‹ OvideChapitre 95 sur 154 · Voir Nageotte et Plessis, op. cit · texte numérisé non relu

Voir Nageotte et Plessis, op. cit

D'après Bayeux et Boissier, la faute dont s'accuse Ovide lui-même serait d'avoir favorisé les amours de la petite-fille d'Auguste, appelée, comme sa mère, Julie, avec Silanus, et peut-être aussi son frère propre. Agrippa Postume. Ils remarquent que cette même année où Ovide est exilé, Julie est chassée de Rome par Auguste, Agrippa Postume relégué dans l'île de Planasie, Silanus banni de l'Italie; Ovide eût été balayé avec tout ce joli monde, au milieu duquel il évoluait à l'aise, favorisant ces tristes amours de ses conseils et de ses vers scandaleux, jouant, auprès de ces jeunes gens, le rôle d'ami complaisant. Ainsi, donneur de conseils immoraux, qui s'étaient retournés contre lui, Ovide n'aurait pas eu tort d'accuser sa Muse de l'avoir perdu. Plus ingénieux encore en ses déductions que Gaston Boissier, qui n'implique pas dans cette affaire Agrippa Postume et se contente de Silanus, Bayeux ajoute que, si Ovide, partant pour l'exil, a voulu brûler ses JHétamorphoseé , c'est qu'il y avait conté les amours incestueuses de Caunus et de sa sœur Biblis, encouragement ou allusion aux sentiments de Julie et d' Agrippa.

Je rends hommage à tant d'ingéniosité. Les pages de Bayeux et celles de Gaston Boissier, qui s'en inspire avec beaucoup de tact, sont des modèles de finesse et de dialectique. Malgré tout, je remarque qu'en cette affaire Ovide, simple témoin, eût été plus puni que les coupables ; je reste sceptique, et je me tourne vers les contradicteurs de cette théorie, ou plutôt vers Ovide lui-même, que ces contradicteurs suivent peut-être de plus près, risquant moins par là de s'égarer.

LA MKTAMOKPIIOSK irOVJDK. 177

Or Ovide répète avec une insistance presque maladive qu'il a été perdu par ses vers et par une autre erreur qu'il ne veut pas dévoiler, mais, plus que cette erreur, il semble encore accuser ses poèmes, et entre tous V /Irt ^y aimer. C'est là évidemment la raison ofïicielle qu'on avait dû donner de son bannissement, pour ne pas en découvrir la véritable cause; qu'Ovide ait feint d'y croire, et, bien plus, ait voulu que tout le monde y crût, cela nous indique assez que c'était là le prétexte de son exil, mais non pas le vrai motif.

Non, certes, le vrai motif; car, dans cette Rome pleine de scandales, l'empereur, quel que fût son désir de réforme morale, allait-il exiler un poète pour avoir écrit quelques vers légers, dont la publication, au reste, datait de plusieurs années? Censure bien tardive en vérité et que des faveurs inexplicables dans cette hypothèse avaient précédée. Ovide lui-même les rappelait à Auguste : non seulement, censeur, il l'avait plus d'une fois laissé passer, tranquille chevalier*, mais encore il lui avait fait don d'un cheval, à l'issue d'une revue \ Alors, comment expliquer ce revirement subit, au moment où Ovide précisément, marié dans le monde officiel, prend de plus en plus l'allure d'un poète national? Il a beau accuser sa Muse, VArt d'aimer, défendre les intentions de ce poème qui n'a été qu'un jeu et n'a jamais été destiné aux gens sérieux, invoquer l'exemple de ses devanciers grecs ou latins, un Gallus, un TibuUe,

Page 1