LIVRE X
Car quels lieux plus cruels, plus féconds en tortures,
Pouvoit-il nous choisir pour venger ses injures?
Oui , je crois déjà voir mon empire agrandi ;
Je le sens, je dois prendre un essor plus hardi ;
Il semble, pour voler vers ces plages nouvelles,
Qu'un pouvoir inconnu vient me donner des ailes ;
Et , par latlrail puissant d'un charme impérieux ,
Comme au séjour natal , me rappelle en ces lieux.
Qu'à travers le Chaos une superbe voûte ,
De deux mondes divers miiaculeusc route,
Passe de l'un à l'antre ; et, de ces noirs tombeaux,
Conduise un jour nos pas dans des climats plus beaux !
Je ne crains ni dangers, ni fatigue, ni peine;
El , si j'en crois mon cœur, l'entreprise est certaine. »
Le maigre et noir squelette, avec un rire affreux, Lui répond : « Ton discours a prévenu mes vœux. Partons , me voilà prêt; sur les pas d'un tel guide. Tout chemin m'est facile , et rien ne m'intimide. Je crois déjà, je crois, plein d'un même transport, Flairer de loin ma proie; une vapeur de mort, Du séjour de la vie arrive à cette plage ; Déjà je bois le sang , et goûte le carnage. »
Il dit , et vers la terre avidement tourné , Eu aspire de loin le vent empoisonné.
Tels, en foule accourus la veille des batailles. Des vautours onl senti l'odeur des funérailles; Et des moris, qui bienlôt vont joncher les deux camps. Promettent à leur faim les cadavres sanglants ; Avide, et tressaillant d'une barbare joie. Tel le monstre farouche a pressenti sa proie ,
By his avengers, since no place like this Can fit his punishment, or their revenge. Methinks I feel new strengtli within nic rise. Wings growing, and dominion given rte large Beyond this deep; whatever draws mc on. Or sympathy, or some connatural force.
Powerful at greatest distance to unite, With secret amity, things of like kind , By secretest conveyance. Thou, my shade
>^ Inseparable, must with me along :
For death from sin no power can separate. But, lest the difficulty' of passing back Stay his return perhaps over this gulf Impassable, impervious, let us try, (Adventurous work! yet to thy power and mine ISot unagreeable,) to found a path Over this main , from hell to that new world Where Satan now prevails; a monument Of merit high to all the' infernal host,
»6o Easing their passage hence, for intercourse. Or transmigration , as their lot shall lead. Nor can I miss the way, so strongly drawn By this new-felt attraction and instinct. »
Whom thus the meagre shadow answcr'd soon : « Go, whither fate, and inclination strong Leads thee; I shall not lag behind, nor err The way, thou leading; such a scent I draw Of carnage, prcv innumerable, and taste Tlifi savour of death from all things there that live:
*"° Nor shall I to the work thou enterpriscst Be wanting, but afford thee equal aid.»
Et d'une odeur de mort, du fond de sa prison. Hume, le front levé, l'impure exhalaison.
Soudain d'un vol bruyant parlent les deux fantômes : Tous deux du vieux Ciiaos traversent les royaumes : Rien ne peut arrêter leur vol impétueux. Bravant des corps rivaux le choc tumultueux, Tous deux s'en vont chassant, dans l'abime qui gronde, Les tourbillons de l'air, les tempêtes de l'onde ; El roulent devant eux cette orageuse mer Qui s'étend de la terre aux portes de l'enfer. Ainsi, sur l'Océan que tourmente leur rage. Deux venis, rivaux fougueux, soufflent un double orage; Tels en rochers de glace ils entassent ces flols, Des froides mers du nord éblouissant chaos, Qui, des navigateurs barrière insurmontable. Leur ferment du Calhay la route impraticable.
Soudain le Trépas fond sur l'abime grondant; De sa froide massue , émule du trident , Frappe, enchaîne, condense en montagnes de glace Des corps accumulés la gigantesque masse : L'asphalte les cimente , et son œil redouté Achève d'un regard leur immobilité.
Le pont audacieux, dont la largeur égale L'ouverture sans fin de la porte infernale. Cache au fond de l'enfer son vaste fondement ; Son cintre est suspendu sur l'abime écumani ; Et vers l'autre côlé, rempart du nouveau monde. Se termine et s'assied sur sa base profonde. Monde trop malheureux ! quel je prévois ton sort ! Ce pont épouvantable est celui de la mort.
So saving, -nitii delight he snnfTd the sracll Of mortal change on earth. As when a flock Of ravenous fowl, though many a league remote. Against the day of battle, to a field Where armies lie encamp'd, come flying, lur'd With scent of living carcasses, design'd For death the following day, in bloody fight; So scented the grim feature, and upturn'd
'80 nis nostril wide into the murky air, Sagacious of his quarry from so far.
Then both from out hell-gates , into the waste Wide anarchy of chaos damp and dark.
Flew diverse; and with power (tlieir power was great] Hovering upon the waters, what they met Solid or slimy, as in raging sea Tost up and down, together crowded drove. From each side shoaling towards the mouth of hell: As when to polar winds, blowing adverse
Ï90 Upon the Cronian sea, together drive
Mountains of ice, that stop the imagin'd way Beyond Petsora eastward, to the rich Cathaian coast.
The aggregated soil Death with his mace pétrifie, cold and dry. As with a trident, smote ; and fix'd as firm As Delos, floating once; the rest his look Bound with Gorgonian rigour not to move; And with Asphaltic slime, broad as the gate. Deep to the roots of hell the gather'd beacli 3oo They fasten'd, and the mole immense wrought on. Over the foaming deep high-arch'd; a bridge
PARADIS PERDU
De là, prèle à porter les vainqueurs et leur proie, S'élargit , se prolonge une effroyable voie Dont le penchant fatal, des bords de l'univers, Descend rapidement jusqu'au fond des enfers. Tel, si les grands objets aux petits se comparent, Sur ces bords renommés que les ondes séparent , Xerxes, courbant dans l'air l'arc immense d'un pont, De l'Asie en Europe embrassa rilellesponl , Et vint, d'un bras vengeur fouettant les Ilots esclaves, Porter des fers aux Grecs , à l'onde des entraves.
L'ouvTage est achevé : déjà , du noir Chaos Défiant la tempête et dominant les flots, La voûte, dans les airs hardiment suspendue, Prolonge de son arc l'effrajante étendue. Ils partent; et tous deux de l'archange inhumain Interrogent la trace et suivent le chemin, Jus(iu'aux beux où, toucliaut ces régions nouvelles, Vaincjueur, il replia ses triomphantes ailes; Et , loin du sombre abîme , entendit eu repos Murmurer la tempête et rugir le Chaos.
Là. d'un lien puissant, hélas! et trop durable. Leur art unit ce pont à la terre coupable. Ils examinent tout, parcourent tour-à-tour Les célestes lanibris , le terrestre séjour. A leur gauclie est le sombre et terrible Tarlare, Que de ce double empire un long chemin sépare : Trois routes eonduisoient aux trois mondes divers. Dans ce moment , Éden et ses bocages verts Sont le but de leur route : ils marchent ; et leur vue. Sous la forme d'un ange, ô surprise imprévue ! Entre le Scorpion et le brûlant Archer, Découvre au loin Satan que leurs pas vont chercher. Au signe du Bélier qu'iuondoit sa lumière, L'astre du monde alors commençoit sa carrière.
