‹ Ouvriers du temps passé (xve- xvie siècles)Chapitre 3 sur 65 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

aurait pour effet d'altérer trop irrémédiablement le caractère de ce livre. Lorsqu'il fut imprimé vers la fin de 1898 (il porte par anticipation la date de 1899), ce petit volume se présentait comme un essai. Je crois pouvoir dire que cet essai témoignait de quelque hardiesse. L'auteur y renversait un certain nombre d'idoles. L'une au moins de ces idoles ne se relèvera pas. Il ne se touvera plus personne pour écrire que le régime commun en matière d'organisation du travail était, au xv® et au xvi* siècle, la corporation jurée. Si quelques partisans attardés des théories sociales du moyen âge s'émurent de ces audaces, la majorité des critiques donna raison à l'iconoclaste. Et il eut, tout aussitôt, la grande satisfaction de voir ses idées formulées ou acceptées par d'autres. M. P. Boissonnade, dans la meilleure étude que nous ayons sur l'histoire du travail dans une province déterminée S établissait, presque à la môme date, que pour cette province du moins nos affirmations étaient vérifiées. Depuis, les travaux de MM. J. Godart* et E. Pariset* sur Lyon, A. Rébillon sur Rennes*, Ph, Pouzet sur Villefranche-sur-Saône * sont venus apporter à nos théories des vérifications nouvelles. Dès 1901, dans la seconde édition de sa maghtrale Histoire des classes

(1) Essai sur Vorg, du travail en Poitou, Paris, 4899-1900, 2 vol.

(2) L'ouvrier en soie, Lyon, 1899.

(3) Histoire de la fabrique lyonnaise, Lyon, 1901.

(4) Rech. sur les anc, corporat. ouvrières de Rennes, Paris et Rennes,

(5) Les anc. confréries de Ville franche-s-S., Lyon, 1904.

PHÉFAGE IX

ouvrières, notre maître à tous, M. Levasseur, tenait corapte des résultats obtenus*.

Après plus de six ans, et maintenant que la bataille est décidément gagnée, il est permis de se reprendre et d'y voir plus clair. Si j'entreprenais de récrire ce livre juvénile, je sens bien que je ne le referais pas absolument tel qu'il est. Sans rien abandonner (tout au contraire) de nxes conclusions primitives, j'en atténuerais probablement l'expression. Il était nécessaire, en 1898, de frapper fort, d'insister avant tout sur l'extrême diversité des modes d'organisation du travail, sur la prépondérance du travail libre, l'étroit esse de la sphère réservée au travail en jurande. Aujourd'hui, il faudrait se défier de certaines affirmations un peu brutales et un peu sommaires, analyser d'un peu près la notion de liberté du travail. On s'apercevrait que cette notion est, sous l'ancien régime, plus complexe qu'il ne semble tout d'abord ; que si le travail « libre » s'oppose très nettement à la jurande, il n'est pas du tout incompatible avec une forte dose de réglementation. Il y a, si bizarre que cela paraisse, des « communautés libres », des « statuts » dans ces communautés, quelquefois môme — tant la langue juridique d'autrefois est imprécise — des « jurés » I

Tous ces correctifs devraient trouver place dans une édition refondue. Cette édition devrait aussi, sans

(1) Voy. aussi 6. Fagniez, Corporations et syndicats, 1905, p. 31 cl suit.

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