‹ Ouvrés illustréesChapitre 75 sur 157 · DESCRIPTION · texte numérisé non relu

DESCRIPTION

Voici un titre de chapitre le plus honnête du monde; il avertit le lecteur du danger qu'il va courir, et lui permet de le franchir à pieds joints, ou de s'y engager à volonté. C'est une rareté par le temps qui court, où le titre est une escroquerie très-habituelle de la littérature moderne. Certes, il m'appartient moins qu'à un autre de moraliser à ce sujet; il me semble bien que j'ai, quelque part, couvert d'un litre collectif, qui avait l'air d'annoncer un ouvrage presque maritime, le Port de Créteil, une douzaine de petites histoires où je ne me rappelle pas qu'il y ait le moindre port, la moindre barque ; je ne sais même s'il y a une goutte d'eau dans toutes ces histoires ; à moins que quelqu'un de mes lecteurs ne se soit laissé aller à verser des larmes sur la dépravation des gens de lettres et des libraires. El, à propos de cette dépravation, je pourrais vous dire, en forme de réflexion... Mais ici permettez-moi d'ouvrir une parenthèse.

(Je prends date pour la réflexion que je destine à remplacer la préface. La préface n'est plus lue, je le sais; le public se déplaît à ce commentaii'e en avant du livre, où on lui dit la pensée philosophique qu'on a eue, le but qu'on s'est proposé en écrivant. Précaution admirablement utile dans une littérature comme la notre, qui n'a ni but ni pensée. Le public bien averti que tel livre, où l'espèce humaine est dégradée dans ses exceptions les plus déplorables, n'est qu'une manière de faire aimer la vertu ; le public, avide de ce qu'on lui annonce, cherche la morale promise, l'attend, la poursuit et achève l'ouvrage sans l'avoir trouvée ; ce qu'il n'eût certes pas fait sans cet avertissement. La préface a eu encore pour but de dire au lecteur : Remarquez que ceci est un livre d'études sérieuses et fortes, et que, sous peine de passer pour un esprit léger et ignorant, vous ne pouvez pas avouer qu'il vous a ennuyé. La préface a été la vengeance de toutes les pièces tombées; la préface a remplacé l'analyse critique;

la préface a été la vie de l'auteur ; la préface a été un plaidoyer en faveur d'opinions devenues rouges, de blandies qu'elles étaient; la préface a eié une chose sublime et Universelle; mais enfin la préface a eu son temps. Le public la redoute, la fuit, l'abhorre presque à l'égal de la dédicace. J'y veux substituer la reflexion. La réflexion comme je l'entends n'est, à vrai dire, que la préface dispersée, le poison fondu dans un liquide plus étendu et que le lecteur prendra sans défiance, sans le degoùt qu'il éprouve pour la préface condensée. Si ceci n'est pas une idée nouvelle, tant pis pour le public; car c'est un monstre dévorant et vile rassasié que le public de nos jours. 11 lui faut tous les matins deux volumes neufs à absorber, et cependant, à la cinquième ou sixième édition d'une idée, il n'en veut plus, il la trouve froide, usée, lavasse, et il la rejette. Le pâté d'anguilles n'irait pas aujourd'hui jusqu'au troisième jour. Je ferme ma parenthèse, car cette dernière idée me ramène tout droit à la réflexion que je voulais faire sur la dépravation des gens de lettres et des libraires.)

Je pourrai donc vous dire que leur dépravation, celle du moins par laquelle ils mentent imi)udemment au public par le titre insolent de leurs ouvrages, que cette dépravation n'est point de leur fait. Observez en efl'et les engouements et les dédains de notre monde. Qu'il paraisse un livre anglais ayant pour dénomination roman historique: tout ce qui a patience pour lire de vieilles histoires, et puissance pour les dramatiser, se rue a fabriquer des romans historiques; car le roman historique est très-demande, très-goùté, très-recherché. —Pouah I dit le public au troisième essai, chassez ces pâles imitateurs, ce servumjmm d'Horace qu'ils n'ont jamais lu, je n'en veux pas : tiiez, tirez, ils ont écrit partout.

