‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 294 sur 391 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Et l'abîme , en tombant , s'approfondit sur moi. » Dans le calme profond de la nuit ténébreuse, Tel Adam exlialoit sa plainte douloureuse ; Nuit effroyable, hélas! qu'elle ressemble peu A. ces charmantes nuits des favoris de Dieu , Qu'égayoit d'un vent frais l'haleine douce el pure ! La sombre horreur ajoute aux tourments qu'il endure ; Déchiré de remords, sur la terre étendu, Il implore le coup, si long-temps suspendu , Qui doit finir ses maux en détruisant son être : Il maudit mille fois le jour qui l'a vu naître. » Dieu puissant ! ton courroux, ou plutôt ta bonté, M'avoit promis la mort ; aurois-je en vain compté Sur ce triste bienfait? d'où vient que ta justice, Si je l'ai mérité, diffère mon supplice.!* Vainement de la mort j'invoque le secours : Toujours sollicitée, elle me fuit toujours ; Elle est sourde à ma voix, et se rit de mes peines. O vallons ! ô coteaux ! ô forêts ! ô fontaines ! Où sont ces doux accents qu'ont redits tant de fois Les échos de ces monts, la voûte de ces bois ? Yous ne répondez plus à mes chants d'alégresse ; Témoins de mes plaisirs, ah! voyez ma tristesse ! »

Tandis qu'Adam succombe au poids de son malheur, Eve, qui loin de lui renfermoit sa douleur. Accourt pour adoucir le tourment qui l'accable. Adam la voit venir: « Fuis, serpent détestable ! Lui dit-il d'un accent et d'un œil irrité; Oui, ce nom est le tien, tu l'as trop mérité: Le serpent fit mes maux , et tu fus sa complice ; Ta lâche cruauté l'égale en artifice.

Que n'ai-je mieux connu tes perfides attraits ?

0 conscience ! into what abyss of fears

And horrors hast thou driven me; out of which

1 find no way, from deep to deeper plung'd ! "

Thus Adam to himself lamented loud, Through the still night; not now (as ere man fell) Wholesome, aud cool, and mild, but with blacii ai)- Accompanied; with damps and dreadful gloom; Which to his evil conscience represented

*'•"' All things with double terror : on tlie ground

Outstretch'd he lay; on the cold ground; and oft Curs'd his creation ; death as oft accus'd Of tardy executiuu , since denouue'd The day of his offence.

« Why comes not dealli , (Said he) with one thrice-acceptable stroke To end me? Shall truth fail to keep her word? Justice Divine not hasten to be just?

15ut death comes not at call ; Justice Divine Mends not her slowest pace for prayers or cries.

*^ G woods, O fountains, hillocks, dales, and bowers ! With other echo late I taught your shades To answer, and resound far odier song. »

Whom thus afflicted «hen sad Eve beheld. Desolate where she sat, approaching nigh. Soft words to his fierce passion she assay'd : But her with stern regard he thus rcpell'd : « Out of my sight, thou serpcut ! That name host Befits thee with him leagued; thyself as false And hateful; nothing wants, but that thy shape,

Ainsi que son poison , que n'avois-tu ses trails ?

Hélas! sans ta beauté, cette beauté divine

Qui faisoit mon bonheur et cause ma ruine,

Mon cœur eût évité ton piège insidieux :

L'enfer est dans Ion cœur et le ciel dans tes yeux.

Beauté qui m'as séduit , et que mon cœur abhori'e ,

Hélas ! j'élois heureux ; je le serois encore ,

Si d'errer loin de moi l'indocile désir

Ne l'avoit fait ailleurs chercher un vain plaisir -,

Si l'obstination d'un orgueil téméraire

Ne t'eût fait dédaigner un avis salutaire ;

N'eût fermé ton oreille à la tendre frayeur

Qui me parloit pour toi dans le fond de mon cœur !

N'avois-je pas assez averti ta foiblesse ?

Ta rebelle imprudence a vaincu ma sagesse.

