‹ Ouvres posthumesChapitre 32 sur 95 · CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

CHATEAUBRIAND

Hygiène. Con,duite. Morale. — Jeanne 3oo, ma mère 200, moi 000, — 800 fr. par mois. Travailler de six heures du matin, à jeun, à midi. Travailler en aveugle, sans but, comme un fou. Nous verrons le résultat.

Je suppose quej'attache ma destinée à un travail non interrompu de plusieurs heures.

Tout est réparable. Il est encore temps. Qui sait même si des plaisirs nouveaux... ?

Gloire, payement de mes dettes. — Richesse de Jeanne et de ma mère.

Je n'ai pas encore connu le plaisir d'un pian réalisé. Puissance de l'idée fixe, puissance de l'espérance.

L'habitude d'accomplir le devoir chasse la peur.

Il faut vouloir rêver et savoir rêver. Evocation de l'inspiration. Art magique. Se mettre tout de suite à écrire. Je raisonne trop.

Travail immédiat, même mauvais, vaut mieux que la rêverie.

Une suite de petites volontés fait un gros résultat.

Tout recul de la volonté est une parcelle de substance perdue. Combien donc l'hésitation est prodigue! Et qu'on juge de l'immensité de l'effort final nécessaire pour réparer tant de pertes!

l34 ŒUVRES POSTHUMES

L'homme qui fait sa prière, le soir, est un capitaine qui pose des sentineiles. ïl peut dormir.

Rêves sur la mort et avertissements.

Je n'ai jusqu'à présent joui de mes souvenirs que tout seul; il faut en jouir à deux. Faire des jouissances du cœur une passion.

Parce que je comprends une existence glorieuse, je me crois capable de la réaliser. 0 Jean-Jacques!

Le travail engendre forcément les bonnes mœurs, sobriété et chasteté^ conséquemment la santé, la richesse, le génie successif et progressif, et la charité. Age quod agis.

Poisson, bains froids, douches, lichen, pastilles, occasionnellement; d'ailleurs, suppression de tout excitant.

Lichen d'Islande i25 grammes.

Sucre blanc 25o —

Faire tremper le lichen, pendant douze ou quinze heures, dans une quantité d'eau froide suffisante, puis jeter l'eau. Faire bouillir le lichen dans deux litres d'eau sur un feu doux et soutenu, jusqu'à ce que ces deux litres se réduisent à un seul litre, écumer une seule fois ; ajouter alors les 100 grammes de sucre et laisser épaissir jusqu'à la consistance de sirop. Laisser refroidir. Prendre par jour trois très grandes cuillerées à bouche, le matin, à midi et le soir. Ne pas craindre de forcer les doses, si les crises étaient trop fréquentes.

Hijgiène. Conduite. Méthode. — Je me jure à moi-même de prendre désormais les règles suivantes pour règles éternelles de ma vie :

JOURNAUX IXTIMES l35

Faire tous les malins ma prière à Dieu, réservoir de toute force et de toute justice, à mon père, à Mariette et à Poe, comme intercesseurs; les prier de me communiquer la force nécessaire pour accomplir tous mes devoirs, et d'octroyer à ma mère une vie assez longue pour jouir de ma transformation ; travailler toute la journée, ou du moins tant que mes forces me le permettront; me fier à Dieu, c'est-à-dire à la Justice même, pour la réussite de mes projets; faire, tous les soirs, une nouvelle prière, pour demander à Dieu la vie et la force pour ma mère et pour moi; faire, de tout ce que je gagnerai, quatre paris, — une pour la vie courante,, une pour mes créanciers, une pour mes amis, et une pour ma mère ; — obéir aux principes de la plus stricte sobriété, dont le premier est la suppression de tous les excitants, quels qu'ils soient.

THEATRE

LA FIN DE DON JUAN (i)

{Drame)

Les principaux personnages sont don juan arrivé à l'ennui et à la mélancolie.

