‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 312 sur 391 · LIVRE XIl · texte numérisé non relu

LIVRE XIl

Quand lu pourrois toi seul posséder à-la-fois ïoul l'or des nations, tous les scepires des rois, Tu n'en serois plus grand, plus riche, ni plus sage; Joins les propres vertus à ton noble apanage, La conslance, la foi, qui marche d'un pas sûr, L'amour sur-lout, l'amour, des cultes le plus pur : Par lui tout s'embellit, et s'épure, et s'anime; Par lui l'homme vers Dieu prend un essor sublime; Et, prêt à s'envoler de ce lieu de douleur, Porte déjà le ciel dans le fond de son cœur.

« Mais de celte hauteur il est temps de descendre : Déjà sur la montagne, impatient d'attendre. Le camp divin s'ébranle, et je vois, dans les airs, De leurs armures d'or rejaillir les éclairs : Marchons ! que ton épouse à la voix se réveille : I,es songes fortunés, tandis qu'elle sommeille, Dans son amc troublée oui ramené la paix : Son cœur va se soumettre aux célestes décrets. Fais-lui part de son sort ; grave au fond de ton amc Les promesses du ciel; dis-lui que de la femme Naîtra le Rédempteur d'un monde criminel. Jusqu'au terme éloigné de ton deslin mortel, Gardez tous deux la foi; même sort vous rassemble : Vivez, repentez- Vous, consolez-vous ensemble. Après un long exil, le bonheur doit venir; Supportez le présent , espérez l'avenir. »

Tous deux, à ce discours, ils quittent la montagne. Adam , d'un pas pressé , revole à sa compagne. Déjà loin de ses yeux a fui le doux repos; Elle voit son époux, et lui parle en ces mots : « Cher époux! Dieu souvent nous instruit par un songe, Et le mien, je le crois , n'est pas un vain mensonge.

58u And ail tlic riches of this world cnjov'dst. And all tiie rule, one empire; only add Deeds to thy knowledge answerable; add faith. Add virtue, patience, temperance; add love, (By name to come call'd charity) the soul Of all the rest : then wilt ihou not be loth To leave this ])aradise, but shalt possess A paradise within thee, happier far. —

« I^et us descend now therefore from this top Of speculation; for the hour precise

I'jo Exacts our parting hence : and see! the guards, By me encarap'd on yonder hill, expect Their motion; at whose front a flaming sword, In signal of remove, waves fiercely round. We may no longer stay : go, waken Eve; Her also 1 with gentle dreams have cahn'd Portending good, and all her spirits compos'd To meek submission : thou, a season fit, Let her with thee partake what thou hast heard; Chiefly what may concern her failli to know,

^°° The great deliverance by her seed to come (For by the Woman's Seed) on all mankind: That ye may live, which will be many days. Both in one faith unanimous, thougii sad. With cause for evils past; yet much more cheer'd With meditation on the happy end. »

He ended, and they both descend the hill. Descended , Adam to the bower, where Eve Lay sleeping, ran before; but found her wak'd;

Depuis que , succombant au poids de mes douleurs. Le sommeil a fermé mes yeux mouillés de pleurs, De ton sort et du mien mes rêves m'onl instruite : Mon cœur est préparé; viens, je marche à la suite; Avec toi' de Satan je braverai les coups. Éden sera par-tout oii sera mon époux; Il est pour moi le riel , il est pour moi le monde. Hélas , c'est ma foiblesse, en désastres féconde, Ces! moi (jiii t'ai perdu ! par moi l'arrêt des cieux T'arrache pour jamais à ces aimables lieux ! Cependant, au milieu des maux qui me désolent. Les promesses du ciel , cher Adam , me consolent ; C'est de ma race, un jour, (|ue naîtra le Sauveur. »

Adam, à ce discours, sent tressaillir son cœur; Mais il ne répond rien. Déjà de la colline Arrive à lui le chef de la garde divine; Et , d'un pied dans les airs mollement suspendu , Le bataillon céleste à son poste est rendu : Telle, à peine marquant sa trace passagère, Vole sur les marais une vapeur légère , Se glisse et suit les pas du tardif villageois Que ramène la nuil à ses rustiques toits. Au milieu d'eux brilloil cette terrible épée. Qu'en ses divines eaux le ciel avoit trempée : Tel cet astre sinistre, aux cheveux flamboyants , Vole, et trace dans l'air des sillons effrayants; Tout ressent de son cours l'influence fatale , De sa roule embrasée un air brûlant s'exhale; Sous l'ardenl équateur, des feux moins violents Dévorent l'Africain dans ses sables brûlants. Marchant entre l'époux et sa triste compagne, Michel saisit leurs mains; de la sainte montagne

And thus with words not sad she him receiv'd : — G'" « Whence thou retiirn'st, and whither went'st, 1 know; For Cod is also' in sleep; and dreams advise. Which he hath scut propitious, some great good Presaging, since with sorrow aud heart's distress Wearied 1 fell asleep : but now lead on; In me is no delay; with thee to go.

Is to Slav here; without thee here to stay. Is to go hence unwilling; thou to me Art all things under heaven, all places thou. Who for my wilful crime art banish'd hence. 620 This fuither consolation yet secure

I carry hence; though all by me is lost. Such favour I unworthy am vouchsaf'd.

By me the promis'd Seed shall all restore. »

So spake our mother Eve; and Adam heard Well pleas'd , but answer'd not : lor now, too nigh The' arch-angel stood ; and from the other hill To their fix'd station, all in bright array The cherubim descended; on the ground eliding meteorous, as evening-mist 63o Risen from a river o'er the marish glides. And gathers ground fast at the labourer's heel Homeward returning. High in (rout advaue'd, The brandish'd sword of God before them blaz'd, Fierce as a comet; which with torrid heat. And vapour as the l>it>yan air adust, Bcifan to parch that temperate clime; whereat, 111 eillier hand the hastening angel caught

REMARQUES DU LIVRE I

A.U mur oriental il les conduit tous deux ,

Les quitte, prend son vol, et se perd à leurs yeux.

Ils contemplent alors celle superbe plaine, Ces vallons fortunés , autrefois leur domaine ! Toul-à-coup, au milieu de ce tableau riant, Leur regard aperçoit la porte d'orient; Par-tout des glaives nus, des lances menaçantes Envoyant jusqu'aux cieux leurs clartés effrayantes : Ces sinistres objets réveillent leurs douleurs. Et de leurs tristes yeux arrachent quelques pleurs; Le regret les répand , et l'espoir les essuie. Ils quilleul à pas lents celte plaine fleurie; Mais l'univers entier se présente à leur choix; Dieu même les conduit, ils marchent sous ses lois. Souveni de ces beaux lieux le charme les arrête, Souvent vers leur bocage ils retournent la tète; Enfin, il faut quitter ce sol délicieux : Far un dernier regard ils lui font leurs adieux; E\ tous deux, égarés dans l'éleuduc inmiense, L'un sur l'autre appuyés s'éloignent en silence.

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