CITATIONS
Que, devant celte force du nombre et de l'enthousiasme, un Roi opiniâtre et faible, un Ministère coupable et troublé n'aient su ni agir, ni céder à temps ; qu'un Maréchal, malheureux à la guerre et dans la politique, funeste par ses défections et ses services, n'ait pu rien sauver du désastre, même avec une Garde si dévouée et si brave, mais de bonne heure affaiblie par l'abandon d'un régiment de ligne; ce sont là des spectacles instructifs pour tous. On les a parodiés depuis. Une émeute
non repoussée, une marée montante de cette tourbe d'une grande ville a tout renversé devant elle, comme l'avait fait, dix-huit ans auparavant, le mouvement d'un peuple blessé dans ses droits. Mais le premier exemple avait offert un caractère particulier qui en fît la grandeur. C'était un sentiment d'honneur public soulevé contre la trahison du Pouvoir . [Tribune moderne, page 477-)
Bien des années après, il a peint encore ce printemps de la Bretagne sauvage et fleurie, avec une grâce qu'on ne peut ni oublier, ni contrefaire. Nul doute que, dès lors, aux instincts énergiques de naissance, à la liberté et à la rudesse des premiers ans, aux émotions sévères et tendres de la famille, aux sombres sourcils du père, aux éclairs de tendresse de la mère, aux sourires de la plus jeune sœur, ne vinssent se mêler, chez cet enfant, les vives images de la nature, le frémissement des bois, après celui des flots, et l'horizon désert et diapré de mille couleurs de ces landes bretonnes préludant aux savanes de l'Amérique. {Tribune moderne, page g.)
Mais faut-il attribuer à ces études, un peu rompues et capricieuses, l'avantage dont triomphe quelque part l'illustre écrivain, pour s'élever au-dessus même de sa gloire la plus chère et se séparer entièrement de ceux qu'il efl^ace ? « Tout cela, joint à mon genre d'éducation, dit-il, à une vie de soldat et de voyageur, fait que je n'ai pas senti mon pédant, que je n'ai jamais eu l'air hébété ou suffisant, la gaucherie, les habitudes crasseuses des hommes de lettres d'autrefois, encore moins la morgue, l'assurance, l'envie et la vanité fanfaronne des nouveaux auteurs. » C'est beaucoup se ménager en maltraitant tout le monde. {Tribune moderne, page ii.)
Un chapitre des Mémoires, non moins expressif et non moins vrai que bien des pages de René, a gravé pour l'avenir cet intérieur de famille un peu semblable
aux voûtes souterraines du vieux château sombre et g-lacial où fermentait, à son insu, l'âme du poète, dans la solitude et l'inaction, entre une mère distraite de la tendresse par la piété, fatiguée du joug" conjugal que cette piété n'allégeait pas, unesœur trop tendre, ou trop aimée, mais dont la destinée semblait toujours être de ne trouver ni le bonheur dans le monde, ni la paix dans la retraite, et enfin ce père dontla sévérité, la hauteur tyrannique et le froid silence s'accroissaient avec les années. [Tribune moderne, page i4.)
Lui-même, dans ses Mémoires^ a peint de quelques traits, avec une brièvelé rapide et digne, ce que ce tableau domestique offrait de plus touchant et de plus délicat. Sa réserve, cette fois, était comme une expiation de ce que son talent d'artiste avait voulu laisser trop entrevoir, dans la création originale de René. Ce ne fut pas seulement la malignité des contemporains, ce fut l'orgueil du peintre qui permit cette profane allusion. Sous la fatalitéde ce nom de René, que l'auteur se donne comme à son héros, et en souvenir de cet éclat de regard, de ce feu de génie, que la sœur, trop émue, admirait dans son frère, une indiscrète rumeur a longtemps redit que le premier chef-d' œuvre littéraire de M. de Chateaubriand avait été la confidence d'un funeste et premier amour.
L'admiration pour le génie, le respect de la morale aiment à lire un autre récit tout irréprochable du sentiment du jeune poète. [Tribune moderne, page i5.)
Vingt-cinq ans plus tard, toujours très philosophe, il [M. de Pommereuil^ fut préposé en chef à l'inquisition impériale sur les livres ; on sait avec quelle minutieuse et rude tyrannie ! [Tribune moderne, page 24.)
