‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 46 sur 391 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Et d'un double trophée embellissant nos fêtes. Au milieu je ranime en marbre '" de Paros Les lils d'Assaraeus, les deseendants de Tros, Ces dieux , ces demi-dieux , celte famille immense, Que termine César , (|ue Jupiter commence. Dans un coin du tableau " je mets l'Envie aux fers, El j'élale à ses yeux les tourments des enfers : Les serpents d'Aleclon, les ondes de Tantale, La roue infatigable, et la roche fatale.

Cependant , ô Mécène, animé pai- ta voix , Pour guider les troupeaux je rentre dans les bois. Viens : déjà des bergers '* les Irompes m'avertissent ; Déjà des chiens ardents les clameurs retenlissent ; Le coursier frappe l'air de ses hennissements : Le taureau lui répond par ses mugissements ; Et l'écho des forets et l'écho des rivages Se joignent aux concerts de leurs acceuls sauvages. Achevons de dicler ces champêtres leçons ; Et ma muse bienlôl, par de plus nobles sons. Fera vivre les faits du héros que j'adore , Plus long-temps que l'époux de la brillante Aurore.

Veut-on pour vaiucre à Pise un coursier généreux .>• Veut-on pour la charrue un taureau vigoureux .■' Des mères avec soin il faut choisir l'espèce. Je veux dans la génisse ^^ une mâle rudesse, Une oreille velue, un regard menaçant , Des cornes dont les dards se courbent en croissant; Que son flanc alongé sans mesure s'étende ; Vers la terre en flottant que son fanon descende ; Qu'enfin ses pieds , sa tête, et son cou monstrueux , De leur beauté difforme épouvantent les yeux.

J'aime aussi sur sou corps, taché par intervalles, Et de noir et de blanc les marques inégales ; J'aime à lui voir du joug secouer le fardeau ,

Cocyti metuet, tortosque Ixionis angiies, Iranjancmqiie rotain , et uoq exsiiperabile saxum.

40 Interca Dryadum silvas saltiisque scquaraur Ititactns, tua, M^ccoas , liaud mollia jussa. Te siiie nil aituin mens inchoat. En age, segues Rumpe moras; vocat ingenti clamore Citha;ron, Taygetique canes, domilrixque Epidauius cquorum ; Et vox assensu nemorum ingcrainata remugit. Mox taraen ardentes aceingar dicere pugnas Caesaris, et nouieu fama tot ferre per anuos, Tithoui prima quoi abest ab origine Cssar. Seu quis, Olympiacae miratus pra'mia palmse,

5o Pascit cqnos , scu quis fortes ad aratra juvencos. Corpora pra-cipue matrura Icgat. Optima torvae Forma bovis, oui turpe eaput, oui plurima cervix , Et crurum tenus a mcnto palearia pendent. Turn longo nullus lateri modus ; omnia magna , Pes etiam, et camuris liirtse sub cornibus anrcs. Nec mihi displiceat macnlls insignis et aibo , Aut jiiga dctrectans, interdumque aspera cornu, Et facicm tauro propior, quaeque ardua tota. Et gradiens ima verrit vestigia cauda.

^ jEtas Luciham, justosquc pati hymenjeos, Desinil ante decern, post quatuor incijiit annos : CsBtcra nee fetur» liabilis, nee forlis aratris. Interea, superat gregibus dum locla juvcntus ,

Par son mufle sauvage Imiter le taureau , Menacer de la corne, et, dans sa marche allière. D'une queue à longs crins balayer la poussière.

L'âge , soit de l'hymen , soit du travail des cliamp."!, Après quatre ans commence , et cesse avant dix ans. Ces jours sont précieux : dès le printemps de l'âge Livre au taureau fougueux son amante sauvage ; Qu'elle laisse en mourant de nombreux héritiers. Hélas ! nos plus beaux jours s'envolent les premiers : Un essaim de douleurs bientôt nous environne; La vieillesse nous glace , et la mort nous moissonne. Préviens donc leur ravage, et que dans tes troupeaux L'hymen forme toujours des nourrissons nouveaux.

Dans le choix des coursiers ne sois pas moins sévère. Du troupeau, dès l'enfance, il faut soigner le père : Des gris et des bais-bruns '4 on estime le cœur; Le blanc, l'alezan clair, languissent sans vigueur. L'étalon généreux i5 a le port plein d'audace, Sur ses jarrets pliants se balance avec grace; Aucun bruit ne l'émeut ; le premier du troupeau Il fend l'onde écimiante , affronte un pont nouveau : Il a le ventre court 'C^ l'encolure hardie, Une tète eflilce, une croupe arrondie ; On voit sur son poitrail ses muscles se gonfler, Et ses nerfs tressaillir , et ses veines s'enfler : Que du clairon bruyant '7 le son guerrier l'éveille, Je le vois s'agiter ^^, trembler, dresser l'oreille ; Son épine se double '9 et frémit sur son dos; D'une épaisse crinière il fait bondir les flots ; De ses naseaux brûlants il respire la guerre ; Ses yeux roulent du feu, son pied creuse la terre.