Se fait-il des contes fantastiques en Allemagne, passionnément accueillis en France ? Vile nous courons au conte fantasiique. — Qu'estce que c'est que ça ? (prononcez quiqueqça) s'écrie encore ce sublime public. Quoil ce monsieur qui se promène et qui vient de diner fait des contes fantastiques; cet autre qui a des gants et qui lorgne celte danseuse en fait aussi. C'est indécent I le conte fantastique veut una âme rêveuse et des habitudes poétiques; supprimez, supprimez le conte fantastique. Et la marine, celle brave marine qui a lofé, cargué, file, berlingué, voyez de quel air on l'accueille aujourd'hui, on en a jusqu'aux écoutilles, on n'en veut plus. Il y a tel lecteur qui aimerait mieux voir tomber dans l'eau toute la marine française que d'avaler une page maritime. Il en a été de même du conte, de la nouvelle, de la chronique; on en voulait d'abord, au point qu'il n'y en avait jamais assez chez le libraire. Faites, faites des contes, messieurs de la plume. L'éditeur, ravi, les commandait par quarteron, comme des o?uts frais; les gens de lettres en étaient si charmés, qu'ils passaient volontiers les quatre au cent. Mais bah ! ouf I hif I hafi patatras ! Pendant que les in-octavo s'imprimaient, le conte, la chronique, la nouvelle, s'abîmaient dans le gouffre de l'ennui public. C'était un livre perdu d'avance, repoussé de la famille du lecteur, comme un enfant posthume, ne après le dixième mois. Alors éditeur et auteur s'ingéniaient; on inventait un titre qui ne laissât nullement percer lecoiue, la nouvelle, la chronique, et, avec un peu d'imagination, l'un s'appelait le..., l'autre la..., celui-ci un..., celui-là une..., etc., etc., vous savez tous les titres qui vous ont dupés? Eh bien! en bonne conscience, est-ce la faute du métier ou celle du public ? C'est celle du public assurément, qui n'a pas compris que l'exploitation d'un genre n'est pas l'imitation des ouvrages de ce genre, et qui, proscrivant sur le titre, se fait attraper sur le titre et le mérite bien.

Il y a des obstines qui, plutôt que de reconnaître leurs torts, sont gens à nous dire: Eh! messieurs, que n'inventez-vous quelque chose d'original, quelque forme nouvelle, hardie, inattendue, qui ne vienne pas de l'étranger ou ne soit pas renouvelée d'un vieux bouquin? mais, entre nous soit dit, et sans aborder la grande question de savoir s'il y a du neuf en littérature, puisque nous en sommes à parler franchement, les mille ou douze cenis lecteurs ou cabinets de lecture qui achètent un roman valent-ils bien la peine qu'on se mette eu frais d'original et d'mvenlion ? Non, ma foi! Oh 1 l'impertinent, s'écriera le lecteur, l'insolent auteur! — Bien plus impertinent et insolent que vous ne croyez. D'abord, et avant tout, vous n'êtes plus assez nombreux, vous qui aimez la littérature rien que pour elle, pour qu'on vous fasse un bon livre purement littéraire. La masse emploie son temps aux idées appliquées aux choses, et il n'y a plus profit et honneur, si ce n'est à parler politique, machines ou atïaires; et eniiuHe il n'y a pas de peuple moins fait pour les idées originales que le notre. Nous n'avons pas d'homme, quelque peu marquant, qui n'ait été bafoué jusqu'à en mourir, du moment qu'il est sorti de la ligne ballue. Vous souvient-il pas que Chénier, faisant un rapport littéraire à

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l'Iiistilut, n'eut pas assv. de moqueries pour l'auteui- XAlala el du Génie du Chriatianhme, cl pas un mot pour M"" de Staël,- oubliée dans ce rapport comme si elle wlt été morle, ou plutôt comme si elle n-eùt jamais vécu? Lamartine n'a-t-il pas été nié jusqu'à ce que ses amis l'eussent fait adopter comme un rellet de Byron? Je ne parle pas d'Hugo, il lutte encore ; ni de Uumas, qu'on declure, preuve qu il existe, quoi qu'en dise le Jourml des Débats. Que demandez-vous donc alors? des gens pour les siffler quand ils se seront donne beaucoup de peine? vaut autant l'èlre avec la peiue de moins. ^ oila pourquoi vous a\n tant de mauvais ouvrages... Voilà pourquoi vous avez ce livre. J'ai ajouté ce dernier mol pour cpargper ce soin à ces lecteurs tout cliatoyauts d'esprit qui écrivent leurs reflexions en marge d'un volume loué quatre sous, ce qui gâte le volume, ce qui, par conséquent, n'est point d'une scrupuleuse probité.

