ACTE OU 2® PARTIE DU 4^ ACTE
Tout l'amour de Wolfgang pour Bonaparte renaît, et, à la caserne, il lit aux officiers la proclamation royale, de manière à leur faire deviner ses propres sentiments, (11 faudra retrouver le texte officiel de la proclamation royale.)
SUR UNE ROUTE. — Le régiment silencieux, triste; Wolfg"ang part en avants sur de certains indices. Tout d'un coup, de tous côtés, un grand cri : C'est lui! et puis : Vive l'Empereur ! (La mise en scène de ce tableau, grâce aux documents historiques, est très facile à/aiVe.) Naturellement, nous évitons de mettre en scène la bataille de Waterloo ; ce serait, je crois, un tableau désagréable, et d'ailleurs, au point de vue purement scénique, cela ferait un double emploi avec la bataille de Wagram.
5* ACTE. — Chez M"^^ de Timey.
Lettre de Wolfgang : « Je suis accusé ; on me cherche ; si l'on me trouve, je serai fusillé... Venez... et fuyons ensemble. »
j\j[me (Je Timey hésite, et finalementrépond : Non — tout en protestant de son amour, et en engageant Wolfgang à se bien cacher et à attendre.
THÉÂTRE l5l
Seconde lettre : « Puisque vous ne voulez pas fuir avec moi, vous ne m'aimez plus, et je me constitue prisonnier. »
DANS LA PRISON. — GrafF vient voir son vieux camarade et lui dit qu'il ne faut pas laisser aux royalistes le plaisir de fusiller un officier de la grande armée. En même temps, il lui remet un pistolet.
Wolfgang répond qu'en ces matières-là chacun est libre de suivre ses sentiments, et que, lui, il se laissera tranquillement fusiller. [Car il veut mourir.)
Un officier des g-ardes du corps apporte la nouvelle de la grâce accordée par le roi, spontanément.
Wolfgang-, au moment où Graff, joyeux, vient lui sauter au cou, s'empare du pistolet et se tue. {Car il veut mourir.)
Arrivent le comte de CadoUes et M"« de Timey.
Wolfg-ang se figure alors que c'est sa maîtresse qui a obtenu sa grâce, et il meurt en la remerciant.
Graff, qui, à un mot précédent de Wolfgang, a deviné la vérité, dit à M™^ de Timey : «C'est vous qui avez tué le plus brave officier de la grande armée, le marquis du i^^ houzards. »
(Je vous en prie, ne changeons pas ce dénouement LOGIQUE contre un dénouement heureux, qui serait ABSURDE et sans majesté.) — (J'ai oublié de vous avertir que Robert Triton reparaîtra dans toutes les occasions où on pourra le faire reparaître, par exemple, dans la rentrée des émigrés au village de CadoUes, dans les scènes tumultueuses des cafés et des casinos ; dans la scène de reconnaissance entre l'empereur revenant de l'île d'Elbe et le
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ler houzards; et enfin dans la scène finale, à la prison.)
(La chose entière m'apparaît comme un vrai drame, c'est-à-dire l'union des scènes très bien filées avec une mise en scène très active, très remuante, avec une grande pompe militaire, là où il y a lieu.)
(Je n'indique pas les décors, qui peuvent être d'un effet poétique, vous les devinerez.)
Je n'ai pas recopié ce manuscrit. Donc, je le ferai transcrire avant de me mettre à la besogne journalière.
L'IVROGNE (i)
[Lettre à J.-H. Tisserant.']
Samedi, 28 Janvier r854.
Quoique ce soit une chose importante, je n'ai pas encore song'é au titre ? Le Puits? U Ivrognerie? La Pente du mal? etc..
Ma principale préoccupation, quand je commençais à rêver à mon sujet, fut : à quelle classe, à quelle profession doit appartenir le personnage principal de la pièce ? — J'ai décidément adopté une profession lourde, triviale, rude : le scieur de long. Ce qui m'y a presque forcé, c'est que j'ai une chanson dont l'air est horriblement mélancolique, et qui ferait, je crois, un magnifique effet au théâtre, si nous mettons sur la scène le lieu ordinaire dutravail, ou surtout si, comme j'en ai une immense envie, je développe au troisième acte le tableau d'une goguette lyrique ou d'une lice chansonnière. Cette chanson est d'une rudesse singulière. Elle commence par :
Rien n'est aussi-z-aimable, Fanfru-cancru-lon-la-lahira, Rien n'est aussi-z-aimabie Que le scieur de long-.
