‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 56 sur 391 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

En vain te cherche cncor de sa main défaillante ; L'horrible mort, jetant un voile autour de moi, M'entraîne loin du jour, hélas ! et loin de toi. »

« Elle dit, et soudain dans les airs s'évapore. Orphée en vain l'appelle, en vain la suit encore. Il n'embrasse qu'une ombre; et l'horrible nocher De ces bords désormais lui défend d'approcher. Alors, deux fois privé d'une épouse si chère, Ou porter sa douleur ? oh traîner sa mtscre ? Par quels sons , par quels pleurs fléchir le dieu des moris ? Déjà cette ombre froide arrive aux sombres bords.

« Près du Sirymou glacé, dans les antres de Thrace, Durant sept mois entiers il pleura sa disgi'ace : Sa voix .idoucissoit les tigres des déserts, Et les chênes émus s'inclinoient dans les airs. Telle sur un rameau 53, durant la nuit obscure, Philomèle plaintive attendrit la nalure.

Accuse en gémissant l'oiseleur inhumain.

Qui, glissant dans son nid une furtive main, Ravit CCS tendres fruits que l'amour fit éclore, Et qu'un léger duvet ne couvroil pas encore. Pour lui plus de plaisir, plus d'hymen, plus d'amour. Seul parmi les horreurs d'un sauvage séjour, Dans ces noires forêts du soleil ignorées, Sur les sommets déserts des monts hyperborées, Il pleuroit Eurydice, et, plein de ses attraits, Reprochoil à Plulon ses perfides bienfails. En vain mille beautés s'efforçoient de lui plaire : Il dédaigna leurs feux; et leur main sanguinaire, La nuit, à la faveur des mystères sacrés. Dispersa dans les champs ses membres déchirés. L'Èbre roula sa tète encor toute sanglante :

Fata vocant, conditque natantia lumina somnus. Jamque vale! feror ingenli circumdata nocte, iDvalidasquc lib! tendeus, heu! non tua, palmas. " « Dixit, et ex oculis subito, ecu fumus \n auras

^°° Commixtus tenues, fugit diversa; nequc illuiu,

PrcDsanteiu nequicquam umbras, et multa volentem Dicere, practerca vidit; nec portitor Orci Amplius objectam passus transirc paludem. Quid faceret? Quo se rapta bis conjuge ferret? Quo flctu Manes , qua numina voce movcret? Ilia quidem Stygia nabat jam frigida cymba.

« Septcru ilium lotos perhibent ex ordinc menses Rupe sub aeria, dcscrli ad Strymonis undam Flevisse, ct gelidis bœc evolvisse sub antris,

iio Mulcenlem tigres, et agentem carmine quercus. Qualis populca mœrens Philomela sub umbra Amissos qucritur fetus , quos durus arator Observans nido implumes dctraxit : at ilia Fiet noctera , ramoqne sedens miserabiie carmen Integral, et mœslis late loca qucstibus implet. Nulla Venus, nullique animum flexcre bymenaei. Solus Hypcrboreas glacics, Tanaimque uivalem, Arvaque l\hip.xis numquam viduata pruinis Lustrabat, raptam Eurvdiccn alque irrita Ditls

510 Dona querens. Spretse Ciconum quo munere matres, Inter sacra deum, noctumique orgia Bacchi, Discerptum latos juvcnem sparsere per agros. Turn quoque marmorea caput a cervice revulsum Gurgitc quum medio porlaos Œagrius Ilebrus

Là, sa langue glacée et sa voix expirante, Jusqu'au dernier soupir formant un foible son, D'Eurydice, en flottant, murmuroit le doux nom : Eurydice! ô douleur! Touchés de son supplice, Les échos répétoient Eurydice ! Eurydice ! »

Le devin dans la mer se replonge à ces mots. Et du gouffre écumant fait tournoyer les flots. Cyrène de son fils vient calmer les alarmes : « Cher enfant, lui dit-elle, essuie enfin tes larmes; Tu connois ton destin. Eurydice autrefois Accompagnoit les chœurs des Nymphes de ces bois; Elles vengent sa mort : toi , fléchis leur colère : On désarme aisément leur rigueur passagère. Sur le riant Lycée, où paissent tes troupeaux. Va choisir à l'instant quatre jeunes taureaux; Choisis un nombre égal de génisses superbes Qui des prés émaillés foulent en paix les herbes ; Pour les sacrifier élève quatre autels; Et, les faisant tomber sous les couteaux mortels, Laisse leurs corps sanglants dans la forêt profonde. Quand la neuvième aurore éclairera le monde, Au déplorable époux dont tu causas les maux Offre une brebis noire et la fleur des pavots ; Enfin, pour satisfaire aux mânes d'Eurydice, De retour dans les bois, immole une génisse. »