Tel , dompté par les mains du frère de Castor '°, Ce Cyllare fameux s'assujettit au mor : Tels les chevaux d'Achille et du dieu de la Thrace

Solve mares; railte in Venercm peeuaria primus, Atque aliam ex alia gcnerando suffice prolcra. Optima quaiquc dies miseris mortalibus œvi Prima fugit : subcunt morbi tristisquc seiiectus. Et labor, et dura; rapit indemcntia mortis. Sem])er crunt, quarum mutari corpora mails.

70 Seraper enim reliée; ac, ne post amissa requiras, Anteveni, et sobolcm armento sortire quotaniiis.

Nec non et pecori est idem delectus equino. Tu modo, quos in spem statues submiUere gcntis, Praecipunni jani Inde a teneris impeude laborem. Conlinuo pecoris generosi pullus in arvis Altius ingreditur, et mollia crura reponit. Primus et ire viam, et fluvios tentarc minaces , Audct, et ignoto sese commitlere ponti : i\cc vanos borrct strepitus. Illi ardua cervix,

80 Argutumquc caput, brevis alvus, obesaque tcrga , Luxuriatque toris animosum pectus. Ilouesti Spadices, glaucique; color deterrimus albis , Et giivo. Tum , si qua sonum procul arma dedcre , Stare loco ncscit , niicat auribus , et tremil arlus , CoUeetumque prcraens volvit sub naribus ignem. Densa juba, et dextro jactata recumbit in arme; At duplex agitur per lumbos spina; cavalque Tcllurem , et solido graviter sonat ungula cornu. Talis Amvclsei domitus PuUucis habenis

LES GÉORGIQUES

Souffloienl le feu du ciel , d'où desceiidoil leur race : Tel Saturne *», surpris dans un tendre larcin, En superbe coursier se transforma soudain , Et, secouant dans l'air sa crinière flollanle. De ses hennissements effraya son amanle.

Quel que soil le coursier qu'ait adopté ton choix , Quand des ans ou des maux il sentira le poids. Des travaux de l'amour dispense sa foii)lcsse : Venus ainsi que Mars demande la jeunesse. Pour son corps, dévoré d'un impuissant désir , L'hvmen est un tourment, et non pas un plaisir; Vieil athlète, son feu dès l'abord se consume : Tel le chaume s'éteint au moment qu'il s'allume. Connois donc et son âge, et sa race, et son ccem-, El sur-tout dans la lice 22 observe son ardeur.

Le signal est donné : déjà de la barrière Cent chars précipités fondent dans la carrière; Tout s'éloigne, tout fuit : les jeunes combattants, Tressaillant d'espérance, et d'effroi palpitants, A leurs bouillants transports abandonnent leur ame; Ils pressent leurs coursiers; l'essieu siffle et s'enflamme; On les voit se baisser, se dresser toiu-à-tour; Des tourbillons de sable ont obscurci le jour; On se (|uitte, ou s'atteint; on s'approche, on s'évite: Des chevaux lialelanls le crin poudreux s'agite; Et, blanchissant d'écume et baigné de sueur. Le vaincu de son souffle humecte le vainqueur : Tant la gloire leur plait, tant l'honneu:- les anime!

Érichthon le premieres, par un effort sublime, Osa plier au joug quatre coursiers fougueux. Et porté sur un char s'élancer avec eux. Le Lapithe , monté sur ces monstres farouches ,

<)o CvUarus, et, quorum Graii meminere poet.x, Martis eqiii hijiigcs , et niagiii currus Achillis. Talis et ipse jiibam ccrvice clfudit equina Conjugis adveiitu peinix Saturnus , et altum Pclioii liiimitu fugiens iinplevit acuto.

Hune quoqiie, iihi aul uiorho gravis, aul jam segnior annis, Deficit , al)dc domo , ncc turpi igiiosce senectae. Frigidus in Yciierem scoior, Irustraquc latxiretn higratum trahit; et, si qnaiido ad priclia ventum est, lit quondam in stipulis niagnus sine viribus ignis,

'00 hicassum l'uril. Ergo antiiios scvumquc notabis Pra:cipue ; liine alias artes, proleiuqno parentum , Et <piis cuiquc doloi- victo , qiue gloria palina;.

