‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 50 sur 391 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Le chien àî caressant expire dans la rage ; Et d'une horrible toux ^° les accès violents Étouffent l'animal qui s'engraisse de glands.

Le coursier, l'oeil éleinl et l'oreille baissée, Distillant lentement une sueur glacée , Languit, chancelle, tombe, et se débat en vain: Sa peau rude se sèche, et résiste à la main; Il néglige les eaux, renonce au pâturage. Et sent s'évanouir son superbe courage.

Tels sont de ses tourments les préludes affreux : Mais si le mal accroît ses accès douloureux , Alors son œil s'enflamme ; il gémit ; son haleine De ses flancs palpitants ne s'échappe qu'à peine ; Sa narine à longs flots vomit un sang grossier, Et sa langue épaissie assiège son gosier.

Un vin pur, épanché dans sa gorge brûlante , Parut calmer d'abord sa douleur violente ; Mais ses forces bientôt 6i se changeant en fureur, (O ciel! loin des Romains ces transports pleins d'horreur!) L'animal frénétique, à son heure dernière, Tournoit contre lui-même une dent meurtrière.

Voyez-vous le taureau 62, fumant sous l'aiguillon, D'un sang mêlé d'écume inonder son sillon? Il meurt : l'autre, affligé de la mort de son frère, Regagne tristement l'étable solitaire; Son maître l'accompagne , accablé de regrets , Et laisse en soupirant ses travaux imparfaits.

Le doux tapis des prés , l'asile d'un bois sombre La fraîcheur du matin jointe à celle de l'ombre. Le cristal d'un ruisseau qui rajeunit les prés. Et roule une eau d'argent sur des sables dorés. Rien ne peut des troupeaux ranimer la foiblesse ; Leurs flancs sont décharnés ; une morne tristesse

Hinc canibus blandis rabies venit, et quatit œgros Tussis anhela sues, ac faucibus angit obcsis.

Labitur iofelix , studiorum atque immcmor herbs, Victor equus, fontesque avertilur , et pede terrain 5oo Crebra ferit : dcmissae aiires; incertus ibidem Sudor, et ille quidera morituris frigidus; aret Pellis , et ad tactum traclanti dura rcsistit.

Haec ante exitium primis dant sigoa diebus. Sin in processu cœpit crudescere morbus, Tum vero ardentes oculi, atque attrattus ab alto Spiritus, interdum gemitu gravis, imaque longo llia singultu tendunt; it naribus ater Sanguis, et obsessas fauces premit aspera lingua. Profuit inserto latices infundcre cornu ^'u Lenaeos; ea visa salus morientibus una.

Mox erat hoc Ipsum exitio, furiisque refccti Ardebant; ipsique suos , jam morte sub aegra , (Di meliora plis, erroremque liostibus illum !) Discissos nudis laniabant dentibus artiis.

Ecce autem duro fumans sub vomere taurus Concidit, et mixtum spumis vomit ore cruorem, Extremosque ciet gemitus. It tristis arator, Mœrentem abjungens fratcrna morte juvencum , Atque opère in medio dcfixa relinquit aratra. 5-V> Mon umbrœ altorum ncmorum , non moUia possunt Prata movere animum , non , qui per saxa volutus Purior electro campum petit amnis; at iraa Solvuntur latera, atque oculos stupor urgcl inertes.

De leurs stupidcs yeux éteint le mouvement. Et leur front affaissé tombe languissamment.

Hélas! que leur servit de sillonner nos plaines '•3, De nous donner leur lait , de nous céder leurs laines ? Pourtant nos mets flatteurs, nos perfides boissons, N'ont jamais dans leur sang fait couler leurs poisons : Leurs mets , c'est l'herbe tendre et la fraîche verdure ; Leur boisson, l'eau d'un fleuve ou d'une source pure ; Sur un lit de gazon ils trouvent le sommeil, ^ jamais les soucis n'ont hâté leur réveil.

Pour apaiser les dieux, on dit que ces contrées Préparoienl à Junon des ofÙMudes sacrées : Pour les conduire au temple on chercha des taureaux ; A peine on put trouver deux buffles inégaux. On vit des malheureux, pour enfouir les graines. Sillonner de 'leurs mains et déchirer les plaines. Et, roidissant leurs bras, humiliant leurs fronts. Traîner un char pesant jusqu'au sommet des monts.

Le loup même oublioit ses ruses sanguinaires ; Le cerf parmi les chiens erroit près des chaumières; Le timide chevreuil ne songeoit plus à fuir. Et le daim si léger s'élonnoit de languir.

La mer ne sauve pas ses monstres du ravage ; Leurs cadavres épars flottent sur le rivage ; Les phoques , désertant ces gouffres infectés , Dans les fleuves surpris courent épouvanlés; Le serpent cherche en vain le creux de ses murailles ; L'hydre étonnée expire en dressant ses écailles ; L'oiseau même est atteint, et des traits du trépas Le vol le plus léger ne le garantit pas.

Vainement les bergers changent de pâturage; L'arl vaincu cède au mal ^"i, ou redouble sa rage : Tisiphone , sortant du gouffre des enfers ,

Ad terramque fluit devexo pondère cervix.

Quid labor , ant benefacta juvant ? quid vomere terras Invertisse graves ? Atqui non Massica Piacchi Munera, non illis epulse nocuere repostae : Frondibus et victu pascuntur simplicis berba;; Pocula sunt fontes liquidi , atque exercita cursu S3o Fluraina; nee somnos abrumpit cura salubres.

Tempore non alio dicunt regionibus illis QucTsitas ad sacra bovcs Junonis, et uris Imparibus ductos alta ad donaria currus. Ergo a;gre rastris terram rimantur, et ipsis Unguibus infodiunt fruges, montesquc per altos Contenta cervice trahunt stridentia plaustra.

Non lupus insidias explorât ovilia circum , Nee gregibus nocturnus obambulat; acrior ilium Cura domat : timidi damae ccrvique fugaces 540 Nunc intcrque canes et circum tecta vagantur.

Jam maris immensi prolem, et genus omne natantuni Litore in extreme, ceu naufraga corpora, fluctus Proluit : insolitae fugiunt in flumina plioca;. Interit et curvis frustra dcfcnsa latcbris Vipera, et altoniti squamis adstantibus bydri. Ipsis est aer avibus non œquiis, et illée Praeeipites alta vitam sub nubc relinquunt.

Praeterea nec jam mutari pabula rcfert, Qua-sitaequc nocent artes; cessere magistri, 55o Phillyridcs Ciiiron, Amytbaoniusquc Melampus : Saevit et in lucem Stvgiis emissa tenebris

LES Gl'.ORGIOUES.

Épouvanle la terre, empoisonne les airs,

Et sur les corps pressés d'une foule mourante

Lève de jour en jour sa lètc dévorante.

Des troupeaux expirants les lamentables voix

Font gémir les coteaux, les rivages, les bois ;

Ils comblent le bercail, s'entassent daus les plaines;

Dans la terre avec eux on enfouit leurs laines.

En vain l'onde cl le feu pénéiroient leur toison :

Rien ne pouvoit domi)tcr l'invincible poison ;

Et mallieur au mortel qui, bravant leurs souillures,

Eût osé revclir ces dépouilles impures!

Soudain son corps, baigné par d'immondes humeurs.

Se couvroit tout entier de brûlantes tumeurs;

Son corps se desséchoit, et ses chairs enllammces

Par d'invisibles feux périssoient consumées.

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