Son principal domestique ou intendant, que je veux nommer autrement que Leporello ou Sganarelle, — personnage froid, raisonnable et vulgaire, ne parlant sans cesse que de vertu et d'économie; .1 associe volontiers ces deux idées; il a une espèce l'intelligence à la Franklin. C'est un coquin comme .^ranklin. C'est la future bourgeoisie qui va bientôt •emplacer la noblesse tombante. Du reste, cet inendant exècre son maître et surtout le fils de son naître. Il a fait sa fortune en régissant les affaires lie son maître. Il l'exècre à cause du mépris peu léguisé que professe celui-ci pour son intendant t pour l'argent. Juan, le fils, étant une seconde preuve précoce de son père, elle domestique ayant eaucoup souffert par lui, sa seconde haine s'exlique. Les deux n'en font qu'une.

Une jeune danseuse de race bohème, soledad ou

(i) Euç. Crépet, o/). cit.

l38 Œ'CVnES POSTHUMES

TRiNiDAD, enlevée, élevée et prolégée par don Juan, et, malgré la différence d'âg-e, ne trouvant rien de plus beau, de plus aimable, et dont elle ait le droit d'être plus fière, que son amant.

Le fils de don juan, pourri de vices et d'amabilité, élevé et formé par son père. Supposons-lui dixsept ans. Il est important que ce rôle soit joué par une femme; j'en donnerai la raison quand j'en serai aux scènes qui font briller ce rôle.

UiNE JEUNE PRINCESSE ALLEMANDE, la futUTC femme

de DON JUAN devenu veuf. Lé roi d'espagne. Une

VIEILLE ZINGARA. VoLEURS, BOHEMIENS, DANSEUSES,

quelques belles Femmes faisant partie du monde fantastique de don Juan, et à chacune desquelles incombe une fonction particulière : la lingerie, la surveillance des domestiques, etc.. La statue, colosse fantastique, grotesque et violent, à la manière ang-laise. L'ombre de catilina, un ange qui s'intéresse à don Juan.

Le drame s'ouvre comme le Faust de Goethe. Don Juan se promène dans la ville et dans la campagne, avec son domestique. Il est en train de familiarité, et il parle de son ennui mortel et de la difficulté insurmontable pour lui de trouver une occu- ; pation ou des jouissances nouvelles. Il avoue que quelquefois il lui arrive d'envier le bonheur naïf des êtres inférieurs à lui. Ces bourg-eois, qui pas- ' sent avec des femmes aussi bêtes et aussi vulgaires : qu'eux, ont des passions par lesquelles ils souffrent ou sont heureux. Ces bateliers, malgré leur grossière nourriture, leur ignorance, leurs durs vêtements et leurs fatigues, sont enviables; car ce n'est' pas la qualité des objets qui fait la jouissance, mais l'énergie de l'appétit.

THÉÂTRE iSg

Le domestique répond par des banalités dignes de sa pauvre intellig-ence, — qu'il est inconcevable que monsieur soit malheureux avec un si grand nom, avec une si g^rande fortune; que lui, pauvre diable, qui cependant est un homme, saurait être heureux à moins, etc..

« Voilà des Zingaris et des voleurs d'ânes, traqués par des hommes de police. Ils sont certes dans un g'rand danger; cependant, je parierais presque qu'ils ont des éléments de bonheur que je ne connais pas. Au fait, je voudrais nous en assurer. Le lieu est désert. Si nous donnions un coup de main à ces braves gens, et si nous rossions la police, nous pourrions les connaître. Cette race bizarre a pour moi le charme de l'inconnu.

— Ah! monsieur, dit le domestique, il n'y a pas de domestique, en Espagne, à qui son maître impose d'aussi bizarres aventures que celles où vous [voulez] me mêler. Que votre volonté soit faite ; mais quel singulier divertissement pour un grand seigneur que de risquer sa vie pour sauver des filous ! »

CAMP DES ZfNGARIS DANS LA MONTAGNE

LE MARQUIS DU I" HOUZARDS (i)

L'ouvrag-e a pour but de montrer la lutte entre deux principes, dans le même cerveau. Un fils d'émigré sert l'empereur avec enthousiasme; mais autour de lui, plusieurs personnes (une femme surtout, M™c de Timey) font sans cesse appel à ses souvenirs d'enfance, à l'orgueil de la race, pour le ramener vers Louis XVIII et le comte d'Artois.

