I. — Préliminaires
Ou'ilfaut, quoique dise Danton, toujours « emporter sa patrie à la semelle de ses souliers ».
La France a l'air bien barbare, vue de près. Mais allez en Belg-ique, et vous deviendrez moins sévère pour votre pays.
Comme Joubert remerciait Dieu de l'avoir fait homme, et non femme, vous le remercierez de vous avoir fait, non pas Belge, mais Français.
Grand mérite à faire un livre sur la Belgique. Il s'agit d'être amusant en parlant de l'ennui, instructif en parlant de rien.
A faire un croquis de la Belgique, il y a par compensation cet avantage qu'on fait, en même temps, une caricature des sottises françaises.
Conspiration de la flatterie Européenne contre la Belgique. La Belgique, amoureuse des compliments, les prend toujours au sérieux.
Comme on chantait chez nous, il y a vingt ans, la liberté, la gloire et le bonheur des Etats-Unis d'Amérique ! Sottise analogue à propos de la Belgique.
Pourquoi les Français qui ont habité la Belgique ne disent pas la vérité sur ce pays. Parce que, en leur qualité de Français, ils ne peuvent pas avouer qu'ils ont été dupes.
Vers de Voltaire sur la Belgique.
•2. — Bruxelles. Physionomie de la rue. Premières impressions. On dit que chaque ville,
Liège. — Si.Gand. — 82. Bruges. — 33. Epilogue, conseils aux Français.
On remarquera que, pour les 18 premiers chapitres, cette liste de Ch. Asselineau concorde à peu près avec le manuscrit Argument du Livre sur la Belgique, publié par Eugène Crépet. — V. Lettres, années i865-66.
chaque pays a son odeur. Paris, dit-on, sent ou sentait le chou aigre. Le Cap sent le mouton. Il y a des îles tropicales qui sentent la rose, le musc ou l'huile de coco. La Russie sent le cuir. Lyon sent le charbon. L'Orient, en général, sent le musc et la charogne. Bruxelles sent le savon noir. Les chambres d'hôtel sentent le savon noir. Les lits sentent le savon noir. Les serviettes sentent le savon noir. Les trottoirs sentent le savon noir. Lavage des façades et des trottoirs, même quand il pleut à flots. Manie nationale, universelle.
Fadeur générale de la vie. Cigares, légumes, fleurs, fruits, cuisine, yeux, cheveux, tout est/«(/é>, tout est triste, insipide, endormi. La physionom.ie humaine, vague, sombre, endormie. Horrible peur, de la part des Français, de cette contagion soporeuse.
Les chiens seuls sont Avivants; ils sont les nègres de la Belgique.
Bruxelles, beaucoup plus bruyant que Paris; le pourquoi. Le pavé, irrégulier ; la fragilité et la sonorité des maisons ;l'étroitesse des rues; l'accent sauvage et immodéré du peuple; la maladresse universelle ; le sifflement national (ce que c'est), et les aboiements des chiens.
Peu de trottoirs, ou trottoirs interrrompus (conséquence de la liberté individuelle, poussée à l'extrême). Afl'reux pavé. Pas de vie dans la rue. — Beaucoup de balcons, personne aux balcons. Les espions, signe d'ennui, de curiosité ou d'inhospilalité.
Tristesse d'une ville sans fleuve.
Pas d'étalages aux boutiques. La flânerie, si chère aux peuples doués d'imagination, impossible
a66 ŒUVRES POSTHUMES
à Bruxelles. Rien à voir, et des chemins impossibles.
Innombrables lorgnons. Le pourquoi. Remarque d'un opticien. Etonnante abondance de bossus.
Le visage belge, ou plutôt bruxellois, obscur, informe, blafard ou vineux. Bizarre construction des mâchoires. Stupidité menaçante.
La démarche des Belges, folle et lourde. Ils marchent en regardant derrière eux et se cognent sans cesse.