(i) Charles Baudelaire, Souvenirs, Correspondances, etc., op. cit.; — pour le complément de cette lettre, v. Lettres.
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Et ce qu'il y a de meilleur, c'est qu'elle est presque prophétique et peut devenir la Romance du saule de notre drame populacier. Ce scieur de longsi aimable finit par jeter sa femme à l'eau, et il dit en parlant à la Sirène (il y a pour moi une lacune avant cet endroit) :
Chante, Sirène, chante, Faofru-cancru-lon-lalahira, Chante, Sirène, chante.
T'as raison de chanter.
Car t'as la mer à boire, Fanfru-cancru-lon-la-lahira, Car t'as la nier à boire, Et ma mie à manger !
Mon homme est rêveur, fainéant ; il a, ou il croit avoir, des aspirations supérieures à son monotone métier, et, comme tous les rêveurs fainéants, il s'enivre,
La femme doit être jolie, — un modèle de douceur, de patience et de bon sens.
Le tableau de la g-og-uetle a pour but de montrer les instincts lyriques du peuple, souvent comiques et maladroits. — Autrefois, j'ai vu les gog-uettes. — Il faudra que j'y retourne, — ou plutôt nous irons ensemble. Il sera peut-être possible d'y prendre des échantillons de poésie tout faits. De plus, ce tableau nous fournit un délassement au milieu de ce cauchemar lamentable.
Je ne veux pas ici vous faire un scénario détaillé puisque dans quelques jours j'en ferai un dans les règ'ies, et, celui-là, nous l'analyserons de façon à m'éviter quelques gaucheries. Je ne vous donne aujourd'hui que quelques notes.
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Les deux premiers actes sont remplis par des scènes de misère, de chômage, de querelles de ménage, d'ivrog-nerie et de jalousie. Vous verrez tout à l'heure l'utilité de cet élément nouveau.
Le troisième acte, la goguette, — où sa femme, de qui il vit séparé, inquiète de lui, vient le chercher. C'est là qu'il lui arrache un rendez-vous pour le lendemain soir, dimanche.
Le quatrième acte, le crime, — bien prémédité, bien préconçu. — Quant à l'exécution, je vous la raconterai avec soin.
Le cinquième acte (dans une autre ville), le dénouement, c'est-à-dire la dénonciation du coupable par lui-même, sous la pression d'une obsession. — Comment trouvez-vous cela ? — Que de fois j'ai été frappé par des cas semblables, en lisant la Gazette des tribunaux.
Vous voyez combien le drame est simple. Pas d'imbroglios, pas de surprises. Simplement le développement d'un vice et des résultats successifs d'une situation.
J'introduis deux personnages nouveaux :
Une sœur du scieur de long, créature aimant les rubans, les bijoux à vingt-cinq sols, les guinguettes et les bastringues, ne pouvant pas comprendre la vertu chrétienne de sa belle-sœur. C'est le type delà perversité précoce parisienne.
Un homme jeune, — assez riche, — d'une profession plus élevée, — profondément épris de la femme de notre ouvrier, — mais honnête et admirant sa vertu. Il parvientà glisser, de temps à autre, un peu d'argent dans le ménage.
Quant à elle, malgré sa puissante religion, sous la pression des souffrances que lui impose son mari.
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elle pense quelquefois un peu à cet homme, et ne peut pas s'empêcher de rêver à cette existence plus douce, plus riche, plus décente, qu'elle aurait pu mener avec lui. Mais elle se reproche cette pensée comme un crime, et lutte contre cette tendance. — Je présume que voilà un élément dram.atique. — Vous avez déjà deviné que notre ouvrier saisira avec joie le prétexte de sa jalousie surexcitée, pour cacher à lui-même qu'il en veut surtout à sa femme de sa résignation, de sa douceur, de sa patience, de sa vertu. — Et cependant il l'aime, mais la boisson et la misère ont déjà altéré son raisonnement. — Remarquez, de plus, que le public des théâtres n'est pas familiarisé avec la très fine psychologie du crime, et qu'il eût été bien difficile de lui faire comprendre une atrocité sans prétexte.
En dehors de ces personnages, nous n'avons que des êtres accessoires : peut-être un ouvrier farceur et mauvais sujet, amant de la sœur, — des filles,
— des habitués de barrières, de cabarets, d'estaminets, — des matelots, des agents de police.
