Delambre, que I.alaude, qui fut aussi son maitre et son ami, se plaisoit à nommer son meilleur ouvraj^e.
3 Et long-lrnips , sans monter à so source première, Un enfant dans ses jeux disséqua la lumière : N*^wton seul l'aperçut.
Newton (Isaac), le plus grand des géomètres et des pliysiciens, naquit en 1O42, à Woolstrop, dans le comté de Lincoln, l'année même de la mort de Galilée, et mourut en 1737, âgé de quatie-viugt-qniuze ans.
Avant INewton, on connoissoit, il est vrai, la loi de la rcflexion et celle de la réfraction ; on savoit exécuter des miroirs brûlants, rapprocher et grossir les objets par la réfraction de la lumière au travers d'une lentille. Cependant la lumière étoit encore inconnue; l'origine des couleurs étoit ignorée : on ne doutoit pas qu'elles ne lussent occasionées par quelque jeu de ce fluide; mais personne ne soupconuoit qu'un rayon de lumière fût composé d'un graud nombre de rayons simples, capables, chacun à part, de donner une couleur qui lui lût propre; et, chose étonnante! celte admiraljle théorie de la décomposition de la lumière, celle de la pesanteur universelle et la méthode des fluxions, c'est-à-dire les trois grandes découvertes dont le développement a fait la gloire de la vie de Newton , étoient nées dans son esprit avant qu'il eût atteint sa vingt-quatrième année.
4 Mais, que dis-jc? le Nord, dans ses vastes domaines. Contient de la clarté les plus beaux phénomènes.
Eh ï qui ne connoît pas, dans ces climats glacés, Cts feux par qui du jour les feux sont remplacés !
L'aurore boréale, dont le poète va nous donner une brillante description, n'est pas un phénomène qui appartient exclusivement aux régions septentrionales du globe terrestre : il s'y montre, à la vérité, fréquemment, dans toutes les saisons et sous toutes les formes; mais le pôle du midi a aussi ses aurores; de savants voyageurs les ont observées, et aujourd'hui l'existence des aurores australes est aussi certaine que celle des aurores boréales.
5 Au eélèbj-e Mairan aussitôt il le lance.
Le trait vole et l'atteint; Mairan parle; à sa voix Lî» brillante immortelle a recouvré ses droits.
Mairan (Jean-Jacques Dortous de), membre de l'Académie
des Sciences et de l'Académie Française, né à Béziers en 1678, mort en 1771, à l'âge de quatre-vingt-treize ans, est auteur d'un savant et ingénieux Traité de l'Aurore boréale. Selon lui , ce phénomène est dû à l'atmosphère du soleil, où cet astre est plongé, comme notre globe dans l'air. Cette almosjihère s'étendroit assez loin du soleil pour arriver jusqu'au o-lobe terrestre, s'y mêler avec notre air, et là s'enflammer et produire de la lumière, ou réfléchir celle du soleil. Cette hypothèse, qu'a suivie Delillc, est abandonnée aujourd'hui iiar la plupart des physiciens, qui pensent que les fusées, les jets, les nappes de lumière des aurores ne sont que des courants d'électricité qui se meuvent dans l'air extrêmement raréfie des régions élevées de l'atmosphère.
6 Quelquefois sans chaleur nous sentons la clarté. Très-sduvenl eût été plus juste que quelquefois. La lumière, en effet, se montre sans chaleur dans une foule de circonstances : la lune en 0)urnit un premier exeinj)le fort remarquable ; la liqueur du thermomètre le plus sensible ne s'élève nullement, si on le retire de l'ombre pour l'exposer à la clarté de la pleine lune. Dans les amphithéâtres d'anatomic, il n'est pas rare de voir des cadavres lumineux; les ossements des poissons de mer répandent fréquemment de la lumière, même après la cuisson ; on trouve dans les forêts des souches d'arbres, des braui.hes pourries, qui sont assez lumineuses pour faire distinguer de petits objets qu'on en approche; souvent encore, la mer étincelle sous la rame, et dan* aucun de ces |)hénoiuènes on ne voit la chaleur accompagner la lumière. Il en est de même de la luciole, du ver luisant, du diamant, et des pierres que l'on calcine pour les rendre lumineuses. Enfin nous voyons tous les jours l'électricité circuler en torrents de lumière autour de nos instruments, sans que la température soit changée.
7 Tel le phosphore éclate en flammes pétillantes.
Le phosphore est un corps simple non métallique, combustible à une température peu élevée. Au-dessous de dix degrés, il brûle en répandant une foiblc lumière, visible seulement dans l'obscnrité, et n'échauffe pas sensiblement les corps voisins de lui. Mais au-dessus de qtiinze degrés, il répand une fumée blanchâtre, suivie bientôt d'une lumière vive et de l'embraseujeut des substances combustibles sur lesquelles il est déposé.
Des figures, des caractères tracés avec du phosphore sur une étoffe ou sur du papier, y demeurent invisibles pendant le jour, et se font voir avec une lumière bleuâtre dans l'obscurité.
Le phosphore se trouve souvent dans la nature combiné avec d'autres corps, mais il n'y existe jamais à l'état de pureté. On le retire des os; et, quand on l'a obtenu pur, on le conserve en le tenant enfermé dans une bouteille suffisamment remplie d'eau pour le couvrir entièrement.
Le nom de phosphore vient de deux mots grecs qui signifxBtj'orte lumière.
8 Et tels, de leurs amours donnant le doux signal. Des vei-s à nos buissons suspendent leur fanal.
Le ver luisant, ou lampyre , brille à l'état de larve et à celui de nymphe aussi bien que dans son dernier état, le seul où il ait acquis le développement nécessaire poui- concourir à la reproduction de son espèce. L'éclat de ce ver n'est donc pas, comme on l'a cru long-temps, un symptôme d'amour; mais il j)cut être un moyen de reconuoissance pour le mâle, qui est ailé, et qui n'a que quelques points foiblement lumineux sur le ventre.
NOTES DU CHANT I
Les vers luisants se trouvent en abondance au mois de scp- Icmbie dans les environs de Paris , et dans une grande partie de l'Europe. Ils ne brillent que la nuit, ainsi que la luciole, insecte volant très-commun en Italie, et paroissent jouir de la faculté d'affoiblir ou de rallumer à leur gré le fanal dont la nature les a pourvus.
9 Et du haut de cfs tours , au sein même dos eaux , Le terrible Archimede embrase les vaisseaux.
« S'il est vrai, dit M. Libes, qu'Archimède ait embrasé la flotte de Marcellus, au siège de Syracuse (212 ans avant J.-C), il u'a pu le faire qu'avec le secours d'un miroir ardent, c'està-dire d'un miroir qui se distingue par la propriété de renvoyer les ravons solaires vers un même point, qu'on api)elle forer, et où ils exercent une étonnante activité sur les substances inflammables; encore même eùt-il tenté vainement une entreprise de ce genre avec un seul miroir de eourbiu-e continue, soit sphérique, soit parabolique. Il faut, pour donner de la vraisemblance à l'invention de ce grand homme , et au succès qu'on lui attribue, concevoir sou miroir formé d'un grand nombre de petits miroirs plans et mobiles, qu'on puisse incliner à volonté, pour diriger les rayons solaires vers un même point. C'est ainsi que Kirker a prouvé la possibilité de la découverte d'Archimède. De nos jours, Buffon l'a rendue probable en enflammant du bois à deux cents pas de distance, et à celle de cent cinquante, plusieurs substances métalliques. »
Du reste, en admettant la découverte d'Archimède comme possible, on doit encore douter du fait lui-même, puisque Poljbe, Tite-Live et Plutarque n'en font aucune mention.
10 Contemplons comment un art mortel
Ravit aux dieux la foudre et ses flèches au ciel.
Franklin avoit découvert que les pointes présentées à une certaine distance d'un corps éleçtrisé lui enlevoient totalement son électricité; bientôt, son génie, toujours porté aux applications, lui inspira l'idée de faire descendre sur la terre l'électricité des nuages, si toutefois les éclairs et la foudre étoient des effets de l'électricité. Mais pendant qu'il attendoit avec impatience qu'on élevât un clocher à Philadelphie pour y planter nue barre métallique terminée en pointe, afin de voir si la foudre n'étoit autre chose que du fluide électrique, il fut devancé dans ses expériences par Dalibard, physicien français, qui avoit eu connoissance de ses idées.
Celui-ci fit élever près de Marly-la- Ville une verge de fer ronde, d'un pouce de diamètre, longue de quarante pieds, et effilée en pointe vers son extrémité supérieure; il l'assujettit dans une position verticale avec des cordons de soie, et posa son extrémité inférieure sur une planche soutenue par trois bouteilles. Dans cette position, la verge se trouvoit isolée et propre à conserver quelque temps le fluide qu'elle pourroit enlever au nuage. L'appareil ainsi disposé, il ne s'agissoit plus que de voir si, à l'approche d'un nuage porteur de la foudre, la barre ne donneroit aucun signe d'électricité. Dalibard étoit absent, lorsque, le 10 mai 1752, entre deux et trois heures du soir, un coup de tonnerre annonça au nommé Coiffier, qui le remplaçoit, qu'il falloit se rendre à l'appareil; il y vole, présente un Cl d'archal à la verge, en voit sortir une petite étincelle, et entend le pétillement; il en tire une seconde plus forte que la première et avec plus de bruit. Il appelle ses voisins, envoie chercher le curé du bourg, qui accourt avec precipitation, et tire à son tour de fortes étincelles. Le bruit de cette audacieuse et belle expérience se répandit bientôt dans toute l'Europe; des verges électriques furent dressées en plu-
sieurs endroits; on recueillit la matière de la foudre, par 1m mêmes procédés que celle de l'électricité; on la concentra dans les mêmes vases; les effets de l'une furent les effets de l'autre; enfin, l'expérience ne laissa plus aucun doute sur l'identité de ces deux fluides.
Pendant ce temps, Franklin suivoit toujours ses idées; mais, désespérant de pouvoir faire bientôt son expérience, faute de clocher, il imagina d'envoyer, par un temps d'orage, un cerf-volant vers les nuages; il suspendit une clef au bas de la corde, et parvint à en tirer quelques étincelles qui lui firent conclure que la foudre n'est autre chose que de l'électricité. Franklin , qui ignoroit complètement ce qui s'stoit passé près de Paris, fit cette expérience au mois de juin 1752, un mois après celle de Dalibard. Tout autre auroit pu s'arrêter là; mais le génie de Franklin saisit le parti qu'on pouvoit tirer de cette découverte pour préserver les édifices de la foudre : il inventa les paratonnerres.
11 Du coussin, échauffé par le verre qui roule, La matière étiiérée en longs ruisseaux s'écoule. Le conducteur, empreint de ces légers courants. Au cylindre enflamme fait passer ces torrents : Soudain, de tous les points au loin rejaillissante. Eclate et resplendit la flamme éblouissante.