Viens de bonne heure, tu feras le mien.
Mêlé d'ailleurs à des hommes de lettres,ou de parti.
qui prisaient peu les Vœux d'un solitaire et la philanthropie candide de l'auteur, M. de Chateaubriand étudia plus Bernardin de Saint-Pierre qu'il ne l'a loué, et peutêtre, dans sa lutte avec ce rare modèle, devait-il, par là même, ne pas échapper au dang-er d'exag'érer ce qu'on imite et de trop prodig-uer les couleurs qu'on emprunte. (Tribune moderne^ P^^e 37.)
« J'allais d'arbre en arbre, a-t-il raconté, me disant : Ici, plus de chemins, plus de villes, plus de monarchies, plus de rois, plus d'hommes, et, pour essayer si j'étais rétabli dans mes droits oris^inels, je me livrais à des actes de volonté qui faisaient enrasrer mon guide, lequel, dans son âme^me croyait fou. «Je ne sais, mais je crains que dans ce sentiment si vif des droits originels et dans ces actes de volonté sans nom, il n'y eût surtout une réminiscence des rêveries anti-sociales de Rousseau et de quelques pag-es d' E mi le. Le ^rand écrivain n'était encore que copiste. {Tribune moderne, page 53.)
Il touche d'abord à l'île de Guernesey, puis à Jersey, dans cet ancien refuge où devait, de nos jours, s'arrêter un autre proscrit d'un rare et puissant esprit poétique qu'il employa trop peut-être à évoquer dans ses vers le prestige oppresseur .sous lequel il fut accablé. (Tribune moderne^ P^g'fi 62.)
Ce fut après un an des agitations de Paris, sous la Constituante, que, vers Janvier 1791, M. de Chateaubriand, sa résolution bien prise et quelques ressources d'argent recueillies, entreprit son lointain voyage. Une telle pensée ainsi persistante était sans doute un signe de puissance de volonté dans le jeune homme, dont elle développa le génie ; mais peut-être trouvera-t-on plus d'orgueil que de vérité dans le souvenir que lui-même avait jSfardé de ce premier effort et dans l'interprétation qu'il lui donnait, quarante ans plus tard : « J'étais alors, dit-il dans ses Mémoires, en se reportant à 1791, ainsi; que Bonaparte, un mince sous-lieutenant tout à fait
inconnu. Nous partions l'un et l'autre de l'obscurité, à la même époque, moi, pour chercher ma renommée dans la solitude, lui, sa s;'loire, parmi les hommes. »
Ce contraste est-il vrai ? Ce parallèle n'est-il pas bien ambitieux? Dans la solitude, vous cherchiez, vous aussi, ia g-loire parmi les hommes. Seulement, quel que soit l'éclat du talent littéraire, cet antagonisme de deux noms dans un siècle, ce duel de la célébrité, affiché plus d'une fois, étonnera quelque peu l'avenir. Tite-Live ne se mettait pas en concurrence avec les grands capitaines de son Histoire. {Tribune moderne, page 87.)
Nous le disons avec regret, bien que M. de Fontanes ait été le premier ami et peut-être le seul ami du. grand écrivain, plus jeune que lui de quinze années, il nous semble qu'il n'a pas obtenu en retour un souvenir assez affectueux ni même assez juste. « M. de Fontanes, dit IM. de Chateaubriand, a été, avec Chénier, le dernier écrivain de l'école classique de la branche aînée. » Et aussitôt après : « Si quelque chose pouvait être antipathique à M. de Fontanes, c'était ma manière d'écrire. En moi commençait, avec l'école dite romantique, une révolution dans la littérature française. Toutefois, mon ami, au lieu de se révolter contre ma barbarie, se passionna pour elle. Il comprenait une langue qu'il ne parlait pas. »
De quel Chénier s'occupe ici M. de Chateaubriand? Ce n'est pas sans doute de Joseph Chénier. Le choix serait peu fondé ; ia forme classique de Joseph Chénier, sa poésie, sa langue n'ont pas la pureté sévère et la grâce élégante de M. de Fontanes, et, par là même, le goût de aiénierétait implacable, non seulement pour les défauts, mais pour les beautés de l'auteur à'Atala. Que s'il s'agit, au contraire, d'André Chénier, une des admirations de jeunesse qu'avait gardées M. de Fontanes, bien que lui-même fût un imitateur plus timide de l'antiquité, nous n'hésitons pas à dire que l'auteur de la Chartreuse, du Jour des Morts, des vers de l'Eucharistie,
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offre quelques traits en commun avec l'orig-inalité plus neuve et plus hardie de l'élég-ie sur le Jeune malade et des stances à M"e de Coigny. Mais alors il ne fallait pas s'étonner que de ce fonds même d'imag-i nation et d'harmonie, M. de Fontanes fût bien disposé en faveur de cette prose brillante et colorée qu'André Ghénier aussi aurait couronnée de louang'es et de fleurs sans y reconnaître pourtant la pureté de ses anciens Hellènes.