Yoici la scène du crime. — Remarquez bien qu'il est déjà prémédité. L'homme arrive le premier au rendez-vous. Le lieu a été choisi par lui. — Dimanche soir. — Route ou plaine obscure. — Dans le lointain, bruits d'orchestres de bastringue. — Paysage sinistre et mélancolique des environs de Paris. — Scène d'amour, — aussi triste que possible,
— entre cet homme et cette femme ; — il veut se faire pardonner ; — il veut qu'elle lui permette de vivre et de retourner près d'elle. Jamais, il ne l'a trouvée si belle... Il s'attendrit de bonne foi. — 11 en redevient presque amoureux, il désire, il supplie. La pâleur, la maigreur la rendent plus intéres-
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santé, et sont presque des excitants. Il faut que le public devine de quoi il est question. Malgré que la pauvre femme sente aussi sa vieille affection remuée, elle se refuse à cette passion sauvage dans un pareil lieu. Ce refus irrite le mari qui attribue cette chasteté à l'existence d'une passion adultère ou à la défense d'un amant. « Il faut en finir; cependant, je n'en aurai jamais le courage, je ne peux pas faire cela moi-même. Une idée de génie, — pleine de lâcheté et de superstition, — lui vient.
Il feint de se trouver très mal, ce qui n'est pas difficile, son émotion vraie aidant à la chose :. « Tiens, là-bas, au bout de ce petit chemin, à gauche, tu trouveras un pommier; va me chercher un fruit. » (Remarquez qu'il peut trouver un autre prétexte, — je jette celui-là sur le papier en courant.)
La nuit est très noire, la lune s'est cachée. Sa femme s'enfonçant dans les ténèbres, il se lève de la pierre où il s'est assis : « A la grâce de Dieu ! Si elle échappe, tant mieux ; si elle y tombe, c'est Dieu qui la condamne ! »
Il lui a indiqué la route où elle doit trouver un puits, presque aras de la terre.
On entend le bruit d'un corps lourd tombant dans l'eau, — mais précédé d'un cri, — et les cris continuent.
— « Que faire? On peut venir; — je puis passer, je passerai pour l'assassin. — D'ailleurs, elle est condamnée... Ah! il y a les pierres, — les pierres qui font le bord du puits ! »
Il disparaît en courant- Scène vide.
A mesure que le bruit des pavés tombants se
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multiplie, les cris diminuent. — Ils cessent.
L'homme reparaît : a Je suis libre ! Pauvre ange, elle a dû bien souffrir 1 »
Tout ceci doit être entrecoupé par le bruit lointain de l'orchestre. A la fin de l'acte, des groupes d'ivrognes et de grisettes qui chantent, — entre autres la sœur, — reviennent par la route.
Voici en peu de mots l'exph'calion du dénouement. Notre homme a fui. — Nous sommes maintenant dans un port de mer. — Il pense à s'engager comme matelot. — Il boit effroyablement : estaminets, tavernes de matelots, musicos. — Cette idée : « Je suis libre, libre, libre ! » est devenue l'idée fixe, obsédante. « Je suis libre ! — Je suis tranquille 1 — On ne saura jamais rien. » — Et comme il boit toujours, et qu'il boit effroyablement depuis plusieurs mois, sa volonté diminue toujours — et l'idée fixe finit par se faire jour par quelques paroles prononcées à voix haute. Sitôt qu'il s'en aperçoit, il cherche à s'étourdir par la boisson, par la marche , par la course ; — mais l'étrangeté de ses allures le fait remarquer. — Un homme qui court a éyidemment fait quelque chose. On l'arrête ; alors, — avec une volubilité, une ardeur, une emphase extraordinaire, avec une minutie extrême, — très vite, très vite, comme s'il craignait de n'avoir pas le temps d'achever, il raconte tout son crime. — Puis, il tombe évanoui. — Des agents de police le portent dans un fiacre.
C'est bien fin, n'est-ce pas, et bien subtil? mais il faut absolument le faire comprendre. Avouez que c'est vraiment terrible. — On peut faire reparaître la petite sœur dans une de ces maisons de débauche et de ribotte, faites pour les matelots.
THEATRE lOg
Je suis tout à vous.
Vous me ferez vos observations, là-dessus.
Je serais bien disposé à diviser l'œuvre en plusieurs tableaux courts, au lieu d'adopter l'incommode division des cinq long- actes.