Qui sait même, qui sait si tu ne voulois pas

Faire aux yeux de Satan triompher tes appas ,

Peut-être le tenter, le séduire lui-même.!"

Mais de l'adroit serpent le fatal stratagème

Te jeta dans le piège; et moi, trop foible époux.

Te laissai sans défense exposée à ses coups !

J'ai cru que ta vertu, plus ferme, plus prudente,

D'un péril annoncé sortiroit triomphante.

Crédule, j'ignorois ( pourquoi me l'appris-tu ? )

Combien est vain l'éclat de la fausse vertu !

Pourquoi ton sexe ingrat , malheureux que nous sommes]

Ignoré dans les cieux , règne-t-il chez les hommes ?

Le ciel ne pouvoit-il , de ses fécondes mains ,

Comme les esprits piirs , propager les humains ?

Ah ! pourquoi la nature , ô Dieu ! vit-elle éclore

Ce sexe qui la pare et qui la déshonore ?

O sexe dangereux qui nous plais et nous perds ,

870 Like his, and colour serpentine, may show

Thy inward fraud; to warn all creatures from thee Henceforth : lest that too heavenly form , pretended To hellish falsehood, snare them! But for thee 1 had persisted happy : had not thy pride And wandering vanity, when least was safe , Rejected my forewarning, and disdain'd Not to be trusted; longing to be seen. Though by the devil himself; him overweening To over-reach; but, with die serpent meeting,

83o Fool'd and beguil'd ; by him thou, I by thee. To trust thee from ray side; imagin'd wise, Constant, mature, proof against all assaults; And luiderstood not all was but a show, l\?ther than solid virtue; all but a rib Crooked by nature; bent, as now appears, More to the part sinister, from me drawn; Well if thrown out, as supernumerary To my just number found. O ! why did God Creator wise, that peopled highest heaven

'*9° With spirits masculine, create at last This novelty on earth, diis lair defect Of nature, and not fill the world at once With men, as angels, without feminine; Or find some other way to generate Mankind? This mischief had not then bel'aH'ii, And more that shall befall, inmiraerable Disturbances on earth through female snares. And strait conjunction with this sex : for cither

PARADIS PERDU

Que de maux vont par loi désoler l'univers ! L'inlérél marchandant des épouses vénales, Les refus des parents, les rhaines inégales, Le caprice au hasard assorlissant les cœurs, Les supcrhcs dédains, les fantascjucs humeurs, IVune allière beauté les hauteurs despoliques, L'aigreur empoisonnant les douceurs domestiques ; Voilà quel sort attend d'infortunés époux ; Et par toi ces malheurs ont commencé dans nous. » Il dit, et se détourne ; Eve alors fond en larmes. Ses beaux cheveux épars ajoutent à ses charmes; Elle tombe à ses pieds , embrasse ses genoux ; Et de l'air le plus humble et du ton le plus doux : .< Cher Adam, prends pitié de ma douleur extrême! J'en atteste le ciel, qui sait combien je t'aime. Et pour toi quel respect est gravé dans mou cœur. Ma faute fut bien moins un crime (ju'une erreur : L'imprudence la fit , que le remords l'efface ! Vois mes larmes couler sur tes pieds (pie j'embrasse ; Assez de maux sur moi tombent de toutes parts ; Ne me refuse pas tes consolants regards ; Toi seul es mon conseil , mon guide , ma ressource : D'un reste de bonheur ne ferme point la source. Dans ce monde désert tout me glace d'effi oi ; Ah! ne repousse point un cœur qui vient à loi ! Où fuir, si mon époux me défend de le suivre ? Peut-être nous n'avons que peu d'iiislanls à vivre; Ah! qu'aujourd'hui nos vœux et nos C(rurs ne soient qu'iui! Nous avons à lutter contre un danger commun : Cet ennemi du ciel , il est aussi le nôtre ; Pour le combattre mieux, liguons-nous l'un et l'autre; Pour la seconde fois ne nous séparons pas ; J'ai failli loin de toi , je vaincrai sur tes pas.

