Triâtes y I, III
LA MlhAMORPIIOSE D'OVIDE. 173
paysage, les grands pins arrondis, la masse du Caj)itole, tout l'horizon de Rome, la ville bien-aimée qu'il fallait quitter sans délai pour gagner, exilé, les plus mornes rivages, aux confins de la Barbarie
Cependant, pourquoi cet ordre brutal? Depuis dixneuf cents ans les historiens de la littérature ont cherché vainement à l'expliquer. Le premier, Ovide a fait le silence, bien plus, a donné le change sur les véritables causes de son exil ; ses amis, ses contemporains, ont imité sa discrétion. Suétone et Tacite, habiles scrutateurs des cours impériales, ne nous ont rien dit à ce sujet ; on ne peut, je ne peux, comme les autres, que recourir péniblement aux hypothèses.
Parmi ces hypothèses, il en est qu'il faut tout de suite écarter, celle, par exemple, qui ferait d'Ovide l'amant de Julie, la fille d'Auguste, et que j'ai combattue par avance en disant que Julie n'était point Corinne. Quand Ovide est exilé, il y a près de dix ans que Julie a été chassée de Rome par Auguste. La même raison suffit à ruiner l'hypothèse, assez souvent acceptée, et notamment par Voltaire*, qu'Ovide aurait été puni pour avoir surpris les relations incestueuses de Julie avec Auguste. A vrai dire, elle ne s'appuie que sur la prétention de ce fou couronné de Caligula qui, petit-fils de Julie, eût été, de la sorte, doublement descendant d'Auguste. Au reste, Ovide, en ses élégies, rappelle continuellement l'imprudence qu'il a commise en voyant ce qu'il n'aurait pas dû voir; exquise façon vraiment de