11 me semble voir la colère ou le mépris du lecteur en lisant toutes ces réflexions; il me semble surtout le voir véritablement indigne contre un auteur qui, à la première ligne de ce chapitre, se vante de l'honnèteié de son titre pour y manquer à la ligne suivante. Eh bien I ceci est eiieore une dernière et excusable ruse, non pas pour vous faire lire ces doléances, mais pour vous empêrher de les lire. A ce mot desiription, la plupart auront sauté le chapitre et continueront de lire l'ouvrage avec l'indulgence dont il a besoin, el 1 auteur aura le petit orgueil de se vanter d'avoir dit la vérité au public saus qu il lui eu soit arrive malheur. Or, je continue, cl croyez bien que, si je décris, ce n'est pas pour tenir la promesse du litre, mais parce que cela entre dans le plan que je me suis tracé, car cet ouvrage a un plan, quoique vous fassiez semblant de ne pas vous en douter.

Lorsque le ballet ayant pour nom lesFilels de FulcaiH, lut vepresenté à rOpera, il y eut une salve d'admirations parlées, hurlées, H'criles et imprimées pour la déeoralion qui représente la tovge du fils boiteux de Jupiter, si divinement représente par .Meraute. EU bien ! oarleurs, hurleurs, ecriveurs et imprimeurs, méritaient d eue tous cnvoves à Charentou, non pas nour y être mis à la maison des tous, mais pour y voir la forge établie par .U.M. Wilsun, Mamby et com-

'"'llon Dieu! que ces colonnes d'airain qui reflelaieut mal une teinte rou"e que ces caves toutes de métal où l'on allumait un pot a feu, ww fi-urer un fourneau, el où l'on brûlait une lance à flamme violette liour représenter une barre de fer qu'on allait torger, étaient d'un' pauvre et mesquin eflet! Celait pourtant le cas de faire grand, de faire prodigieux, hors nature. L'atelier d'un dieu! il fallait qu il \alùt au moins l'atelier d'un serrurier de campagne. Hélas! c'était et c'est encore au-dessous de la forge d'un maréchal ferrant. Imaginer que c'était là que se fabriquait la foudre, et trouver des gens pour le croire c'est bien disne du public que vous savez. 0 belle et magnifique for?e de Charenton! vaste et sublime création de l'industriel trop lourde pour le sol français, et qui l'es abimee dans la bamiueroute rien ne «aide le souvenir de ton infernal aspect; la peinture même n'a pas 'été tentée de te reproduire. Imaginez-vous une nuit bien noire, si des gens qui passent leurs nuils à la clarté des réverbères municipaux savent ce que c'est qu'une nuit noire dans la campagne, lorsque tout n'a plus qu'une couleur, arbres el maisons, verdure et fleurs éelaianles ; lorsque la vue n'a plus de mesure, et que l'arbrisseau qui est à deux lias vous semble un immense chêne lointain, tandis que la tour qui domine le coteau parait un tronc dépouillé qui borde la route. Pendant une nuit pareille, si vous étiez allés visiler celle forge de Charenton, il vous eût semblé, à quelque distance, voir brûler cent flambeaux énormes el rugissants. "Vous auriez vu ses quatorze pompes à feu avec leurs cheminées de cent coudées, dont la flamme sortait avec un souffle furieux, et lançait au ciel des colonnes d'une fumée sombre que le vent étendait comme un rideau noir sur la campagne ; puis ses soixante fourneaux avec leurs gueules de feu par le bas, et leur plumet de feu au sommet de leurs cheminées de brique, tout ce feu rugissant autour de vous et s'eelairanl d'étoiles d'un blanc qui dévorait le regard, à l'endroit où le soufflet jetait à la flamme son air humide à dévorer. Puis partout le fer, fondu ici, martelé là, mais partout rouge et flamboyant, versé comme une lave dans les moules immenses où il devenait le toit d'une maison, ou la carcasse d'un bateau, ou livré aux rainuies inégales du laminoir qui, prenant un bloc de fer enflamme, en faisait d'.iboid un rouleau de

