‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 340 sur 391 · VERS A MADAME ROUX · texte numérisé non relu

VERS A MADAME ROUX

Oui avoil envoyé à l'auteur une couronne de myrte et de laurier.

La nature en riant t'a cédé son empire. Jadis, écoutant trop un indiscret délire.

Je voulus du peuple des fleurs Exprimer les beautés, les formes, les couleurs; Mais , comparée à tes doigts enchanteurs ,

Hélas ! que peut ma foible lyre ?

Ta main créa : je n'ai fait que décrire.

Dans ton ingénieux travail, A tes aimables fleurs que manque-t-il encore ?

Du plus éblouissant émail Leur riche vêtement à ton gré se décore;

» Ce dernier vers est de Voltaire, qui avoit traduit ainsi la fin de celte épigrarame :

l.PS armes à la main j*at défendu les lois; D'un peuple audacieux j*ai vengé la querelle. Reg.irdei sans frémir cette image fulèlc : Mon froïU n'est pas toujours l'épouvante des rois.

' Je pense voir sur leurs habits

La briilanle rosée épancher ses rubis : Je crois voir du zéphir l'haleine caressante Balancer dans tes mains leur tige obéissante; Et sur leurs frais boutons d'azur, de pourpre et d'or, L'abeille, de son miel recueillir le trésor. Je cherche, en les voyant, à (juelle chevehne

Doit s'enlacer leur riante parure. Non : jamais de Zeuxis le pinceau si vanté N'unit tant d'artifice à tant de vérité. J'ai vu CCS arsenaux où l'airain qui bouillonne Représente à nos yeux, ombragés de lauriers,

Les poètes el les guerriers ; J'ai vu ces altliers où la guerre façonne De nos héros les glaives destructeurs.

Sans m'effrayer, ton art m'éionne, Et je préi'cre aux forges de Bellone, Où Mars, assis sur le bronze qui lonne. Court arroser la terre et de sang et de pleurs, Ce paisible atelier, brillant de cent couleurs,

Qui, pour moi, pour mon Antigone, Enfante des lauriers , des myrtes el des fleurs. Que ces festons charmants ont le droit de me plaire ! Mais, en dépit de ma témérité.

Je le sens trop, je n'ai point mérité ITn prix si doux, un si brillant salaire. Alcibiadc seul, dans Athene autrefois.

Beau, jeune, brave, et servant à-la-fois La Minerve des arts, la Minerve guerrière. Pour prix de ses talents et de ses grands exploits , Eut le droit d'obtenir une fleur de Glycère. Charmante Églé ! les fleurs ne t'abandonnent pas ; De leurs fraiches couleurs ta bouche se décore;

Je les voiii naître sous tes pas; Je les vois s'animer sous tes doigts délicats;

Ton haleine est celle de Flore; De la blancheur du lis ton teint nous éblouit; Comme une fleur s'épanouit.

Je vois Ion doux sourire éclore; Tu dis un mot : c'est une fleur encore; Et par-tout sur tes pas le printemps nous sourit. Quand l'Eternel d'un mot créa nos paysages , Il s'admira lui-même en ses ouvrages :

Toi, dont la main les reproduit pour nous. Ton cœur doit jouir davantage.

Créer le monde est beau, l'imiler est plus doux. Tu montres à-la-fois le modèle et l'image; Et moi, portant à tes genoux Mon tendre et légitime hommage.

Je dis : « Comment cetle jeune beauté. Dont l'aimable simplicité, Comme la fleur des champs, est ingénue et pure, A-t-elle su , trompant le toucher, le regard , Mettre à côré de la nature Le doux mensonge de son art .'' Cet aimable prestige est sa seule imposture. Jadis des fleurs je chéris la culture; De leur agréable parure Je bordois mes ruisseaux, je parois mes l)os(|uels;

POÉSIES FUGITIVES

Au souffle des vents indiscrets,

Sous l'ubri transparent d'un verre, Je les carhois dans le fond d'une serre : Mais les venis, la critique, ont flétri mes Jardins;

Et je donnerois mon parterre Pour la moindre des fleurs qui tombent de tes mains.

VERS

POUR LE PORTRAIT DE M. CARRON, prItre français.

Des Français exilés seconde Providence, Dans leur secret asile il cherche les malheurs; Il soigne la vieillesse, il cultive l'enfance, Il instruit par sa vie, il prêche par ses mœurs; Et quand sa main ne peut secourir l'indigence, Il lui donne ses vœux, sa prière et ses pleurs.

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