M. de Chateaubriand se vante ici, à tort, de sa barbarie, et, à tort aussi, remercie son ami de s'être passionné pour elle. Personne, et nos souvenirs en sont témoins, n'avait plus vive impatience que M. de Fontanes de certaines affectations barbares ou non qui déparent Atala et René, mais les beautés le ravissaient, et c'est ainsi qu'il faut aimer et qu'il faut jug-er. {Tribune moderne^ page 73.)
Mais quand M. de Fontanes, causeur aussi vif, aussi aventureuxqu'ilétaitpurécrivain, quand M. de Fontanes, l'imagination pleine de Virgile et de Milton, et adorant Bossuet , comme on adore un grand poète, errait avec son ami plus jeune dans les bois voisins de la Tamise, dînait solitairement dans quelque auberge de Chelsea et qu^ils revenaient tous deux, avec de longues causeries, à leur modeste demeure... (Tribune moderne, page 74.)
Ainsi Fontanes mangeait seul.
Ce qu'il (Lucien) dut chercher dans les épreuves, c'était le chapitre sur les rois athées, compris dans l'édition commencée à Londres, et dont rien ne se retrouve dans celle de Paris; c'était tout ce qui pouvait, de loin ou de près, servir ou contrarier la politique consulaire, en France et en Europe. Le reste le souciait peu... {Tribune moderne, page 92.)
Un docte prélat. . .
En note : le cardinal Fesch.
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J'ignore s'il était docte, mais ceci est un nouvel exemple de l'amour delà périphrase.
Il avait vu, non sans une émotion de gloire, les honneurs funèbres d'Alfieri et le corps du grand poète exposé dans son cercueil.
Qu'est-ce qu'une émotion de gloire ?
Il avait visité récemment, à Coppet, M'^^de Staël, dont l'exil commençait déjà, pour s'aggraver plus tard. Les deux disgraciés de l'Empire s'étaient communiqué uue protestation plus vive dans le cœur de la femme qui, plus faible, se sentait plus opprimée. Pour lui, il blâmait presque M™'' de Staël de souffrir si amèrement le malheur d'une opulente retraite, sans autre peine que la privation de ce mouvement des salons de Paris, dont, pour sa part, il se passait volontiers. (Tribune moderne.^ page i45.)
Derrière ce premier cercle, autour du mourant, s'approchait un autre rang de spectateurs silencieux et troublés et, dans le nombre, immobile sur sa jambe de bois, pendant toute cette nuit, le ministre de la Guerre, le brave Latour-Maubourg, cet invalide des batailles de Leipzig, noblement mêlé à des braves de la Vendée. {Tribune moderne, page 258.)
Il avait accueilli et béni, au pied de son lit de mort, deux jeunes filles, nées, en Angleterre, d'une de ces liaisons de plaisir qui avaient occupé son exil. {Tribune moderne, page 25g.)
Je ne puis oublier cette lus^-ubre matinée du i4 Février 1820, le bruit sinistre qui m'en vint, avec le réveil, mon triste empressement à voir le Ministre dont j'étais, dans un poste assez considérable, un des moindres auxiliaires. {Tribune moderne, page 260.)