Of length prodigious, joining to the wall Immovable of this now fenceless world.
Forfeit to dcatli ; from hence a passage broad, Smooth, easy, inoffensive, down to hell. So if great things to small may be compar'd, Xerxes the liberty of Greerc to yoke.
From Susa, his Memnonian palace high.
Came to the sea; and, over Hellespont
3'" Bridging his way, Europe with Asia join'd.
And scourg'd with many a stroke the indignant waves.
Now had they brought the work by wondrous art Pontifical, a ridge of pendant rock.
Over the vex'd abyss, following the track Of Satan to the self-same place where he First liglitcd from his wing, and landed safe From out of chaos, to the outside bare Of this round world: with pins of adamant And chains they made all fast; too fast they made
32U And durable ! and now in little space The confines met of empyrean heaven , And of this world; and, on the left hand, hell With long reach intcrpos'd ; three several ways In sight, to each of these three places led. And now their way to earth they had descried. To paradise first tending; when, behold! Satan, in likeness of an angel bright, Lctwixl the Centaur and the Scorpion steering
Satan poursuit sa roule; avec un doux transport Ses horribles enfants l'ont reconnu d'abord.
Lorsqu'Ève eut succombé, l'auteur de sa ruine S'eufuil, chercha l'abri de la forêt voisine; Puis , se rapprochant d'eux sous un aspect nouveau , Il avoil vu l'époux, au fond de leur berceau, Tenté par son épouse, imiter sa foiblesse; Il avoil vu leur honte, après leur courte ivresse. Sous un feuillage vai« cacher leur déshonneur. Mais, dès qu'il aperçut leur juge, leur seigneur. Descendre sur la terre, une frayeur subite Avoit loin de ses yeux précipité sa fuite : Tant l'aspect foudroyant du dieu qu'il a bravé Reste encore en son cœur profondément gravé ! Enfin, larrêt porté, dans la nuit le perfide S'étoit glissé près d'eux, et, d'une oreille avide. Tandis qu'il écoutoit leurs discours douloureux. Lui-même de son sort il fut instruit par eux, Et sut que l'Éternel avoit, dans sa piudence. Pour des temps éloignés réservé sa vengeance. Aussitôt il triomphe: à l'enfer qui l'attend, Il brûle d'aunoncer son succès éclatant. Voilà qu'au bord du pont que bâtit son audace Se présente à ses yeux son exécrable race. De l'horrible famille, 6 quel fut le plaisir! Sur-loul de quel transport Satan se sent saisir. Lorsqu'à ses yeux surpris tout-à-coup se présente Du pont qu'elle éleva la structure imposante! Il ne se lasse point de voir et d'admirer. Celle enfin que les cieux le virent adorer, La Révolte , s'approche et lui tient ce langage :
« Admire dans ce pont ton magnifique ouvrage, Oui, le tien; oui, l'enfer le doit ce monument : Tu sais quels doux rapports , quel tendre sentiment
His zenith, while the sun in Aries rose: 33o Disguis'd he came; but those his children dear Their parent soon discern'd , though in disguise.
He, after Eve seduc'd, unmindcd slunk Into the wood fast by; and, changing shape. To' observe the sequel , saw his guileful act By Eve, though all unweeliug, seconded Upon her husband ; saw their shame that sought Vain covertures ; but when he saw descend The Son of God to judge them, terrified He fled; not hoping to escape, but shun 340 The present; fearing, guilty, what his wrath Might suddenly inflict : that past, return'd By night, and listening where the hapless pair Sat in their sad discourse, and various plaint. Thence gathet'd his own doom; which understood Not instant , but of future time; with joy And tidings fraught, to hell he now return'd; And at the brink of chaos, near the foot Of this new wondrous pontifice, unhop'd Met, who to meet him came, his offspring dear. 3&0 Great joy was at their meeting, and at sight Of that stupendous bridge his joy increas'd. Long he admiring stood, till Sin, his fair Enchanting daughter, thus the silence broke : « O parent , these are thy magnifie deeds , Thy trophies ! which thou view'st as not thine own ;
Par des nœuds éternels nous attachent ensemble ;
Même vœu, même espoir, même sort nous rassemble.
Aussi , quand loin de loi des présages seci-ets
Avertirent mon cœur de tes heureux succès
( El ton aspect ici confirme mon augure) ,
Soudain le cri du sang, la voix de la nafui'e ,
Un charme impérieux , m'appelèrent vers toi :
Des mondes vainement te séparoient de moi,
A vivre loin de toi rien ne put me résoudre;
Le sort forma nos nœuds ; rien ne peut les dissoudre :
L'Erèbe, le Chaos ne m'arrêtèrent pas.
Tous les deux nous brûlions de marcher sur tes pas ;
Enl'ermés si long-temps dans ces prisons affreuses,
Si nous avons franchi leurs routes ténébreuses.
Nous le devons à loi; c'est par loi que nos mains
Ont de ces noirs états reculé les confins;
Par toi, ce pont hardi, ce monument sublime,
Étonna le Chaos , et régna sur l'abîme.
De Dieu , dans son ouvrage , heureux triomphateur,
Toi seul, de nos revers humilias l'auteur ;
Maître de cette terre , enfin , par tes conquêtes ,
Tu consoles nos maux et venges nos défaites ;
Tu règnes ici-bas, et tu servois aux cieux.
Laisse dans son palais ce roi victorieux ;
Ainsi l'a des combats décidé la fortune :
Il nous épargne au moins sa présence importune.
De son pouvoir ici tranquille successeur.
Lui-même t'en laissa le libre possesseur;
Avec tes grands desseins sa volonté conspire;
Il veut qu'entre vous deux vous partagiez l'empire ;
Loin de décourager les glorieux essais ,
Son triomphe lui-même assure tes succès ;
Ou , s'il lenloit encor les hasards de la guerre ,
Thou art thcir author, and prime architect : For 1 no sooner in my heart divin'd (My heart, which by a secret harmony Still moves with thine, join'd in connexion sweet,) 3Go That thou on earth hadst prosper'd, which thy looks Now also evidence, but straight I felt, Though distant from the worlds between, yet felt , That 1 must after thee, with this thy son; Such fatal consequence unites us three ! Hell could no longer hold us in our bounds, Nor this unvoyageable gulf obscure Detain from following thy illustrious track. Thou hast achiev'd our liberty, conlin'd Within hell-gates till now; thou us empoweHd
^T> To fortify thus far, and overlay.
