LIVRE II
Viens, Bacchus, tout ici célèbre tes louanges: L'i\utomne a sur son front tressé tes pampres verts; L'ambre de tes raisins embaume au loin les airs.
De tant d'arbres divers, les uns, nés sans culture. Couvrent au loin les champs, bordent une onde pure; Tels sont l'humble genêt, le pâle peuplier. Et le saule verdàlre, et le pliant osier.
Et le chêne, qui rend les oracles des dieux.
Plusieurs sont entourés de rejetons sans nombre : L'ormeau voit ses enfants s'élever sous son ombre; Des forêts d'arbrisseaux naissent du cerisier; Et du tronc maternel sort le jeune laurier.
Telles furent d'abord les lois de la nature : Bientôt l'expérience étendit la culture; Et l'art industrieux, par d'utiles secrets. Enrichit les vergers et peupla les forcis. Là, ce jeune arbrisseau qu'on arrache à son père Va recevoir ailleurs une sève étrangère.
Connois donc chaque plant, et quel soin lui convient, Ce que peut la nature , et ce que l'art obtient.
La grappe, des oiseaux est la vile pâture.
Oui surpasse le Tmolc, et même le Phanée.
On compteroit plutôt et les sables Numides, Et les lloLs entassés sur les plaines humides.
Pour tous les plants enfin tout sol n'est pas heureux : Le myrte aime les eaux, le frêne un mont pierreux. L'aune un marais dormant, le .saule une onde pure, La vigne le soleil, et les ifs la froidure.
lEID., VERS 3l.
Mais les arbres du Mède, et les bords de l'Indus, Les diamants du Gange, et tout l'or de l'Hcrraus, Et les riches parfums qu'exhale l'Arabie, Valent-ils les trésors de l'antique Ausonie?
Mais ces douces chaleurs n'enfantent ni poisons. Ni tigres dévorants, ni farouches lions; Et jamais dans nos champs une hydre monstrueuse Ne traîne en longs anneaux sa croupe tortueuse. Par-tout c'est un beau sol...
Toi sur-tout, grand César, toi, dont les fiers drapeaux Du Gange tributaire asservissent les eaux.
Tels les champs de Capoue, et ces vallons fameux Que du bouillant Vésuve épouvantent les feux.
Prends sous ton toit fumeux le couloir de ton vin. Là, des flots d'une eau douce humecte ce terrain.
PAG. 325, COL. 2, VERS l5.
Malgré les vents fougueux, l'orage et les torrents. Tranquille, il voit rouler le long cercle des temps; De son vaste contour embrasse les campagnes. Protège les vallons, et commande aux montagnes.
C'est l'aimable printemps, dont l'influence pure
VARIANTES DU LIVRE III
Rend aux champs dépouillés leur brillante parure;
De leur nouveau feuillage il revêt les forêts.
Et prépare la terre aux présents de Cérès :
Elle s'enfle, elle attend la semence féconde.
Dans un nuage d'eau, l'air, puissant dieu du monde.
S'insinue, et pénètre en sou sein altéré :
Il humecte le germe en ses flancs resserré;
Et dans son vaste corps répandant l'abondance.
Forme les fruits naissants de sa propre substance.
L'oiseau commence alors ses concerts amoureux :
L'auimal inquiet s'étonne de ses feux;
Nos champs ouvrent leur sein au tendre amant de Flore;
Par son souffle échauffés, tous les fruits vont éclore;
Un suc délicieux circule et les nourrit,
L'herbe ose se montrer, le soleil l embellit.
Sur ces coteaux riants, la vigne florissante
Déploie aux yeux charmés sa feuille renaissante,
IN'e craint plus les frimas pour ses tendres bourgeons,
ISi les eaux que du ciel lancent les aquilons.
Ce fut ce beau printemps, cette clarté féconde.
Qui sans doute éclaira la naissance du monde.
Quand le maitre ties dieux, des gouffres du chaos.
Eut fait sortir le ciel et la terre et les eaux.
Eut peuplé d'animaux les forets ténébreuses.
Eut suspendu des cieux les voiites lumineuses.
Le printemps anima tous les êtres divers,
Nouvellement semés dans ce vaste univers.
Alors l'hiver cruel, du monde en sa jeunesse.
De ses ressorts nouveaux respectoit la foiblesse;
Et des soleils d'été la dévorante ardeur
Ne vint point consumer sa naissante vigueur :
Le printemps régnoit seul; bientôt prenant sa place.
L'été darda ses feux, l'hiver s'arma de glace;
Le printemps, au milieu du froid et des chaleurs.
De ces âpres saisons tempéra les rigueurs.
