‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 91 sur 391 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

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Aux fronls des chapiloaux , aux sommets des jiiliers , Moulent, et d'une main leuaul leurs boucliers, Des li'aits reteutissauls repoussent la tempête ; De l'autre, du palais ils saisissent le faite. Les Troyens cependant veulent vendre leurs jours ; D'un dernier désespoir misérable secours ! De leurs toits démolis , de leurs tours embrasées , Ils accablent des Grecs les troupes écrasées ; Roulent ces lambris d'or, ces riches ornements, De leurs antiques rois augustes monuments. Plus bas, le fer en main, d'intrépides cohortes Se pressent eu dedans , et protègent les portes. Ma fureur se réveille en ces moments d'eflVoi ; Je vole à lem* secours , au secours de mon roi.

Derrière le palais il étoit une issue.

Une porte , des Grecs encore inaperçue ; Et deux chemins secrets de ces grands bâtiments Réuuissoient entre eux les longs compartiments. En des temps plus heureux , c'étoit par cette porte Qu'Audromacjue souvent, sans pompe, sans escorte. Se rendoit vers Priam , et , plus souvent encor , Menolt à ses aïeux le jeune fils d'Hector. Par là je monte au faîte , où des mains languissantes Perdoient contre les Grecs des flèches impuissantes. La fureur me conseille un moyen plus affreux : Une tour, dont le front s'élevoit jusqu'aux cieux. Placée au bord du comble , y sembloit suspendue. De là de Troie entière on voyoit l'étendue , Les pavillons des Grecs , et leurs mille vaisseaux : Au pied de cette tour ils pressoient leurs assauts. Aux endroits mal unis , où le dernier étage Soutenoit foiblement l'audacieux ouvrage.

Par des leviers de fer attaquant ce grand corps. Ou l'ébranlé à l'enlour avec de longs efforts : Tout-à-coup on le pousse ; et cette masse horrible , Déployant à grand bruit sa ruine terrible, S'écroule , tombe , écrase , en se précipitant ,

H^rent parietibus scalse, postesquc sub ipsos Wituntur gradibus, clypeosque ad tela sinistris Protect! objiciuut : prensant fastigia dextris. Dardanidae contra tnrris ac tecta domorura Culmiaa convellunt : his se, quaudo ultima cernunt, Extrema jam ia morte parant defenderc tells ; Auratasque trabes, veterum decora alta parentiini, Devolvunt; alii strictis mucronibus imas

♦ ^" Obsedere fores : has servant agmiae denso. Instaurât! animi, regis succurrere tectis, Auxilioque levare viros, vimque addere victis.

Limen erat, cxcaeque fores, et pervius usas'' Tectorum inter se Priami, postesque rclicti A tergo, infelix qua se, dum régna manebant, Sae[)ius Andromache ferre incomitata solebat Ad soceros, et avo puerum Astyanacta trahebat. Evado ad summi fastigia culminis, unde Tela manu miser! jactabaut inrita Teucri.

**o Turrim in prœcipiti stantem, summisque sub astra Eductam tectis, unde omnis Troja videri. Et Danaum solitae naves, et Achaia castra, Adgressi ferre circum , qua summa labantis Jupcturas tabulata dabant , convellimiu altis

Des bataillons eutiers, remplacés à rinslanl. Sans cesse l'on attaque, on repousse sans cesse ; D'un côté la Phrygie, et de l'autre la Grèce, Font voler, fout pleuvoir les pierres et les traits.

Devant le vestibule, aux portes du palais, Pyri'hus , le cœur brûlant d'une audace guerrière , De ses armes d'airain fait jaillir la lumière : Tel un affreux serpent, qui, nourri de poison, Sous la terre dormoit dans la froide saison, Tout-à-coup reparoît, rayounaut de jeunesse, S'étale avec orgueil , se roule , se redresse , Darde un triple aiguillon , et de son corps vermeil Allume les couleurs aux rayons du soleil. De héros sur ses pas une foule s'avance : Ici , c'est Périphas , fier de sa taille immense ; Là , c'est Automédon , qui d'Achille autrefois Vit les coursiers fougueux obéir à sa voix ; Et de Scyros enfin la jeunesse bouillante Fait voler jusqu'aux toits la flamme étincelante. A leur tète Pyrrhus , une hache à la main , Frappe à coups redoublés sur les jwrtes d'airain. Les gonds tremblent ; des ais la vaste épaisseur s'ouvre ! Soudain jusques au fond l'œil étonné découvre Ces longs appartements, ces lambris somptueux. De nos antiques rois séjour majestueux.