With this portentous bridge, the dark abyss. Thine now is all this world; thy virtue' hath won What thy hands builded not; thy wisdom gain'd With odds what war hath lost, and fully' aveng'd Our foil in heaven ; here thou shalt monarch reign , There didst not : there let him still victor sway. As battle hath adjudg'd; from this new world Retiring, by his own doom alienated; And henceforth monarchy with thee divide
330 Of all things, parted by the' empyreal bounds, His quadrature, from thy orbicular world; Or try thee now more dangerous to his throne. » Whom thus the prince of darkness answer'd glad :
Qu'il sache ce que peut l'enfer joint à la terre. »
Le fier Satan répond : « Fille charmante ! et toi , Que par un double nœud le sang unit à moi ! A ces nobles liens vos exploits feront croire. Ennemi du Très-Haut (et Satan en fail gloire), Combien ne dois-je pas à vos généreux soins ! Vos amis de l'enfer ne vous doivent pas moins. Ces deux mondes rivaux, grace à votre industrie, Ne sont qu'un même état, qu'une même patrie. Le ciel a vu de près vos exploits triomphants. Et mon orgueil charmé jouit dans mes enfants. Allez donc; et tandis qu'aux rives infernales, Où mènent de ce pont les arches triomphales , J'irai conter leur gloire et mes heureux travaux , Vous, marchez à travers tous ces mondes nouveaux; Cherchez du frais Éden les riantes demeures ; Là, coulez désormais les plus aimables heures; Là, fixez vos destins; goûtez-y pour jamais Les charmes du pouvoir, le calme de la paix. De là régnez sur l'air, et commandez à l'onde , Sur-tout à ce vaincu qu'on nomme roi du monde; Accablez-le de fers , d'opprobres et de maux , El pour jamais , enfin , détruisez vos rivaux : Je vous remets mes droits; faites en mon absence Reconnoitre Satan , respecter sa puissance. Que mon autorité se partage enti-e tous ; Vous régnerez par moi, je régnerai par vous. De nos pouvoirs unis si la force conspire , De quel éclat nouveau va briller cet empire ! Allez , soyez heureux , soyez dignes de moi ; Honorez votre père , et servez votre roi. »
Il dit : dans un chemin bordé d'astres sans nombre , Ils volent ; devant eux s'étend un voile sombre;
■< Fair daughter, and thnu son and grandchild both;
nigh proof ye now have given to be the race
Of Satan, ( for I glory in the name.
Antagonist of heaven's Almighty King ,
Amply have merited of me, of all
The' infernal empire, that so near heaven's door
390 Triumphal with triumphal act have met.
Mine, with this glorious work; and made one realm,
Hell and this world, one realm , one continent.
Of easy thoroughfare. Therefore while I
Descend through darkness, on your road with case.
To my associate powers, them to acquaint
With these successes, and with them rejoice;
You two this way, among these numerous orbs.
All yours , right down to paradise descend ;
There dwell and reign in bliss; thence on the earth
4"o Dominion exercise and in the air.
Chiefly on man , sole lord of all declar'd ; Him first make sure your thrall, and lastly kill. My substitutes I send ye, and create Plenipotent on earth , of matchless might Issuing from me : on your joint vigour now My hold of this new kingdom all depends, Through sin to death expos'd by my exploit. If your joint power prevail, the affairs o( Iiell No detriment need fear; go, and be strong. »
<'° So saving, he dismiss'd them. They with speed Their course through thickest constellations held,
PARADIS PERDU
Le soleil en pâlii , l'air en est infecté. Cependanl, sur l'aijimc en triomphe porté, Salan poursuit sa route au ténébreux rivage. En vain le noir Chaos, contre un pont qui l'outrage, Gronde, écume, et le bat de ses (lois courroucés, Qui, toujours menaçants, sont toujours repoussés. Satan enfin arrive à la porte fatale : Il entre; les gardiens de la rive infernale Avoienl quille ces lieux; le peuple des enfers , Laissant leurs murs sans garde et leurs confins déserts, Au centre de l'empire erroit sous ces porli([jjes, De leur monarque absent demeures magnirupies : Une garde y veilioit ; tous les chefs de l'état, Inquiets du retard de leur grand potentat. Dans ce palais pompeux délibéroienl ensemble. Là , de leur souverain l'ordre exprès les rassemble ; Lui-même, à son départ pour des mondes lointains, Leur avoit de l'étal confié les destins. Tous les coeurs altcndoient avec impatience Qu'un retour si tardif leur rendit sa présence. Il vient ; d'un ange obscur il emprunte les traits, Glisse à travers la foule, entre dans le palais. Observe, inconnu d'eux, tous les grands de l'empire, Monte enfin, et s'assied sur un trône où respire Toute la majesté qui sied au nom royal : L'or et la pourpre ornoient le siège impérial. Là, sans se dévoiler, sans rompre le silence. Il promène ses yeux sur cette foule immense. Soudain, tel qu'échappé de son nuage obscur.
Spreading their bane; the blasted stars look'd wan,
And planets, planet-struck, real eclipse
Then sulTcr'd. The other way Satan went down
The causey to hell-gate : on cither side
Disparted chaos ovcr-huilt exclaim'd ,
And with rebounding surge the bars assail'd
That scorn'd his indignation: through the gate,
Wide open and unguarded, Satan pass'd,
4^0 And all about found desolate; for those
Appointed to sit there had left their charge.
Flown to the upper world; the rest were all
Far to the' inland retir'd , about the walls
Of Pandemonium; city and proud seat
Of Lucifer, (so by allusion call'd
Of that bright star, to Salan paragon'd;)
There kept their watch the legions, wliile the grand
In council sat, solicitous what chance
Might intercept their emperor sent; so he
43o Departing gave command, and they observ'd. As when the Tartar from his Russian foe , By Astraean, over the snowy plains.
Retires; or Bactrian Sophi, from the horns Of Turkish crescent, leaves all waste beyond The realm of Aladule, in his retreat To Tauris or Casbeen : so these, the late Heaven-banisb'd host , left desert utmost hell Many' a dark league, reduc'd in careful walch Round their metropolis; and now expecting
4<o Each hour their great adventurer, from the search Of foreign worlds He, through the midst unraark'd, In show plebeian-angel militant Of lowest order, pass'd; and bom the door
Un astre reparoît plus brillant et plus pur.
Il éclate, il se montre en des flots de lumière,
Restes éblouissants de sa splendeur première.
A peine il a paru de gloire environné,
Tout ce peuple aussitôt vers son roi s'est tourné :
De lein's cris redoublés la voûte an loin résonne.
Au même instant, les chefs, soutiens de sa couronne,
Descendent de lem" trône, et, lui prouvant leur foi,
D'un murmure d'amour environnent leur roï.
Tout-à-coup il étend sa main majestueuse ;
A ce signe se lait sa cotir respectueuse.
« Trônes , principautés , rois , dominations ; Ces titres, leur dit-il, ne sont point de vains noms; Non, je vous donne ici des litres véritables, De votre anlitpie rang attributs respectables ; (^ar mes heureux succès ont passé mon espoir : (Jui , j'ai rempli vos vorux , j'ai rempli mon devoir. Vous donc, d'un Dieu jaloux courageuses victimes, Vainement sa colère a creusé ces abîmes : De la profonde horreur de cet affreux séjour. C'est moi, c'est voire roi qui doit vons rendre au jour; Un monde vous attend, au sortir des supplices. Dont votre ciel natal envieroit les délices. Par combien de périls , d'ennuis et de travaux , J'ai trouvé, j'ai conquis ces royaumes nouveaux! Tanlôt forcé d'errer dans le néant du vide, Tantôt dans le Cbaos voyageur intrépide, J'errois et subjugnois les bouillons orageux Qu'embrasse enfin un pont , monument courageux
Of that Plutonian hall, invisible Ascended his high throne; which, under slate Of richest texture spread , at the' upper end Was plac'd in regal lustre. Down a while lie sat, and round about him saw, unseen. At last, as from a cloud, his fulgent head
45o And shape star-bright appear'd, or brighter; clad With what permissive glory since his fall Was left him , or false glitter : all ama/.'d At that so sudden blaze, the Stygian throng Bent their aspect, and whom they wish'd beheld. Their mighty chief return'd : loud was the acclaim : Forth rush'd in haste the great consulting peers, Rais'd from their dark divan, and with like joy Congratulant approach'd him ; who with hand Silence, and with these words attention won.
