LIVRE II
A l'anliquc Aiisonie ont-ils rien qui s'pç;ale ?
Colchos 34, pour labourer tes vallons falnileux,
Mets au joug des taureaux élincclanls de feux;
Que des dents d'un dragon les fatales semences
Hérissent les guérels d'une moisson de lances.
Le blé pare nos champs , le raisin nos coteaux ;
J'y vois mûrir l'olive, et bondir nos troupeaux.
Ici l'ardent coursier s'échappe au loin sur l'herbe :
Là paissent la génisse et le taureau superbe,
Qui , baignés d'une eau pure, et couronnés de fleurs ,
Conduisent aux autels nos fiers Irioinphaleurs.
Deux fois nos fruits sont mûrs 3^, deux fois nos brebis plei-
Mème au scindes hivers l'été luit dans nos plaines: [nés;
Mais ce sol ne nourrit 36 ni le tigre inhumain.
Ni le poison qui trompe 'jne imprudente main.
Nul lion n'y rugit ^7; et jamais sur Taréne
Une hydre épouvantable à longs plis ne s'y traîne.
Parlonlsontde beaux champs qu'éclaireut de beaux cieux,
Où la nature est riche, et l'art industrieux.
Vois ces forts suspendus 38 sur ces rochers sauvages,
Ces fleuves dont nos murs couronnent les rivages :
La mer ^9 de deux côtés nous présente son sein ;
"Vingt lacs autour de nous ont creuse leur bassin.
Ici le Lare 4" étend son enceinte profonde;
Là , tel qu'un océan , le Bénac s'enfle et gronde.
Peindrai-je ces beaux ports, ce hardi monument
Qui maîtrise l'orgueil d'un fougueux élément;
Et, dans les lacs voisins lui laissant un passage,
Présente à nos vaisseaux une mer sans orage .''
Fouille ces champs féconds : le fer, l'argent, l'airain ,
L'or même, en longs ruisseaux circulent dans leiu- sein.
Ces champs ont vu fleurir cent peuples redoutables ,
Invertcrc, satis immanis dcDtibus liydri; Nec galeis deiisisque virum scges horruit liaslis : Scd gravida; fiuges, cl Bacclil Massicus humor Iinplevere; tenent oleaeque, arraentaque lieta. Hiac bellator equus carupo scse arduus infert; Hinc albi, Clitumnc, grèges, et maxima taurus Victlma, saepc tuo perlusi flumine sacro, Romanos ad templa deura duxere triumphos. Hic ver assidiiura, atque alicnis mensibus aîstas;
'So liis gravid<e peeudes, bis pomis utilis arbos. At rabidœ tigres absunt, et saeva leonum Semina; nec niiseros falluiit acoiiita legciites; Ncc rapit immenses orbes per humura, neqiie laulo Squamous in spiram tractu se colligit anguis. Adde toi egregias urbes, opcrumque laborem. Tot congesta manu praeruplis oppida saxis, Fluminaque antiques sublerlabentia muros.
An mare quod supra meraorera, quodque alluit iiilra? Anne lacus tantos? le, Lari maxime, leque,
iCo Fluctibus et fremitu assurgcns, Benace, raarino? Au memorem portus, Lucrinoque addita claustra; Atque indignalura magnis stridoribus éequor, Julia qua pouto longe sonat unda rel'uso, Tyrrhenusque frctis immittitur sestus Avernis? Hsec eadem argent! rivos xrisque metalla Ostendil venis, atque auro plurima fluxit. Hsec genus acre viruni Marsos, pubemqne Sabellam, Assuetumque malo Ligurem, Volscosque verutos, Extulit; haec Decios, Marios, maguosque Camillos,
Les Sabins belliqueux, les Marses indomptables.
Et CCS Liguriens (pi'indigne le repos.
Et ces Volsques, armés d'énormes javelots.
Ces champs ont enfanté les Décès, les Éniiles ,
Les braves Scipions, les généreux Camilles;
Toi sni--toul, loi. César 4i, qui sur des bords lointains
Soumets l'Inde tremblante à l'aigle des Romains.
Terre féconde en fruits 4', en conquérants fertile, Salut ! je chante un art à la grandeur utile; Du Permesse pour toi les canaux sont rouverts : Hésiode aux Romains va parler dans mes vers.
Maintenant des terrains distinguons la nature, Leur force et leur couleur , leurs fruits et leur culture. D'abord le sol pierreux de ces arides monts , D'argile entremêlés , hérissés de buissons , De l'arbre de Pallas aime l'ulile ombrage : En veux-tu des garants? vois l'olivier sauvage Sur ces coteaux chéris croître de toutes paris. Et sur la terre au loin semer ses fruiis épars.