Elle dit : le berger dans ses nombreux troupeaux Va choisir à l'instant quatre jeunes taureaux; Immole un nombre égal de génisses superbes , Qui des prés émaillés fouloient en paix les herbes. Pour la neuvième fois quand l'aurore parut. Au malheureux Orphée il offrit son tribut. Et rentra plein d'espoir dans la forêt profonde,

Volveret, Eurydicen vox ipsa et frigida lingua. Ah miscrara Eurydicen! anima fugicnle, vocabat : Eurydicen tnto rcferebant flumine ripae. »

Hsec Proteus, et se jactu dédit sequor in altum ; Quaque dédit, spumanlem undam sub vorlice torsit

^3o At non Cyrene; namque ultro affala timentem : « Nate, licet tristes aninio dcponerc curas. Haec omnis morbi causa; hinc miserabiie Nympha;, Cum quibus illa choros lucis agitabat in altis, Exitium misère apibus : tu muncra supplex Tende, pelens pacem, et faciles venerare Napseas ; Namque dabunt veniara votis, irasque remittent. Sed, modus orandi qui sit, prias ordine dicam. Quatuor eximios prœstanti corpore tauros. Qui tibi nunc viridis depascunt summa Lycaei,

^k° Deiige, ct inlacta tolidera cervice juvencas. Quatuor bis aras alla ad dclubra dearum Constitue, et sacrum jugulis dcmitte cruorem, Corporaque ipsa boum froodoso dcsere luco. Post, ubi nona suos Aurora oslendcrit ortus, Inferias Orphei lethœa papavcra raittes; Placatara Eurydicen vilula venerabere caesa. Et nigram mactabis ovcm , lucumque revises. »

Haud mora : continuo matris pra?cepla facessît. Ad delubra venit, monstratas excitât aras;

55o Quatuor eximios praestanti corpore tauros Ducit, ct intacta totidem cervice juvencas. Post, ubi noua suos Aurora ioduxcrat ortas, luTerias Orplici mittit, lucumque revisit.

NOTES DU LIVRE I

O prodige! le sang, par sa chaleur féconde, Dans le flanc des taureaux forme un nombreux essaim; Des peuples bourdonnants s'échappent de leur sein, Comme un nuage épais tians les airs se répandent, Et sur l'arbre voisin en grappes se suspendent. Ma muse ainsi chantoil les rustiques travaux, Les vignes, les essaims, les moissons, les troupeaux, Lorsque César ^4, l'amour et l'effroi de la terre, Faisoit trembler l'Euphrale au bruit de son tonnerre, Rendoit son joug aimable à l'univers dompté, Et marclioit à grands pas vers l'immortalité. Et moi je jouissois d'une retraite obscure ; Je m'essayois dans Naple à peindre la nature. Moi (|ui, dans ma jeunesse, à l'ombre des vergers, Célébrois les amours et les jeux des bergers.

FIN DES GÉORGIQUES

Hic vero, siihitum ac dictti rairabile monstriun! Adspiciiint liqucl'acta boum per viscera tolo Stridcre apcs ntcro, cl riiptis effcrvcro costis, Immcnsasque trahi nubcs, jainque arbore suDima Conflucre, et lentis uvani dciiiittcre ramis.

Ha-c super arvorum ciiitu pccorumquc cancbam, iSo Et super arborii)us, Ca-sar dinii niagnus ad altura Fulminât Eupbratcn bcllo, virtorqiie voientcs Per populos dat jura, viamque aiïeclat Olvmpo. lUo Virgilium me tempore dulcis alebat Parthenope, studiis florenlcm ignobilis oti, Carmina qui lusi pastorum, audaxque juvcnta, Tityre, te patula; cecini sub tegminc lagi.

FINIS GEORGICON.

NOTES

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