‹ Ouvriers du temps passé (xve- xvie siècles)Chapitre 19 sur 65 · XXXU OUVRIERS DU TEMPS PASSÉ · texte numérisé non relu

XXXU OUVRIERS DU TEMPS PASSÉ

nisatîon du travail, un tout harmonique et complet, une sorte de jarain fermé oîi chacun laboure sagement son coin de terre, sans empiéter sur celui du voisin, sans avoir à craindre les empiétements de ses confrères ni l'arrivée intempestive de l'étranger ; pas de concurrence, ni sur le marché des produits, ni sur le marché du travail ? Cette idylle industrielle, on pourrait croire qu'elle a existé, si l'on se contentait de collectionner sur fiches les minutieux statuts qui déterminaient le nombre d'apprentis (et parlois même d'ouvriers) alloués à chaque maître, le taux des marchandises et des salaires, les heures de travail et de vente, la distribution équitable des matières premières. Mais — il ne faut pas se lasser ! de le redire — entre la loi écrite et le rêve, iljy jau î.placa-^iQUjLja jréalité. Aujourd'hui même, si l'on * n'étudiait la condition des ouvriers que dans notre législation ouvrière et dans les rapports des inspecteurs du travail, on s'exposerait à commettre de sin- , guhères erreurs : qu'on aille seulement passer deux heures dans une usine quelconque, et l'on verra ce qu'y deviennent les lois sur le travail des femmes et des enfants ! Il n'en allait pas autrement au xv^ et au XVI® siècle. En traitant des sources de celte étude, nous avons signalé l'importance des procès entre employés et employeurs ; mais les préambules mêmes des statuts nous renseignent déjà suffisamment, si nous savons les lire : car on ne songe le plus souvent (surtout aux âges où la législation n'est pas encore fixée) à inscrire une prescription dans la loi que le jour où cette prescription, jusqu'alors tacite-

INTRODUCTION XXXIIl

meut respectée, commence à être violée en fait. Si, dès le règne de saint Louis, le régime corporatif parisien n'avait été déjà ébranlé quelque peu, Etienne Boileau n'aurait pas (il Tavoue dans son préambule) fait rédiger le Livre des métiers. Plus tard, il suffit de voir combien de fois les communautés parisiennes font renouveler, confirmer, fortifier leurs statuts pour se convaincre que ces statuts étaient trop souvent sans puissance. L'histoire fl^ ^ft» rnnfirmaf^în ns, c'est l ^istoire de l a lutte du travail organisé con tre le travail libre. Malgré tous les eilorts du premier, le second subsiste, au sein même des métiers jurés, et sous une double forme : 1° le s ouvriers en chambre. qui n'ont pas été apprentis et n'ont pas conquis la maîtrise, et qui font une concurrence sournoise, inquiète, mais efficace, aux maîtres attitrés ; ils sont si nombreux dès le xv® siècle que l'on crée un mot nouveau pour les désigner : on les appelle des « chambrelans » ; 2^ les ouvrierjs^ft ioraina », c'est-à-dire les gens du dehors, qui viennent vendre leurs produits ou louer leurs bras dans la ville et qui, en dépit de toutes les ordonnances, ten dent à faire bais ser tantôt l e prix d es produits, tantôt le taux des salaires, donc -à désorganiser un régime dont l'idéal était la stabilité dans lesja^ports entre l'offre et la demande, entre le capital et le travail.

On ne s^ecaftêrarFcfonc pas autant qu'on pourrait le croire de la vérité en disant : dans la France du XVI® siècle, c'est le travail libre qui est la règle; le travail organisé en jurandes n'est que l'exception.

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