PREMIERE PARTIE
Le corps est l'esclave de l'ame ; mais pour rendre cet esclave plus utile, il faut le rendre robuste. Or, cette force de corps, je dis qu'elle ne peut être le fruit (jue d'une éducation mâle. Loin des enfants d'abord tous nos mets raffinés , tous nos poisons agréables : l'enfance est l'âge favori de la Nature ; l'art ne viendra que trop lot le corrompre. Qu'il donne au corps nouvellement formé le temps de se fortifier par l'usage salutaire des mets les plus simples , avant de l'énerver par la délicatesse recherchée de nos perfides aliments. Étudiez les premières sensations des enfants. Tout semble vous dire que ce vain raffinement du luxe n'est pas l'ail pour eux: leiu' appétit, toujours vif, n'a besoin d'être réveillé par aucun apprêt ; pour eux, à moins qu'on n'ait déjà pris soin de corrompre leur goût, les mets les plus naturels sont aussi les plus attrayants. Offrez-leiu' , d'un côté, les viandes les plus rares; et, de l'autre, présentezleur des fruits : vous devinez aisément leur choix ; et je suis bien trompé si le verger d'un paysan ne les lente beaucoup plus que la table d'un Crésus. Doiuiez-leur donc une nourriture plus naturelle que délicate ; conteniez leurs besoins, au lieu de flaller leur goût, et n'introduisez pas, dans leur sein, le germe de la mort dès les premiers instants de la vie.
Cette sage sévérité, il faut l'étendre à tout, à leur repos, à leurs exercices, à leurs vêtements. Croyez-^ vous, dites-moi, qu'il soit bien essentiel pour la santé d'un enfant de le retenir long-temps enfermé dans un lit, étouffé entre des rideaux, au lieu de lui laisser respirer l'air pur et rafraîchissant du matin ? Croit-on qu'il soit nécessaire de l'ensevelir mollement dans la plume, et qu'il faille employer à énerver ses forces un temps que la nature destine à les réparer .=* La mollesse ne produit que la mollesse. Eh ! qu'ont besoin les enfants, eux que le sommeil vient trouver si facilement, de celle ressource faite pour un âge plus foible, ou peut-être plus dépravé ? Voulez-vous leur procurer un sommeil profond ? qu'ils rappellent par l'exercice : une heure de mouvement leur vaudra huit heures de repos; et la course la plus légère va chauger pour eux le lit le plus