‹ Ouvres posthumesChapitre 7 sur 95 · LE LÉTHÉ · texte numérisé non relu

LE LÉTHÉ

Viens sur mon cœur, âme cruelle et sourde, Tigre adoré, m onstre aux airs indolents; Je veux longtemps plonger mes doigts tremblants Dans l'épaisseur de ta crinière lourde ;

Dans tes jupons remplis de ton parfum Ensevelir ma tête endolorie, Et respirer, comme une fleur flétrie, Le doux relent de mon amour défunt.

LES FLEtJRS DU -MAL 23

Je veux dormir ! dormir plutôt que vivre ! Dans un sommeil aussi doux que la mort (i), J'étalerai mes baisers sans remord Sur ton beau corps poli comme le cuivre.

Pour engloutir mes sanglots apaisés Rien ne me vaut l'abîme de ta couche ; L'oubli puissant habite sur ta bouche, Et le Léthé coule dans tes baisers.

A mon destin, désormais mon délice.

J'obéirai comme un prédestiné ; Martvr docile, innocent condamné, Dont sa ferveur attise le supplice,

Je sucerai, pour noyer ma rancœur, Le népentbès et la bonne ciguë Aux bouts charmants de cette gorge aiguë Qui n'a jamais emprisonné de cœur.

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