Ce sujet la vie de Rancé] n'a pas été rempli, malgré les conditions même de génie, de satiété mélancolique,
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d'âg'e et de solitude, qui semblaient le mieux y répondre. On peut réserver seulement quelques pagres charmantes, qiiune spirituelle et sévère critique a justement louées. {Tribune moderne, pag-e 546.)
Impossible de deviner. Nouvel exemple de périphrase.
La même main, cependant, continuait alors, ou corrig-eait les Mémoires d'Outre-Tombe, et j jetait quelquesuns de ces tons excessifs et faux qu'on voudrait en retrancher. {Tribune moderne, pag"e 549.)
Une perte inattendue lui enlevait alors M^^^ de Chateaubriand. {Tribune moderne, page 552.)
Le cercueil fut porté par quelques marins à l'extrémité du grand Beij...
II prend une île pour un Turc.
...Un nom cher à la science et aux lettres, M. Ampère» érudit vo^'ageur, poète par le cœur et la pensée, proféra de nobles paroles sur l'homme illustre dont il était l'élève et l'ami.
Un nom qui profère des paroles.
Une voix digne et pure \en note : M. le duc de A'^oailles] a prononcé son éloge, au nom de la société polie [ce qui ne veut pas dire la société lettrée], dans une Compagnie savante.
Sans doute l'Académie française.
Un maître éloquent de la jeunesse...
En note : M. Saint-Marc Girardin.
Hérédia vit la cataracte du Niasrara, cette pyramide vivante du désert, alors entourée de bois immenses. {Essais sur le génie de Pindare, pag-e 58o.)
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Il revint à Mexico, fat d'abord avocat, puis élevé aux honneurs de la mag'iptrature. ]Marié et devenu père de famille, l'orasreuse instabilité de l'Orient Américain l'épouvanta d'autant plus... [Essais sur le génie de Pindare, page 585.)
Les Cent- Jours.
Le but de l'ouvrage les Cent-Joiirs est, comme tous les autres ouvrages de M. Villemain, d'abord de montrer qu'il a connu des gens importants, de leur faire prononcer de longs discours à la Tite- Live, prenant toujours le dialogue pour une série de dissertations académiques, et enfin réternelle" glorification du régime parlementaire.
Par exemple, le discours du maréchal Ney à la Chambre des Pairs, à propos duquel M. Yillemain nous avertit que le Moniteur n'en donne qu'un compte-rendu tronqué et altéré, très long discours, ma foi! Le jeune Villemain l'avait-il sténographié, ou l'avait-il si bien enfoncé dans les sillons de sa jeune mémoire qu'il l'ait conservé jusqu'en i855?
On sortit des tribunes, pendant la remise de la séance. Je courus au jardin du Luxembourg, dans le coin le plus reculé, méditer avec moi-même ce que je venais d'entendre, et, le cœur tout ému, j'enfonçai dans les sillons de ma jeune mémoire ces paroles de deuil héroïque et de colère injuste peut-être, que j'avais senties amères comme la mort. [Les Cent-Jours, page 3i5.)
A propos du discours de Manuel à la Chambre des Représentants, discours inspiré par Fouché, dont il habitait familièrement l Hôtel, au lieu de dire : Sa voix insinuante, M. Villemain dit : L'insinuation de sa voix. (Page 386.)
Destitution de Chateaubriand.
Ce que Villemain appelle une anecdote littéraire; à ce sujet, nous allons voir comment il raconte une anecdote. L'anecdote a quinze pages. M™^ de Duras croit à l'union durable de Villèle et de Chateaubriand.
A Saint-Germain, dans une maison élég-aute, sur le niveau de cette terrasse qui découvre \xn si riant pavsaj^e, le salon d'une femme respectée de tous, et l'amie célèbre de M""^ de Staël et d'un homme de g'énie parvenu au pouvoir, avait, le premier samedi de Juin, réuni plusieurs hommes politiques, comme on disait alors [et comme on dit encore^ des ambassadeurs et des savants, M. Pozzo di Borg'o, toujours en crédit près d'Alexandre, Capo d'Istria disgracié, mais près de se relever avec la Grèce renaissante, lord Stuart, diplomate habile, le moins officiel des hommes dans son libre langag-e, la prude et délicate lady Stuart, en contraste avec lui, quelques autres Ang-lais, un ministre de Toscane passionné pour les arts, l'illustre Humboldt, l'homme des études profondes autant que des nouvelles passagères [il y a donc des nouvelles durables], le plus français de ces étrangers, aimant la liberté autant que la science; c'étaient aussi le comte de Lagarde, ambassadeur de France en Espagne avant la guerre, Abel de Rémusat, l'orientaliste ingénieux et sceptique, un autre lettré moins connu [ce doit être le modeste Villemain], et la jeune Delphine Gay avec sa mère.