4G0 « Thrones, dominations, princedoms, virtues, powers; For in possession such, not only' of right, I call ye, and declare ye now; return'd Successful beyond hope, to lead ye forth Triumphant out of this infernal pit Abominable, accurs'd, the house of woe.
And dungeon of our tyrant: now possess. As lords, a spacious world, to' our native heaven Little inferior, by my adventure hard With peril great achiev'd. Long were to tell
■170 What I have done; what suffer'd; with what pain Voyag'd the unreal, vast, unbounded deep Of horrible conlusion; over which By Sin and Death a broad way now is pav'd , To expedite your glorious march ; but I Toil'd out my uncouth passage, forc'd to ride
Bâti par le Trépas spcoiidé de sa mère , Où vient des flols grondants expirer la colère ; La voûle vous présente un facile chemin : Mais moi seul, enfoncé dans des gouffres sans (in, Hardi nocher, vaincpieur d'une onde innavigable, Il rn'a fallu voguer d'une aile infaliga')le A travers ces torrents , ces fougueux, tourbillons ; Tracer à longs détours de péniiiles sillons Dans le sein du Chaos, de la Nuit éternelle (Car la Nuit envieuse et le Chaos rebelle Craignoient à mes regards de trahir leurs secrcls , Et m'opposoient du sort les augustes décrets) ; Mais enfin j'ai vaincu; j'ai découvert un monde, Mélange heureux de l'air, de la terre et de l'onde. De ce monde enchanteur paisible souverain , L'homme, eu des bois fleuris et sous un ciel serein , De ses trésors naissants savouroil les prémices. Et c'est à nos malheurs qu'il devoit ces délices ! Son bonheur m'irritoit ; par un fruit défendu- J'ai tenté sa foiblesse, et ce fruit l'a perdu. Qui l'auroit pu penser ? sa ridicule offense A d'un roi ridicule irrité la vengeance. Ces favoris à peine établis dans ces lieux , Lui-même nous les livre, et leur monde avec eux. J'ai conquis sans combat leur immense héritage ; Et la terre aux enfers est échue eu partage. « Dirai-je de ce Dieu i'éti-ange jugement ? Un être sans raison, mon ar/eugle instrument, •A porté sur lui seul le poids de sa justice. A des temps incertains renvoyant mon supplice , Entre l'homme et ma race il met l'inimitié ; De mon dard quelque jour je dois blesser son pié ; De son pied quelque jour il doit fouler ma tête.
The' untrautable abyss, plung'd in the womb Of unoriginal night and chaos wild; That, jealous of their secrets, fiercely' oppos'd My journey strange, with clamorous uproar
43o Protesting fate supreme; tliencc how I found The new-created world, which fame in heaven Long had foretold, a fabric wonderful.
Of absolute perfection ! therein man Plac'd in a paradise, by our exile Made happy : him by fraud I have seduc'd From his Creator; and, the more to' encrease Your wonder, with an apple; he, thereat Olfended, (worth your langhter!) hath given up lioth his beloved man and all his world,
49^ To sin and death a prey, and so to us. Without our hazard, labour, or alarm; To range in, and to dwell, and over man To rule, as over all he should have rul'd.
« True is, me also he hath jiidg'd, or rather Me not, but the brutc-serpenl in whose shape Man I deceived: that which to nie belongs. Is enmity, which he will ]>ul between Me and mankind; I am to bruise his heel; His seed (when, is not set) shall bruise my head.
^°° A world who would not purchase with a bruise.
Or much more grievous pain? — Ye have the account Of my performance : what remains, ye gods! But up, aud enter now into full bliss? — »
Ai-je done trop du monde acheté la coiit|uéte i' Ce beau lieu vous attend : parlez ; je vous promets Des torrents de bonheur et des siècles de paix. »
A ces mots il se lait ; il attend qu'on éclate En acclamations dont son orgueil se Halte : Mais quand il se promet des applaudissements , L'air soudain retentit d'horribles sifflcnienls. A ce bruit imprévu Satan surpris se trouble; Mais combien sa surprise et sa honte redouble, Lorsqu'il sent lout-à-coup , par uu cruel affront , Se rétrécir sa tète et s'alonger son front ! Ses bras collés aux flancs, ses pieds roulés ensemble. Traînent en longs replis le corps qui les rassemble. De son trône sans gloire il s'élance , il s'abat : Sous sa forme rampante en vain il se débat; La main du Tout-Puissant sur lui pèse et le dompte ; Ce qui fit son succès aujourd'hui fait sa honte. Il veut parler : trois dards, qu'il agite à-la-fois. Remplacent, en sifflant, l'organe de sa voix. Dans le même destin , rois , sujets se confondent; Aux -sifflements aigus les sifflements répondent : * L'un par l'autre saisis, l'un par l'autre embrassés, Tous par d'horribles nœuds se sont entrelacés. De leurs sinistres sons tout le palais résonne, La nature en frémit, l'enfer même s'élonne; Par un forfait commun l'orgueil les réunit , D'un châtiment commun l'Éternel les punit. INIoins de monstres sont nés du sang de la Gorgone. Seul, dominant encor tout ce qui l'environne, Satan offre aux regards un superbe dragon ; Moins terrible autrefois parut le fier Python, Ce monstre que la fable, en une fange immonde. Fil naitre des rayons de l'astre aident du monde.
So having said, awhile he stood, expecting Their universal shout and high applause To fill his ear; when, contrary, he hears On all sides, from innumerable tongues, A dismal universal hiss, the sound Of public scorn : he woodcr'd, but not long
5'o Had leisure, wondering at himself now more; His visage drawn he felt to sharp and S])are; His arms clung to his ribs; his legs entwining Each other, till supplanted down he fell, A monstrous serpent on his belly prone. Reluctant, but in vain; a greater power INow rul'd him, punish'd in the shape he sinn'd, According to his doom : he would have spoke. Hut hiss for hiss return'd with forked tongue To forked tongue; for now were all transforra'd
^^° Alike, to serpents all, as accessories To his bold riot : dreadful was the din Of hissing through the hall, thick swarming now With complicated monsters head and tail , Scorpion, and Asp, aud Ampliisbxna dire. Cerastes horn'd. Hydros, and Elops drear, And Dipsas; (not so thick swarm'd once the soil Bcdro|)t with blood of Gorgon, or the isle Ophinsa,) but still greatest he the midst, ISow dragon grown, larger than whom the sua
53o lugendcr'd in the Pythian vale of slime,
Huge I'ython; and his power no less he secm'd
PARADIS PERDU
Tel paroissoit Saian , tel hrillani de splendeur, 11 montre à ses sujets un reste de grandeur. Dislinfjué par sa forme, il l'est par son courage : Leur rage, aveugle encore, obéit h sa rage. Il sorl; tout l'accompagne : ils arrivent aux lieux Où tous ceux qu'épargna la vengeance des cieux Veuoient à chaque poste, ou , joignant leurs bannières, Déployoient dans les champs leurs phalanges guerrières, Attendant que ce chef, objet de tant de vœux , Superbe et triomphant, reparoisse à leurs yeux. Mais quel spectacle affreux trompe leur espérance ! Par-tout de noirs serpents s'offre une horde immense. I/effroi glace leurs cœurs : même sort les attend; Ce que chacun abhorre, il l'éprouve à l'instaul : Leurs bras sont eachaiués par dlnTincibles charmes ; Même effroi fait tomber les guerriers et les armes. Tous , poussant à-la-fois des sifUemenls affreux , Suivent, en se traînant, leurs frères malheureux : Un même châtiment punit le même crime; D'une horreur mutuelle un instinct unanime Fait siffler tous les dards; et leur orgueil surpris Reçoit , au lieu d'honueurs, les signes du méiiris.
