LIBER PRIMUS
V. • Quid faci;!t Isetas segetes , qiio sidère tcrram Verleie , Mœconas , ulmisquc udjungere viles , Conveniat; quœ cura buum, qui cultus liabendo Sit pecori; apibus quanta cxperientia parois, Hiuc cancre incipiam. Vos, o clarissima raundi Lumina, labentem cœlo quœ ducitis annum. Liber et aima Ceres, vestro si munere tellus Chaoniam pingui glandcm mutavit arista, Poculaque inventis Acheloia miscuit uvis; •" Et vos, agri-.stum praesentia numina , Fauni ,
Ferte simul Faunique, pedcra, Dryadcsque puclla; : Munera vcstra cano. Tuque o, cui prima frementem Fudit equum magno tellus percussa tridenti, Neptune; et cultor nemorura, cui pinguia Ceae Ter centum nivci tondent dumeta juvenci : Ipse, nemus llnqucus patrium saltusque Lyca;i , Pau, ovium custos, tua si tihi Mxnala cura;, Adsis, o Tegea-e, favens; olcieque Minerva Inventrix, uucique puer monstrator aratri, '» Et teneram ab radiée ferens , Sylvane , euprcssum ; Dique deaeque omnes, studium ([uibus arva tucri, Quique novas alitis non ullo seminc frugcs, Quiquc satis jarguiu cœlo domillitis imbreni.
Et toi qu'attend le ciel S, el que la terre adore , Sous quel litre, ô César, faudra-t-il qu'on t'implore ? Veux-tu 7, le front paré du mjrte maternel. Remplacer Jupiter siu- son trône éternel ? Va, préside aux saisons , gouverne le tonnerre. Protège les cités, fertilise la terre.
Veux-tu sur l'océan 8 un pouvoir souverain.'' Le trident de Neptune esl remis dans ta main; Téthys t'offre sa fille; et, roi des mers profondes, Tu recevras pour dot tout l'empire des ondes. Peut-cire, plus voisin de tes nobles aïeux , Nouveau signe d'été 9, veux-tu briller aux cieux ? Le Scorpion brûlant '° déjà loin d'Érigone S'écarte avec respect , et fait place à ton trône. Choisis ; mais garde-toi d'accepter les enfers ! Qu'on vante l'Elysée et ses bois toujours verts ; Fiére d'un sceptre affreux , que Proserpine y règne ; Toi , je veux qu'on t'adore, el non pas qu'on te craigne. De nos cultivateurs viens donc guider les mains, El commence par eux le bonheur des humains.
Quand la neige au printemps ' • s'écoule des montagnes, Dès que le doux zéphyr amollit les campagnes. Que j'entende le bœuf gémir sous l'aiguillon ; Qu'un soc long-temps rouillé brille dans le sil'on. Veux-tu voir les guérets combler les vœux avides .' Parles soleils brûlants ^^, par les frimas humides, Qu'ils soient deux fois nn'u'is el deux fois engraissés : Tes greniers crouleront sous tes grains entassés.
Toutefois dans le sein d'une terre inconnue '3 Ne va point vainement enfoncer la charrue : Observe le climat, connois l'aspect des cieux,
Tuque adeo , quem mox quae sint habilura dcoruni Concilia, incertum est, urbesne invisere, Caesar, Terrarumque velis curam , et te maximus orbis Auctorcm l'rugum tempeslatumque potentem Accipiat, cingens materna tempera rayrlo; An deus immcusi venlas maris, ac tua nautse
3o Numina sola colant; tibi serviat ultima Thule, Teque sibi gencrura Tetiiys emat omnibus undis ; Anne novum tardis sidus te mensibus addas, Qua locus Erigoncn inter Chclasque sequentes Panditur; ipse tibi jam brachia contraliit ardens Scorpius, et eœli justa plus parte relinquit : Quidquid cris, nam te nec sperent Tartara regem, Nec tibi regnandi veniat tam dira eupido, Quamvis Elysios miretur Grœcia cainpos, Nec repelita sequi curet Proserpina matrem;
4" Da facilem cursura, atque audacibus annue cœptis, Ignarosque viae mccum miseratus agrestes, Ingredere, et volis jam nunc assuesce vocari.
Verc novo, gelidus canis quum montibus huiEor Liquitur, et zepbyro putris se gleba resolvit , Depresso incipiat jam turn mihi taurus aratro Ingeraere, et sulco attritus spleudcscere vomer.
LES GÊORGIQUES.
L'influence des venis, la nature des lieux,
Des anciens laboureurs l'usage hérédilaire,
El les biens que prodigue ou refuse une terre.
Dans ces riches vallons la moisson jaunira;
Sur ces coteaux riants la grappe noircira :
Ici sont des vergers qu'enrichit la culture;
Là règne un vert gazon qu'entretient la nature ;
Ijc Tniole '4 est parfume d'un safran précieux ;
Dans les champs de Saba l'encens croit pour les dieux;
L'Euxin '5 voit le castor se jouer dans ses ondes;
Le Pont '6 s'enorgueillit de ses mines fécondes;
L'Inde produit l'ivoire; el dans ses champs guerriers ,
L'Épire, j)our l'Élide, exerce ses coursiers,
Ainsi jadis le ciel partagea ses largesses. Lorsqu'un mortel, sauvé "7 des ondes vengeresses, De fertiles cailloux scniant d'affreux déserts , D'hommes laborieux repeupla l'univers. Connois donc la nature, et règle-toi sur elle. Si Ion terrain est gras, dès la saison nouvelle Qu'on y plonge le soc, et que l'été poudreux Mûrisse les sillons embrasés par ses feux; Mais si Ion sol ingrat n'est qu'une foilile arène. Qu'au retour du Bouvier '^ le soc l'effleure à peine. Ainsi l'un perd l'excès de sa fécondité; L'autre de quel([ue suc est encore humecté.
