‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 351 sur 391 · DE LA BIENFAISANCE ET DE LA MCOISNOISSANCE · texte numérisé non relu

DE LA BIENFAISANCE ET DE LA MCOISNOISSANCE

ÉPITRE

Présentée par la sœur de madame Delille à madame la comtesse Potocka, dont elle avoit reçu une paire de bracelets.

Deux déités , qui de leur main féconde Versent la paix et le bonheur an monde, Servant dans ses desseins le Dieu de l'univers , Joignent d'un double nœud tous les êtres divers.

C'est toi , divine Bienfaisance !

C'est toi, sa digne sœur, tendre Recoimoissance !

Grace à ces deux divinités.

De services rendus , de bienfaits acquittés ,

L'esprit social se compose :

Tout se tient dans le monde entier.

Voyez cet arbrisseau , dont le suc nourricier Court abreuver la Oeur nouvellement éclose ; Le rosier de sa sève alimente la rose. Et la rose à son tour embaume le rosier.

Ainsi l'aimable Bienfaisance

Répand ses dons consolateurs; Ainsi le doux encens de la Reconnoissance

Rend hommage à ses bienfaiteurs.

Le cœur se plaît à comparer entre elles Ces deux sœurs, qui devroient, compagnes élernelies ,

Pour consoler le genre humain , Marcher toujours ensemble en se donnant la main , Et qui souvent , hélas ! l'une à l'autre infidèle ,

Brisent leur chaîne nuituellc ,

Et se séparent en chemin.

Toutes deux ont leur caractère ,

Et leur penchant , et leur pouvoir :

L'une de l'autre est tributaire ; L'une aspire h donner, et l'autre aime à devoir ; L'une offre avec bonté , l'autre accepte sans honte.

Par un instinct doux et puissant

La Reconnoissance remonte ,

Et la Bienfaisance descend :

L'une appartient à la foiblesse , L'autre au pouvoir ; Tune de la richesse Vei'se le superflu sur l'indigence en pleurs ;

L'autre à sa sœur , pour récompense ,

Portant les hommages des cœurs ,

Sur la douce correspondance

Des obligés, des bienfaiteurs,

Des besoins et de l'abondance,

Fonde l'utile dépendance

Des protégés, des protecteurs.

Du savoir et de l'ignorance.

Des grands et des petits , et du peuple et du roi ; L'une suit le bienfait, et l'autre le devance ; Et , pour mieux peindre encor leur différence ,

L'une c'est vous , l'autre c'est moi.

Mais quelques traits encor manquent au parallèle :

De toutes deux la grace naturelle

Sait nous plaire et nous attacher ; Mais l'une aime à paraître, et l'autre à se cacher.

L'oubli sied à la Bienfaisance ;

Créancière sans défiance ,

Jamais , envers son débiteur,

Sa généreuse insouciance

D'un impitoyable exacteur Ne se permit l'avide impatience ;

Au lieu d'an'acher à nos cœurs

Le prix forcé de ses faveurs , De son noble abandon l'oublieuse indulgence

Laisse à d'orgueilleux protecteurs

De leur tyrannie obligeante

Les officieuses hauteurs ,

Et de leur mémoire exigeante

Les souvenirs persécuteurs.

Mais si l'oubli sied à la Bienfaisance, Le souvenir convient à la Reconnoissance : Il exerce sur elle un pouvoir souverain ; Elle retient des dons l'image impérissable ; Par elle les bienfaits sont gravés sur l'airain ,

Et les injures sur le sable ; Par elle, notre cœur s'acquitte à peu de frais. Ces liens qu'à mon bras votre main entrelace ,

A vous m'enchaînent à jamais :

Reconnoitre les dons et donner avec grace ,

Voilà le code des bienfails ,

Qui depuis long-temps est le nôtre.

A tous les cœurs bien nés l'un el l'autre est commun :

Votre ame vient d'éprouver l'un,

La mienne jouira de l'autre. Ainsi des nœuds bien chers se forment entre nous. Bien faire c'est jouir, et bien sentir c'est rendre ; L'un marque une ame noble , et l'autre une ame tendje. Votre role est plus beau, mais le mien est plus doux.

POÉSIES FUGITIVES

Voyez combien de délices rassemble Ma juste scnsibiiilé !

Vous chérir, c'est aimer ensemble L'esprit, la grace, et la bonté.

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