‹ Ouvres posthumesChapitre 83 sur 95 · LES CHATIMENTS DE DIEU · texte numérisé non relu

LES CHATIMENTS DE DIEU

L'ex-roi se promène.

Il va de peuple en peuple, de ville en ville.

Il passe la mer ; — au-delà de la mer, le peuple bouillonne, la République fermente sourdement.

Plus loin, plus loin, au-delà de l'Océan, la République !

Il rabat sur l'Espagne, — la République circule dans l'air, et enivre les poumons, comme un parfum.

Où reposer cette tête maudite ?

A Rome?... Le Saint-Père ne bénit plus les tyrans.

Tout au plus pourrait-il lui donner l'absolution.

(i) Cette vignette, des plus mauvaises d'ailleurs, était signée G. Courbet.

Mais l'ex-roi s'en moque. Il ne croit ni à Dieu, ni à Diable.

Un verre de Johannisberg, pour rafraîchir le gosier altéré du Juif errant de la Royauté !... Metternich n'a pas le temps. Il a bien assez d'affaires sur les bras; il faut intercepter toutes les lettres, tous les journaux, toutes les dépêches. Et d'ailleurs, entre despotes, il y a peu de fraternité. Qu'est-ce qu'un despote sans couronne?

L'ex-roi va toujours de peuple en peuple, de ville en ville.

Toujours et toujours, vive la République ! vive la Liberté ! des hymnes ! des cris ! des pleurs de joie!

Il court de toutes ses forces pour arriver à temps quelque part avant la République, pour y reposer sa tête, c'est là son rêve. Car la terre entière n'est plus pour lui qu'un cauchemar qui l'enveloppe. Mais à peine touche-t-il aux barrières que les cloches se mettent gaiement en branle, et sonnent la République à ses oreilles éperdues.

La tète de Louis-Philippe attire la République comme les paratonnerres servent à décharger le Ciel.

Il marchera lontemps encore, c'est là son châtiment. Il faut qu'il visite le monde, le monde républicain, qui n'a pas le temps de penser à lui.

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