Comme dans les vieilles compositions, nous retrouvons ici le bon et le mauvais ange; le bon, représenté par Graff, homme de simplicité absolue, type du vieux grognard et de l'héroïsme révolutionnaire, rattaché à l'empereur ; le mauvais, représenté par une femme. M™® de Timey, type de grande intrigante, mêlée à toutes les conspirations des émigrés et des coalisés.

Il ne faut pas que M. Hostein (2) soit choqué par les ressemblances de cette histoire avec celle de Labédoyère. Gela importe fort peu, pourvu que les détails rendent l'ouvrage intéressant. Il y a d'ailleurs une énorme différence : — même après que

(i) Eug. Crépet, op. cit. — Scénario tiré d'un drame de Paul Gasl'.hon de Molènes : les Souffrances d'an houcard (Hachette, i863), réuni en volume à deux nouvelles : les Caprices d'un régulier. — Le Soldai en ijog. Sur rattribulion de ce scénario, qui a été contestée, V. J. Crépet, 073. cit., tiLettres, 12 mai 1860.

(2) Le directeur du Théâtre de la Gaîté, auquel Baudelaire destinait celle pièce.

THEATRE IL\1

le roi a fait grâce à Woirgang (qui s'est conduit irrésistiblement, comme Ney et Labédoyère), Wolfg-ang- se tue, — se lue par amour, — parce qu'il est persuadé que M™*' de Timey ne l'aime plus. Ainsi il reste fidèle à la fois à son caractère héroïque et à sa nature féminine.

L'ouvrage peut être divisé ainsi (je ne tiens pas compte pour le moment de la subdivision en tableaux) :

i""" ACTE : Le château d'Hermorah, habité par le comte de Cadolles. Séduction du marquis par un trompette de l'armée française. La fuite.

2^ ACTE : Arrivée à l'armée; présentation du marquis au colonel Herbin. Wagram. Présentation du marquis à l'empereur.

3* ACTE : L'empire s'est écroulé. Le retour des émigrés. Le marquis tombe chez son père sans s'en douter. La Restauration à Paris. Le salon de |\jme (jg Timey. Amours de M™'' de Timey avec le marquis Wolfgang.

4^ ACTE : Retour de l'empereur. Défection du régiment et de Wolfgang.

5^ ACTE : M™« de Timey sauvera-t-elle son amant? L'Abbaye.

Tout ceci va devenir plus clair par la simple Jnonciation des personnages :

Le comte de Cadolles, émigré.

Son fils, le marquis Wolfgang de Cadolles, dit e marquis du i«'' houzards, d'abord soldat, puis colonel du i^"" houzards.

Mme (Je Timey.

Charles Stown, officier anglais.

Le comte Adrien de Béval, type de libéral mo-^ larchique bavard.

l42 ŒUVRES POSTHUMES

Le colonel Herbin, prédécesseur de Wolfgan^, au r^"" houzards,

Graff, capitaine au i""^ houzards,

Robert Triton, trompette au i^" houzards.

Un officier des g^ardes du corps.

L'empereur Napoléon et plusieurs personnages accessoires.

Note. — Plusieurs des parties du dialogue, notamment celles relatives aux amours de M°^<^ de Timey et de Wolfgang-, et celles relatives à la présentation de Wolfgang- au camp de Wag-ram, sont faites.

i" ACTE. — Le château d'Iiermorahy résidence du comte de Cadolles, au bord du Rhin.

Wolfgang- est fils du comte de Cadolles et d'une Allemande mystique, épousée pendant rémigration. Wolfg-ang- est un caractère romanesque, tantôt rêvant à sa mère (le tombeau de sa mère est dans le parc même), tantôt lisant avec frénésie les bulletins des journaux français, que reçoit son père. Il a évidemment horreur de Bonaparte, mais il a besoin d'action; il aspire vaguement à la gloire; il est jaloux de quiconque la possède, et il se souvient qu'il est Français. — Tout ceci peut être exprimé dans un monologue.