Tous les corps de la nature jouissent, plus ou moins, dans certains états, de la propriété d'attirer et de repousser ensuite les corps légers qu'on leur présente; on a désigné celte propriété sous le nom à' électricité. Les résines, sur-tout, et le verre acquièrent par le frottement une forte influence électrique; c'est sur celte propriété combinée avec celle qu'ont ces deux substances, d'être mauvais conducteurs, tandis que les métaux la propagent facilement, qu'est fondée la construction de la machine électrique, dont Dclille vient de nous donner la description.
12 D'autres plus indiscrets ,
Comme moi d'un ami tentant la patience
De leurs vers nouveau-nés lui font la coiTfîdence.
Ou lit, dans les Mémoires et Souvenirs de M. de Ségur, l'anecdote suivante, que j'ai entendu raconter par madame Dubourg, à qui Dclille faisoit souvent confidence de ses vers nouveau-nés.
« Notre poëte, émule d'Homère, et aveugle comme lui, ne laissoit jamais lire ses vers inédits : il les déclamoit, et craignoit cependant qu'on ne les retint, qu'on ne les copiât, et qu'un plagiaire ne s'en enrichit. Un jour madame la baronne Dubourg, son amie, femme très-aimable, voulut lui faire la petite malice d'en écrire quelques-uns tandis qu'il les récitoit. A cet effet, elle prit une plume de corbeau très-fine, et commença. Tout sembloit réussir à son gré, lorsque Dclille, eutendant le léger frottement de cette plume sur le papier, s'écrie :
Et , tandis que je lis mes chefs-d'œuvre divers , Le corbeau devient pie , et me vole mes vers. •
CHANT IL
I Sur nous , autour de nous , de deux airs différent» L'Éternel répandit les fluides errants; L'un , en courant moins pur, dans l'immense atmosphère Règne plus abondant; l'autre, plus salutaire, A la plus foible part dans les champs de l'Éthcr; De leurs flots réunis la nature a fait l'air.
L'air atmosphérique est un lluide invisible quand il est en
NOTES DU CHANT II
petites masses, irisipide, inodore, pesant, compressible et très-élastique. 11 est composé d'environ soixante-dix-neul' parlies de gaz azote, de vingt et une parties de gaz. oxygène, et d'une très-petite quantité de gaz acide carbonique, dont le poëte n'a pas tenu compte.
1 L'autre scroit mortel , et de nos foibles corps Ses dormantes vapeurs détruiroient les ressorts.
Le gaz azote, dont il s'agit ici, est, comme son nom l'indique, essentiellement impropre à la respiration, à la vie; Mais il sert à diminuer l'action trop vivifiante de l'oxygène.
3 Par lui nous respirons rœillet , la marjolaine.
Les plantes aromatiques exhalent continuellement les particules les plus tenues de leur propre substance. Ces particules, suspendues ou dissoutes dans l'air, sont portées par lui sur notre membrane pituitairc, la stimulent, et font naitre la sensation connue sous le nom d'olfaction.
4 L*aîr humide , d*Iris compose les couleurs.
Le phénomène de Viris ou arc-en-ciel n'a effectivement lieu que quand il pleut et que le soleil luit en même temps. Il faut pour l'apercevoir que l'observateur ait le dos tourné fers le soleil et les veux fixés vers le nuage qui se résout en pluie. Lorsque la lumière solaire traverse les globules d'eaii qui forment le nuage, elle éprouve, en pénétrant dans ces globules, une véritable décomposition, et donne ainsi naissance aux brillantes couleurs qui eonstitueut l'arc-en-cicl.
5 L'air par ses doux reflots forme le crépuscule; Par lui l'aurore avance et le soir se recule.
L'air réfléchit en partie la lumière solaire qui tombe directement sur lui ; il renvoie également celle qui a été réfléchie par les corps, et concourt ainsi à les éclairer.
Quand le soleil se trouve plongé sous l'horizon, et que son abaissement u'exccdc pas dix-huit degrés, la lumière qui frappe les hautes régions de l'air est en partie réfléchie vers la surlace de la terre, et donne par l.i naissance au crépuscule et à l'aurore, qui ont d'autant moins de clarté que le soleil est plus éloigné de l'horizon. Si la terre pouvoit être privée de son atmosphère, ou auroit nuit close depuis le coucher du soleil jusqu'à son lever.
6 Homme foible! de l'air l'Océan t'environne. Sur toi pèse en tout sens sa fluide colonne !
La pression de l'air atmosphérique sur un homme de moyenne taille équivaut à celle d'un poids de plus de trente mille livres.
7 Des beaux jours , de l'orage exact indicateur. Le mercure captif ressent sa pesanteur.
Le baromètre, dont nous devons l'invention à Torricclli, «ert à mesurer les variations qu'éprouve la pression de l'atmosphère. Il consiste dans un tube, long de plus de trente pouces , rempli de mercure et privé d'air. L'une des extrémités du tube est fermée hermétiquement; l'autre est ouverte, et plonge dans une cuvette contenant du mercure, ou bien se recourbe en forme d'ampoule : c'est sur le mercure de cette cuvette que l'air exerce sa pression ; le métal monte dans l'intérieur du tube, et reste suspendu à une hauteur variable, suivant que l'air est plus ou moins pesant; il est ordinairement à vingt-huit pouces au-dessus du niveau de la mer. Le baromètre est donc véritablement une balance où le poids de la colonne d'air est donné par celui de la colonne de mercure.
Foyez la note suivante.
f Qui de »a gravité nous enseigna la loi ?
C'est toi Torricclli ; divin Pascal , c'est toL
Galilée soupçonna bien le premier que l'ascension de Peau dans les pompes étoit produite par la pesanteur de l'air; mais la mort, qui le surprit en 1642, ne lui permit p.is de donner à ses idées le développement dont elles avuient besoin. 11 étoit réservé à Torricclli, son disciple, né en xfiof^, mort en 164? > à l'âge de Sg ans, de trouver la véritable explication de ce phénomène. Ce célèbre physicien pensa donc que la pression de l'air étoit cause de l'ascension de l'eau , et que cette pression égaloit celle de trente-deux pieds d'eau; il vit en outre que dans un tube de verre, fermé .î l'une de ses extrémités, le mercure ne s'élcvoit qu'à vingt-huit |)ouccs, et que cette hauteur étoit précisément à celle de l'eau en raison inverse de la densité de ces deux liquides; sa conjecture fut alors changée en certitude. Quatre ans après, Pascal voulant jeter un dernier trait de lumière sur la découverte de Torricclli , engagea son hcau-1'rèrc Perrier à la répéter sur le Puy-de-Dôme. A mesure que Perrier s'élevoit sur la montagne, la colonne de mercure s'abaissoit dans le tube; au sommet du Puy-de-Dôme, elle étoit de plus de trois pouces moins longue qu'au pied de la montagne. Ainsi la diminution de la colonne de mercure suivant celle de la colonne d'air, le poids de l'une s'alToiblissant par la même cause que le poids de l'autre, il ne resta plus aucun doute sur cette loi de la pesanteur de l'air, savoir: que la pression de l'atmosphère sur une surface donnée est égale à celle que trente-deux pieds d'eau ou vingt-huit pouces de mercure cxerceroicut sur cette même surface.
r) Ici Pascal , dans son audace.
Des colonnes de l'air osa peser la masse;
Mais hélas! de cet air, ignoré si loiig.temps.
L'illustre infortuné jouira peu d'instants ;
La mort l'enlevé au moncle au printemps de son âge.
Biaise Pascal, né à Clermont en Auvergne, le 19 juin 1623, mourut à Paris, le 19 août 1662.
« 11 y avoit, dit M. de Chateaubriand, un homme qui, à douze ans, avec des barres et des ronds, avoit créé les «latl(cnialiques; qui, à seize, avoit fait le plus savant traité des coniques qu'on eût vu depuis l'antiquité; qui, à dix-neuf, réduisit en machine une science qui existe tout entière dans l'entendement; qui, à vingt-trois ans, démontra les plicnomèncs de la pesanteur de l'air, et détruisit une des grandes erreurs de l'ancienne physique; qui, à cet âge où les autres hommes commencent à peine de naître, ayant achevé de parcourir le centle des sciences humaines, s'aperçut de leur néant, et tourna ses pensées vers la religion; qui, depuis ce moment jusqu'à sa mort, arrivée dans sa trente-neuvième année, toujours infirme et souffraut, fixa la langue que parlèrent Bossuet et Racine, donna le modèle de la plus parfaite plaisanterie comme du raisonnement le plus fort; enfin qui, dans les courts intervalles de ses maux, résolut par abstraction un des plus hauts problèmes de géométrie, et jeta sur le papier des pensées qui tiennent autant du dieu que de l'homme : cet effrayant génie se nommoit Biaise Pascal. »
10 Par lui, sans le secours des feux et de la poudre. Du cylindre muet l'air fait volrr la foudre. Et , dans le fer concave avec force pressé, Fait partir en sifflant le plomb qu'il a lancé.
Le ressort de l'air est en effet le seul moteur employé dans le fusil à vent, dont nous allons décrire le mécanisme.
La principale pièce de cette arme qui, extérieurement, ressemble assez aux fusils ordinaires, consiste en une crosse métallique, creuse, très-solide, et garnie à sa partie supc-
NOTES DU CHANT III
ricure d'une soupape qui s'ouvre de dehors en dedans. On introduit de l'air dans cette crosse, à l'aide d'une petite pompe foulante qui s'y monte à vis, et à laquelle on substitue le canon du fusil. L'air comprimé, agissant par son ressort sur tous les points de l'intérieur de la crosse, maintient la soupape fermée. Mais le mécanisme de la détente ouvrant celte soupape, une petite quantité d'air s'échappe avec rapidité, et chasse devant elle la balle que l'on a préalablement introduite dans le canon. La soupape se referme aussitôt par la pression de l'air, ce qui permet de tirer plus de six fois de suite, sans recharger la crosse.
Cette arme est certainement beaucoup plus curieuse qa'utile: la difficulté de la fabriquer et surtout de l'entretenir longtemps eu bon état, la rend plus chère et d'un service moiiis sûr et moins commode que nos fusils ordinaires.
Le bruit que font les fusils à vent est très-foible comparativement à celui d'une arme à feu, parce que ni la balle, ni l'air comprimé qui la pousse, ne frappent jamais l'air extérieur avec autant de force que le fait une charge de poudre enflammée; la balle d'un fusil à vent peut néanmoins être projetée avec assez de force pour percer une planche assez épaisse à une distance de plus de cinquante pas.
II C'est toi que j'en atteste, ô malheureux Cambyse ! Rapide conquérant de l'Egypte soumise.