On approche, on regarde; et, debout sur la porte, Paroît, le fer en main, une fière cohorte. Qui d'un roi malheureux, d'un malheureux vieillard, Dans son dernier asile est le dernier rempart : Sa garde sur le seuil demeure inébranlable.

Mais au fond du palais quel tableau lamentable ! Par-tout l'effroi, le trouble et les gémissements : Les femmes, perçant l'air d'horribles hurlements. Dans l'enceiute royale errent désespérées ; L'une embrasse à genoux ses colonnes sacrées, L'autre y colle sa bouche, et ses mains, et ses yeux, Et par mille baisers leur fait de longs adieux.

Sedibus, impulimusque. Ea lapsa repente ruinam Cum sonitu trahit, et Danaum super agmina late Incidit. Ast alii subeunt; nec saxa, nec ullum Telorum iaterea cessât genus.

Vestibulum ante ipsum primoque in limine Pyrrhus '^

4"o Exsultat, telis et luce coruscus ahena.

Qualis, ubi in lucem coluber mala gramina pastus, Frigida sub terra tumidum quem bruma tegebat; ISunc positis novus exuviis, nitidusque juventa, Lubrica convolvit sublato pectore terga Arduus ad solem, et Unguis micat ore trisulcis. Una ingens Pcriphas, et cquorum agitator AchiIJii Armiger Automédon , una omnis Scyria pubes Succcdunt tccto, et flammas ad culmina jactant. Ipse inter primos conrepta dura bipcnni

48o Limina perrumpit, postesque a cardine vellit jEratos; jamque, excisa trabe, fîrma cavavit Robora, et ingentem lato dédit ore fenestram. Adparet domus intus, et atria louga patescunt; Adparent Priami et veterum penetralia regum, Armatosque vident stantis in limine primo.

At domus interior gcmitu miseroque tumullu Miscctur, penitusque cavse plaog;oribu5 «des

L'ENÉIDE

Au milieu des horreurs de ce jour sanguinaire,

Trop digne d'achever l'ouvrage de son père ,

Du meurtrier d'Hcclor le harbare héritier ,

Pyrrhus vient, et déploie Achille tout entier:

Il menace, il attaque; à sa fureur extrême,

Ees barrières , les murs , et la garde elle-même ,

Tout cède : le bélier tonne à coups redoublés.

Arrachée à grand bruit de ses gonds ébranlés ,

Enfui la porte tombe : aussitôt ou s'élance ;

Un passage sanglant s'ouvre à la violence ;

A travers les débris , l'ennemi furieux

Poursuit rapidement son cours victorieux.

Déjà jusqu'au portique il porte le carnage ;

Les premiers des Troyens que rencontre sa rage,

Égorgés les premiers , expirent sous ses pas.

Il entre , et le palais se remplit de soldats.

Tel, enfin triomphant de sa digue impuissante.

Un fier torrent s'échappe ; et l'onde mugissante

Traîne, en précipitant ses flots amoncelés.

Pâtre, étable et troupeau, confusément roulés.

J'ai vu Pyrrhus, j'ai vu les féroces Atrides

Rassasier de sang leurs armes homicides ;

Hécube échevelée errer sous ces lambris ;

Le glaive moissonner les femmes de ses fils ;

Et son époux, hélas! à son moment supreme.

Ensanglanter l'autel qu'il consacra lui-même.

De sa postérité les rejetons naissanis.

Dont la foule chérie entouroit ses vieux ans ,

De ses cinquante fils les couches nuptiales ,

Ces dépouilles des rois, ces pompes triomphales ,

Trésors, enfants, grandeurs, tout périt sous ses yeux,

Et le glaive détruit ce qu'épargnent les feux...