He never shall find out fit mate, but such 9"o As some misfortune brings him, or mistake; Or whom he wishes most shall seldom gain Through her pcrversencss, but shall sec her gain'd Bv a far worse; or, if she love, withheld By parents; or his happiest choice loo late Shall meet, already link'd and wedlock-bound To a fell adversary, his hate or shame : Which infinite calamity shall cause To human life, and household peace confound. » lie added not, and from her turn'd; but Eve, 9"> Not so rcpuls'd, with tears that ceas'd not flowing. And tresses all disorder'd, at his feet Fell humble; and, embracing them, besought His peace, and thus proceeded in her plaint. « Forsake me not thus, Adam! witness Heaven What love sincere, and reverence in my heart I bear thee, and unwecting have offended. Unhappily deeeiv'd ! Thy suppliant I beg, and clasp thy knees : bereave me not (Whereon 1 live) thy gentle looks, thy aid, 9>° Thy counsel, in this uttermost distress. My only strength and slay : forlorn of thee. Whither shall 1 betake me, where subsist? While yet we live, (scarce one short hour perhaps) Between us two let there be peace ; both joining , As join'd in injuries, one enmity Against a foe by doom express assign'd us,

Hélas ! d'un double poids I'iuforlune m'accable : Je suis la plus à plaindre , étant la plus coupable. Comme moi tu péchas contre le ciel ; et moi , Criminelle envers lui , je le suis envers toi. Aux lieux où l'Eternel prononça la sentence, J'irai, j'irai fléchir, s'il se peut, sa vengeance; Lui dire que moi seule ai provoqué ses coups. Que sur moi seule aussi doit tomber son courroux : Heureuse, s'il exauce un vœu si légitime, D'emporter en mourant le pardon de mon crime! »

Elle dit , et sa voix expire dans les pleurs. Son maintien suppliant, ses remords, ses malheurs, Ses accents douloureux, l'aveu de sa foiblesse. Ont dans le cœur d'Adam réveillé la Icudresse : Le doux ressouvenir fail parler la pilié. L'objet de ses désirs, sa plus chère moitié, Dont son amour naguère idolâtrait les charmes, Prosternée à ses pieds qu'elle baigne de larmes , Embrassant ses genoux , implorant son appui. Résolue à mourir s'il faut vivre sans lui. Ont insensiblement désarmé sa colère.

Il la fixe en silence, et d'un ton moins sévère : <. Imprudente! dit-il, quelle nouvelle erreur Vient cncor t'abuscr d'un délire trompeur ! Tu veux seule, dis-tu, supporter la tenipèle; Contente-toi des maux qui pèsent sur la lèle. Comment peux-tu de Dieu soutenir le courroux, Quand tu ne peux souffrir celui de ton époux ? Tu ne vois que l'essai de nos longues misères : Si j'espérois d'un Dieu fléchir les lois sévères. Je te devancerois au lieu du jugement, J'appellerois sur moi tout son ressentiment ; J'irois, mhumiliant sous sa main vengeresse.

That cruel serpent : on me exercise not Thy hatred for this misery befaU'o; On me already lost, me than thyself 93o More miserable! Both have sinn'd; but thou Against God only; I against God and thee; And to the place of judgment will return : There v>\Ùi my cries importune Heaven ; that all The sentence, from thy head rcmov'd, may light On me, sole cause to thee of all this woe; Me, me only, just object of his ire! »

She ended weeping; and her lowly plight Immovable, till peace obtain'd from fault Acknowledg'd and deplor'd, in Adam wrought 940 Commiseration : soon his heart relented

Towards her, his life so late, and sole delight, Now at his feet submissive in distress; Creature so fair his reconcilement seeking, His counsel, whom she had displeas'd, his aid; As one disarm'd, his anger all he lost. And thus with peaceful words uprais'd her soon :

<< Unwary, and too desirous, as before, So now of what thou know'st not, who desir'st The punishment all on thyself; alas!

9^0 Bear thine own first, ill able to sustain

His full wrath, whose thou feel'st as yet least part. And my displeasure bear'st so ill. If prayers Could alter high decrees, I to that place Would speed before thee, and be louder head

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