Pour aggraver leurs maux ( le ciel ainsi l'ordouui; ) , Enfanté lout-à-coup, un verger les étonne; Les fruits dont chaque tige étale le trésor. Ainsi que dans Édcn , brillent de pourpre cl d'or : Leur beauté d'Eve encor tenteroil l'innocence. Leur long élonnement les contemple en silence ; De cet arbre interdit les plants multipliés Semblent un nouveau piégc à leurs yeux effrayés : Mais la faim et la soif toul-à-coup les enflamme;
Above the rest still to retaiu. They all Him foiiow'd, issuing fortli to the' oj>eu field, Where all yet left of that revolted rout, Heaven fall'ii, in station stood or just array; Suhliine with expectation, when to see In triumph issuing forth their glorious chief. They saw, but other sight instead ! a crowd Of ugly serpents; horror on them fell, *<o And horrid sympathy; for, what they saw.
They felt themselves, now changing; down their arms,
Down fell both spear and shield; down they as fast;
And the dire hiss renew'd, and the dire lorm
Catch'd by contagion; like in punishment.
As in their crime. Thus was the' applause they meant,
Turn'd to exploding hiss, triumph to shame.
Cast on themselves from their own mouths.
There stood A grove hard by, sprung up with this their change, (His will, who reigns above) to aggravate ^^° Their penance, laden with fair fruit, like that Which grew in paradise, the bait of Eve, Us'd by the tempter : on that prospect strange Their earnest eyes they fix'd, imagining For one forbidden tree a multitude Now risen, to work them further woe or shame; Yet parch'd, with scalding thirst and hunger fierce, Though to delude them sent, could not abstain; But on they roll'd in heaps, and, up the trees Climbing sat thicker than the snaky loclis ^''0 That curl'd Mcgxra : greedily they pluek'd
Le besoin dévorant s'empare de leur ame.
Tout s'élance à-la-fois ; leurs bataillons pressés
Autour de chaque tronc se sont entrelacés ,
S'y suspendent en foule, et , parmi la verdure,
Présentent d'Alecton l'horrible chevelure :
Ils arrachent ces fruits, aussitôt dévorés.
D'un moins brillant émail paroissoient colorés
Ces beaux fruits qu'admiroit, sur ses rives infâmes,
Ce lac dont le bitume alimentoit les flammes :
Ceux-là trompoient les yeux , et ceux-ci le palais.
Ils convoitent en vain leurs perfides attraits;
Au lieu du doux nectar d'une sève abondante ,
Ils laissent dans la bouche une âcreté mordante ,
Une affreuse amertume; et le monstre ctonué
Rejette avec horreur le fruit empoisonné.
Mais leur âpre saveur vainement les dégoilte;
Leur faim demande encor les mets qu'elle redoute;
El, maudissant du fruit la trompeuse couleur,
Leur bouche se déchire et se lord de douleur.
Ainsi ces malheureux qui se rioient de l'homme
Une fois abusé par la fatale pomme ,
Du fruit toujours maudit se nourrissent toujours.
Leur forme enfiu reuail; mais chaque an dans son cours
r, amène leur supplice, et de leur gloire impie
Par la honte et la faim l'insolence s'expie.
Cependant la Révoll(î et le hideux Trépas Vers le riant Éden précipitent leurs pas; La Révolte en bannit la crt'dule innocence; Elle y vient elle-même établir sa puissance, Attendant que son fds, sur son pâle coursier, Bientôt à ses fureurs vienne s'associer.
The fruitage fair to sight, (like that which grew rvear that bituminous lake where Sodom flam'd; This more delusive, not the touch but taste Dcceiv'd;) they fondly thinking to allay Their appetite with gust, instead of fruit Chew'd bitter ashes, which the' offended taste With spattering noise rejected : oft they' assay'd Hunger and thirst constraining; drugg'd as oft, With hatefullcsl disrelish writh'd their jaws, i/o With soot and cinders fill'd ; so oft they fell Into the same illusion, not as man Whom they triumph'd once laps'd. Thus were they plagn'd And worn with famine, long and ceaseless hiss. Till their lost shape, permitted, they resum'd; Yearly enjoin'd , some say, to undergo This annual humbling certain number'd days. To dash their pride and joy, for man seduc'd. However, some tradition they dispers'd Among the heathen, of their purchase got,
i«o And fabled how the serpent, whom they call'd Ophion, with Eurynomc, (the wide- Encroaching Eve perhaps,) had first the rule Of high Olympus; thence by Saturn driven And Ops, ere yet Dictœan Jove was born.