M. Darwin, dans son poème sur les amours des Piaules, a le premier raconté cette destruction de l'armée de Cambyse; mais cet événement appartenant à l'histoire, appartient au poëte qui a le mieux su l'employer, en peignant avec plus d'énergie et de variété le désordre, le tumulte, et la confusion de cette effroyable scène, en nous faisant passer rapidement de la crainte à l'espoir et de l'espoir à la crainte, on marquant d'une manière plus sensible la progression de terreur et de pitié , qui , dans le récit de ce désastre , doit conduire le lecteur à l'épouvantable catastrophe d'une armée entière ensevelie dans une mer de sable; sur-tout en donnant à cette description une place plus convenable ; car les tr its qui doivent la composer, conviennent mieux à la peinture des révolutions orageuses de l'air, qu'à celle de la végétation et de l'amour des plantes. Note de Delille.
Il Viens donc à mon secours , Gineau ! dont la main sûre Organise le monde et sonde la natui'e.
Lefebvre-Gineau, de l'Institut, savant physicien, ami et collègue de Delille au Collège de France ; né en 1754, mort en 1829.
i3 L'orgue divin exhale un son religieux, Et de sa voix sonore, à nos voix réunie. Verse dans le lieu saint des torrents d'harmonie. Jubal lui fit une ame
Jubal, qui vivoit avant le déluge, est regardé comme l'inventeur de la musique, il est dit de lui dans la Genèse, chap. IV , vers. 2 1 : Il Jut le père de ceux qui jouent de la harpe et de l'orgue.
Les premières orgues qu'on ait vues en France furent apportées par des ambassadeurs de l'empereur Constantin Copronyme, qui les offrirent au roi Pépin , dans une assemblée de la nation tenue à Compiègne en 757. Ce prince en fit présent à l'église de St-Corneille de CPtte ville : l'usage n'en a commencé dans nos églises qu'en 1200.
14 J'entends, je reconnois ces chefs-d'œuvre de l'art, Trésors de l'harmonie et la gloire d'Erard. De l'instrument sonore animant les organes, Sèjan a préludé.
On est dispensé de faire une note, quand il s'agit de MM. Erard et Séjan , tous deux connus depuis long-temps ,
l'un, par la beauté de son exécution, l'autre, par le mécanisme ingénieux qui a porté au plus haut degré de perfection ses harpes et ses pianos. Note de Delille.
CHANT m.
1 Ob ! que ne puis-jc, instruit des principes des choseï, Connoitre les effets, approfondir les causes!.... Ainsi parloit Virgile.
Voyez ci-après l'épisode que Virgile a consacré au bonheur de la vie champêtre, dans le deuxième chant des Géorgiques.
2 Elle (l'eau) nourrii la plante....
Les végétaux tirent leur nourriture de l'air et de l'eau qui les environnent. On a cru pendant long-temps que la terre étoit la nourriture favorite des plantes, et qu'elle se transformoit en leur propre substance. Cette erreur des anciens est aujourd'hui complètement détruite : il a été prouvé par un grand nombre d'expériences que la terre n'influe sur l'accroissement des plantes qu'en faisant pour ainsi dire l'office d'une éponge qui conserve à leur racine l'humidité dont elles ont besoin.
3 Et si Thaïes trompé fit tout naître de l'onde,
Du moins l'eau pure altère et refait notre monde.
Thaïes, le premier des sept sages de la Grèce, naquit à Milet en lonie, environ 640 ans avant Jésus-Christ. De retour dans sa patrie après un assez long séjour en Egypte, il V fonda cette célèbre école de philosophie connue sous le nom de secte ionique. « Les planètes , le soleil , les étoiles , tout se nourrit de vapeur, disoit-il dans ses leçons; un principe unique alimente tous les corps de la nature , et ce principe c'est l'eau. » Il avoit emprunté cette doctrine des Egj^)tiens, qui attribuoient au Nil la production de tous les êtres.
4 Les fluides encor, par leur mobilité , Agissent en tout sens , pressent de tout côté.
La pression en tous les sens est une loi qui caractérise les fluides, tandis que les corps solides n'exercent leur pression que dans le sens de la pesanteur, c'est-à-dire de haut en bas: ainsi un liquide pèse sur les parois du vase qui le contient, tandis qu'un solide n'exerce son poids que sur le fond du vase. Tout le monde sait que si l'on fait un trou à l'une des parois d'un vase enfermant un liquide, ce liquide s'échappe aussitôt par l'ouverture pratiquée.
5 Enfin , de l'hydraulique interrogeons les lois ; L'onde unit dans son choc sa vitesse et son poids.
L'hydraulique, ou plutôt l'hydrodynamique montre en effet que la force qu'une eau courante exerce sur un obstacle qu'elle rencontre, se compose de sa vitesse combinée avec sa masse; et l'on sait que la masse d'un corps quelconque est toujours proportionnelle à son poids.
C Eh! pourrois je oublier ces eaux miraculeuses.
Les eaux minérales médicinales, dont va parler le poêle, sont celles qui sortent éa sein de la terre, naturellement chargées de substances propres à déterminer la guérison de quelques maladies.
On divisoit autrefois les eaux minérales en eaux thermale.^, ou chaudes, et en eaux froides. Aujourd'hui on les rangi; sous les quatre classes suivantes : i° eaux hydro-sulfureuses; 1" eaux acidulés gazeuses; 3" eaux fenugineuses; 4° eaux salines. La chimie a soumis la plupart des eaux minérales ii
NOTES DU CHANT IV
une analyse exacte, ce qui a donné le moyen d'en composer d'artificielles. On doit toutefois préférer les eaux naturelles , sur-tout quand on les prend à la source.
7 L'onde rn glace, à son tour, appelle mes pinceaux. De sa fluidité véritable principe,
Le feii seul la divrse, et seul il la dissipe;
Mais souvent il la quitie, et ses flots épaissis
En givre, en neige, en glace, en frimas sont durcis.
L'eau doit sa liquidité à la présence d'une certaine quantité de calorique; augmentez celte quantité, l'eau passe à l'état îiériforme; diiuinue/.-la, l'eau devient solide.
Lorsque la température de l'air s'abaisse jusqu'au degré de congélation, les gouttes d'eau solidifiées ([ui en résukeut se changent en neige, et, par leur réunion, forment, en tunihant, des étoiles à six rayons lorsque l'air est calme, et des flocons lorsqu'il est agite.
8 Le Nord n'a-t-il peint vu , transjiortés à grands frais, Tes glaçons, à Newa ! se changer en palais!
La glace s'élevoit en colonnes brillantes; La glace vomlssoit des foudres innocentes.
M. de Mairan, dans une savante Dissertation sur la glace, rapporte que, pendant l'hiver de 17/10, on construisit à Saint- Pétersbourg, suivant les règles delà plus élégante architecture, im palais de glace, de cinquante-deux pieds et demi de longueur, sur sci/.e pieds et demi de largeur, et vingt pieds de haulcur, sans que le poids des parties supérieures et du comble, qui étoil aussi de glace, portât le plus léger dommage au pied de cet édifice, dont la glace de la ^e»a, qui avoit environ trois pieds d'épaisseur, avoit fourni les luatériaux. On plaça en outre devant celte merveilleuse construction, six canons Je glace avec leurs affûts de la rDcme matière, et douze mortiers à bombes de la même proportion que ceux de fonte. Ces pièces, du calibre de celles qui portent ordinaire eut trois livres de poudre, n'en reçurent cependant qu'un quarteron : on les tira, et le boulet de l'une d'elles alla percer, à soixante pas, une planche épaisse de deux pouces, sans que le canon, qui avoit tout au plus quinze pouces d'épaisseur, éclatât par celte explosion.
CHANT IV
X Cinq terres, si j'en crois tous nos Pliges nouveaux. Se trouvent sous nos pas.
Le poète admet ici l'existence de cinq terres, connues depuis long-temps, savoir : la chaux, la harjte, la magnésie , V alumine , qu'il désigne sous le nom lïaigile, et la silice. De nouvelles recherches avoient conduit les chimistes à en doubler le nombre; enfin, les travaux du célèbre anglais Davy oui démontré ce que Lavoisier avoil entrevu, c'est que les !crrcs et les alcalis ne sont que des oxydes métalliques. Ainsi , d'après la nomenclature chimique la plus récente, la chaux est t\\x proloxjde de calcium; la baryte, A\i piotoxjde de barium; la magnésie, de V oxyde de magnésium ; l'alumine, de f oxyde d'aluminium; et la silice, de Vnxyde de silicium.
2 L'une , fille des eaux ,
Et des marbres divers origine féconde ,
Naquit des vieux débris des habiianls de l'onde.
Cette fille des eaux, originejecnnde des diverses espèces de marbres, est la chaux, appelée aujourd'hui protoxvde de calcium. Cette substance ne se trouve presque jamais à l'état (le pureté; elle est le plus souvent unie à différents acides, jiarticulicrement à l'acide carbonique; et c'est dans ce dernier
étal de carbonate de chaux, qu'elle forme les coquilles et les marbres.
3 Le ciseau de Scopas fit adorer l'argile,
En coupe elle sorloit des mains d'Alcimédon , Et Voltaire en naquit, à la voix de Houdon.
Sco]>as, l'un des artistes les plus célèbres de l'antiquité, naquit à Paros environ 462 ans avant J.-C, quelques années après la mort de Phidias. Comme architecte, il n'est connu que par son temple de Minerve Aléa. Comme sculpteur, il se fit une immen.se réputation par une foule d'ouvrages dont il peupla la Béolie, l'Atlique et le Péloponèse. Les sculptures de la face du levant du tombeau de Mausole furent, à ce qu'il pareil, son dernier ouvrage. Mais les deux statues qui lui ont fait le plus d'honneur, et que l'antiquité a louées avec le plus d'enthousiasme, étoicnl une Bacchante dans l'ivresse, et un Mercure, dont son ciseau avoit fait ■véritablement un dieu.
Le sculpteur Alcimédon n'est guère connu que par quelques vers de la troisième églogiie de Virgile.
M. Houdon, de l'Institut, mort il y a peu d'années, dan.'î nn âge très-avancé, doit sur-tout sa célébrité à ses magnifiques bustes de J.-J. Rousseau et de Voltaire.
4 Long-temps en élément nous érigeâmes l'onde; Lavoisier, tu parois, et par toi l'univeis Apprend que l'eau contient deux principes divers.
Lavoisier (Antoine-Laurent), célèbre chimiste français, né à Paris en 1743, mort sur l'échafaud révolutionnaire, le 8 mai 1794.
L'analyse de l'air atmosphérique est une découverte qui a méiité à Lavoisier le litre de créateur de la chimie moderne. Quant à la décomposition de l'eau, s'il est vrai que Cavendish l'ait prévenu dans celte découverte, on ne peut disputer au chimiste français l'honneur d'avoir établi le premier, par des expériences rigoureuses, l'exacte proportion des deux éléments dont ce liquide est composé.
D'après la nomenclature chimique la plus récente, l'eau est du protoxyde d'hydrogène; elle est composée d'un volume de gaz oxygène et de deux vofumes de gaz hydrogène.