Mais ces terrains féconds que la nature engraisse. Qui regorgent de sucs, où croit une herbe épaisse, Tels qu'au pied de ces rocs s'étend ce beau vallon , Où l'eau des monis voisins porte un riche limon , Si des feux du midi le soleil les éclaire, S'ils présentent au soc l'importune fougère, Ils te prodigueront des vins délicieux, Ces vins brillant dans l'or, et verses pour les dieux, Lorsque, auprès des taureaux immolés à leur gloire. Le Toscan 43 sous ses doigts fait résonner l'ivoire.
Voudrois-tu faire envie aux bergers tes rivaux .•• Les forèls de Tarente appellent les troupeaux : "Va dans ces près ravis à ma chère Mantoue 44,
'70 Scipiadas duros hello; et le, maxime Csesar, Qui nunc extremis Asiae jam victor in oris Imbellera avertis Romanis arcibus Indum.
Salve, magna parens frugum, Saturnia lellus, Magna virum! libi res anliquae laudis ct artis Ingrcdior, sanctos ausus recludere fontes, Ascraeumque cano Romana per oppida carmen.
Nunc locus arvorum ingcniis : quae robora cuique, Quis color, et quse sit rebus nalura ferendis. Difficiles primum lerrse, collesque maligni, 180 Tenuis ubi argilla, et dumosis calculus arvis. Palladia gaudent silva vivacis olivae.
Indicio est tractu surgens oleaster eodem Plurimus , ct strati baccis silveslribus agri.
At qua; pinguis humus, dulcique uligine iaeta, Quique frequens herbis ct fertilis ubere campus, Qualcm ssepe cava raontis convalle solemus Dcspicere; hue summis liquuntur rupibus amnes, Feliccmque trahunt limum; quique editus Auslro, Et filicem curvis iuvisam pascit aratris : "JO Hie tibi praevalidas olim multoque fluentes Sufficiet Baccho viles; liic fertilis uvœ, Hic laticis, qualem patcris libamus et auro, Inflavit quum pinguis ebur Tyrrhenus ad aras, Lancibus ct pandis fumantia rcddimus cxla.
Sin armeiita magis studiura vitulosque tueri, Aul fetus oviura, aut urentes culta capellas; Saltus el saturi pelilo longinqua Taieuti, El qualcm iolelix amisit Mantua catnpum,
LES GÉORGIQUES
Où le cygne aigcnte sur les ondes se joue; Là loul rit aux pasleurs, la beauté du vallon, La fraîcheur des ruisseaux , l'épaisseur du gazon; Et tout ce cpi'un long jour consume de pâture , La plus courte des nuits le rend avec usure.
Enfin pour le froment choisis ces terrains forts, Plcnis de sucs au-dedans, noirâtres au-dehors, Dont la terre est broyée , et pour qui la natiue Semble avoir épargné les frais de la culture. Aucun champ ne verra tant de bœufs alleles T'apporler à pas lenis le tribut de ses blés.
Tel encor ce terrain couvert d'un bois stérile, Que sou maître rougit de laisser inulile. D'une maui indignée il y porte le fer , Détruit les vieux palais des liabilauls de l'air : L'oiseau trendjlant s'enfuit de ses toits qu'on ravage, Et le soc rajeunit cette -plaine sauvage.
Mais fuis ce mont pierreux 45, dont le maigre terrain Offre à peine à l'abeille un humble romarin ; Fuis de ce tuf ingrat la rudesse indocile , El ce fonds plein de craie où gil l'affreux reptile ; Aucun champ ne fournit à ses enfants impurs Ni d'alimenls plus deux, ni d'asiles plus surs.
Pour ce terrain poreux 46 où l'air trouve un passage, Qiri pompe sa vapeur et l'exhale eu image ; Que tapisse à nos yeux un gazon toujours frais. Où le contre brillant ne se rouille jamais, Ce fonds se prèle à tout, pourvu qu'on le cultive ; Il se couvre d'épis, il fait mûrir l'olive. La vigne, si je veux, s'y marie aux ormeaux, On dans des prés fleuris il nourrit mes troupeaux. Telles on aime à voir 4? ces campagnes fécondes, Que le Clain trop souvent engloutit sous ses ondes: Tels les champs du Vésuve, et ces heureux vallons
Pascentcm niveos hcrboso fliimine cycnos. '00 Non liquid! grcgibus foutes, non grainiua, desunt; F,t, quantum longis carpent arraenta diebus. Exigna lantum gelidus ros nocte rcpnnct.
