Ouvriers parisiens d'après-guerre
Bien peu nombreux, ceux qui s'intéressent à la vie des ouvriers. Sa grossièreté blesse les intellectuels, les bourgeois et les gens « distingués » ; les problèmes menaçants qu'elle pose troublent trop les jouisseurs pour qu'ils ne s'efforcent pas d'en détourner les yeux. Les ouvriers, on les méprise et on les craint ; on s'en détourne avec un peu de dégoût et d'effroi ; comme les esclaves dans la société païenne, ils font tache au milieu d'une civilisation partant de côtés extérieurs si brillante ; culture indigente, moralité déficiente^ précarité de l'existence matérielle, on leur reprocherait pour un peu tous ces maux
comme des fautes ; et ceux qui se sont constitués conseillers et recteurs de la multitude salariée exploitent ses peines pour en vivre, s'efforçant même de les aggraver jusqu'à ce qu'éclate cette Révolution dont les chefs connaîtront enfin, dans les ruines et le sang, toutes les joies de la richesse et du pouvoir. En vérité, « aux pauvres gens, tout est peine et misère... »
Mais le dédain des uns ou leurs craintes, le cynisme des autres et leurs mensonges ne suppriment ni ne guérissent l'injustice. Seule, l'étude du problème peut conduire à le résoudre : l'ayant abordée en province et à rétranger,au cours des années qui ont précédé la guerre, nous avons jugé indispensable de la poursuivre après la guerre, et tout d'abord à Paris.
L'étude de la vie ouvrière à Paris tire toute son importance du rôle joué par la capitale dans la vie de la nation. Paris est le grand centre directeur de l'activité du pays tout
entier ; de là, partent, pour rayonner sur toutes les provinces, non seulement les idées, les moeurs, les modes, les impulsions politiques, mais aussi les mots d'ordre auxquels obéissent les ouvriers. Les effets de notre régime de centralisation excessive se font sentir sur toutes les organisations étrangères à l'Etat : les forces socialistes révolutionnaires sont groupées autour de Paris comme de leur centre régulateur et la source de leur activité. Aussi nosenquêtessur la vie ouvrière en province et à l'étranger exigeaient-elles d'être complétées par des recherches semblables poursuivies à Paris même, et nous les avions ébauchées lorsque la guerre est survenue.
Une telle étude tire des effets de cette catastrophe un intérêt plus pressant.
De certains maux anciens auxquels on se promettait de porter remède, les uns subsistent, les autres se sont aggravés. On a manqué des ressources nécessaires pour assainir ceque l'on appelaitles « cloaquesde Paris » (i) ;