Qu'un ' 9 vallon moissonné doime un an sans culture ; Son sein reconnoissant te paie avec usure : On sème un pur froment dans le même terrain Qui n'a produit d'abord que le frêle lupin »*, Ou la vescc légère, ou ces moissons bruyantes De pois retentissants dans leurs cosses tremblantes. Pour l'avoine et le lin ", cl les pavois !)n*dants,
Illa seges démuni votis respondet avari Agricolse, bis quae solem, l)is frigora sensit : lUius immcnsae rupcrunt horrca messes.
'■"^ At piius ignotuiu ferro quarn scindimus aeqnor, Ventes et varium cocli praedisccrc moiora Cura sit, ac patrios cultusque habitusquc locorura, Et quid qua;que ferat regio , et quid qua;que recusct. Ilic segetes, illic veniunt fclirius uvae; Arhorei fetus alibi, atque injussa virescunt Gramina. Nonne vides, croccos ut TraoUis odorcs, India mittit ebur , molles sua tara Sabaci ? At Chalybcs nudi ferrum , virosaque Pontus Caslorea, Eliadum palmas F.piros cquaruin?
^ Continue bas loges œteniaque fœdcra certis fmposuit natura loris, quo tempore primura Deucalion vacuum lapides jactavit in orbem , Onde bomines nati, durum genus. Ergo age, terrae Pingue solum primis extemplo a mensibus anni , Fortes invertaut tauri, glebasque jacentes Pulverulcnla coquat maluris solibus aestas. At si non fuerit tellus fecunda, sub ipsum Arctiirum tenui sat erit suspendrre sulco. Illic, officiant lœtis ne frugibus hcrbae;
7u Ilic, sterilem exiguus ne deserat bumor arcnam. Altcrnis idem tonsas cessare novales. Et scgncm patiere situ duresccrc carapum ; Aut ibi flava seres, mutato siderc, farra, Unde prius laetum sibqua quassante legumcn , Aut tenuis fetus vici», tristisque lupini
De leurs sucs nourriciers ils épuisent les champs : Le terre toutefois '', malgré leurs influences. Pourra par intervalle admettre ces semences. Pourvu qu'un sol usé, qu'iui terrain sans vigueur, Par de riches engrais raniment leur langueur. La terre ainsi repose en changeant de richesses ; Mais un entier repos redouble ses largesses.
(;érès approuve encor que des chaumes flétris *^ La flamme en pétillant , dévore les débris : Soit que les sels heureux d'une cendre fertile Deviennent pour la terre un aliment utile ; Soit que le feu l'épure, et chasse le venin Des funestes vapeurs qui dorment dans son sein ; Soit qu'en la dilatant par sa chaleur active, Il ouvre des chemins à la sève captive; Soil qu'enfin , resserrant les pores trop ouverts D'un sol tpic faliguoit l'inclémence des airs. Aux froides eaux du ciel, au souffle de Borée, Au soleil dévorant , il en ferme l'entrée.
Yois-tu ce laboureur ^4, constant dans ses travaux , Traverser ses sillons par des sillons nouveaux; Ecraser, sous le poids des longs râteaux qu'il traîne. Les glèbes dont le soc a hérissé la plaine, Gourmander sans relâche un leirain paresseux? Cérès à ses travaux sourit du haut des cieux.
J'aime des hivers secs '^ et des étés humides : L'été des sillons frais, l'hiver des champs arides, Sont un garant certain de la fertilité : C'est alors que, surpris de leur fécondité. Et le riche Oargare ^6^ et l'heureuse Mysie , Enfantent ces moissons qui nourrissent l'Asie. Au maître des saisons adresse donc tes vœux.
Sutulens fragiles cahimos silvamque sonantera. Llrit enim Uni campum seges, urit avense, LJrunt Icthso pcriusa papavera somno. Sed tamen altcrnis facilis labor ; arida tantum
*o Ne saturare fimo pingui pudeat sola, neve Effetos cinerem innnundum jactarc per agros. Sic quoque mutatis requiescunt felibus arva; IScc nulla intcrea est inaratae gratia terrae.
Sœpe etiam stériles incendere profuit agros, Atque lèvera slipulam crepitantibus urere flammi» : Sive inde occultas vires et pibula terrse Pinguia concipiunt; sive illis omne per ignem Excoquitur vitiura, atque exsudât inutilis bumor; , Sou plures caior ille vias et caeca relaxât
9° Spiramenta, novas veniat qua succus in berbas; Scu durât magis , et venas astringit Liantes , Ne tenues pluviae, rapidive poteotia solis Acrior, aut lioreœ penetrabile frigus adurat.
Multura adco, rastris glebas qui frangit inertes, Vimiueasquc trabit crates, juvat arva; neque illiim Flava Ceres alto nequidquam spectat Oljmpo ; Et qui , proscisso quae suscitât aequore tcrga , Rursus in obliquura verso perrumpit aralro , Exercetque frequens tellurem, atque irapcrat arvis.
ïoo Ilnmida solstitia atque biemes orale serenas , Agricolae : biberno lœlissima pulvere farra, Lfelus ager; nullo tantum se Mysia cultu Jartat, et ipsa suas niirantur Gargara messes, (hiid dicam, jacto qui semine cominus arva