5 Appréciions , pénétrons dans ce temple sacré. Où sont du grand Hermès renfermés les mystères.
Hermès ou Mercure trismégiste est le Thoth des Egyptiens. Ce prétendu dieu, que l'on considère comme l'inventeur des arts, avoit, dit-on, confié aux prêtres de ce pays le dépôt de ses secrets.
6 Ces vaisseaux au gros ventre, au cou tors, au long bec.
Le poète désigne ici les vaisseaux connus dans les laboratoires sous le nom de cornues (eu latin retortœ.^
7 Jadis dans un vénal et vil laboratoire
Cet art ineslimé sembloit cacher sa gloire; Enfin il prit l'essor: les Rouelles, les Macquers Montrèrent a nos yeux tous ses trésors ouverts.
Rouelle (Guillaume-François), démonstrateur de chimie au Jardin du Roi, et membre de l'Académie des Sciences, né près de Caen en 1703, mort à Paris en 1770, a enrichi les recueils académiques de plusieurs mémoires intéressants.
Macquer (Pierre-Joseph), élève de Rouelle, et comme lui professeur de chimie au Jardin du Roi, et membre de l'Académie des Sciences, naquit à Paris en 17 18, et y mourut en 1784. Son Dictionnaire de chimie a vieilli, mais la méthode et la précision qui le distinguent font encore honneur à son auteur, qui a puissamment contribué à répandre le goiit de celte science.
7 Interrogeons Rome: dans ces grottes humide! ,
NOTES DU CHANT IV
Le quartz, vou5 dira-t-il , qui fit ces pyrnmidcs, Filtra , dissous par l'onde , à travers le rocher , etc.
Rome (le Lisle (Jean-Raptistc-Louis), physicien et mincralogistc distingué, né à Gray en 1736, inort à Paris en 1790.
Le quartz, l'une des substances naturelles les plus répandues, est presque entièrement formé de silice. On en dislingue plusieurs variétés; les principales sont ; le quartz /ijiihii, qui comprend le cristal de roche, le quartz résiniie, le quartz jaspe, et le quartz pseudoinnrphique.
9 Datibenton vous dira , etc.
Daubenton (Louis-Jean-Maric), naturaliste et anatomiste célèbre, né à Montbard, en Bourgogne, en 17 16, mort à Paris, le premier janvier i8où,à l'âge de 84 ans, fut l'ami et le collaborateur de Buffon.
10 Et poiir comble d'iionneur, ce Newton qui des inondes Dirigea dans les cieux les sphères vagabondes , Jetant un œil perçant dans l'avenir lointain ,
Devina son essence et prédit son destin.
Newton ayant mesuré la force réfringente du diamant, trouva qu'elle est plus grande que ne le comporte la densité de ce corps; et dès-lors il annonça que le diamant appartenoit à la classe des corps combustibles. La prédiction de Newton a été complètement justifiée par les cxpéiienccs de Macqucr, de Darcet, et de Lavoisier. Le diamant n'est en effet autre chose que du carbone pur.
11 J'aime à voir cette perle, étrangère merveille, etc.
La perle est une concrétion plus ou moins arrondie, d'un blanc argentin, d'une grande dureté et d'un poli brillant, qui se forme dans plusieurs espèces de coquillages, particulièrement dans Vavicula margaritifora, qui vit dans les mers des pays chauds. Les perles sont composées d'une petite quantité de matière animale et de carbonate de chaux; elles se dissolvent facilement dans les acides, même les plus foibles.
X2 Soit que , se détachant de sa masse enflammée , Un éclat du soleil en tombant t'ait formée.
Delille rappelle ici une des hypothèses de Buffon sur la formation de la terre, qu'il regardoit comme une portion de la croiJte embrasée du soleil , qui , après s'être détachée de cet astre, s'étoit refroidie et fixée à la distance que lui assignoient les lois de la pesanteur.
i3 Strabon méconnoîtroit le globe de d'Anville.
Strabon, célèbre géographe de l'antiquité, né à Amasie, daus la Cappadoce, environ 5o ans avant J.-C. , nous a laissé une Géographie en dix-sept livres.
D'Anville (Jean-Baptiste Bourguignon), né à Paris en 1697, mort en 1782, a fait faire un pas immense à la géographie moderne, et a éclairci celle des anciens avec une exactitude qu'il devoit à une finesse de tact extraordinaire et à un jugement des plus sains.
14 Brave et savant Forster.
Forster (Jean-George-Adara), professeur d'histoire naturelle, né près de Dantzig en 1754, mort à Paris en 17947 n'avoit pas encore atteint sa dix-neuvième année lorsque, accompagnant son père, il s'embarqua avec Cook, pour le second voyage autour du monde qu'entreprit ce célèbre navigateur. De retour de cette expédition, qui dura près de quatre ans, Forster en publia le récit en anglais en 1777, et en donna, en 1779, une traduction allemande conjointement avec son père Forster (Jean-Reiuhold), naturaliste distingué.
i5 N'a-t-on pas vu Cuvier, dans son heureuse audace , De CCS corps naufr.'^gés reconnoissant la trace,
Au sein de ces coteaux qui dominent Piris . De l'empire animal retrouver les débris?
Cuvier ( George ), ne à Montbéliard ( Doubs ) en 17G9 , mort en i832.
Laissons parler cet immortel savant : « J'ai , dit-il , découvert dans les carrières à jilàtre des environs de Paris, une vingtaine d'espèces d'animaux qui appartiennent à des genres entièrement inconnus aujourd'hui sur le globe ; leurs os sont épars, en partie brisés et enchâssés dans la pierre, d'où il faut les retirer péniblement; on les rapproche ensuite entre eux suivant les lois de l'anatomie, pour en reformer, autant qu'il est possible, le squelette de chaque espèce; opération où il est assez difficile de ne remettre ensemble que les os qui s'appartiennent véritablement; mais l'anatomie comparée en est venue aujourd'hui à ce point de reconnoitre par un seul os, par une seule articulation d'os, le genre de l'animal auquel l'os appartenoit. On peut donc avec de l'attention réussir dans cette recomposition; et c'est ainsi que je suis parvenu à déterminer les caractères de plusieurs nouveaux genres que j'ai découverts. »
Voyez l'ouvrage de ce savant, intitulé : Recherches sur les ossements fossiles.
16 Là gisent en monceaux ces brûlantes pyrites. Des métaux leurs amis obscures favorites.
Les métaux ont généralement de l'affinité pour le soufre; ils s'unissent à ce corps combustible, et forment un compose connu sous le nom de sulfure métallique. Le nom de Pyrite , dérivé d'un mot grec , uûp , feu, a été donné à quelques sulfures métalliques natifs, qui jouissent de la propriété de s'enflammer lorsqu'ils sont places dans des circonstances particulières.
17 Lb , de ces fils des monts obscur concitoyen , Repose aussi l'aimant, l'aimant vainqueur de l'onde. Le lien , le miracle et l'énigme du monde.
L'aimant est une mine de; fçr oxydulé amorphe, assez commune dans l'ile d'Elbe, qui exerce particulièrement de l'attraction sur le fer non aimanté, et qui a la propriété de manifester des pôles, c'est-à-dire de diriger constamment une de ses extrémités vers le nord. Cette mine, à l'aide d'un frottement prolongé, communique au fer ses propriétés magnétiques, et forme ainsi des aimants artificiels. Le fer. a joui loni'-tcmps du privilege exclusif d'être attirable à l'aimant. Plus tard , cette propriété fut reconnue dans le nikel, le platine et le cobalt; enfin, un célèbre physicien. Coulomb, imagina des expériences ingénieuses et délicates qui attestent l'influence de l'aimant sur tous les corps de la nature, et qui prouvent que le globe terrestre n'est lui-même qu'un grand aimant.
Le P. Fellon , dans un petit poème latin ( Magnes ) , qui fait partie des Poemata didascalica, a décrit avec beaucoup de talent et d'esprit les diverses propriétés de l'aimant.
18 Là , digne d'un tableau si digne de lui-même , Descendit Tournefort ; là le pieux Nointel , etc.
Tournefort (Joseph Pitton de), célèbre botaniste, né à Aix en i656, mort en 1708.
Nointel ( Charles-François Olier , marquis de ), dix-septième ambassadeur de France à Constantinople, pénétra daus la grotte d'Autiparos , où il passa les trois Ictos de Noël de l'année 1673, accompagné de plus de cinq cents personnes, tant de sa suite que marins, marchands et habitants du pays, qui jusque-là n'osoient pas y entrer. 11 y fit célébrer la messe sur doux demi-colonnes , près d'une pyrainidc, sur la base de
NOTES DU CHANT V
laquelle fut gravée l'inscriptioa latiue suivante, eu mcraoire de cet cvcQcmcnt :
Ilic ipse Christus adfait , ejus natali die media ncvte celebralo 1673.
Cent torches et quatre cents lampes éclairèrent continucllemcut cette grotte pendant ces trois jours ; et au moment de l'élcvalion, le bruit de vingt-quatre boites et de plusieurs pierriers placés à l'entrée du souterrain se joignit au son d'un grand nombre d'instruments de musique.
Dclilleadéja célébré cette grotte merveilleuse dans l'hymue à la Beauté qui ouvre le cinquième chant du poëme de l'Imagination.
19 Oh! quels mortels iiii jour, Empédocles nouveaux. Oseront pénitrer Jans ces brûlant» caveaux ?
Empédocle, l'un des philosophes les plus célèbres de la secte de Pythagorc, naquit à Agrigentc en. Sicile, 444 ans avant Jésus-Christ. Quelques historiens rappcfrtent qu'il se précipita dans les flammes du mont Etna, afin de faire croire qu'il avoit disparu comme un dieu.
20 Tels aux cliamps de Slaffa , etc.
Staffa, l'une des îles Hébrides (Ecosse), est célèbre parla superbe grotte de Fingal.
31 Dans ses vers immortels ,
Son (Ils lui construisit un plus superbe temple.
Le fils de Fingal , roi de Morven , est le célèbre et infortuné Ossian, barde écossois du troisième siècle. Ce superbe temple élevé à la mémoire de son père est le recueil de ses Poésies galliques , demeurées inconnues à l'Angleterre pendant près de quatorze siècles, découvertes enfin par Macpherson qui en publia, vers 1760, quelques fragments traduits en prose poétique anglaise, et plus tard, la traduction et le texte; Londres 1765, 2 vol. in-fol.
CHANT V
I Qui l'eût cru
Que la terre , oubliant sa vci tu végétale. Des sucs dus à la fleur coloreroit l'opale.
L'opale est une variété de quartz résinite dit opalin. Cette pierre précieuse, qui est très-cassante, a une teinte laiteuse, et répand de beaux reflets d'iris , dus aux nombreuses fissures qui la traversent en tous sens, et qui décomposent et renvoient diversement la lumière.
ï Qui l'eût cru
Qu'un ver emprisonné formeroit le corail.
