‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 377 sur 391 · LES ADIEUX DU VIEILLARD · texte numérisé non relu

LES ADIEUX DU VIEILLARD

FragracDt récité à une séance publique de l'iastitut, le 9 avril 18x2.

Ah ! que n'ai-je un langage assez tendre, assez doux !

Je conterois comment un véritable sage

De la mort autrefois sut adoucir l'image.

Poêle philosophe, il avoit dans ses vers

Célébré la nature et chanté l'univers.

L'épouse qu'il aimoit, secondant son délire,

Joignoit ses sons touchants aux doux sons de sa lyre.

Mais pour durer toujours leur bonheur fut trop grand.

Elle, et quelques amis, l'entouroient expirant:

Trop heureux que sa main lui fermât la paupière !

Sa voix lui confioil, à son heure dernière.

Non ces vœux des mouranis, reçus par des ingrats.

Ces dons trop attendus, ces vains legs du trépas,

Ecrits à la lueur des flambeaux funéraires.

De la nécessité tributs involontaires ,

Mais les vœux de son cœur. Dieux ! par quel doux trans-

II prolongeoit la vie et reculoit la mort ! [port

Ce n'étoit point l'effroi de ce moment terrible ;

Du départ d'un ami c'éloit l'adieu paisible.

Viens là , viens , disoit-il , ô toi que j'aimois tant !

Né pamTC , je meurs pauvre , et j'ai vécu content.

Mais c'en est fait ; reçois de ma reconnoissance

Ce peu que notre amour changeoit en opulence.

Tout ce luxe indigent qui, sous nos humbles toils,

Égaloit à nos yeux l'opulence des rois.

Vois ces vases sans art : leurs formes sout vulgaires ;

Mais nos chiffres unis te les rendront plus chères ;

Mais ils faisoient l'honneur de ce léger festin

Qui charmoit près de toi les heures du matin.

Hélas ! le ciel pour moi ne marquera plus d'heures !

Reçois donc, disoit-il, de l'ami que tu pleures ,

' II a traduit Tacite, Salluste, et une grande partie de Tilc-Live.

2 MM. Girodet et Percier ont donné le dessin du tombeau de Bureau de La Malle.

POÉSIES FUGITIVES

Cette image du temps, dont lu ti'ompois le cours.

Puisse-t-elle, après moi, te marquer d'heureux jours!

Celle bojle, eu mon sein si doucement cachée,

Qui parle trépas seul pouvoil m'èlre arrachée,

Et qui , de Ion absence adoucissant l'ennui ,

Senloit ballre ce cœur, et reposoil sur lui;

Délache-la ! je souffre à me séparer d'elle ;

Mais j'empoi'le en mon ame un portrait plus fidèle.

Le mien sera-t-il cher à tes tendres douleurs ?

Sera-t-il en secret mouillé de quelques pleurs ?

Ce fidèle animal , témoin de nos tendresses ,

Qui long-temps entre nous partagea ses caresses,

Que j'ai vu si souvent , fier de me devancer,

Reconnoitre ton seuil , bondir et m'annoncer,

Et, qui dans ce moment, les yeux gonflés de larmes,

Semble prévoir ma fin, et sentir les alarmes.

Je 5e lègue à les soins. Puisse de nos amours

Le doux ressouvenir proléger ses vieux jours !

Vois-lu celle tablette, où sans faste s'assemble

Ce peu d'auteurs choisis que nous lisions ensemble ?

Mon crayon y marqua les traits goûtés par toi :

Te ne les liras pas sans t'altendrir sur moi.

Tiens, reçois cet écrit, c'est mon plus cher ouvrage;

Tous ces portraits, de moi trop infidèle image.

Ne peignent que mes traits ; celui-ci peint mon cœur.

J'y déposai mes vœux, mes plaisirs, ma douleur; Ma défiiiliaute main le fie à ta tendresse. Dans cet écrit si cher, c'est moi que je le laisse. C'est moi qui me survis : un sévère destin , Hélas! avant le temps, l'arrache de ma main; Mais il devra le jour à des mains que j'adore.

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