six pieds, gros comme un homme, puis un tronc d'arbre comme un peuplier éearri, puis une branche légère comme une colonne gothique, puis une énorme corde souple el qui sort jit en seri)eiitant de la terrible pression des cylindres, puis une bai le déjà amincie à l'épaisseur du bras, puis une baguette, puis un ruba.; toujours rouge, toujours enflammé du blanc jusqu'au cerise. Et, p;rmi toutes ces machines en travail, des hommes-colosses remuant ces blocs de feu avec des tenailles de six pieds, et jetant ces masses >rûlanles, soit au laminoir, soit au marteau mécanique qui battait en n esure et sans discontinuer, et sous lequel ils les retournaient pour en (jire des enclumes, des socs de charrue, des masses de fer; tandis que d'autres, attachés ou suspendus aux leviers immenses des machines, accompagnaient de vastes chaudières où bouillait le fer en fusion, pour leverserliardimeut dans la gueule béante d'un moule, et tout cela sur un sol noir de scories, noir du charbon de terre que d'autres hommes lançaient incessamment dans la bouche affamée des fourneaux. Oui, vraiment, cela était beau, jamais aspect ne m'a tant surpris et épouvanté ; car, dans cet ensemble terrible, il n'y avait pas une seule de ces machines cui n'eût consumé ou brove en moins d'une seconde celui qui s'en fût trop approche. Mon Dieu: que ces anciens qui inventaient la coloni i corinthienne à la vue d'un palmier, la fable des géants à propos 11 mont Eina, et le masque de Jupiter sur la figure humaine, eussent ait une admirable chose de la forge de Charenton !

Mais il y a forge et forge : celle dont je vous dois la descrq lion ne ressemblait point du tout à celle-là.

— Pourquoi donc décrire la forge de Charenton'?

— Pour ni'amuser.

— Mais cela ne nous amuse pas.

— Qu'est-ce que ça me fait ?

Au bord d'une roule longée par un bois, on prenait, à droite en venant du village de l'Elang, un chemin assez large pour le passage de deux charreîtes, assez étroit pour que les arbres croisassent leurs branches au-dessus. A l'entrée de ce chemin était une misérable auberge, avec son paquet de houx pour enseigne. On suivait ce chemin, une lieue environ, sans rencontrer d'autre habitation que quelques pauvres cabanes de charbonniers, assises à côlé de leurs fosses fumantes, avec une vue bornée, par l'épaisseur de la forêt, à une circonférence de quelques toises. Tout a coup, au détour du chemin, on apercevait un plus vaste horizon ; c'était une vallée en entonnoir, dont le fond j|lliptique était occupé par un lac magnifique. De tous les bords du lac, la forêt s'élevait en amphithéâtre, excepte au pied du chemin où le lac, mainienu par une élroile chaussée, s'enfuyait ensuite dans un ravin, en s'élançant par douze gorges ou chutes d'eau de douze roues immenses qui faisaient mouvoir les machines des ateliers élevés sur pilolis en avant de la chaussée. Au bout de la chaussée, une maisoii au toit perpendiculaire, avec la tourelle angulaire où tourne l'escalier qui semble avoir ete oublié dans le plan régulier du bâliment. A quelque distance, dans trois ou quatre clairières ménagées sur le flanc des coteaux, des sortes de peiits forts en briques; ce sont les hauls fourneaux de la forge.

Parmi tout cela des charrettes chargées de bois, de minerai, de fonte; des femmes, des enfants, quelques chiens de garde, tout un monde enfin, mais un inonde à part, renferme dans cet étroit espace, qui compte les joui s où il franchit les bois qui l'isolent, et plus encore ceux où un étranger pénètre jusqu'à lui.

11 faut descendre d'abord le cliemiu chargé de scories qui semble tomber à pic dans le lac el qui ne se détourne qu'à quelques pieds de la chaussée, sans qu'un garde-fou ou une haie protègent l'impiudenle voilure qui ne suivrait pas habilement ce tournant. Ensuite on prend la chaussée, que l'on sent frémir sous la roue et sous l'effort des eaux qui se précipitent par leurs douze percées, el l'on arrive sur l'autre rive du lac. A droite et du eûte des aleliers, un amas de chaumières : c'est la demeure des forgerons; à gauche, sans grille, sans cour, sans parterre, sans gazon qui la précède, la maison à la tourelle ; c'est le logis du proprieiaire, c'est la maison du général d'Aspert.

