‹ OvideChapitre 93 sur 154 · EpUre à Horace · texte numérisé non relu

EpUre à Horace

solliciter le pardon d'Auguste que de lui rappeler à chaque instant qu'il avait été le témoin de son infâme conduite. Il n'eût pas mis beaucoup plus d'à-propos en ce rappel, s'il avait été exilé pour avoir, comme on l'a dit, tel Actéon sui^prenant Diane S aperçu Livie au bain. D'ailleurs, au moment où Ovide aurait pu la contempler, dépourvue même du simple appareil que Racine prête à Junie, Livie n'avait plus la jeunesse immortelle de Diane ; elle ne passait point au fait pour être aussi ombrageuse que la chaste déesse des forêts, et rappeler obstinément à un homme, dont on veut obtenir la clémence, qu'on a vu sa femme sans voiles, cela n'est point d'une excellente tactique.

Ecartons ces suppositions qui ne reposent que sur l'imagination excitée des scoliastes et donnons un peu plus d'attention à celle de l'Anglais Ellis qui veut voir dans Ovide un profanateur des mystères d'Isis^. Le culte d'Isis, — Ovide nous le dit lui-même dans V Art d'aimer, • — s'était installé victorieusement à Rome, et Livie pouvait s'y trouver associée. Ce culte comportait des cérémonies secrètes auxquelles seules les femmes

1. Cf. Trié'tes, II,, io5. Ovide se compare à Aetéon, apercevant Diane sans vêtement et puni par elle, et, dans les jflétamorphoôes (III, \^o), il excuse Actéon de « son erreur, qui ne fut pas un crime », paroles prophétiques ou ajoutées peut-être après coup dans son exil. Mais cette comparaison d'ordre mj^thologique, familière à Ovide, n'implique pas l'assimilation exacte de son cas à celui d'Actéon. Comme Actéon, Ovide a vu ce qu'il n'aurait pas dû voir, mais il n'est pas nécessaire de comprendre par là qu'il a surpris une femme au bain.

2; Voir R. Ellis. P. Ovid'ù NaôonU Ibis, Oxford, i88i, Proiegoniena .

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étaient admises. Qu'un homme s'y glissât en joyeuse compagnie, y fût surpris, c'était sans doute un scandale. Un tel scandale devait-il être puni d'exil? Ellis rappelle rhistoire de iM.undus et de Paulina, femme de Saturninus qui, sous Tibère, profanèrent, en s'y livrant à l'adultère, le sanctuaire d'Isis : Mundus fut exilé. EUis cite encore les allusions qu'Ovide fait au culte d'Isis, soit dans V IhU, soit dans les élégies des TrisLcd et des PoiitiquciS ' .

Ingénieuses déductions; mais Ovide, familier de l'empereur Auguste, et qui s'apprête, dans les Fastes, à célébrer les cultes nationaux, eût-il été aussi cruellement frappé pour avoir troublé le bon ordre d'un culte étranger? Tout au plus, dans un tel scandale qui aurait pu facilement être étouffé, faudrait-il voir l'occasion, non la raison véritable de son exil. Cherchons cette raison.

Deux hypothèses vraiment sérieuses restent seules en présence : l'une que Gaston Boissier a reprise de Bayeux, avocat au Parlement de Rouen, qui traduisit les Fasted à la veille de la Révolution"; l'autre, due à Villenave et reprise avec autorité par Nageotte et Fréd. Plessis'.

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