XXXIV OUVRIERS DU TEMPS PASSÉ
B. La question sociale. — « Au-dessous des maîtres, écrit quelque part M. Hanotaux*, les ouvrie rs. L'histoire est presque muette sur leur comp te. Il est certain que ce que uous appelons aujourd'Kùi la « ques- « tion sociale » ne présentait point, sous Tancien régime, le caractère d'acuité redoutable que nous lui voyons aujourd'hui. »
Cette affirmation, si tranchante, étonne. La question sociale , qu estion de travail et de pain, est de tous les temps, au moins de toutes les époques de développement industriel un peu intense. Les ouvriers du xvi* siècle avaient faim, comme ceux du nôtre, et désiraient, eux aussi, augmenter leurs salaires. Les patrons du xvi*' siècle, comme ceux du nôtre, voulaient rénumérer leur capital et tentaient de réaliser des bénéfices en diminuant le prix de la main-d'œuvre. Comment l'antagonisme des intérêts aurait-il pu ne pas aboutir à des conflits? Est-ce que la nature humaine n'était pas il y a trois cents ans ce qu'elle est aujourd'hm?
Ce*"'qui s'est prodigieusement accru depuis trois cents ans, ce n'est pas l'acuité de la question, c'est le nombre des personnes intéressées à la solution de cette question. La classe ouvrière était loin d'avoir au xvi^ siècle \S même importance qu'aujourd'hui. Cependant il ne faudrait pas non plus trop diminuer cette importance : Montchrestien * évalue à cinquante mille le nombre des Français occupés à l'imprimerie et à la librairie, et cependant il écrit à un
* Eist. de Richelieu, t. I, p. 472.
■ Traicté de l'œconomie politique (éd. Funck-Brenlano), p. 91.