Eu entrant vous trouvez une vaste salle; il n'y a pas d'antichambre ; c'est la salle à manger . elle est pavée de dalles grises ; une large table de chêne luisante en occupe incessamment le milieu; loul autour, des chaises de jonc à claire- voie, avec des coussins au siège et au dos attachés par des rubans de fil ; aux murs deux baromètres, une pendule dans sa gaine, quelques caries de gcogiaphie, l'I-urope presque eolière publiée sous l'empire avec la dénomination naive el sublime de tlicdtre de la guerre, les gravures des tableaux de Greuze. l'enfant de Prudhon, la première litbographie de Charlet. deux grenadiers défendant leur drapeau ; dans l'angle, un tour qui communique à la

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cuisine; aux deux côtés d'une porte qui ouvre sur le jardin, en face de la porte d'entrée, deux buffets larges et saillants jusqu'à hauteur d'appui, puis plus étroits et niontant jusqu'au plafond. Ci et là des servantes avec leurs vases profonds en fer-blanc pour recevoir les bouteilles, et enlin une immense cheminée où l'on entre debout, au raaiile'au de chêne sculpté, avec ses deux bancs latéraux, et au-dessus la double crémaillère de chêne, où reposent quatre ou einq fusils de chasse, une carabine et une espingole. Si vous traversez la pièce dans sa largeur, vous arrivez, par une porte semblable à celle par laquelle vous êtes entré, dans ce qui s'appelle le jardin ; si vous prenez à droite, c'est le salon que vous trouvez. La cheminée immense s'y voit encore, mais plus coquette et plus riche en sculpture; tout autour des lambris (wints en gris avec leurs plinthes épaisses, leurs cimaises saillantes, distribués en panneaux ou cadres aux angles arrondis et tournés en fleurs sculptées. Une tapisserie splendide tend tout l'appartement : ce sont les tableaux de l'histoire d'Alexandre. On en parle comme d'un prcsent de Louis XV à l'ancien propriétaire de cette forse pour l'admirable exécution de la ferrure des écluses du canal dulànsuedoc; le meuble, voile d'ordinaire de chemises d'un basin à côtes, vient de la même source; on le cite dans le pays : il y a fait connaître le nom des Gobelins. Au milieu du salon, une table carrée avec un lapis à dents et à franges, deux consoles incrustées de cuivres superbes, avec des marbres jaunes sur leurs pieds de salyi'es ; deux vastes fauteuils, différents du meuble, en velours vert avec des crépines d'or, leur petit traversin qui soutient les reins, et leurs oreillettes avancées pour la tête ; un guéridon d'ébène, des tables à jeu noires et cuivrées ; un trictrac d'é('aille incrusté tout autour et au dedans de bois de rose, d'ivoire et de nacre ; sur la cheminée une pendule aux colonnes torses avec des magots dores , des chandeliers dont la tige contournée s'étale en douze ou quinze tulipes qui reçoivent les bougies ; des glaces dont les joints sont dissimulés sous des guirlandes de fleurs. Un plafond peint à l'huile, où l'Amour se promène avec des colombes, et duquel pend un lustre avec ses ornements dores et ses aisuilles en cristal de roche. Puis enfin, au milieu de tout cet ameublement somptueux, quelques raquettes, des volants, des cerceaux, un métier à tapisserie, et dans un coin un petit bonheur du jour qui, à son départ de Paris, devrait être le seul me«ble sortable de la maison, et qui, parmi ces riches et grands restes du luxe de nos pères, se montre honteux et mesquin, comme serait un couplet de vaudeville dans une tragédie de Pierre Corneille.

Encore une pièce, et tout est lini; derrière ce salon, en entrant par une porte basse couverte d'une portière, un boudoir, mais un boudoir de l'épouue. Le divan aux larges coussins, une tenture de mouslinebi'ùdée siir un fond bleu Marie-Louise, une psyché, une console romaine, une' toilette à colonnes, un piano d'Erard, des chaises en gondole' un tai»is d'Aubusson, et des glaces partout où on avait pu en mettre avec leurs cadres dorés. Voilà tout ce qui est nécessaire aux détails de notre histoire. Le reste de la maison avait aussi son luxe différent de celui d'aujourd'hui, mais nous n'y conduirons |)as nos lecteurs. Une demi-douzaine de chambres à coucher à chaque étage. • Le jardin, à proprement dire, n'était qu'un parterre d'un deuii-arpent. On n'y avait pas fait un bois pour l'ombrage ; la forêt était là ; il n'y . avait pas non plus de bassin avec des poissoifs rouges ; on se contentait du lac. A dix pas, sur le côté, était un autre corps de logis; la se trouvaient les bureaux de la forge et quelques logements convenables. Ensuite commençaient les magasins, puis la forêt recommençait. Là se passa un drame.

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