‹ Ouvres posthumesChapitre 6 sur 95 · LES BIJOUX · texte numérisé non relu

LES BIJOUX

La très chère était nue, et, connaissant mon cœur, Elle n'avait g-ardé que ses bijoux sonores, Dont Je riche attirail lui donnait l'air vainqueur Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur, Ce monde rayonnant de métal et de pierre Me ravit en extase, et j'aime à la fureur Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer, Et du haut du divan elle souriait d'aise A mon amour profond et doux comme la mer Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

(i) Le numéro placé en tête de chacune de ces pièces est celui sous lequel elles étaient ckissées dans la première édition; mais le texte que nous en donnons est celui des Epaves, dont les épreuves, bien qu'en ait dit Poulet-Malassis, furent évidemment revues par l'auteur. Le lecteur curieux des variantes se reportera aux Commentaires du Prince Alexandre Ourousof. [Le Tombeau de Charles Baudelaire, Paris, Bibliothèque artistique et littéraire, 1896.) Nous leur empruntons seulement la mention des plus importantes.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté, D'un air vag'ue et rêveur elle essayait des poses, Et la candeur unie à la lubricité Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins, Polis comme de l'huile, onduleux comme un cyg-ne. Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ; Et son ventre et ses seins, ces g-rappes de ma vigne,

S'avançaient, plus câlins que les anges du mal, Pour troubler le repos où mon âme était mise. Et pour la déranger du rocher de cristal Où, calme et solitaire, elle s'était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin

Les hanches de l'Antiope au buste d'un imberbe.

Tant sa taille faisait ressortir son bassin.

Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe!

— Et la lampe s'étant résignée à mourir. Gomme le foyer seul illuminait la chambre. Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir, II inondait de sang" cette peau couleur d'ambre !

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