‹ Ouvres posthumesChapitre 68 sur 95 · CITATIONS · texte numérisé non relu

CITATIONS

A propos de Liicain.

Son génie, qu'une mort funeste devait arrêter si vile.

n'eut que le temps de montrer de la grandeur, sans naturel et sans vérité : car le goût de la simplicité appartient rarement à la jeunesse, et, dans les arts, le naturel est presque toujours le fruit de l'étude et de la maturité.

Plusieurs conjurés furent arrêtés et mis à la torture : ils révélèrent leurs complices. Seule, la courtisane Epicharis fut invincible à la douleur, montrant ce que, dans la faiblesse de son sexe et dans la honte de sa vie, un sentiment généreux, l'horreur du crime, pouvait donner de force et de dignité morale.

Le titre de sa gloire, l'essai et tout ensemble le trophée de son génie, c'est la Pharsale, ouvrage que des beautés supérieures ont protégé contre d'énormes défauts. Stace, qui, nous l'avons dit, a célébré la muse jeune et brillante de Lucain et sa mort prématurée, n'hésite point à placer la Pharsale au-dessus des Métamorphoses, d'Ovide, et presque à côté de Virgile. Quintilien, ju^e plus éclairé, reconnaît dans Lucain un génie hardi, élevé, et l'admet au rang des orateurs plutôt que des poètes; distinction que lui inspiraient le nombre et l'éclat des discours semés dans le récit de Lucain, et où sont exagérés trop souvent les défauts mômes attachés à sa manière...

Les écrivains français l'ont jugédiversement. Corneille l'a aimé jusqu'à l'enthousiasme. Boileau l'approuvait peu et lui imputait à la fois ses propres défauts et ceux de Brébeuf, son emphatique interprète.

En dépit des hyperboles et des raisonnements de Marmoutel, la Pharsale ne saurait être mise au rang des belles productions de la muse épique. Le jugement des siècles est sans appel.

Rapports académiques.

Ce qu'il y a d'amusant (mot bizarre à propos de Villemain) dans les rapports académiques, c'est l'étonnante conformité du style baveux, mel-

liilu, avec les noms des concurrents récompensés et le choix des sujets. On y trouve V Algérie ou la civilisation conquérante, la Colonie de Mettray, la découverte de la vapeur, sujets lyriques proposés par rAcadémie et d'une nature essentiellement excitante.

On y trouve aussi des phrases de cette nature : « Ce livre est une bonne œuvre pour les âmes, » à propos d'un roman composé par un ministre protestant. Pouah !

On rencontre, parmi les couronnés, le nom de ce pauvre M. Garo, qui ne prendra jamais, je l'espère, pour épigraphe de ses compositions académiques ce mot de saint Jean : « Et verbum caro factum est », car lui et le verbe me semblent passablement brouillés.

On se heurte à des phrases comme celle-ci, qui représente bien une des maladies de M. Yillemain, laquelle consiste à accoupler des mots qui jurent; quand il ne fait pas de pléonasmes, il commet des désaccords : « Cette profusion de gloire (celle de l'industrie et des arts) n'est jamais applicable dans le domaine sévère et difficile des lettres. »

Page 1