.Notine vides , quum pra-cipiti ccrlaniine campum Cornpuere, ruutitcpie ellusl carcerc currus, Quum spcs arrectae juvenum, cxsullantiaque liaurit Corda pavor pulsaus ? llli instant verbcre torto , Et proui daiit lora ; volât vi fervidus axis : Jamque humiles , jamque elali sublime videntur Aéra per vacuum Terri, atque assurgere iu auras.

••" Nce mora , nec requies ; at fulv» nimbus arena; ToUitur ; bumescunt spumis flatuque sequentum : Tantus amor laudura , tantœ est victoria curse ! Primus Erichtbonius currus et quatuor ausus JuDgere equos, rapidisque rotis insistcre victor. Freua Pelrtbronii Lapitba; gyrosquc dcdcrc Impositi dorso, alque cquitem docuere sub armis Insultare solo , et gressus gloraerare superbos. .îquus utcrque labor : fcque juvcncmque magistri

A recevoir le frein accoutuma leurs bouches, Leur apprit à bondir, à cadencer leurs pas. Et gouverna leur fo\igue au milieu des combats. Mais, soit qu'il traîne un char, soit qu'il porte son guide, J'exige (pi'un coursier soit jeune, ardent, rapide. Fût-il sorti d'F.pire, eût-il servi les dieux, Fùl-il né du trident, il languit, s'il est vieux.

Enfin Ion choix est fait, aucun soin ne t'arrête: Que le chef du troupeau pour son h\ men s'apprête. D'une prodigue main verse-lui sa boisson ; Qu'il s'engraisse du lait de la jeune moisson : Autrement il succombe, aux plaisirs inhabile, Et d'un père affoibli naît un enfant débile. Au contraire '4, sitôt que les tendres désirs Sollicitent la mère aux amoureux plaisirs, Eloigne-la des eaux , retranche sa pâture; Et quand l'été brûlant fatigue la nature , Lors(pie l'aire gémit sous les fléaux pesants. Qu'une pénible course amaigrisse ses flancs : Des roules de l'amour ^'■' l'embonpoint inutile Aux germes créateurs ouvre un champ moins fertile.

Dès que son sein grossit , tous nos soins lui sont dus, Et le soc et le char lui seront défendus. Je ne veux plus la voir bondir dans les campagnes, Lutter contre un torrent, gravir sur les montagnes : Qu'elle paisse en des prés où les plus clairs ruisseaux Parmi des bords fleuris roulent à pleins canaux. Où le sommeil l'invite au fond d'un antre sombre, Où des rochers voisins versent le frais et l'ombre.

Sur-tout je crains pour elle et la rage et le briut Des insectes ailés que la chaleur produit. Aux rives du Silare , où des forêts d'yeuses

Exquirunt , calidumque aniniis , et cursibus aérera ; >>o Ouanivis s.Tpe fuga versos ille egerit hostes ,

Et patriam Epirura referai, fortesquc Mycerias ,

Neptunique ipsa dcducat origine gentcm.

Flis animadversis , instant sub tcmpus, et omncs

hnpendunt curas deuso distendere pingui ,

Oucm légère duccm , et pecori dixere maritum :

Pubentesque secant herhas , fluviosque miuIstraDt,

Farraque , ne blando nequeat superesse labori ,

Invalidique patrum référant jejunia nati.

Ipsa autem macie tenuant armenta volentes; i3o Atque , ubi concubltus primos jam nota voluptas

Sollicitât , frondesque uegant , et fontibus accent ;

S.Tpe ctiam cursu quatiuut , et sole fatigant ,

Quum graviter tunsis gémit area frugibus , et quum

Surgeutem ad Zcphyrum palea- jactantur inancs.

Hoc faciunt, nimio ne luxu obtusior usus

Sit genitali arvo , et sulcos oblimet inertes;

Sed rapiat sitiens Venercm , interiusque recondal. Rursus cura patrum caderc et succedere matrum

Incipit. Exactis gravidae quum mensibus errant , >*o Non illas gravibus quisquara juga ducere plaustris ,

I\on saltu superare viam sit passus , et acri

Carpere prata l'uga, fluviosque innare rapaees.

Sallibus in vacuis pascant, et plena secundum Flnmina, muscus ubi, et viridissima gramine ripa,

S|)elinica'que Icgaiit, et saxca procubet umbra. Est lucos Silari cirea ilicibusque vireulera

l'iurimus Alburnum volitaas , cui nomen asilo

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