L'amour dans les forêts réveille les oiseaux , L'amour daus les vallons fait bondir les troupeaux. Échauffés par Zéphire, humectes par l'Aurore, On voit germer les fruits, on voit les fleurs éclore; La terre est plus riante, et le ciel plus vermeil; Le gazon ne craint point les ardeurs du soleil; Et la vigne, des vents osant braver l'outrage. Laisse échapper ses fleurs et sortir son feuillage.
Déjà sun maitre y court, et, reprenant le fer. Au trésor de l'automne aspire dés l'hiver.
Façonne le premier tes vignobles fertiles; Jette au feu, le premier, leurs débris inutiles.
p.\G. 328, COI,. 2, VERS 10.
Des Centaures jadis il souilla le repas , Et ses coupes servoient d'instrument au trépas.
Ah ! loin de tous ces maux que le luxe fait naître , Heureux le laboureur, trop heureux s'il sait l'être! La terre, libérale, et docile à ses soins. Contente à peu de frais ses rustiques besoins. 11 ne voit point chez lui, sous des toits magnifiques. Des flots d'adulateurs inonder ses portiques.
Le fard n'altère point la blancheur de ses laines.
Mais dans mon corps glacé si mon sang refroidi Me défend de tenter un effort si hardi ,
C'est vous que j'aimerai, prés fleuris, onde pure; J'irai dans les forêts couler ma vie obscure. Dieux! que ne suis-je assis aux bords du Sperchius! Quand pourrai-je fouler les beaux vallons d'Hémus! Oh! qui me portera sur le riant Taygète, Et d'un épais feuillage ombragera ma tête!
Heureux le sage, instruit des lois de l'univers. Dont l'ame inébranlable affronte les revers. Qui regarde en pitié
Et se rit du vain bruit
Le Danube en fureur vomissant des soldats, La grandeur des Romains, la chute des états. Et la pitié pénible, et l'importune envie. N'altérèrent jamais le calme de sa vie. Jamais aux tribunaux
IBID., COL. 2, VERS ll^.
Le frère s'applaudit teint du sang fraternel. Et va vivre et mourir loin du toit paternel. Le laboureur en paix
PAG. 33o, cot. I, VERS 8.
.4insi Rome, aujourd'hui l'arbitre des humains.
Dut l'empire du monde à de rustiques mains.
O jours de l'âge d'or, jours heureux, mœurs champêtres!
L'homme étoit sans tyrans, les animaux sans maîtres;
L'airain n'assembloit point des soldats furieux;
Et l'homicide acier, et l'or impérieux.
Ces métaux, l'instrument et l'appât de la guerre,
N'avoient ni ravagé ni corrompu la terre.
PAG. 33o, COL. I, VERS II.
Osons à notre tour, par des sentiers nouveaux. Dans les champs de la gloire atteindre nos rivaux.
Sur les portes je peins les exploits de César :
Là, deux peuples divers deux fois sui\ent son char.
Pour graver sa défaite et tracer notre gloire,
L'Indien me fournit son or et son ivoire.
Ici j'olfre l'Asie embrassant nos genoux.
Le Parthe combattant et fuyant devant nous :
Plus loin mugit le Nil qu'ensanglante Bellone,
Et l'airain des vaisseaux se transforme en colonne.
Au milieu je ranime
PAG. 335, COL. 2, VERS l5.
Si leur riche toison fait la pourpre des rois. Sa parure est utile, au lieu d'être éclatante : Le nocher sur les eaux, le soldat sous la tente. Opposent sa dépouille aux rigueurs des frimas. Ses enfants sont nombreux
Le jour au fond des bois, sur la cime des monts. Elle broute la ronce, elle vit de buissons; Et le soir, sous son toit, qu'elle sait reconnoitre. Rentre avec sa famille, et vient nourrir son maitre. Nourris-la donc toi-même au milieu des hivers. Et tiens sa maison chaude ...
VARIANTES DU LIVRE IV
PAG. 336, cor. a, vers 27.
C'est là que ces mortels, près de leurs noirs foyers, Où brillent des ormeaux et des chênes entiers. Aussi grossiers que l'ours qui fournit leur parure. Dans un morne loisir coulent leur vie obscure; Passent au jeu les nuits, et, bravant les hivers, Boivent un jus piquaut, nectar de ces déserts.
En des flots de Dectar il transforme ces eaux. PAG. 338, COL. 2, VERS 9.
Mais non, pères, enfants, tout périt sans ressource.
L'émail d'un vert gazon, l'asile d'un bois sombré.
Dans leurs regards est peinte une morne tristesse; Leur flanc est décharné, leur pas se ralentit; Et, penché mollement, leur front s'appesantit.