Scène entre le comte de Cadolles (vrai type du Français agréable de l'ancien régime) et son fils, le marquis, à qui il reproche son inguérissable tristesse. On a reçu de bonnes nouvelles (fausses nouvelles, relatives aux espérances de la coalition e(

THÉÂTRE l43

de l'émigration) ; il y aura un dîner d'amis au château.

Scène entre M'"« de Timey et le comte de Cadolles. Le comte connaît l'amour de sou fils pour ]\jme (jg Timey. Il prie celle-ci de se servir de son ascendant pour ranimer et exciter le caractère de son fils. D'ailleurs, on destine à Wolfgang une mission secrète, politique.

Scène entre M™^ de Timey et Wolfgang-. — (Au troisième acte, à Paris, le caractère de M""^ de Timey se développera pleinement dans les confidences qu'elle fera à Wolfgang sur sa vie antérieure.)

La scène du dîner. On s'entretient surtout des espérances du parti, de politique et de Bonaparte. — Quelques légères échappées de Wolfgang, qui, bien qu'il partage la haine de tous ses amis, ne peut pas entendre froidement leurs niaiseries et leurs sottises, surtout en tant qu'elles visent à nier les talents de l'empereur.

(Ce dialogue, fort difficile à faire, surtout en ce qu'il ne faut pas tomber dans les lourdes caricatures usitées en pareil cas, je le ferai avec des morceaux de la littérature réactionnaire du temps. Outre que j'en connais quelque chose, j'ai des amis qui la possèdent très bien et qui me fourniront des documents, — entre autres Sainte-Beuve; — et puis, il faut voir les Mémoires de Chateaubriand,surlo\it.) m Vers la fin du dîner, un domestique prévient le comte qu'un soldat français,blessé, demande l'hospitalité.

Le comte, qui est un bon homme, veut qu'on ait de lui le plus grand soin ; et pour obéir à la curiosité de son fils, on introduit Piobert Triton, sanglant, déguenillé et boitant. (11 y a là une petite

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invraisemblance relative aux usages ; mais je tiens au contraste produit par l'effet de cette aristocratie, située depuis si long-temps en dehors de la France, et l'aspect de ce soldat.)

Le trompette conduit dans une chambre, le comte de Cadolles, qui cherche son tils, s'aperçoit qu'il a disparu. « Je parierais, dit-il, que Wolfgang", qui aime tant les récits de bataille, a été présider à l'installation de notre singulier hôte. »

Triton, guéri, est devenu chef des piqueurs du comte de Cadolles. Wolfgang passe sa vie à la chasse, avec Triton. Le trompette, â son insu, cor~ rompt, séduit \e marquis. Il lui explique, dans son langage de trompette, dans un style violent, pittoresque, grossier, naïf, ce que c'est qu'un combat, une charge de cavalerie; ce que c'est que la gloire, les amitiés de régiment, etc.. Depuis longtemps, bien longtemps, Triton n'a plus de famille; il n'est pas rentré au village depuis les grandes guerres de la république; il ne sait pas ce qu'est devenus sa mère. Le régiment du i^'" houzards est devenu sa famille.

Une nuit, Wolfgang dit au trompette de seller les deux meilleurs chevaux.

Et, en route, il lui dit : « Devines-tu où nous allons? Nous allons rejoindre la Grande Armée. Je ne veux plus qu'on se balte sans moi ! »

2^ ACTE. — Enzersdorfet Wagram.

Ils arrivent au camp français. Triton, que l'oi croyait mort, est reconnu par des camarades. Le colonel Herbin est en train de diner ave(

THÉÂTRE 1^5

deux officiers. Il embrasse Triton et demande à Wol%ang- qui il est et ce qu'il veut. — Celui-ci montre quelques papiers et est enrôlé immédiatement.