Meanwhile in paradise the hellish pair Too soon arriv'd; Sin, there in power htfore, Once actual; now in body, and to dwell Habitual habitant; behind her Death, Close following pace for pace, not mounted yet
590 On his pale horse : to whom Sin thus began :
« Eh bien! dit la Rcvolle en tressaillant de joie, Payâmes-nous trop cher une si belle proie ? Misérables geôliers aux portes des enfers, Enfin nous voilà rois de ce riche univers ! »
< L'enfer, dit le Trépas, et son horrible porte, Le paradis , le ciel , la terre , que m'importe ? Par-tout oil se pourra rassasier ma faim,
Jesl là qu'est mon séjour; dans cet étroit jardin oomment puis-je assouvir cette faim dévorante Jue chaque instant irrite, et que rien ne contente? [1 faut un champ plus vaste à ma voracité. » A ce fils monstrueux par* l'inceste enfanté :
< Eh bien! que tardes-tu, dit sa perfide mère; M ce riche séjour ne peut te satisfaire. Prélude dans ces lieux à tes riches banquets : rroupeaux, oiseaux, poissons, pour tes festins sont prêts ; Dui, tout ce que du Temps l'avide faux moissonne, rout ce que Dieu créa , ta mère te le donne :
Mais attends seulement que mes attraits vainqueurs (Vient séduit les esprits et corrompu les cœurs ; !\.lors j'ouvre à ta îâim une immense carrière, Et , dès ce jour, ta proie est la nature entière. »
L'un et l'autre, à ces mots, par deux chemius divers, Courent de leurs poisons infecter l'univers. Portent par-tout le deuil, le crime et le ravage ; Terre , hommes , animaux , sont promis à leur rage. Le Très-Haut les a vus de sou trône éternel :
« Vous voyez les fureurs de ce couple cruel , Dit-il aux purs esprits dont la cour l'environne; Par-tout à pleine main l'un et l'auU'e moissonne ;
« Second of Satan sprung, all-conquering Death! What think'st thou of our empire now, though eain'd With travail difficult, not better far Than still at hell's dark threshold to' have sat watch, Unnam'd, undreaded, and thyself half starv'd? » — — Whom thus the sin-born monster answer'd soon : « To me, who with eternal iamine pine, Alike is hell, or paradise, or heaven; There best, where most with ravin I may meet;
fiuo Wliich here, though plenteous, all too little seems To stuff this maw, this vast un-hid('bound corpse. »
To whom the' incestuous mother thus replied : c< Thou therefore on these herbs, and traits, and flowers, Feed first; on each beast next, and fish, and fowl; No homely morsels! and, whatever thing The scythe of time mows down, devour unspar'd; Till I, in man residing, through the race^ His thoughts, his looks, words, actions, all infect; And season him thy last and sweetest prey. »
Giu This said, they both betook them several ways. Both to destroy, or unimmortal make All kinds, and for destruction to mature Sooner or later, which the' Almighty seeing. From his transcendent seat the saints among. To those bright orders uttcr'd thus his voice :
« See, with what heat these dogs of hell advance To waste and havoc yonder world , which 1 So fair and good created; and had still Kc^t in that state , bad not the folly' of man
••20 Let in these wasteful furies , who impute Folly to me; so dolli the prince of hell
Beauté, vertu, tout meurt; je ne reconnois plus
Ces lieux où mon amour et mes yeux se sont plus.
Que j'aurois conservés , si l'imprudence humaine
D'un couple destructeur n'eiit appelé la haine.
Les enfers et leur chef blasphèment contre moi ;
J'ai remis , disent-ils, ce monde sous leur loi ;
Et d'un jaloux orgueil écoutant la vengeance ,
A leur lâche fureur j'ai livré l'innocence.
Aveugles instruments, ils ne se doutent pas
Que moi-même en ces lieux j'ai dirigé leurs pas ;
Qu'ils sont venus, contraints par mes ordres suprêmes.
Purifier ces lieux qu'ils ont souillés eux-mêmes.
Se gorger de carnage et s'enivrer de sang,
Jusqu'à ce que d'effroi, de douleur rugissant.
Dans tes mains, ô mon fils ! ô mon unique joie !
De l'avare sépulcre ils remettent la proie ;
Que dans leurs noirs cachots tu plonges ces pervers ,
Et scelles pour jamais les portes des enfers.
Alors tu reverras sourire la nature ,
Renaître un ciel plus saint , une terre plus pure ;
Mai'i jusque-là la terre et le ciel profanés
Satisferont au Dieu qui les a condamnés. »
Il dit; et lout-à-coup les harpes, les cantiques Font des palais divins retentir les portiques : Plus nombreux, plus bruyants que les vagues des mers, De longs alleluia résonnent dans les airs : « Qui pourroit s'opposer à ton pouvoir auguste ? Salut! Être éternel, toujours grand, toujours juste! " Puis ils chantent son fils, l'homme régénéré. Le ciel purgé du crime , et le monde épuré.
And his adherents, that with so much ease 1 suffer them to enter and possess ,. A place so heavenly; and, conniving, seem To gratify my scornful enemies , That laugh, as if (transported with some fit Of passion) 1 to them had quitted all , At random yielded up to their misrule; And know not that I cali'd, and drew them thither,
CJo i\]y hell-hounds, to lick up the draff and filth Which man's polluting sin with taint hath shed On what was pure ; till , cramm'd and gorg'd , night burst With suck'd and glutted offal , at one sling Of thy victorious arm, well-pleasing Son, Both Sin and Death, and yawning grave, at last, Through chaos hurl'd, obstruct the mouth of hell For ever, and seal up his ravenous jaws. Then heaven and earth renew'd shall be made pujc To sanctity, that shall receive no stain :
''•" Till then, the curse pronounc'd on both proceeds. » He ended, and the heavenly audience loud Sung Halleluiah, as the sound of seas, Through multitude that sung : « Just are thy ways , Righteous are thy decrees on all thy works; Who can extenuate thee? Next, to the Son, Destined restorer of mankind, by whom New heaven and earth shall to the ages rise , Or down from heaven descend. » Such was thcij' soL'g : While the Creator, calling forth by name
'^'Jo His mighty angels, gave them several charge. As sorted best with present things. The suu Had first his precept so to move, so shine.
PARADIS PERDU
Aiissilôl, par leurs noms le Toiil-Piiissanl appelle Ses ministres ailés ; il confie à leur zèle Le bouleversement des saisons et des jours. Le soleil le premier doit, en changeant son cours, Tantôt de feux hrûlanls dévorer la nature, Tantôt laisser dans l'air régner l'âpre froidure; Du pôle boréal partent les noirs frimas ; Du sud l'ardent solstice embrase les climats. L'un de l'humide nuit va guider la courrière , De SCS frères erranis diriger la carrière, Leur vitesse, leurs feux rapidement croisés. Leur rencontre sinistre et leurs fronis opposés; Aux astres réguliers d'autres marcpient leur course. De leurs feux malfaisants ils préparent la source : Les astres orageux, dans un sombre appareil. Escortant le lever, le coucher du soleil , Des torrents pluvieux précipitent la chute. Déjà, près d'exercer leur effroyable lutte. Dominateurs des eaux, fougueux tyrans des airs. Les vents sont établis dans leurs climats divers , Et prêtent à l'envi , pour ravager la terre , Leur souffle à l'ouragan , leurs ailes au tonnerre. Fécond comme l'automne et beau comme l'été , Le printemps ré;^noit seul : l'Élerncl iirilé, Du soleil qui meut tout par sa chaleur féconde, Ordonne d'écaricr les deux pôles du monde. Les anges à sa voix , avec de longs efforts , De Tardent équateur éloignent ce grand corps.
As might affect tlic earth with cold and heal Scarce tolcrai)le; and from the north to call Decrepit NVint<;r; Iroin the south to bring Solstitial Summer's heat. To the blank moon Her office they prescribed; to the other Kve Their planetary motions, and aspects, la sextile, square, aud trine, and opposite,
660 Of noxious efficacy, and when to join In synod uiibeuign : and taught the fix'd Their influence malignant when to shower; Which of them rising with the sun, or falling. Should prove tempestuous : to the winds they set Their corners, when with bluster to confound Sea, air, and shore; the thunder when to roll With terror through the dark aerial hall. Some say, he bid his angels turn askance The poles of earth, twice ten degrees and more,
670 From the sun's axle; they with labour push'd Oblique the centric globe: some say, the sun Was bid turn reins from the equinoctial road Like distant breadth to Taurus, with the seven Atlantic Sisters , and the Spartan Twins , L)p to the Tropic Crab; thence down amain By Leo, and the Virgin, and the Scales, As deep as Capricorn; to bring in change Of seasons to each clime; else had the spring Perpetual smil'd on earth with verdant flowers,
680 Equal in days and nights, except to those Beyond the polar circles : to them day Had unbeniglited shone, while Uie low sun, To recompense his distance, in their sight Had rounded still the' horizon, and not known Or cast or west : which had forbid the snow
A la voix du Très-Haut, I'aslre de la lumière, Peut-être aussi changea son oblique carrière; Et, poursuivant sa marche en ses douze maisons, Dans son cours inégal varia les saisons. Peul-êUe aussi, quand l'homme à son Dieu fut parjure , Un tremblement d'horreur ébranla la nature , Et, rompant l'équilibre et des nuits et des jours, Cet aslre épouvanté changea soudain son cours.