Reine, peut-être aussi dcsirez-vous connoilre Comment de cet élat péril l'auguste maître. Voyant les Grecs vainqueurs au sein de ses remparts,

Fcmineis ululant; ferit aurea sidéra clamor. Turn pavida; teclls raatres iugenlibus errant,

*9" Amplexaeque tenent postes, atque oscula figunl. lustat vi patria Pyrrhus; nec claustra, neque ipsi Custodes sulferre valent. Labat aricte crebro. Janua, et cinoti prociimbunt cardinc postes. Fit via vi : rumpunt aditus, primosque trucidant linmissi Dauai, et late loca luilite complent. !\on sic, aggeribus ruptis quuiu spumous amnis Exiit, oppositasque evicit gurgite moles, F'ertur in arva furens cumulo, camposque per omnis Cura stabulis armenta trahit. Vidi ipso l'urcntcm 33

*"" Csede Ncoptolemura, gcminosque in limine Alridas; Vidi Hecubam, centumquc nurus, Priamumque per aras Sauguinc fœdantera, quos ipse sacravcrat, ignis. Quinquaginta illi thalami, spes tanta nepotum, Barbarico postes auro spolilsquc superbi, Procubuerc. Tenent Danai, qua deficit ignis.

Forsitan et, Priami l'uerint quîE lata, reqniras 31. IJrbis uli capta; casum , convolsaque vidit Liinina tcctorura, et medium iu penctralibus hostera : Arma diu senior desueta Iremcntibus a;vo

i'o Circumdat ncqnidquam humeris, et inutile ferrum Cingitur, ac deosos fertur moriturus in hostis. ;£dibus in mcdiis, uudoque sub ailhcris axe.

Son antique palais forcé de toutes paris. L'ennemi sous ses yeux, d'une armure impuissante Ce vieillard charge en vain son épaule tremblante, Prend un glaive, à son bras dès long-temps étranger, Et s'apprête à mourir, plutôt qu'à se venger. Dans la cour du palais, de ses rameaux antiques Un laurier embrassant les autels domestiques , Les couvroit de son ombre : en ces lieux révérés, Hécube et ses enfants ensemble retirés.

Ainsi qu'aux sifflements des tempèles rapides S'attroupe un foible essaim de colombes timides, Se pressoient, embrassoienl les images des dieux. Dès qu'elle voit Priam vainement furieux, Par un dernier effort oubliant sa vieillesse , Saisir les dards rouilles qu'illuslra sa jeunesse : « Cher époux, dit Hécube, où courez-vous ? Hélas ! Contre un destin cruel que peut ce foible bras ? Mon Hector même en vain renaîtroit de sa cendre. Approchez : de nos dieux l'autel va nous défendre , Ou sous le même fer nous expirerons tous. » Par ces mots, du vieillard désarmant le courroux , La reine enfin l'entraîne , et le place auprès d'elle.

Tout-à-coup, de Pyrrhus fuyant la main cruelle, A travers mille dards, un dernier fils du roi S'échappe, et du palais dépeuplé par l'effroi Traverse tout sanglant la longue galerie. Pyrrhus le suit; déjà, tout bouillant de furie, Il le presse, il le touche, il l'atteint de son dard : Enfin au saint autel , asile du vieillard , Son fils court éperdu , tend les bras à son père , Hélas ! et dans son sang tombe aux pieds de sa mère. A ce spectacle affreux , quoique sûr de la mort , Priam ne contient plus son douloureux transport : « Que les dieux, s'il en est qui vengent l'innocence, T'accordent , malheureux ! ta juste récompense ;

Ingens ara fuit; juxtaque veterrima laurus Incumbens arae, atque umbra complexa Penates. Hic Hecuba et natœ nequidquam altaria circum, Praecipites atra ceu tempeslate columbîE, Cundensae, et divura amplexa: simulacra, sedcbant. Ipsum autem sumtis Priamum juvenalibus armis Ut vidit : « Quae mens tam dira, miserrime conjux,

&20 Impulit his cingi telis ? aut quo ruis ? inquit. [Son tali auxilio, nec defciisoribus istis Tempus eget; non, si ipse meus nunc adforet Hector. Hue tandem concede; hœc ara tuebitur omnis : Aut morierc simul. » Sic ore efl'ata, reccpit Ad sese, et sacra longaevum in sedc locavit. Ecce autem, elapsus Pyrrhi de csede Polites, Unus nalorum Priami, per tela, per hostis Porticibus longis (ugit, et vacua atria lustrât Saiicius. Illum ardens infesto volnere Pyrrhus

S3o Inscquirur, jam jaraque manu tenet, et premit hasta. Ll tandem autc oculos evasil et ora parcntura, Concidit, ac rauUo vitam cum sanguine fudit. Hic Priaraus, quamquara in media jam morte tcnetur, INon tamen abstinuit, nec voci iraequc pepcrcil. « Al libi pro scelere, exclamai, pro lalibus ausis, Di (si qua est cœlo pictas, qua: talia curet) Persolvant gralcs dignas, et prœmia rcddant

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