{Je supprime, dans le plan, une grande quantité de détails familiers qui seront d'un bon ejfet.) Gadolles fait venir la cantinière et paye la bienvenue à son escadron.

Grâce à ses manières {qui ne doivent jamais l'abandonner, même quand il sera devenu un parfait troupier), commence, parmi ses camarades, l'usage de ce surnom : le marquis du /^r Iwuzards. L'armée a passé le pont sur le Danube. 5 Juillet. Wagram. L'empereur passe devant les rangs du ï^^ houzards.

Wolfgang, qui a beaucoup entendu parler (en mal) de l'empereur, se raidit contre l'enthousiasme universel, et se commande à lui-même de ne pas crier : Vive l'empereur ! Il est encore le fils du serviteur des Gondé.

Napoléon, étendant le bras droit, montre aux soldats les plateaux de Wagram,où sont échelonnées les troupes de l'archiduc. Tonnerre d'applaudissements. Wolfgang- se sent envie de pleurer, comme s'il était enlevé par un puissant comédien.

La bataille. {J'avoue que je n'ai pas du tout pensé à la mise en scène.)

Wolfgang- a fait trois prisonniers et reçu une blessure à la tête.

Un aide de camp l'instruit que l'empereur le

demande. Napoléon est entouré de généraux et

de colonels, parmi lesquels le colonel Herbin. Il

I regarde attentivement Wolfgang et lui dit : On m'a

1 dit que vous étiez Français, fils d'émigré. Vous

ll^Q ŒUVRES POSTHUMES

racheter; ce que votre famille a fait de mal et vous continuez ce qu'elle a pu faire de bien. Je veux me souvenir de vous : voici ce qui m'aidera à vous reconnaître. — (La croix de la Légion d'honneur. — Il est bon d'accentuer ainsi le caractère particulièrement séducteur de l'empereur, qui a été négligé par beaucoup d'historiens.)

Wolfgang est complètement vaincu et gagné. (Il me semble que cet acte, peut-être court sur le papier, doit être fort long à la représentation.)

3e ACTE. — L'empire est fini. 181/4,

Un village. Deux officiers poudreux, aux vêtements en loques, arrivent, exténués de fatigue, pour chercher un logement. {Penser au tableau de Géricault : le Cuirassier blessé, marchant â côté de son cheval.)

C'est le marquis du i" houzards (maintenant colonel) et son vieux camarade, le capitaine Graff (dont il a fait la connaissance au camp, quelques jours avant Wagram).

« Voilà un château, dit Wolfgang, que je suis sûr d'avoir vu en peinture dans la salle à manger d'Hermorah. »

— Il me semble, dit Graff, que j'ai entendu crier ton nom. »

Le village est en fête. Coups de fusil. Bruit de flûtes et de violons.

Le garde champêtre et le maître de poste, anciens soldats, décorés, se tiennent à l'écart et boivent sous une tonnelle.

THEATRE l47

Cadolles et GrafF dessellent leurs chevaux et, sur rinvitation des deux anciens soldats, trinquent avec eux.

Wolfg"ang, en prenant un verre : a A notre vieille gloire! A la mort des Anglais, des Prussiens, des Cosaques ! Aux canons qui cracheront sur ces misérables! A notre belle France, où nous les enterrerons un jour !

Où sommes-nous? dit GratF, et qui fête-t-on

— Vous êtes à Cadolles, et on fête le retour du vieux comte qui, après avoir été Allemand pendant trente ans,s'imag'ine de redevenir Français aujourd'hui par la grâce de l'étranger, n

Wolfgang court chez son père qu'il trouve sur le perron du château, entouré de paysans. Le père croyait le fils mort. Embrassements et reconnaissance.

Wolfgang se trouve bientôt dans un salon antipathique. Son père le présente à Charles Stown, un officier anglais, et au comte de Béval, espèce de pédant politique qui rêve chartes, constitutions et réconciliation du roi avec la révolution. Puis Mme de Timey, revenue avec le comte de Cadolles, et qui, toujours coquette et femme politique, se prête à toutes les flagorneries de Charles Slown et de M. de Béval.