Dans les champs de la terre, au séjour des orages, Le désordre par-tout étendit ses ravages; Bientôt, de la Révolte abominable enfant, La Discorde naquit , et d'un vol triomphant Aux êtres animés courut souffler sa rage. Tout s'arma, tout brûla de la soif du carnage : Les oiseaux, dans les airs, fondoient sur les oiseaux; Le poisson poursuivoit le poisson sous les eaux; Les troupeaux , dédaignant leur pâture innocente , L'un sur l'autre, en grondant, porloicnt leur dent san- Tous pour leur souverain perdirent le respect, [glanle; L'un , saisi de terreur, s'enfuit à son aspect ;, Un autre , en frémissant , lui jette à son passage Des regards de fureur ou des accents de rage; Le désordre est par-tout. Adam épouvanté Voudroit des bois profonds chercher l'obscurité; Par-tout l'orage éclate, et son ame troublée, D'un plus terrible orage , hélas ! est ébranlée. Il succombe, il gémit, il pousse des sanglots; Et son cœur oppressé se soulage eu ces mots :
From cold Estotiland , atfd south as far Beneath Magellan. At that tasted fruit The sun, as from Thyestean banquet, turn'd His course intended; else, how had the world
Ca» Inhabited, though siiJcss, more than now. Avoided pincliing cold and scorching heat? These changes in the heavens, though slow, produc'd Like change on sea and laud; sidéral blast. Vapour, and mist, and exhalation hot, Corrupt and pestilent : now, from the north Of Norumbcga and the Samoid shore.
Bursting their brazen dungeon, arm'd with ice. And snow, and hail, and stormy gust and flaw, Boreas and CîEcias, and Argestes loud,
700 And Thracias, rend the woods, and seas upturn; With adverse blast upturns them from the south ISotus, and Afer black with thunderous clouds From Serraliona : thwart of these, as fierce. Forth rush the Levant and the Ponent winds, Eurus and Zephyr, with their lateral noise. Sirocco and Libecchio.
Thus began Outrage from hfeless things; but discord first. Daughter of Sin, among the' irrational Death introduc'd , through fierce antipathy :
7'o Beast now with beast 'gan war, and fowl with fowl. And fish with fish; to graze the herb all leaving, Devour'd each other; nor stood much in awe Of man, but fled him; or, with countenance grim, Glar'd on him passing. These were from without The growing miseries, which Adam saw Already' in part, though hid in gloomiest shade. To sorrow' abandon'd, but worse felt wilhio ;
« Après tant de bonheur, eh quoi ! lanl d'inforluues ! Fuyez , de mes plaisirs images iinporlunes ! Le voilà donc ce monde autrefois si charmant ! Et moi, donl la présence en éioit l'ornement, Voifà mon sort ! Du ciel l'amour se change tn li;>ine; (îomme il versoit la joie, il nous verse la peine. Je fuis devant ce Dieu dont la céleste voix. Dans ces lieux enchanteurs, me charma tant de fois: Sa haine de mon crime est le juste salaire. Ah ! que ne peut la mort terminer ma misère ! Mais ce trépas si doux et si bien mérité, Finiroit-il les maux de ma postérité .^.. Non . non ; mes descendants , leurs fils , toute ma race , Doivent de mes malheurs perpétuer la trace. O voix que j'entendis avec un doux transport : Croissez! multipliez.' Et pour qui.'' pour la mort. De mes maux renaissants victime héréditaire, Chaque âge maudira l'auteur de sa misère : Il faut attendre, au lieu de bénédictions, Un concert de douleurs et d'imprécations. O plaisirs passagers , suivis de longs supplices !
« O Dieu ! t'avois-je donc demandé ces délices ? Ne m'as-lu donc comblé de richesse et d'honneur. Que pour me renverser du faite du bonheur ? Falloit-il dans mes traits, ton plus parfait ouvrage, Pour l'effacer toi-même imprimer ton image .■* A mon limon poudreux n'as-lu pu me laisser ? Ce qu'on a pu vouloir, on y peut renoncer : Reprends ces biens cruels, ces dons que je déteste.
And, in a troubled sea of passion lost, Thus to disburden sought with sad complaint:
720 „0 miserable of happy! Is this the end
Of this new glorious world: and me, so late The glory of that glory, who now become Accurs'd, of blessed? hide me from the face Of God, whom to behold was then ray liighlh Of happiness! — Yet well, if berc would cud The misery; 1 descrv'd it, and would bear My own deservings; but this will not serve: All that I eat or drink, or shall beget. Is propagated curse. O voice, once heard
73o Delightfully, Increase a/id multiplj;
Now death to hear! for what can I Increase, Or multiply, but curses on my head?
Who of all ages to succeed, but, feeling The evil on him brought by me, will curse My head ? Ill fare our ancestor impure ; For this we may thank Adam! but his thanks Shall be the execration: so, besides Mine own that bide upon me, all from me Shall with a fierce reflux on me rebound;
7*0 On me, as on their natural centre, light Heavy, though in their place. O fleeting jovs Of paradise, dear bought with lusting woes! «Did 1 request thee, Maker, from my clay To mould me man? did I solicit thee From darkness to promote me , or here place In this delicious garden? As my will Concurr'd not to my being, it were but right And equal to reduce me to my dust; Desirous to resign and render back
7^ k\\ I receiv'd; unable to perform
Pourquoi m'affligeas-tu de ce bonheur funeste .' Quand de le conserver lu m'imposas la loi , Devois-tu sans secours m'abandonner à moi .' Le perdre n'est-il point assez pour la justice .' Faut-il y joindi'c encore un éternel supi)lice.'* Ah ! que dis-je ? et comment osé-je l'accuser ? De tes bontés encor n'est-ce pas abuser? A ces conditions je reçus la naissance, J'acceptai le bienfait... j'en dois la récompense. A son père en courroux un Ills dénaturé Diroil-il : Du néant pourquoi m'as-tu tiré ? Je ne t'en priois pas. Et cependant son être Est le fruit du hasard, et ton choix m'a fait naître. Ah! mon ingratitude en fait enfin l'aveu. Oui , mon crime est de moi , le bienfait est de Dieu : De ses dons méconnus je dois porter la peine. O terre, engloutis-moi ! sauve-moi de sa haine ! Que je puisse à jamais, dans ton sein maternel, M'endormir doucement d'un sommeil éternel! Que je ne tremble plus sous sa main foudroyante ! Loin de moi les éclats de sa voix effrajante! Ote-moi du passé le cruel souvenir.
Et la douleur présente et les maux à venir; Ces maux (psi , sur le monde étendant ma misère, Dans ses derniers neveux iront punir leur père! Ah ! quand arriveront ces fortunés instants ? Faut-il souffrir sans cesse, et mourir si long-temps! O mort ! exauce-moi !