« Cette soi'te d'arbre pierreux et d'un beau rouge, dont on fait des bijoux et que l'on nomme corail , est, dit M. Cuvier, un dépôt formé dans l'intérieur d'un animal composé de la famille des polypes. Dans l'état de vie , le corail est enveloppé d'une écorce charnue, creusée d'une multitude de petites cellules; chaque cellule contient un polype, qui peut à volonté s'y tenir renfermé ou s'étendre au dehors. Ces polypes ressemblent à autant de petites fleurs , parce que leurs bras, disposés en rayons autour de leur bouche, représentent des pétales. Us s'en servent pour saisir les petits animaux qui passent à leur portée et dont ils font leur nourriture; et tous les polypes d'un même tronc de corail communiquent tellement ensemble par l'écorce générale à laquelle ils adhèrent, que ce que chacun d'eux mange profite égale- Wient à tout l'ensemble de cet animal composé. Le dépôt pier-
reux, que l'on appelle proprement corail, se forme par couches du dedans au dehors, la couche extérieure étant toujours la plus nouvelle, à-peu-près comme dans les arbres.» Le corail est presque entièrement composé de carbonate de chaux : on le trouve dans la mer Méditerranée et dans la mer Ko'ige. On l'employoit autrefois en médecine comme astringent et comme absorbant.
3 J'atteste , ô Wiliska , tes carrières férondes.
Les mines de sel gemme de Wielitska en Pologne sont exl)loitécs depuis laSr ; elles donnent annuellement cent mille quintaux de sel; elles ont quatre étages; leur plus grande profondeur est de neuf cents pieds, et leur étendue horizontale de plus de trois lieues en différents sens.
Malgré leur profondeur, ces mines ne sont pas humides; l'air y est même assez salubrc. Elles renferment une source d'eau douce qui se sera filtrée au travers de quelque banc d'argile non imprégné de sel.
4 Là , différents de poids , de forme , de fignre , Dans la dure épaisseur de leur matrice obscure, Se forment ces métaux.
L'on ne connaissoit avant le quinzième siècle que sept métaux : l'or, l'argent, le fer, le cuivre, le plomb, l'étain et le mercure. Aujourd'hui le nombre des métaux s'élève à quarante.
5 Et ce métal docile où l'onde s'emprisonne.
Ce métal est le plomb; il est assez mou pour qu'on puisse le rayer avec l'ongle, et plus malléable que ductile; l'eau ne l'oxyde pas : aussi l'on en fait des tuyaux de fontaine et des réservoirs.
6 Et ce nouveau métal , le plus lourd des métaux , Que long-temps à nos jeux déroba la nature. Et de nos ans féconds la ricbesse future.
Le platine a été découvert en 1741 , par Wood. A l'état de pureté, ce métal est plus lourd et aussi inaltérable que l'or; sa couleur approche de celle de l'argent, et sa dureté, de celle de l'acier, dont il prend aussi le poli; il est en outre très-malléable, résiste au plus grand feu, et est inattaquable par tous les acides, si ce n'est par l'eau régale, qui en opère la dissolution. Toutes ces qualités rendent le platine extrêmement précieux dans les arts : l'on en fait des creusets, des cornues, des capsules, des miroirs de télescope, la lumière des canons de fusils, divers ustensiles de cuisine, et des chaudières dans lesquelles on concentre l'acide sulfurique.
7 Et par deux attentats sert , doublement perfide. Le monnoyeur coupable et le lâche homicide; Mais qui , par ses couleurs réparant ses forfaits A nos arts innocents prodigue ses bienfaits.
A l'état pur, ce métal est noirâtre, se réduit facilement en poudre, et ne s'emploie guère que pour purifier le platine et tuer les mouches. Quant à son oxyde ( acide arsénieux, arsenic du commerce ), c'est l'un des poisons les plus violents que l'on connoissc. Mêlé au cuivre, l'arsenic forme une composition blanche, appelée vulgairement argent hache ., dout les faux monnoyeurs se servent quelquefois. Combiné avec plus ou moins de soufre, il donne l'orpiment et le realgar, deux couleurs indispensables dans la peinture. A cet état de sulfure jaune ou rouge, il est encore vénéneux, mais beau^ coup moins qu'à celui d'oxyde.
8 Et le zinc indien qui
De si riches couleurs , de rayons si brillants , Pare ces faux soleils dans l'ombre pétillants , Dont Tivoli plaintif a regret s'illumine ,
NOTES DU CHANT VI
Et, pour Ruggleri, fait déserter Racine.
Ce métal est solide, bluiic-blciiàtre, lamellctix, très-ductile et très-combusliblc. Il outre dans la composition des feux d'artifice, et produit ces flammes blanches et brillantes connues sous le nom de Jeux du Bengale. Mêlé au cuivre, il dQune le laiton et le similor. Ap|)liqué on lames sur le cuivre, il forme les elements de la pile Voltaïque. On s'en sert encore pour faire des rouduils, des goutlicres, des liaignoires, etc.
11 s'agit ici de l'ancien Tivoli, jardin planté autrefois par M. Boutin, et où l'artificier Ruggicri atliioit, les jours de fête, la foule qui se portoit orJinaircmcat au Théâtre Français.
9 Et l'antimoine en6n . utile aux animaux.
Proscrit par des arrêts , ordonné par nos maux , Et qui , de vains débats source long-temps féconde, Avant de le guérir, scandalisa le monde.
L'antimoine natif ayant, dit-on, été administré comme remède à des moines, en fit périr plusieurs, co qui lui valut son nom.
Eu i63i, Adrien de Mvnsicht, premier médecin du duc de Meckclbourg, découvrit l'cmctique. Ce médicament, préconisé outre mesure par les alchimistes, fut employé d'une manière abusive, et produisit des effets nuisibles. Toutes les preparations anlimoniales furent bientôt enveloppées dans une proscription commune.
Gui Patiu, alors doyen de la faculté de Paris, se montra l'un des plus ardents antagonistes de ces médicaments, et la faculté obtint du parlement un arrêt qui en défendit l'usage. Toutefois, quelques praticiens continuèrent d'employer l'émétique, mais en secret. Louis XIV, encore mineur, tomba nnalade, et dut, à ce qu'on assure, son rétablissement à ce remède. L'arrêt du parlement ne fut révoqué qu'en l665.
10 De ces métaux récents dont l'art fit la conquête , Chacun a son pouvoir : le chrome est à leur tête ; Notre siècle en est fier, et , par un juste hommage , Un jour de Vauquelin y gravera l'image.
Le chrome a été découvert en 1797 par M. Vauquelin. Le protoxyde de chrome est vert : c'est lui qui donne à l'émeraude la couleur qui la caractérise ; il fournit à la porcelaine un bel émail vert foncé qui supporte le plus grand feu.
Vauquelin ( ÎVicolas-Louis ), de l'Académie des Sciences, né en 1763, mort en 1829, fut l'un des chimistes les plus célèbres de l'Europe. Sa modestie égaloit son savoir.
11 D'autres sont en plumage arrangés avec grace.
On voit de l'argent en plumes, en cheveux, en paillettes, de l'antimoine on longues aiguilles, du cuivre en velours dans la malachite, du fer en herborisations ou en cristaux brillants, comme dans le fer spéculaire de File d'Elbe.
12 De sputlis et de cristaux différents de figure.
L'on a donné le nom de spath aux minéraux feuilletés qui se trouvent unis aux mines, mais plus particulièrement au carbonate de chaux ( .spath calcaire ). Cette substance est depuis long-temps célèbre par la propriété de doubler les images des objets que l'on regarde à travers.
13 Au milieu s'élevoit un magnifique autel , Que le suc minéral , distillé de la voûte. En colonne d'albâtre a bâti goutte à goutte.
Los minéralogistes donnent le nom de stalnginites aux concrétions de carbonate de chaux dont parle ici le poëte, et qui se fortnent de bas en haut; taudis qu'ils appellent stalactites celles qui croissent de haut en bas.
CHANT VL
t Des feuillages divers dont leurs rameaux abondent, Los uns sont allirnés, les autres se répondent.
D'après leur disposition sur la tige ou sur les rameaux, le» feuilles sont appelées alternes, ou opposées. Les feuilles alternes sont celles qui, placées une il une on échelons autour de la tige, décrivent ui;« spirale depuis le haut ju.squ'cn bas: telles siict les fouilk-s des rosiers. Les feuilles opposées sont attaclicos par jiairc à la mciuo hauteur , et partent de points dianiétralciiient opposés, comme dans la sauge, le thyiu, etc.
2 Delcuze, aux soins de l'.Trt confiant la nature, A ce luxe charmant invita la culture.
M. Deleuze, ancien aide- naturaliste au Muséum d'Histoire naturelle, est auteur d'une histoire très-intéressante des piaules d'oruoment et de leur introduction dans les jardius.
3 L'un caché dans la terre , où son destin l'attache , Attend que d'un gourmand le luxe l'en arrache.
Il s'agit ici de la truffe. Ce corps charnu, dont le mode de développement ol de propagation est au nombre des plus grands mystères de la botanique, se trouve sous la terre, en dilïérenls lieux de l'Italie et du midi de la France. C'est, comme on le sait, un aliment très-échauffant.
4 Là cette jeune plante , en vase disposée , Dans sa coupe élégante accueille la rosée.
Tels sont les liserons et les campanules.
5 Dans son palais natal , brillant de pourpre et d'or , L'autre d'un doux nectar enferme le trésor.
L'antirrliiiium ou mujle de lion.
6 Et se livre sans voile aux baisers du zéphyr.
Le poëte désigne ici les fleurs sans corolles ou apéialej, telles que celles du saule, du peuplier, etc.
Linné appelle la corolle le lit nuptial de.3 plantes.
7 Véritable Protée entre toutes les fleurs,
Une autre aime à changer de robe et de couleurs.
C'est Vhorlensia , ainsi appelée par le botaniste Commerson en l'honneur d'Hortense Le Faute. Cette belle plante, qui fait l'ornement de nos parterres, est originaire de la Chine et du Japon. Les nuauces de vert, de blauc et de rose lilas par lesquelles son calice passe successivement , l'ont fait nommer hortensia mutabilis.
8 Comparez cette mousse et cet arbuste nain A cet énorme enfant du rivage africain.
C'est le baobab (^adansonia), celui de tous les arbre» connus qui devient le plus gros. Son tronc acquiert trente pieds de diamètre et sa tête plus de cent, mais il ne s'élève pas à proportion. D'après les observations faites au Sénégal par le botaniste Adanson , il paroît que ce végétal n'acquiert ces énormes dimensions qu'après plus de vingt siècles. Son fruit est appelé daus le pays pain de singe; il a une pulpe aigrelette assez agréable à manger; on en prépare une boisson rafraîchissante; quand il est gâté, les nègres le brûlent, et font avec ses cendres et de l'huile de palmier un excellent savon. Toutes les parties du baobab abondent en mucilage; ses feuilles séchces à l'ombre et réduites en une poudre appelée lalo servent d'aliment aux nègres.
