‹ Ouvriers du temps passé (xve- xvie siècles)Chapitre 4 sur 65 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

retirer aux efforts de Louis XI rien de leur originalité, relier plus fortement la période dont je m'occupe au moyen âge. J'admettais trop facilement, en 1898, que le xv* siècle avait été précédé par un « âge d'or des communautés jurées ». Il me paraît aujourd'hui démontré (et M. Boissonnade est sans doute celui quia le plus contribué à établir cette démonstration) que la jurande était encore moins répandue avant le XV® siècle qu'après; c'est surtout à la suite du triomphe de la royauté qu'elle tend, sans y réussir, à devenir une institution à peu près générale. De même, je ne serais plus disposé à m'arrêter à la date de 1581. L'édit d'Henri III, et celui même de 1597, malgré leurs pompeux préambules, ont eu vraiment une action trop limitée pour qu'on en fasse les dates terminales d'une période de l'histoire économique. L'Assemblée du commerce, les plans de Laffemas, les États de 1614 .font partie de la même période que les ordonnances de Charles IX.

Enfin, si je récrivais ce livre, je ne voudrais pas seulement l'appuyer sur une documentation provinciale plus complète et plus variée. J'y comblerais des lacunes. J'y voudrais rechercher quelles ont été les répercussions intellectuelles et morales de la révolution économique, déterminer le rapport de cette révolution avec la grande révolution religieuse du XVI* siècle*. J'étudierais plus à fond la vie matérielle

(l)J*ai esquissé une part de ce sujet dans V American historical Reviewy janv. 1899, et dans la Rev. dhist. mod. et contemp., ï p. 24 :

PitÉFAGE XI

de Touvrier, ses migrations et ses émigrations, et j'ajouterais à mon paragraphe sur les confréries ouvrières tout un chapitre sur les origines des compagnonnages. J'essaierais d'analyser plus complètement le concept de la jurande et celui de la communauté libre, de démêler quel fut, en matière industrielle, le rôle et l'influence des pouvoirs publics, roi et villes, juridictions, assemblées.

Mais, pour réaliser ces intentions,, il ne suffisait pas de doubler ce volume. Il fallait en bouleverser le plan. Ni l'ordonnance ni le contenu des chapitres n'auraient pu être conservés. Il ne serait rien resté, sauf le titre, de l'œuvre de 1898.

Or il est encore trop tôt, je crois, pour procéder à cette refonte générale. Le temps n'est pas venu d'enlever à ce livre sa forme brève, son dessin un peu grêle mais par là même plus net, son ton quelque peu tranchant. Il y a trop peu d'années que les affirmations qu'il apporta sont soumises au contrôle des faits et l'enquête à laquelle se livrent les érudits dans nos diverses provinces esttroploiiid'êtreachevée. Je le réimprime donc à peu près tel qu'il était, en rectifiant quelques sottises, en grossissant quelques références. J'y ai ajouté, ce que je n'avais pas osé faire autrefois, une conclusion ^ J'ai remplacé l'ancien appendice *, qui ne se rehait que d'assez loin au thème

La réforme et les classes populaires en France au XVI» siècle.

(1) En partie faîte avec mes Origines du capitalisme moderne.

(2) L'assistance publique il y a trois cents ans.

m PRÉFACE

général, par des notes d'ailleurs très sommaires, sur le rôle économique des États généraux. Elles donneront au lecteur quelques clartés sur Tun au moins des sujets que devrait traiter une édition véritablement refondue des Ouvriers du temps passé*

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