‹ OvideChapitre 76 sur 154 · Faites, V, 487; VI · texte numérisé non relu

Faites, V, 487; VI

doie Daphné, où résonne Écho, les coutumes mêmes du peuple latin, persistantes à travers les siècles, m'indiquaient que l'œuvre d'Ovide conservait une sorte d'actualité.

J'étais en train de relire les Fastes.,, Q^ue dis-je? relire... Si je ne craignais de me faire taxer d'ignorance, c'est plutôt lire que je devrais dire, et combien, même parmi les plus lettrés, peuvent se vanter d'avoir lu ce livre avec l'attention qui mérite le nom de lecture et à laquelle un tel livre a vraiment droit? Un peu rebutant peut-être au début, cependant il devient bien vite attachant, si du moins on sait y voir tout ce qu'il contient et qu'ici j'espère indiquer, si brièvement que ce soit.

En même temps qu'il s'était établi l'habile décorateur mythologique que j'ai essayé de montrer, Ovide avait conçu un projet plus nettement national. De plus en plus proche d'Auguste, lui aussi avait voulu mériter la faveur impériale par quelque œuvre tout à fait romaine, comme les Géorglqued ou V Enéide, les odes patriotiques d'Horace, les élégies nationales de Properce. Déjà, dans les JHéianiorphoses y il avait introduit des légendes latines. Elles se multipliaient à mesure qu'on avançait vers la fin du poème. Au livre XIV apparaissaient la figure d'Enée, celle de Latinus qui le reçoit, celle de Turnus qui le combat, résumé de Y Enéide, sans prétention au reste de lutter avec Virgile, si ce n'est, tout naturellement, quand il s'agissait de métamorphoser en nymphes les vaisseaux d'Enée, Enée lui-même et Romulus en divinités protectrices. A leurs

LKS FASTKS. i^J

côtés on voyait sourire la figure charmante de Pomone, déesse des jardins romains, aimée de Vertumne, et s'envoler celle du jeune roi Picus, transformé en pic; plus loin c'était Numa, qui s'entretenait avec Pythagore ou la nymphe Egérie, et c'était enfin Jules César changé en astre.

Voilà qui était déjà matière assez romaine, mais Ovide veut devenir de plus en plus le poète national de Rome, en ne gardant de la Grèce que ce qu'il en faudra pour égayer le sérieux ou la rudesse des légendes latines, et comment le deviendra-t-il mieux qu'en célébrant les Fasicô de Rome ?

Le moment était bien choisi ; depuis qu'il avait pris le nom religieux d'Auguste, Octave s'était donné la tâche de restaurer le culte des dieux. Grand pontife en l'an i3 avant Jésus-Christ, il avait affermi et augmenté les privilèges du clergé, c'est-à-dire des collèges sacerdotaux, des congrégations féminines, c'est-à-dire des Vestales, transporté au Palatin le culte de Vesta et celui de Phœbus, de sorte, pourra dire Ovide, que son palais désormais renferme trois dieux*; il avait remis en honneur les fêtes des dieux Lares, dont il avait restauré les statues dans les divers quartiers de Rome, et généralement toutes les fêtes religieuses, enfin et surtout réparé ou relevé tous les temples mutilés ou négligés pendant les guerres civiles; il en avait bâti de nouveaux, notamment en l'honneur de la Fortune, de Mars vengeur, de la Paix, de la Concorde, qui, à des

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