‹ OvideChapitre 77 sur 154 · Faites, II · texte numérisé non relu

Faites, II

titres divers, avaient veillé sur sa destinée, de Castor et PoUux, de Junon Sospite, de Cybèle, de la Bonne Déesse. De tous ces sanctuaires, nous trouverons précisément la mention dans les Fastes^ où Ovide nomme Auguste le bâtisseur et le restaurateur des temples romains, comme Tite-Live venait de l'appeler \

Mais ce n'est pas seulement travail extérieur, œuvre d'architecte et de maçon, c'est souci méticuleux des moindres détails du culte et soin des livres sacrés qui sont conservés pieusement à Rome, répertoires des dieux, de leurs attributs, de leurs fêtes, de leurs cultes, comme les Indl(]ltafnenta^ livres rituels, qui, par tous les détails de ce rituel, tissent autour du Romain, scrupuleux observateur des formes, ces liens qui lient en effet l'homme à la divinité et qui méritent à la religion son nom de retiglo) livres sacerdotaux; livres des haruspices, contenant les secrets du vol des oiseaux ; livres sibyllins, contenant les prédictions des sibylles, enfin livre des Fastes.

On appelait de la sorte les recueils où, par les soins du collège des pontifes, se trouvaient consignés les jours où il était permis de parler {fart), c'est-à-dire de plaider, de rendre la justice et plus généralement de vaquer aux affaires publiques et même à bien des occupations de la vie normale, et ceux où, par contre, la religion l'interdisait, de sorte que les jours néfastes étaient en somme des jours de chômage pour toutes les affaires

i. FaMej-, III, 7o3; I, 645-706; IV, 348; V, 167; VI, 637. 2. FaAcs, II, 65. TiTE-LiVE, IV, 20.

LES FASTKS. t^S

importantes, et bien des paresseux trouvaient peut-être ces jours extrêmement fastes... Entre les deux étaient rangés des jours mi-fastes et mi-néfastes, appelés interclA, parce qu'ils étaient ainsi partagés en deux parties, fastes le matin, néfastes le soir ou réciproquement. Puissant moyen de gouvernement qu'un tel calendrier, grâce auquel magistrats et pontifes pouvaient diriger au mieux de leurs intérêts les discussions et les affaires politiques.

A tenir ainsi le catalogue des jours fastes et néfastes, on avait consigné aussi dans ce catalogue les noms et les dates des fêtes qui s'étageaient tout au long de Tannée, fêtes statives, c'est-à-dire fixes, fêtes indictives, c'est-à-dire mobiles, dont les magistrats fixaient la date, selon l'usage (conceplwcv) ou de façon exceptionnelle (imperatlifœ)y et la liste des jours de marché (^nundliiœ). En outre, on y avait ajouté l'ordre dans lequel au long des siècles les consuls, les censeurs ou les préteurs s'étaient succédé, ce qui servait à déterminer les principales dates du passé romain, car l'on comptait par magistratures et non par années, les années étant, nous allons le voir, beaucoup plus incertaines que les magistratures. On conçoit donc ce qu'un tel catalogue avait pris peu à peu d'importance ; il était devenu le mémorial du passé romain, et aussi le guide pratique de la vie romaine, puisqu'il indiquait les jours ouvriers et les jours fériés, tâche compliquée, car les fêtes s'étaient tellement multipliées qu'à la mort de César on comptait soixante-cinq jours de fêtes, quarante-huit jours de réjouissances publiques et soixante

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autres jours néfastes, où les occupations graves étaient suspendues, soit cent soixante et treize jours de chômage. Les savetiers romains ne se plaignaient-ils point de voir monsieur le pontife de quelque nouveau saint charger toujours son prône? Je ne le pense pas, car, si grands bâtisseurs qu'ils aient été, ces Romains avaient surtout l'art de diriger les constructions auxquelles travaillaient esclaves ou soldats, et le peuple du temps d'Auguste se préparait déjà à devenir celui qui n'allait désormais souhaiter que le pain et les jeux du cirque.

En tout cas, l'on voit que c'était mettre la main sur un beau et grand sujet romain que d'entreprendre une stylisation poétique de ce livre des Fastes, L'œuvre se présentait comme parfaitement originale ; en Grèce, on n'avait vu en un tel genre que les Trai^aux et les Jouré d'Hésiode, — mais ce poème pastoral et théogonique est bien loin à tous les points de vue de l'œuvre d'Ovide, — et les Aetla de l'alexandrin Callimaque, où ce bel esprit remontait aux origines des légendes. Mais, en changeant de pays et d'atmosphère, Ovide rendait son œuvre pleinement personnelle, toute une matière nouvelle s'offrant à lui. Properce avait eu l'intention de la traiter, quand il avait conçu le dessein d'un poème qui eût été une longue promenade archéologique à travers la Rome de l'Empire*; mais il n'avait réalisé son œuvre que par fragments; Sabinus, cet ami d'Ovide, qui avait continué les Héroïdes, avait aussi formé un

1 . Fréd. Plessis, La Poéôle latine, p. 397, et Éla?e critique jur Properce.

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projet assez semblahlc ' ; la mort l'avait, comme Properce, empêché de l'exécuier. Le sujet n'avait donc été traité qu'en prose, par des spécialistes de l'histoire ou de la théologie, tels que le grammairien Verrius Flaccus, rédacteur des Fastes Prénestins et surtout le grand polygraphe Varron, dans ses Antujuités c)mnes\ Mais c'était là prose abstraite, aride, rebutante et s'attaquer k un tel sujet, sans y être autrement préparé que par une description des fêtes de Junon k Paieries ", c'était vraiment jouer la difficulté; cette difficulté elle-même tente Ovide, virtuose du vers, grand découvreur décidément de terres poétiques encore inconnues et qui rêve d'annexer à sa gloire cette province nouvelle.

Ayant eu cette audace, il s'en étonne lui-même, sitôt qu'il a terminé son premier livre ; il s'écrie en ouvrant le deuxième :

Déployez maintenant vos voiles, mes poèmes ;

Vous étiez autrefois chose légère, Vous ailliez mon amour en serviteurs dociles^

Lorsque jouait ma jeunesse première.

Et me voici chantant les rites et les Fastes...

Aurait-on cru que j'en arrive là^?

S'étonnant lui-même, il espère à plus forte raison étonner les autres, et cela n'est certes pas pour lui déplaire. Toujours fier de son rôle de poète, il s'excuse,

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