ÏV OUVRIERS DU TEMPS PASSÉ
la réalité sociale à un moment donné de rhistoîre. Parmi les idées-forces qui dirigent l'action de l'humanité, les souvenirs historiques, les résidus des expériences antérieures jouent un rôle au moins égal à celui des concepts formés directement au contact des choses, et à celui des rêves d'avenir. Les rêves d'avenir eux-m-êmés sont construits tantôt avec des débris du passé, tantôt avec des négations du passé, ou du moins débris et négations de la conception, vraie ou fausse, que nous nous faisons du passé. En ce sens on peut, reprendre la formule célèbre d'August-e Comte et dire que le cerveau de l'humanité se compose, en tout temps, de plus d'idées mortes que d'idées vivantes.
S'il en est ainsi, il est essentiel que notre conception du passé soit une conception objective, strictement conforme à la réalité historique, et non pas la construction arbitraire, charmante ou repoussante, de notre imagination. Avant de savoir si tels ou tels éléments du passé peuvent devenir parties intégrantes de l'édifice de l'avenir, il faut d'abord avoir soumis chacun de ces éléments à l'épreuve d'une critique sévère. Tout essai de solution de la question sociale doit être précédé par une histoire de la question sociale. Et cette histoire, il y a tout avantage à ce qu'elle soit écrite, non par un sociologue, mais par un pur historien, par un homme que n'anime aucun intérêt de parti ; qui n'appartienne ni au socia- Hsme chrétien, ni au collectivisme révolutionnaire, ni à l'orthodoxie économique, mais qui ait pour préoccupation essentielle, pour curiosité dominante celle-