9 Ou même à ce figuier , dont les vastes branchages. Qui jadis dans les deux buvoient l'eau des nuages. S'affaissant sous leur poids , et descendant des airs. S'en vont cheicber des sucs jusqu'auprès des enfers.
NOTES DU CHANT VI
Ce figuier dont parle ici le poète est le figuier des Pagodes ficus religiosa). Cet arbre, l'un des plus curieux des Indes- Orientales, a ses branches pendantes; quand elles sont arrivées jusqu'à terre, elles y prennent racine, et, donnant des troncs nouveaux, finissent par former une énorme voûte de verdure soutenue sur autant de piliers fixés dans le sol. Cet arbre est sacré dans ces contrées.
10 Le fruit eut ses Herschell , et la fleur ses Portai.
Hcrschell ( WillLam ), célèbre astronome, né dans le Hanovre en 1738, mort en 1822 , a découvert plus de mondes qu'on n'en connoissoit avant lui.
Portai ( le barou ), professeur d'analomie humaine au Muséum d'Histoire naturelle et au Collège de France, né en 1742, mort en i832.
11 Linné sur-tout. Linné dévoila ces mystères. Leurs haines , leurs amours , leurs divers caractères.
Charles Linuxus, le plus célèbre botaniste du XVIII^ sièïle, et celui de tous les naturalistes qui a exercé sur la science l'influence la plus universelle, né à Koeshult, village de Smolande en Suède, en 1704, mort en 1778.
12 Desfontaine embellit le trdne des saisons. Desfontaines (René Louidic), de l'Académie des Sciences,
ué à Tremblay en 1742, remplit depuis 1786 la chaire de botanique et de physique végétale au Muséimi d'Histoire naturelle.
13 Tranquille , tu vivras au lieu même où Jussieu Est présent par sa gloire, et vit dans son neveu.
Antoine-Laurent de Jussieu, de l'Académie des Sciences, professeur de botanique rurale au Muséum d'Histoire naturelle, né à Lyon en 1748, est auteur des Fanùiles naturelles des plantes, ouvrage classique dont il reconnoit devoir les premières idées à son oncle Bernard de Jussieu, dont parle ici Delille.
Depuis quelques années M. Adrien de Jussieu remplace comme professeur titulaire son père , qui a conservé le titre de professeur honoraire.
Le Jardin du Roi a été créé par Louis XIII en i635,
iji Viens; dans cet Elysée, autrefois son domaine. L'ombre du grand Buffon attend déjà la tienne.
George-Louis Leclerc, comte de Buffon, membre de l'Académie française, né à Moutbard en 1707 , mort à Paris en 17S8.
Du Fay , son ami , intendant du Jardin du Roi , le demanda pour sou successeur en 1739. Dès ce momeut, Buffon , aidé de Daubenton , de Guéneau de Moutbeillard et de Bexon , n'a cessé de travailler avec ardeur au grand édifice de l'Histoire naturelle qui a immortalisé son nom. En même temps il donna ses soins à l'augmentation du cabinet et à l'agrandissement du local ; s'occupa de l'embellissement du jardin, dont il doubla l'étendue; acquit d'immenses collections, s'entoura d'hommes habiles, tels que les Jussieu, les Daubenton, les Lcmonuicr, les Thouin, les Rouelle, les Macquer, les Winslow, les Antoine Petit, les Vicq d'Azir, les Fourcroy, les Lacépèdc, les Portai, les Desfontaiues. L'enseignement acquit alors un nouveau degré d'activité, et le Jardin du Roi fut cité à juste titre comme l'un des plus beaux étaljlissements qui aient jamais été formes pour l'avaucemcut des sciences.
i5 Enfin, tous à leur choix discutoient ces problèmes, Et le vrai se perdoit dans la nuit des systèmes : Un œuf le renfermoit.
« La génération des êtres organisés sera toujours, dit M. Cuvicr, le mystère le plus iucompréhensihle de la physi-
que; mais on ne peut disconvenir que, de tous les svstèmes imaginés pour l'expliquer, celui de la préexistence des germes ne soit le plus tranquillisant pour l'imagination. 11 ne fait que reculer la difficulté; mais il la reporte si loin qu'elle semble disparoitre. »
16 Voyez cet arbrisseau si funeste à la mouche.
C'est la dionée attrape-mouche ( dionœa muscipula de Linné ) , j)laute curieuse par son irritabilité. On la trouve dans l'Amérique septentrionale, principalement dans les marais de la Caroline. Dès qu'une mouche ou un autre iusectc vient se placer sur une de ses feuilles, les deux panneaux qui les composent se rapprochent rapidement, les cils épais et visqueux dont ils sont bordés s'entre-eroiscnt fortement avec ceux du côté opposé, et l'insecte se trouve pendant quelques instants enfermé comme dans une sorte de prison. On remarque un phénomène à -peu -près semblable dans les feuilles des diverses espèces de rossolis.
17 Par les feux dont l'absence ou l'cclpt l'a frappé. De la crédule (leur le calice est trompé;
Et de cet art magique ignorant la merveille. Ouvre ou ferme son sein , s'endort. ou se réveille.
On peut faire ouvrir et fermer les fleurs par un jour et par une nuit artificiels et à des heures toutes différentes de celles de leur lever ou de leur coucher; mais il faut un certain temps pour leur faire prendre ces nouvelles habitudes.
18 La plante a son hymen , la plante a ses amours.
Vaillant ( Sébastien ), de l'Académie des Sciences, démonstrateur de botanique au Jaidin du Roi, né en 1669, mort en 1722, a le premier prouvé la nécessité du concours des deux sexes dans les végétaux. Les anciens savoient à la vérité que le palmier femelle avoit besoin de la poussière du palmier màlc pour être fécondé, mais ils n'avoient pas élendu cette découverte aux autres plantes. Le docteur Trante, naturaliste du siècle dernier , a reproduit le système de Vaillant sur les sexes et l'hymen des fleurs, dans un petit poëme latin intitulé Connubia Jlorum, dont Delille s'est inspiré pour la desciiplion qui va suivre de la fécondation des plantes, et pour l'épisode de Colomb qui termine ce sixième chant.
19 Je l'en prend? à témoin , â toi , plante fameuse Que le Rhône soutient sur son onde écumcuse !
La plante dont le poète décrit ici la fécondation avec une exactitude à laquelle on ne sauroit rien ajouter, est la vallisnérie ( valUsneria spiralis de Linné ), plante aquatique et dioique, assez commune dans les rivières de l'Europe méridionale, où ses feuilles forment quelquefois des amas si considérables qu'elles nuisent au trajet des bateaux. A. L. de Jussieu a décrit la merveilleuse fécondation de la vallisnérie avec la plus élégante latinité, et Castel en a reproduit la description en beaux vers français dans son poëme sur les Plantes.
20 Celui-ci dirigeoit les flèches du tonnerre. Ou sur son double pôle aplatissoit la terre.
Le poète désigne ici le célèbre Franklin , dont nous avons parlé plus haut. (note lo du chant i*''"), et pour qui Turgot composa cette belle cpitaphe :
Eripuit cœlo fulmen , sceptrumque tyrannis.
Quant à l'aplatissement de la terre sur son double pôle, la découverte en est due à Maupertuis, de l'Académie des Sciences, né à Saint-Malo en 1698, mort en 1759.
21 Eh! qui n'admireroit cet être mitoyen. Des règnes qu'il unit étrange citoyen.
Cet être mitoyen est le polype. Comme tous les zoophytes
NOTES DU CHANT VIL
ou animaux-plantes, il a une forme étoilée , semblable à celle d'un grand nombre de fleurs. 11 jouit comme les végétaux de la propriété de se reproduire par division et de se laisser greffer sur un autre individu : pour tout le reste, c'est un véritable animal qui sent, se meut, mange et digère. La découverte de cet être curieux est due au célèbre naturaliste Trerabley (Abraham), né à Genève en 17 lo, mort en 1784.
ai Par ses puissants secours la fciiilie de Chiron Souvent ravit sa proie à l'avide Acheron.
La feuille de Chiron est la plante appelée petite centaurée (^gentiana centauriuni de Linné, cliironia centaurium de Lamarck). Elle a souvent été employée avec succès dans le traitement des fièvres intermittentes, à cause du principe amer qu'elle contient.
23 Le feuillage chinois , par nn plus doux succès , De nos dîners tardifs corrige les excès.
Le thé est un arbrisseau de la famille des hespéridées, qui croît à la Chine et au Japon. Ses feuilles, après avoir été roulées au moyen d'une sorte de torréfaction, sont journellement employées en infusiou, dans ces deux vastes contrées, pour rendre potables les eaux, qui y sont généralement mauvaises. Les Arabes purifient également les eaux saumàlres des déserts avec le thé. L'importation du thé en Europe ne remonte pas au-delà du milieu du dix-septième siècle : ce sont les Hollandais qui l'y ont apporté. L'infusion de thé est une boisson stimulante dont il faut user avec mesure.
24 .C'est toi, divin café, dont l'aimable liqueur Sans altérer la tète épanouit le cœur.
Le cafier ou cafeyer, arbre originaire de l'Arabie-Heureuse, appartient à la famille des rubiacées. Les Hollandais l'ont transporté à Batavia , d'où il a été envoyé à Amsterdam, pour passer de cette ville au Jardin du Roi à Paris. C'est de cet établissement qu'est parti en 1723 le pied de cafier d'où proviennent tous ceux qui font aujourd'hui la riciiesse des Antilles et en particulier de la Martinique. Le lieutenant de roi Desclieux, qui y transportoit ce pied de cafier, en prit pendant la traversée un soin tout particulier , au point que l'eau douce étant devenue rare à bord , il arrosoit cet arbuste avec sa propre ration.
INous possédons sur le café deux charmants poèmes latins modernes, auxquels Delille a emprunté quelques détails: l'un, sous le titre de C(j//2i'k/«, par l'abbé Massieu; et l'autre, sous celui de Faba arabica , par le P. Fellon. Ces deux opuscules font partie des Poeinala didascalica , recueil justement apprécié par tous ceux qui cultivent les muses latines.
CHANT VII
I Qui l'eut dit que notre art , ainsi que des rameaux , L'un sur l'autre auroit pu greffer des animaux? Qui l'eût cru , que des corps de ce vivant empire Les membres mutilés pussent se reproduire?
Le célèbre naturaliste Trerabley, dont nous avons déjà parlé (note 21 du chant vi), en tenant deux polypes rapprochés pendant quelque temps , les a vus se souder et n'en plus former qu'un seul. La salamandre aquatique et l'écrevisse reproduisent leurs pattes autant de fois qu'on les coupe. Si l'on coupe en deux le ver de terre, la moitié antérieure repousse une queue , et la postérieure une tête ; quand on le coupe en
trois , le fragment du milieu pousse une léle d'un côté et une queue de l'autre.