Lorsque, après la conversation du dîner encore mêlée de quelques anecdotes des deux Chambres, on vint, à la hauteur de la terrasse, s'asseoir devant le vert tapis des cimes de la forêt et respirer la fraîche tiédeur d'une belle soirée de juin, toute la politique tomba, et il n'y eut plus d'empressement que pour prier M"^ Delphine Gay de dire quelques-uns de ses vers. Mais la belle
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jeune fille, souriant et sexcusant de n'avoir rien achevé de nouveau, récita seulement, avec la délicieuse mélodie de sa voix, cette stance d'un secrétaire d'ambassade [manière académique de dire Lamartine] bien jeune et bien grand poète, dit-elle.
Repose-toi, mon àme, en ce dernier asile, Ainsi qu'un voyageur qui, le cœur plein d'espoir, S'assied, avant d'entrer, aux portes de la vUle, Et respire un moment i'air embaumé du soir.
Lord Stuart prend la parole et dit que ce repos ne charme pas longtemps les poètes qui ont une fois touché aux affaires; il espère bien que le Ministère durera et restera compact.
On devine une certaine syn^palhie du sieur Villemain pour lord Stuart, ce qui s'expliquera peutêtre SI l'on se reporte au dire de Chateaubriand qui prétend que ce lord Stuart était toujours crotté et débraillé et ne payait pas les filles.
Et puis M"^e de Duras prend la parole, comme dans Tite-Live; elle veut cong-édier la politique et demande à Gapo d'Istria « s'il n'a pas reconnu dans les Martyrs et dans l'Itinéraire le ciel de sa patrie, l'àme de l'antiquité, et, à la fois, les horizons et la poésie de la Grèce ».
EtCapo d'Istna prend la parole, comme dans Tite-Live, et exprime cette vérité que Chateaubriand n'est pas Homère, que la jeunesse ne recommence pas plus pour un homme que pour le monde, mais que, cependant, pour n'être pas poète épique, il ne manque pas de grandeur; que le peintre de Dioclétien, de Galérius et du monde romain avait paru prophétique et vrai ; quand ces peintures du passé éclatèrent aux yeux, « on
reconnaissait de loin, dans une page des Martyrs, le portrait et la condamnation de celui qu'il fallait abattre ».
Je n'ai pas besoin de dire que l'expression : comme Tite-Live est simple ment pour caractériser une manie de M. Viliemain et que chacun des personnages mis en scène parle comme Viliemain en Sorboaue.
Une voix grave,» aussi grave que celle du comte Capo d'Istria était douce et persuasive », établit un parallèle entre les Martyrs et Télémaqiie, et donne la supériorité à ce dernier; cela fait deux pages de discours.
Un quatrième orateur dit que «le Télémaqiie est un bon livre de morale, malgré quelques descriptions trop vives pour l'imagination de la jeunesse. Le Télémaque est une gracieuse réminiscence des poètes anciens, une corbeille de fleurs cueillies partout, mais quel intérêt aura pour l'avenir cette mythologie profane, spiritualiste d'intention, sans être changée de formes, de telle façon que le livre n'est ni païen, ni chrétien » ?
Et Capo d'Istria reprend la parole pour dire que « Fénelon fut le premier qui, dans le xvii^ siècle, forma le vœu de voir la Grèce délivrée de ses oppresseurs et rendue aux beaux-arts, à la philosophie, à la liberté qui la réclament pour leur patrie ». Chateaubriand excelle à décrire le monde barbare..., mais Capo d'Istria préfère Antiope à Velléda.
Total, une page.
