‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 335 sur 391 · SUR LE GAIN D'UN PROCES · texte numérisé non relu

SUR LE GAIN D'UN PROCES

La Fortune est voilée , ainsi que la Justice. L'une éparpille l'or, au E;ré de son caprice; L'autre, soulevant son bandeau, Parfois jette un coup d'œil propice Sur le rang, le crédit, ou de l'or en rouleau. Or, admirez l'effet de voire bonne étoile ! Pour vous restituer un légitime bien, Sur ses yeux, celte fois, 'l'bémis laisse son voile Et l'aveugle Fortune a décbiré le sien.

A M. TURCOT.

Rien de nouveau dans celle ville immense. Vous avez vu l'effervescence Qu'a produite en ces lieux le monarque danois;

Jamais Paris , jamais la France D'hommages plus flatteurs n'ont honoré leurs rois: Du parlement l'augusle compagnie , De l'Opéra le théâtre cuchaulé,

La Sorbonne, la Comédie, Les Cicérons de rUniversité, Les beaux-esprits de noire Académie, En soi-disant latin, en français brillante En prose, en vers, à l'envi l'ont fêté; Chaque jour voyoit naître une scène nouvelle, Et jamais, je vous jure, une ferveur si belle N'a signalé nos chers badauds , Depuis l'époque inmicrlelle Du triomphe des Ramponneaux.

Nos conversations étoient ceiy fois plus vives : A quel théâtre ira-l-il aujourd'hui.'' Où soupe-t-il .>" quels seront les convives.** Quel bal nouveau prépare-l-on pour lui .•• De son esprit qu'est-ce que l'on lacoute ? Quelle femme lui plaît, quel jeu le divertit.' Faut-il l'appeler sire, ou bien le nommer conile .^ Jamais on n'a tout dit.

Bien sensil)le à tout notre bruit, Ce monarque a daigné sourire à nos caprices , A nos douces vertus, à nos aimables virrs; N'a sifflé qu'/« petto nos petits grands-seigneurs; A bien vanté les rois de nos coulisses , Et les minois de nos aclrices, Et les jarrets de nos danseurs.

Quoique jeune et monarque, il rélléchil et pense : On l'a surpris plus d'une fois.

Observant en silence Ce peuple amoureux de ses rois; Plein de vivacité, comme de patience,

Assez bien gouverné par de mauvaises lois; Sur ses malheurs rempli d'indifférence,

S'exiasiaut sur des chansons, Périssant de misère au milieu des moissons, Faisant d'excellent vin dont l'étranger s'enivre; Et qui vivroit heureux , s'il avoit de quoi vivre. Enfin ce prince a fui de ce Paris chamianl , En convenant, pour l'honneur de la France,

Qu'on ne pouvoii assurément

Se ruiner plus galamment, Ni s'ennuyer avec plus de décence.

Mais, hélas! depuis son absence, Les esprils et les cœurs, qu'il avoit occupés,

Retombent dans l'indifférence; Les bals, les opéra, les fêtes, les soupes

L'importance des étiquettes,

L'exacte rigueur des loiletles,

Tout commence à dégénérer; El son départ laisse enfin respirer

Nos cuisiniers et nos poètes.

A MADEM01SELT.E DE B**

Toi , dont j'ai vu couler les premiers pleurs

Et naître le premier sourire.

Je vais sur ton berceau répandre quelques fleurs.

Pour prix du zèle qui m'inspire.

Que dans ces vers un jour papa l'apprenne à lire.

Et c'est trop m'en récompenser.

Je sais qu'en un âge aussi tendre.

Tu ne peux encor les comprendre; Mais moi, j'ai du plaisir à te les adresser : Même avant de sentir, tu sais intéresser.

Mes vers au moins n'ont rien dont je rougisse. Que d'autres, célébrant des mortels corrompus.

Encensent , dans de vieux Crésus ,

La décrépitude du vice ; Je célèbre dans toi l'enfance des vertus. L'enfance est si touchante! Eh! quelle ame si dure N'éprouve en sa faveur le plus tendre intérêt .•* Tous les êlres naissants ont un charme secret :

Telle est la loi de la nature.

Ces ormeaux orguedieux, leur verte chevelure, M'intéressent bien moins (pie ces jeunes boulons

Dont je \ois poindre la verdure;

Ou cpie les tendres rejetons Qui doivent du bocage êlre un jour la parure.

Le doux éclat de ce soleil naissant Flatte bien plus mes yeux que ces Uols de lumière

Qu'au plus haul |H)inl de sa carrière

Verse son char ébioui^siuit.

L'été, si fier de ses richesses, L'automne, qui nous fait de si riches présents,

Me plaisent moins que le prinlemps,

Qui ne nous fail que des promesses.

Ciel ! retranche aux jours nébuleux

De la lenle vieillesse; Abrège les jours orageux De l'impétueuse jeunesse; Mais prolonge les jours heureux Et des ris innoeenis et des folâtres jeux !

Le vrai plaisir semble l'ail pour cet âge ; L'épanouissement d'un cœur encor nouveau ;

Du senliment le doux apprentissage ; L'univers par degrés déployant son tableau; Ce sang si pur qui coule dans les veines ; Des plaisirs vifs et de légères peines; L'esprit sans préjugés, le cœur sans passions; De l'avenir l'heureuse insouciance; Pour tout palais, des châteaux de cartons, Et pour richesse , des bonbons :

Voilà le destin de l'enfance.

Ah ! la saison de l'innocence Est la plus belle des saisons

VERS '

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