Wolfgang est immédiatement repris par l'amour, et son antipathie pour M. de Béval et l'officier anglais en est naturellement augmentée.

Mme de Timey cherche tout de suite, par ses coquetteries et par ses encouragements, à le ramener à la bonne cause.

Une main se pose sur son épaule, et une voix

lui dit : « L'empereur a abdiqué ! mais c'est peutêtre un bruit que font courir ses ennemis. S'il y a des traîtres, il faut les fusiller. Allons où ça chauffe. »

C'est Graff. Wolfg'ang' s'enfuit avec lui.

(Cet acte va être bien long. Nous pourrions, malgré la division que j'ai écrite en tête du plan, couper l'acte ici et en rejeter la fin au commencement du 4® acte — surtout si nous considérons que la matière du 4® et du 5"^ acte est très courte.)

Paris. — La Restauration à Paris. Le i^"" houzards est en garnison à Paris. Querelles fréquentes entre ses officiers et les officiers des armées alliées. — Grafi surtout cherche des duels, avec emportement, dans tous les lieux publics. (On pourrait introduire ici, comme décor, Paphos ou les jardins de Tivoli.)

Wolfgang, lui aussi, pour s'étourdir, mène une vie assez dissipée; mais son amour pour M^e de Timey augmente toujours. Celle-ci d'ailleurs s'est dégoûtée de Charles Stown et d'Adrien de Béval. La violence, la tendresse et l'emportement de Wolfgang lui plaisent; mais elle voudrait tourner les sympathies de son amant vers la nouvelle royauté. Wolfgang sent plusieurs fois renaître en lui les goûts et la fierté du gentilhomme; mais cela ne diminue en rien sa sympathie et son admiration pour Bonaparte.

M™^ de Timey a été insultée par un journal. Pendant que M. de Béval et Charles Stown discutent, chez elle, sur ce qu'il y a à faire en pareille circonstance, Wolfgang paraît, le bras en écharpe; sans parler, sans prévenir, il a châtié l'auteur de l'attaque.

THÉATUE l49

Celte affaire resserre encore plus la liaison du marquis avec M°i^de Timej,et c'est dans un tête-àtête intime, où Wolfg'ang' lui reproche son étrange caractère, qu'elle lui raconte son ancienne histoire.

Le comte de Timey, qui était un homme très intelligent et très corrompu, a été l'amant de sa mère, femme d'un autre émigré français, M^^^ d'Evré. Avant de mourir, après sa confession, M. le comte de Timey a voulu épouser M''" d'Evré, qui était peut-être, et probablement même, sa fille. La nuit de noces. Le moribond a employé sa nuit de noces a enseigner à sa femme sa corruption morale et sa corruption politique. Il lui a dit finalement : Ma chère fille., je laisse dans votre âme virginale Vexpérience d'un vieux roué. Et puis il est mort. Ainsi elle s'est trouvée à la fois, et subitement riche, veuve quoique vierge, et pleine d'expérience quoique innocente.

Wolfgang, profondément attristé, se récrie; il prétend qu'il y a encore du bonheur possible; que l'âme de sa maîtresse peut rajeunir; qu'il se sent, lui, plein de jeunesse et de confiance, et qu'il ne s'agit que de noyer toutes ces impressions funèbres dans le bonheur présent et dans un mariage immédiat.

]\Ime de Timey, revenant à ses rêves d'ambition, pose une condition à ce mariage : c'est que Wolfgang verra le roi et le comte d'Artois, et quittera le i^^^ houzards pour entrer aux gardes du corps. (// est évident qu'il est facile, dans cette partie, de faire reparaître chez M'"^ de Timei/ le père du marquis, le comte de Cadolles, qui, naturellement, doit appuyer les projets et les propositions de celle-ci.)

l5o ŒUVRES POSTHUMES

Wolfgang, très ébranlé, est bien près de céder, quand Graff survient à l'improviste, qui lui apprend le débarquement de l'empereur.

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