Nigra fere, et presso plnguis sub vomcre terra. Et cui putrc solum, namque hoc imitamur arando , Optima frumcntis : non ullo e\ acquore cernes Plura doraura tardis dccederc plaustra juvencis.
Aut unde iratus silvam devexit arator.
Et nemora evertit multos ignava per annos, Antiquasque domos avium cum stirpibus imis *'o Eruil : iilce alliim nidis pelierc relictis; At rudis enituit irapulso vomere campus.
Nam jejuna quidem clivosi glarea ruris Vix humiles apibus casias roremque ministrat. Et tophus scaber, et nigris exesa chelydris Creta : negant alios aeque serpentibus agros Duircm ferre cibum, et curvas pr*bere latcbras.
Quae Icnuera exhalât nebulam t'umosque volucrcs. Et bibit humorem, et, quum vult, ex se ipsa remittit ; Quaeque suc viridi semper se gramine vestit , »2o Nec scabie et salsa laedit rubigine ferrum, lUa tibi laetis intcxct viiibus idmos; Illa ferax oleae est; illam cxperiere colendo Et facilem pecori, et patientcm vomcris unci. Talem dives aral Capua, et vicina Vescvo Ora jugo , et vacuis Clanius non xquus Acerris.
Dont la riche Capoue admire les moissons.
Apprenons maintenant par quelle épreuve sûre On peut des sols divers distinguer la nature. Ici la terre est forte, et Gérés la chérit; Ailleurs elle est légère, et Bacchus lui sourit. Pour ne pas t'y tromper, que la bêche la sonde. Creuse dans son enceinte une fosse profonde : Ce qui vient d'en sorlir, il faut l'y repousser. Sur ce monceau poudreux bondis pour l'affaisser. Descend-il sous les bords .'' cette terre est légère ; Là ton troupeau s'engraisse, ou ta vigne prospère. Si cet amas épais, rebelle à ton effort. Refuse de rentrer dans le lieu dont il sort, A la plus forte terre il faut dès-lors l'altendre : Que les plus forts taureaux gémissent pour la fendre.
Mais ce terrain amer qu'aucun soin n'adoucit. Où l'arbre de Pallas jamais ne réussit. Où le cep dégénère, où le blé craint de naître. Apprends par quel moyen tu peux le reconnoitre. Sous tes toits eulumés prends ces paniers de joncs Dont le tissu n'admet que de foibles rayons; Ces vases du pressoir, où des raisins qu'on foule En ruisseaux épurés le jus brillant s'écoule. Là, pour mieux l'éprouver, j'ordonne que ta main Détrempe d'une eau douce et presse ce terrain : Ces eaux, pour s'échapper se frayant une roule. Coulent le long des joncs, et tombent goutte à goutte : Alors fais-en l'essai ; ton palais révolté Connoil ce sol ingrat à leur triste âcrelé.
Un sol maigre est celui qui, prompt à se dissoudre, Sitôt qu'on l'a touché, tombe réduit en poudre. Va terrain gras, semblable à la gomme des bois. S'amollit dans les mains et s'attache à tes doigts. La hauleiur de l'herbage annonce un fonds humide :
Nunc, quo quamque modo possis cognoscerc, dicam. Rara sit, an supra morera si densa, requiras; Altera frumcntis quoniam favet, altera Baccho; Densa magis Cercri , rarissima qu«quc I.ysEO :
'3o Ante locum capies oculis, alteque jubcbis In sclido puteum dcmitti , omuemque rcpones Rursus humura, et pcdibus suramas œquabis arenas. Si deerunt, rarurn, pecorique et vitibus almis Aplius ubcr erit : sin in sua posse negabunt Ire loca, et scrobibus siiperabit terra repletis , Spissus ager; !;lebas cunclantes crassaque terga Exspecla, et validis terram proscinde juvencis. Salsa autera tellus, et quae pcrhibetur amara, Frun-ibus inl'elix ea nec raansuescit arando,
240 Nec I5accho genus, aut pomis sua nomina servat. Taie dabit specimen : tu spisso vimine qualos Colaque praelorum fumosis deripe teetis : Hue a"-er ille malus, dulcesque a fontibus unda; Ad plenum calcentnr : aqua eluctabitur omnis Scilicet, et grandes ibunt per vimina gultae; At sapor indicium faciet manifestus, et ora Tristia lentantum sensu torquebit amaro.
Pinguis item ipiae sit tellus, hoc denique pacte Discimus : baud unquam manibus jactata l'atiscit,
iio Sed picis in morera ad digilos lentescit habendo. Humida majores herbas alit, ipsaque juste LîEtior : ah ! nimiura ne sit mihi fertilis illa ,