2 Sur le ver à son tour abaissons nos regards.
Voyez à la note précédente, l'étonnant phénomène que présente la section du ver de terre, phénomène dont la découverte est due au savant Bonnet.
3 Cet autre est un vaisseau dont le petit nocher, Son instinct pour boussole, et son art pour étoile, Est lui-même le mât, le pilote et la voile.
\^ argonaute, dont il s'agit ici, est une coquille légère, d'une forme symétrique fort élégante, et qui ressemble à une petite chaloupe. Elle est habitée par un poulpe de l'ordre des céphalopodes octopodes. L'argonaute ne s'élève du fond de la mer que par un temps fort calme. Parvenu à sa surface, il agite, comme autant de petits balanciers, les huit bras charnus qui couronnent sa tète; il introduit dans sa coquille l'eau nécessaire pour la lester; puis, étendant ses bras, il s'en sert comme de rames pour voguer sur la surface de la mer. Un vent doux se fait-il sentir, il dresse perpendiculairement ses deux bras palmés, les tient écartés, et s'en sert comme de voiles. Les six autres bras antérieurs assurent son équilibre, et le bas du corps, qui forme un crochet hors de la coquille, remplit la fonction de gouvernail. L'argonaute vogue ainsi dans la direction qu'il veut suivre; mais si quelque ennemi le menace, ou s'il survient quelque agitation, il retire avec rapidité, dans sa coquille, ico avirons, la voile et le gouvernail, il vide son lest, fait chavirer la nacelle et descend au fond de la mer.
4 Un autre, moins heureux, sous un toit emprunté Est contraint de cacher sa triste nudité.
Le pagure Bernard, communément appelé Bernard-l'ermite, est une sorte d'écrevisse de mer, dont la queue est molle et sans écailles, mais qui a l'instinct de se loger dans des coquilles vides qu'elle rencontre sur le rivage et qu'elle traîne partout après elle. Ce crustacé choisit de préférence les coquilles dont le sommet finit en spirale, afin de pouvoir s'y cramponner plus facilement. Quand il est devenu trop grand pour sa maison d'emprunt, ce qui arrive tousles ans à l'époqne de la mue , il en choisit une autre ; mais ce n'est qu'après avoir essayé son abdomen dans un grand nombre de coquilles, qu'il parvient à en trouver une dont la capacité lui convient. Le "eure Pagure renferme plus de trente espèces : celle dont nous venous de parler est commune sur toutes nos côtes.
5 Prisonnier dans l'espace , et veillant endormi , Le paresseux n'existe et ne vit qu'à demi.
On a beaucoup exagéré la lenteur du paresseux, genre de mammifère de l'ordre des édentés. Du reste, cet animal est plus actif la nuit que le jour, et a la vie extraordioairemeut dure. On ne le décroche ordinairement des arbres qu'après plusieurs coups de fusil.
6 Accoucheur vigilant, il veille à côté d'elle;
Et ses doigts recourbés-, secourable instrument, De sa ponte tardive abrègent le tourment.
Le crapaud accoucheur est une petite espèce assez commune dans les environs de Paris. Sa couleur est grisâtre, il est ponctué de noir sur le dos et de blanc sur les côtés; l'iris de l'œil est doré, les parotides sont peu saillantes. « L'accoucheur, dit M. Bory de Saint-Vincent, vit à terre et loin des eaux que la femelle ne fréquente pas, même au temps de la ponte. A cette époque, le mâle débarrasse sa compagne de ses œufs, qui sont assez gros et au nombre de soixante envi-
NOTES DU CHANT VIL
ron. Après cette opdralion, il se les attache sur le dos au moyen de filets de matière glutiucuse, dout ils sont accompagnés, et, chargé de ce précieux fardeau, il le porte par-tout avec lui, prenant les plus grandes précautions pour qu'il n'arrive aucun accident à une progéniture dont, contre l'ordre habituel de la nature, la mère ne s'occupe plus, bissant au père tous les soins de la famille. Lorsque les yeux des têtards que renferment ces œufs commencent à devenir apparents dans leur transparence, ce qui arrive après quelques jours, et qui indique que les petits ne tarderont pas à éclorc, le crapaud accoucheur recherche une eau stagnante pour les y abandonner : ici finit son ministère; les têtards ne tardent pas à éclorc et nagent aussitôt, destiués par le mécanisme de leur organisation à reproduire la merveille de leur accouchement sans en avoir reçu de leçons que par le développement d'un instinct irrésistible. »
' 7 Par un bruit qu'iicrompogne uiip obscure vapeur,
L'autre, à son ennrnii pour renvoyer I.i peur, Fait jouer d'un ressort la détente secrète. Se détourne , s'échappe , et cherche une retraite.
C'est le carahiis crei>itans, petit insecte qui, par ce procède, se soustrait momentanément à la poursuite d'une autre espèce de carabus acharné à sa perte.
8 Les bois mêmes, les bois, quand la nuit tend ses voiles, Offrent aux yeux surpris de valantes étoiles.
Les lucioles ou vers luisants de l'Italie et de la Grèce, dont les deux sexes brillent également, se tiennent pendant le jour cachées sous les feuilles ou sous l'heibc. Mais pendant la nuit elles forment un joli spectacle de feux mobiles, qui s'élèvent, s'abaissent, et se croisent en tous sens.
Dans l'espèce de ver luisant de notre pays, la femelle qui brille beaucoup n'a pas d'ailes, tandis que le mâle vole, mais n'est que foiblement lumineux. Dans l'Inde, à la Louisiane, à Saint-Domingue, à Cayenne, on trouve plusiciu's autres insectes luisants, beaucoup plus gros et plus lumineux que ceux de l'Europe; tels sont le porte-lanterne et les acudias. Un seul de ces derniers suffit, dit-un, pour écrire, pendant la nuit, aussi facilement qu'avec une chaudellc.
g Et du Chimboraeo s'élance le condor.
Le condor est le plus grand des oiseaux de proie : il habite les sommités les plus escarpées du Chimboraeo, la plus haute montagne des Andes, au Pérou, et qui est couverte de glaces et de neiges éternelles.
10 Un soleil voit périr le fr.igile éphémère.
Cet insecte, arrivé à l'état parfait, ne vit ordinairement que quelques heures , et n'a d'autre fonction à remplir que de perpétuer son espèce.
11 Ridé, durci, flétri, ce ver poudreux des toits Se ranime dans l'onde une seconde fois,
« Sur des observations mal faites et mal refaites, dit M. Bory de Saint-Vincent, on imprime depuis un siècle que les roli~ /2;'tf.î desséches , privés long-temps d'eau, demeurés comme morts au fond des lieux où l'on en couservoit, revivent aussitôt qu'on les remouille. 11 n'est pas de moyens que nous n'ayons employes pour arriver à uu tel résultat, nous n'y sommes jamais parvenu. Nous avons quelquefois, en trempant (les tuyaux de frigane long-temps desséchés, ou en remettant de l'eau dans des vases remplis de sédiments d'animalcules long-temps entassés sur nos fenêtres, retrouvé des rotifères avec beaucoup d'autres animalcules, mais ils n'y ressuscitoient pas; ils s'y développoient comme les daphnies et autres petits entomostracés dont les ovules sont demeurés dans le sol et
aj)te3 à éclore dès que la saison pluvieuse ramène ie fluide nécessaire à leur développement. Depuis vingt ans nous réitérons cette assertion, mais on y revient encore, parce que les ])ersonnes qui font du microscopisine , copient les œuvres de Spall'anzani. »
12 Le puceron n'a point d'épouse ni d'époux. Et, de son chaste lit dérobant le mystère, .S.tns connoitre l'iiymeu a le droit d'etre mère.
Les pucerons sont de petits insectes qui se nourrissent de la sève des végétaux. Quelques espèces vivent même dans le parenchyme des feuilles, et y occasionnent par leur présence des excroissances remplies d'une liqueur sucrée assez abondante. La maladie de certains arbres, désignée sons le- nom de miellat, est produite par ces animaux. Vers la fin de l'été et en automne, il y a parmi eux des mâles et des femelles. Ces dernières pondent des œufs sur des branches; ces œufs y restent tout l'hiver, et il n'en sort, au printemps suivant, que des femelles. La première fécondation doiit nous avons parlé .suffit à sept générations, toutes composées de femelles, qui ]>roduisent sans mâles des petits vivants, sortant à reculons du ventre de leur mère; à la septième génération les mâles rcparoisscnt.
i3 Des deux sexes divers cet autre unit les dons,
£t , doublement heureux des pouvoirs qu'il rassemble. Est père , mère , épouse et mari tout ensemble.
Les escargots et les limaces sont hermaphrodites, ou pour vus des deux sexes; mais ils ont besoin d'uue union récipro- (pie, d'où chaque iudi\idu sort fécondé et va pondre de son côté.
\i Aussi du grand Leibnitz l'aimable fantaisie 0:>oit aux animaux promettre une autre vie.
Leibnitz (Godefroi-Guillaume, baTon de), philosophe et mathéiuaticien du premier ordre, et le savant le plus universel des temps modernes, né à Leipsick en 1646, mort en 17 16.
il> Gloire te soit rendue après l'Etre suprême. Profond SpaUanzani! toi dont l'adresse extrême Nous ouvrit ces trésors.
Spallanzani (Lazare), célèbre prafesseur d'histoire naturelle, né à Scandiano en 1729, mort à Pavie en X799. Quelqnes-nnes de ses assertions ont été corrigées par des observations plus récentes , entre autres celle sur le rotilcre. Voyez la note 1 1 de ce vu'' chant.
16 Mais n'exagérons rien : l'un dans l'être vivant Veut voir de Vaueanson l'automate mouvant.
Vaucanson, de l'Académie royale des Sciences, né à Grenoble en 1709 , mort en 1782, s'est rendu célèbre par ses automates, qui sont peut-être ce qui a été fait de mieux en ce genre. Son canard, entre autres, prend du grain avec le oec , l'avale, le triture et le rend par les voies ordinaires dans l'état apparent d'un grain digéré. Ce n'est pas là sans doute le phénomène complet de la digestion ; mais il est impossible que la mécanique puisse aller plus loin.
17 L'instituteur fameux du conquérant du monde.
Aristote , né à Stagire en Macédoine, 384 ans avant Jésus- Christ, mort à l'âge de 63 ans, fut le premier des naturalistes en même temps que l'un des plus grands pliilosophes. Sou Histoire Naturelle est fondée sur une immensité d'observations que le mirent à même de faire les généreux secours d'Alexandre-le-Grand , dont il fut le précepteur.
18 Et de sa chasteté Iléaumur moins jaloux Prostitua leur reine à de nombreux époux.
René-Antoine Fcrchault de Reaumur , né à La Rochelle
NOTES DU CHANT VIII
en l683, morl en 1757, a été l'uu de nos plus ingénieux naturalistes. Son Histoire des Insectes en 6 vol. 10-4° est le fruit d'une constante aijplication , et présente riiiléiét le plus soutenu.