Cette réserve d'un esprit si délicat enhardit un cinquième orateur. Celui-là aussi admire le Télémaque, mais les Martyrs portent la marque d'un
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siècle de décadence (ioaj ours la décadence!). Pièce de rapport encadrée ; industrieuse mosaïque.., dépouillant indifféremment Homère, Virgile, Stace et quelques chroniqueurs barbares. Et puis les anachronismes : saint Augustin, né 17 ans après la mort de Constantin, figurant près de lui comme son compagnon de plaisir, — comparaison d'Eudore avec Enée, de Cjmodocée avec Pauline... — L'horrible n'est pas le pathétique (le cou d'ivoire de la fille d'Homère brisé par la gueule sanglante du tigre), et patata et palata.
Le premier orateur (Delphine Gaj) reprend la parole; ellecroit entendre lesblasphèmes d'Hoffmann : « Laissez, je vous prie, vos chicanes érudites. A quoi sert le goût de l'antiquité s'il empêche de sentir tant de belles choses imitées d'elle ? » Aussi bien elle est la seule personne qui parle avec quelque bon sens; le malheur est que, jalouse du dernier orateur qui avait parlé pendant deux pages et demie, elle s'élance dans les martyrs de nos Jours, dans les échafauds de nos famUles et dans la vertu de nos frères et de nos pères immolés en place publique pour leur Dieu et pour leur Roi. Total, trois pages.
Le cercle se rompit, on s avança de quelques pas sur la terrasse entre Thorizon de Panset les ombres projetées des vieux créneaux du château de Saint -Germain.
Petite digression sur le dernier des Stuarts. Enfin une VOIX prie M"^ Delphine de dire « ce que vienl de luimspirer le tableau d'Horace Vernet >k
La jeune fille, dont la ^lâce naïve et fière égalait le talent, ne répondit qu'en commençant de sa voix harmomeuse ce chant de la Druidesse, dédié au grand peintre
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qui achevait un tableau de Velléda, La jeune Muse, comme elle se nommait alors elle-même, debout, quelques mèches de ses blonds cheveux éparses à la brise légère de cette nuit d'été, doublait par sa personne Fillusion de son chant et semblait se confondre avec le souvenir qu'elle célébrait.
Suivent des stances dans le style des pendules de la Restauration finissant par :
Et les siècles futurs sauront que j'étais belle.
Le prestige les a tous éblouis et les éloges sont prodigués à cet heureux talent.
Villemain rentre fort tard à Paris avec un savant illustre (probablement Humboldt), « dont la parole diversifie encore le mouvement de la terrasse de Saint-Germain ». 11 s'endort, à trois heures du matin, la tète remplie de poésies homériques, de ferveurs clirétiennes, de révolutions dynastiques el de catastrophes géologiques.
Le lendemain, il relit les lettres de saint Jérôme, un traité théologique de Millon et projette d'aller rêver hors de Paris,» aux ressemblances d'imagination, de tristesse et décolère entre ces âmes véhémentes et poétiques séparées par tant de siècles», quand il fait la rencontre de M. Frisell qui lui apprend la destitution de Chateaubriand. Suit la destitution notifiée par M. de Villèle, telle qu'elle est rapportée dans les Mémoires cf Outre- Tombe^ ce qui fait trois pages de plus, total seize pages.
Autant qu'on peut le deviner, l'anecdote consiste] en ceci : pendant qu'on préparait au chàleau^la destitution de Chateaubriand, plusieurs personnes dt ses amis causaient littérature et politique sur h
terrasse de Saint-Germain. Tout le reste n'est que rhétorique intempestive.
La mort du duc de Berrij.
La mort du duc de Berry est encore un modèle étrang^e de narration, véritable exercice de collège, composition d'enfant qui veut gag-ner le prix, style de concours. Villemain y prend surtout la défense de M. Decazes, dont il était dans un poste assez considérable un des moindres auxiliaires. Il était, je crois bien, le jeune homme (si nous pouvons nous fier aux sillons de sa Jeune mémoire) qui travaillait à l'exposé des motifs de l'interminable loi électorale. Le sentiment qui pousse Villemain à défendre Decazes paraîtrait plus louable s'il n'était exprimé avec un enthousiasme de domestique.
(Revoir mes notes précédentes à ce sujet.)