Mais un doute me reste :
Thy terms too hard, by which I was to hold The good I sought not. To the loss of that, Snilicicnt penalty, why hast thou added The sense of endless woes ? Inexplicable Thy justice seems; yet, to say truth, too late I thus contest; then should have been refus'd Those terms, whatever, when they were propos'd: 'J'hou didst accept them: wilt thou enjoy the good. Then cavil the conditions ? and though God
1^'° Made thee without thy leave, what if thy son Prove disobedient; and, reprov'd, retort. Wherefore didst thou beget me? I sought it not: Wouldst thou admit for his contempt of thee That fvroud excuse? yet him not thy election. But natural necessity, begot.
God made thee' of choice his own, and of his own To serve him; thy reward was of his grace; Thy punishment then justly' is at his will. Be it so, for I submit; his doom is fair,
770 That dust I am, and shall to dust return: O welcome hour whenever! Why delays His hand to execute what his decree rix'd on this day? Why do I overlive?
Why am 1 mock'd with death, and lengthen'd out To deathless pain ? How gladly would 1 meet Mortality my sentence, and be earth Insensible! How glad would lay me down As in my mother's lap! There I should rest. And sleep secure; his dreadful voice no more
780 Would thunder in ray ears; no fear of worse To me, and to my offspring, would torment me With cruel expectation.
Vet one doubt
PARADIS PERDU
Mouriai-je lout entier ? et de ce feu céleste,
Qui de mon corps fragile anima le limon,
Est-il sûr que la mort éteindra le rayon ?
O doute épouvantable ! à quel trouble il me livre !
Quoi ! même en expirant , je risquerois de vivre ,
Et je pcrdrois le jour sans jouir de la mort !
Que dis-je ? de mon ame écoutons le remord :
Celte ame intelligente est seule criminelle ;
A ce corps innocent pourquoi survivroit-elle ?
Je mourrai tout entier. Quoi donc ! l'être fnii
D'un supplice sans fin pourroil être puni !
La mort , pour venger Dieu , seroil donc immortelle !
Ce pouvoir passcroil sa puissance élernelle :
Il le voudroit en vain ; par sa fiagilité
Mon être écbapperoil à sa divinité.
Ce vœu démentiroit sa sublime sagesse ;
Au lieu de son pouvoir, montreroit sa foiblesse.
Au-delà de ma cendre étcndra-t-il ses coups ?
De vengeance affamé, constant dans son courroux,
Youdroit-il, prolongeant son effroyable joie.
Ainsi que sa colère , éterniser sa proie ?
Contre un être mortel son pouvoir esl borné :
Par les décrets du sort lui-même est encbainc.
Mais si, de son courroux renaissanle victime ,
L'éternité sans fond m'ouvroit son noir abîme!...
L'éternité ! ce mol fait dresser nus cbeveux,
Et gronde autour de moi comme un lounerre affreux.
Mon ame et cette argile, également punies.
Pour souffrir à jamais seroient doue réunies !
C'est peu, de mou destin triste futalilé !
Je lègue donc la mort à ma postérité !
Pursues me still, lest ail I caiiuot die; Lest that pure brealli of life, tLe spiiil of maa Which God iuspii'd, cannot together perish With this corporeal clod; then, in the grave, Or in some other dismal place, who knows But I shall die a living death ? O thought Horrid, if true! Yet why? It was but breath
790 Of life that sinn'd; what dies but what had life And sin? The body properly hath neither. All of me then shall die: let this appease The doubt, since human reach no further knows; For though the Lord of all he iufiuite, Is his wrath also? Be it, man is not so, But mortal doom'd. How can he exercise Wrath without end on man, whom death must end? Can he make deathless death? That were to make Strange contradiction, which to God himself
800 Impossible is held; as argument
Of weakness, not of power. Will he draw out.
For anger's sake, finite to infinite.
In punish'd man, to satisfy his rigour.
Satisfied never! That were to extend
His sentence beyond dust and nature's law;
By which all causes else, according still
To the reception of their matter, act;
Not to the' extent of their own sphere. But say
That death be not one stroke, as 1 suppos'd,
4io Bereaving sense, but endless misery
From this day onward; which 1 feel begun Both in me, and without me; and so last
Que n'en puis-je épuiser la coupe tout entière. Et, sa première proie, être aussi la dernière! Mon nom seroil béni par mes derniers neveux : Pourquoi les innocents seroieut-ils nialbeureux ? Innocents ! le sont-ils ? non ; de toute ma race Le levain de mon crime a corrompu la masse : Leiu' ame , leur esprit, leur cœur, leurs volontés, Sont autant de ruisseaux dans leur source infectés. « O ciel ! à les rigueurs il faut donc se résoudre ! Mon aveugle raison est contrainte à t'absoudra ; Et même , en l'accusant , elle parle pour toi. Mais ce monde futur est malheureux pour moi ! Puisque seul, de ce Dieu j'ai bravé la défense , Si ce Dieu sur moi seul déchargeoit sa vengeance!... Que dis-tu , misérable .'* ah ! frémis d'un tel vucu ! Peux-tu soulenir seul loul le courroux d'un Dieu , Ce courroux, plus affreux que la foudre qui gronde. Ce courroux, plus pesant que la masse du monde ? Ah ! t|uaiid de ce fardeau la femme, par pitié, Coupable comme loi, porteroit la moitié , Pourriez-vous soutenir ce poids insupportable ? Ainsi donc, ô douleur! 6 destin lamentable ! Mes prières, mes vœux, mon espoir, mon effroi. Le passé, l'avenir, loul s'arme contre moi! Cbef-d'a-uvre du malheur, qu'en Ireniblant jecontempb:. Qui sera sans égal , et qui fut sans exemple ; Salaii , Satan lui seul , 0 remords ! ô tourment ! Aussi bien qu'en forfait , m'égale eu châtiment. Conscience terrible ! inexorable juge ! , Contre Dieu , contre moi , je suis donc sans refuge ! Dans un gouffre sans fin je m'enfonce avec toi ,
To perpetuity: — Ay me I that fear
Comes thundering back with dreadful revolution
On my defenceless head; both death and 1
Are found eternal, and incorporate both;
Wor 1 on my part single; in me all
Posterity stands curs'd ; fair patrimony
That I must leave ye, sons! O, were I able
8jo To waste it all myself, and leave ye none! So disinherited, how would you bless Me, now your curse ! Ah, why should all mankind. For one man's fault, thus guiltless be condemn'd , If guiltless? But from me what can proceed , But all corrupt; both mind and will deprav'd INot to do only, but to will the same With me? How can they then acquitted stand. In sight of God?
« Itim, after all disputes, Forc'd I absolve : all my evasions vain,
83o And reasonings , though through mazes, lead me still But to my own conviction : first and last On me, me only, as the source and spring Of all corruption, all the blame lights due; So might the wrath ! Fond wish ! couldst thou support That burden, heavier than the earth to bear; Than all the world much heavier, though divided With diat had woman ? Thus , what thou desir'st , And what thou fear'st , alike destroys all hope Of refuge, and concludes thee miserable
8W Beyond all past example aud future;
To Satan only like both crime and doom.