19 L'avpuglc Iliibor Ta vu par les regards d'autrui.
Huber ( François ), savant naturaliste, né à Genève vers 175©, fut atteint dès l'âge de quinze ans, d'une cécité complète. Son domestique François Burncns, devenu depuis un magistrat distingué, lui servoit à la fois d'explorateur, de lecteur et d'écrivain. Une de leurs découvertes est que la mère abeille est fécondée en l'air par l'approche des faux bourdons. M"'^ llubcr a souvent aussi aidé son mari dans ses observations entoniologiques.
20 Les Geer, les Reaumur ont «léciit ses merveilles.
Gcer (Charles, baron de), maréchal de la cour de Suède, né en 1720, mort en 1778, fut le di.sciple et l'ami de Linné. 11 publia à Stocliholm, de 1752 à 1778, en 7 vol. iii-4°, des Mémoires pour servir h l" Histoire des Insectes, qui lui ont valu à juste titre le surnom de Reaumur suédois.
21 Son art, grace à Scliœffer , vient d'enrichir le nôtre.
M. Schœfl'cr, naturaliste de Ratisbonne, est l'un des premiers qui aient cherché à fabriquer du papier avec les écorces de diverses plantes , sans attendre qu'elles aient passé par l'état de linge : ses essais n'ont eu aucun résultat important pour le commerce.
22 Voyez celte fileuse , émule de Pallas ,
Et de l'onde aujourd'hui paisible citoyenne.
L'argyronète ou araignée aquatique , dont il s'agit ici, se trouve assez communément en France. Elle vit dans les eaux tranquilles, mais non dormantes. On a comparé avec raison sa coque à une cloche à plongeur.
23 Les uns ont leurs épicux et les autres leur lance.
Le narwal , sorte de cétacé , est armé d'une dent droite, pointue, longue de 7 à 8 pieds, connue vulgairement sous le nom de corne de licorne. Chez le xiphiar espadon , le museau s'allonge en forme d'épée.
24 Le chevreau, la brebis, souvent un bœuf entier, Tout-à*coup engloutis dans son large gosier.
Se débattent en vain dans sa gueule béyiite.
Le serpent devin ( boa constrictor ) , qui a quelquefois plus de trente pieds de longueur, fait sa proie des plus grands animaux. Cet énorme reptile n'est nullement venimeux : il n'est redoutable qu'en raison de la force que lui donne sa taille. Dans quelques marches des Indes on en vend la chair par tronçons.
25 Couvé dans sa coquille ou formé tout vivant.
Les couleuvres pondent des œufs, mais les wperes sont njivipares : c'est de là qu'elles tirent leur nom.
26 Hélas! à notre soi"t ne portez point envie I
Un seul de vos printemps vaut toute notre vie.
Voyez dans la première partie du Génie du Christianisme, liv. V, ch. 7, les belles pages que M. de Chateaubriand a consacrées à décrire les migrations des oiseaux.
CHANT VIII
I Avec quelle pudeur son amante à son tour. En déguisant ses feux, irrite son amour
On croit voir Galatée en m ruse Ingénue , Fuyant derrière un saule ft brûlant d'être vue.
11 seroit difficile de rendre plus heureusement ces deux vers charmants de la troisième églogue de Virgile :
Malo me Calate.T petit, lasciva puella , Et fugit ad salices, et se cupit ante videri.
Quelques traits de ce charmant tableau des amours des animaux, et principalement celui qui le termine, sont évidemment empruntés à ce passage de la Lettre de J.-J. Rousseau a d' Alembert sur les spectacles : « Dans les amours des animaux , je vois des caprices , des choix , des refus concertés , qui tiennent de bien près à la maxime d'irriter la passion par des obstacles. A l'instant même où j'écris ceci, j'ai sous les yeux un exemple qui le confirme. Deux pigeons, dans l'heureux temps de leurs premières amours, m'offrent un tableau bien différent de la sotte brutalité que leur prêtent nos prétendus sages. La blanche colombe va suivant pas à pas son bien-aimé, et prend chasse elle-même aussitôt qu'il se retourne; reste-t-il dans l'inaction, de légers coups de bec le réveillent; s'il se retire, on le poursuit; s'il se défend, un petit vol de six pas l'attire encore; l'innocence de la nature ménage les agaceries et la molle résistance, avec un art qu'auroit à peine la plus habile coquette. Non, la folâtre Galatée ne faisoit pas mieux; et Virgile etit pu tirer d'un colombier l'une de ses plus charmantes images. »
2 Plus d'un chat sait aimer et caresser et plaire; Moi-même j'ai du mien vanté le caractère.
Voyez l'éloge de Raton , qui termine le chant troisième de l'Hojume des Champs.
3 De ses naseaux brûlants il souffle la terreur; Il bondit d'alégressc, il frémit de fureur; On charge , il dit : Allons
Cette description du cheval est imitée du Livre de Job, si élégamment traduit par M. Levavasseur, que la mort a enlevé aux lettres au moment où il s'occupoit de la traduction en vers des Psaumes et des Prophètes.
« IN'uraquid praebebis eqtio fortitudinem, aut circumdabis collo ejus hiniiitura? ÎVumquid suscitabis eum quasi locustas? gloria uarium ejus terror. Terrara ungula fodit, exultât audacter . in occursum pergit armatis. Contcranit pavorem, ncc eedit gladio. Super ipsum sonabit pharetra, vibrabit hasta et clypcus. Fervens et fremcns sorbet terrain, nec rcputat tub» sonare clangorem. L'bi audierit buccinam, dicit: Vah! procul odoratur bellum, exhortationem ducum et ululatumexercitus. »■ (Job, XXXIX, ig-25. )
Voici comment M, Levavasseur a traduit ce passage :
• Le coursier belliqueux qui cherche les hasards
Te doit'il de son cou l'ondoyante crinièi'e?
Te doit-il sa valeur, son audace guerrière,
Son fier hennissement, le feu de ses regards?
Le feras-tu bondir comme la .sauterelle?
Sous lui la poudre vole et le sol étincelle :
Orgueilleux de sa force, il fond sur le guerrier;
Il méprise la peur, il insuUe à l'arier.
Entend-il près de lui siffler le trait rapide.
Voit-il briller le g'aive ou le dard homicide,
Il agite dans l'air &çs naseaux frémissants:
Il se couvre d'écume, il s'enflamme , il bouillonne;
Terrible , il bat la terre , et du jïied la sillonne.
A-t-il de la trompette entendu les accents.
Allons, dit-il ; soudain comme un trait il s'élanco ;
Intrépide, il affronte et la flamme et la lance.
Il dévore l'espace, et , bravant le trépas.
S'enivre du tumulte et du bruit des combats. •
4 Lyonnet, des savants le plus parfait modèle. Ton talent fut sublime, et ton art fut humain.
Lyonnet (Pierre), non moins célèbre comme naturaliste
NOTES DU CHANT VIII
que comme anatomiste et comme graveur, naquit à Maestricht en 1707, et mourut en 1789. Il s'est immortalisé par son Traité anatomiquc de la chenille qui ronge le bois de saule (pkalcena cossus de Linné ). Un trait qui fait Iionneur à la sensibilité de Lyonnet,non moins qu'à sa dextérité, c'est l'attention qu'il a de faire remarquer qu'il n'a eu qu'un très-petit nombre d'individus à faire périr pour ses observations: pour les cmpi'chcr de souffrir, il les suffoquoit dans l'esprit-dc-vin, avant de les ouvrir.
« Le Traité anatomique de la chenille du bois de saule , par Lyonnet, est à-la-fois, dit M. Cuvier, le chef-d'œuvre de l'analomic cl de la gravure; mais c'est sur-tout celui de la patience, et il n'y a point de livre plus propre à nous faire admirer la prodigieuse complication des ressorts qui animent des êtres organisés. Cet insecte, dont l'cxislcnce est à peine connue du vulgaire, a pour ses mouvements plus de quatre nulle muscles , et un nombre peut-être double de rameaux reconnoissablcs de nerfs pour ses sensations et de trachées pour sa respiration ; le tout sans préjudice des viscères propres à digérer et à filer, ainsi que de ses nombreux organes extérieurs; l'imagination s'effraie, quand on songe que le moindre insecte, le moindre ver jouit d'une organisation au moins aussi développée , et que les naturalistes ont déjà compté plus de vingt raille espèces de ces petits êtres dont aucun ne ressemble complètement à l'autre. »
Lyonnet employa dix années à faire cet ouvrage et à en graver les dix-huit planches , qui sont autant de chefs-d'œuvre. La Haye et Amsterdam, 1760, i vol. in-4" de plus de 600 pages.
5 Autrefois, dans Cartilage, un roi syracusain ,
Stipulant en vainqueur les droits du genre humain ,
Abolit à j.-imais ces sanglants sacrifices
Que de ses dieux cruels exigeoient les caprices.
Gélon, roi de Syracuse, ayant par ses victoires contraint les Carthaginois à conclure la paix , exigea d'eux le paiement
de deux mille talents pour les frais de la guerre, et l'abolition des sacrifices humains qu'ils avoient coutume d'offrir à Saturne. Ce prince mourut vers l'an 478 avant Jésus-Christ.
6 De l'écureuil volant la famille douteuse.
Les écureuils volants ou polatouches ont la peau des flancs prolongée entre les jambes de devant et celles de derrière. Ce prolongement forme une large surface qui les soutient quelques instants dans l'air, et leur permet de s'élancer d'un arbre à l'autre à une dislance assez considérable : mais c'est là tout leur vol.
7 En vain, nous étalant sa forme presque humaine. Et sa large poitrine, et sa taille hautaine,
Et ses adroites mains , Thomme inculte des bois Sur nous des animaux revendique les droits.
« On a en effet, dit M. Cuvier, ridiculement exagéré la ressemblance de l'ont ng-nu/ang avec nous; et quoiqu'un écrivain moderne soit allé jusqu'à dire que l'homme est uu orang-outang dégénéré, la vérité est que le célèbre orangoutang de liornéo, le singe qui s'approche le plus do Thumme, n'atteint qu'à trois ou quatre pieds de haut, est incapable de marcher debout sans l'aide d'un bâton, se traîne même à quatre pieds plutôt qu'il n'y marche, et ne jouit de quelque agilité, que lorsqu'il grimpe aux arbres. Sa physionomie rappelle un peu celle du nègre quand on le voit de face; mais de profil la saillie de son museau décèle bien vite la brute. La longueur démesurée de ses bras lui donne un air hideux d'araignée , et, quoique ses mouvements aient quelque chose de moins brusque, de moins pétulant que ceux des autres singes , que son naturel soit plus doux, plus aimant, plus docile, il ne paroit pas qu'il soit beaucoup supérieur au chien parson intelligence; mais sa conformation donnera toujours à ses actions et à ses gestes une ressemblance avec les nôtres, faite pour frapper le vulgaire. »
FIN DES HOTES DES TrOIS RÈGHES.
LA CONVERSATION
POEME