CHAPITRE PREMIER
Les Universités anglaises : Oxford et Cambridge. — Le paysage d'Oxford et la ville avant l'Université. — La cathédrale. Sainte-Fndeswyde. — Eglises et fortilications de l'époque normande. — Origine de l'Université. — Les étudiants au moven âge — Le collège type : Merton. — Les collèges du xiv-' siècle. — New Collège. — Le XV* siècle. — Maçdalen et -Ail Soûls Collège.
L'Université de Paris n'a pu ou voulu conserver de son passé qu'une seule relique, la chapelle de la Sorbonne, les bâtiments de nos Universités de province sont presque tous de date récente, à Orléans seulement subsiste une Salle des Thèses gothique V En Allemagne, où les Universités sont anciennes et ont joué un rôle héro'ique dans la formation de la nation, elles n'y tiennent pas aujourd'hui la même place qu'en Angleterre, et la formation de spécialistes parait être devenue leur but. Des vieilles Universités espagnoles, dont Salamanciue conserve ses anciens bâtiments, la vie
' Voir Enlart, Manuel J'arclwcloi^^ic fraiii;aisc, II, 361.
paraît s'être retirée. C'est seulement en Angleterre qu'on peut voir, dans le cadre traditionnel, les Universités servir encore à leur destination, la remplir même plus brillamment aujourd'hui qu'elles n'ont fait jamais.
3Iais il ne faut pas voir dans ces villes d'Oxford et de Cambridge seulement des Universités célèbres, La conception même de l'Université anglaise veut que la vie universitaire y soit rattachée bien plus étroitement que chez nous, à des fondations particulières, à des collèges. L'Université, là-bas, n'est guère que l'ensemble des collèges, qui sont tout. Xous en verrons, parmi ces collèges, qui sont fondés par des rois, par des reines, par des particuliers, et même, à Cambridge, par des corporations.
Une fois fondé, le collège est la corporation des maîtres et des fellozcs, généralement anciens élèves et résidents. Il se gouverne lui-même suivant ses règlements et ses traditions. C'est le secret de la variété pittoresque des bâtiments, aussi bien que des usages, que nos Universités, fondées sur un programme, ne connaissent pas. Il faut s'attendre à bien des disparates dans une architecture ainsi composée. Avouons que nous les préférons à l'uniformité. A Oxford et à Cambridge, les constructions sont de tous les styles, souvent réunis dans le même collège, les rues sont tortueuses et les traditions souvent étranges au premier abord. Mais de loin, le paysage delà ville se compose, et du dédale des règlements aussi se dégage une idée bien nette de ce qu'est pour l'Angleterre l'éducation universitaire, qui doit former un citoyen et un homme bien plus souvent qu'un savant.
Xous ne considérons ici Oxford et Cambridge qu'en villes d'art, mais dans ces villes, ce sont les traits moraux et historiques qui signifient le plus et les monuments seront surtout interrogés dans leurs souvenirs. Bien des choses, à Oxford et à Cambridge, méritent d'être vues, mais c'est surtout l'histoire qui fascine et retient devant leurs monuments, dont l'art est souvent inférieur à la poésie.
Dans ces demeures de la tradition, il faut surtout chercher la beauté dans ce qui peut s'accumuler lentement et se conserver pieusement, et les bibliothèques et les jardins, par exemple, sont la gloire des Universités anglaises. Dans les monuments, on a trop restauré pour qu'il soit resté beaucoup d'ensembles intéressants. Il y en a cependant, (|ue nous essaierons de tirer de la foule de ces collcgc bi//lc///ii;s i[ui étonnent par leur multiplicité et leur étendue. Il }' a 22 grands collèges à Oxford et 18 à Cambridge, et on estime les revenus de la j)remière Université à dix millions et ceux de la seconde à six ou sept.
La rivalité d'Oxford et de Cambridge est célèbre en .Vngleterre, et sujet d'amusement jjour tous ceux ([ui ne sont pas rattachés (.l'une manière
quelconque à lune ou lautre Université. Ou"il nous soit permis de dire qu'Oxford présente au moins certains avantages naturels qu'on ne peut lui contester. La ligne sombre des collines boisées qui ferment la vallée de la Tamise encadre très heureusement l'horizon d'Oxford, tandis que les collines de Gog et 31agog paraissent exister surtout sur la carte des environs de Cambridge. Le climat d'Oxford n'est pas idéal, tant s'en faut, brumeux et froid l'hiver, il est d'une chaleur étouffante l'été. 31ais pour 1 artiste, la brume toujours dans l'air, même sous le soleil, donne aux lointains une finesse particulière. Les inondations, fréquentes au printemps, font à la ville une ceinture d argent si belle, qu'on ne songe pas à s'en plaindre, enfin les environs d'Oxford sont charmants, tandis que ceux de Cambridge sont assez insignifiants et plats.
Le nom même d'Oxford, comme son paysage, explique sa plus ancienne histoire. Oxnaford, le gué des bœufs, c est le nom qui lui est donné dans la Chronique anglo-saxonne en 912. C était un passage de la rivière dans ces bas-fonds impraticables alors, créés par les multiples branches de la Tamise, appelée ici Isis et Cherwell. qui forment un réseau autour de la ville. Un gué. puis des ponts, donnèrent de 1 importance à 1 endroit bien avant qu'on songeât à une Université. Aujourd hui encore le centre de la petite ville est Carfax, le Carrefour où se croisent deux grandes routes qui mènent du Xord au Sud et de 1 Est à l'Ouest. Un village de l'autre côté de P oUy Bridge s'appelle Grandpont. ce qui prouve qu il date de l'occupation normande.
31ais avant les Xormands de France, les Normands de Scandinavie s'étaient emjDarés bien des fois de cette place importante. La ville fut brûlée par eux en 97g, en 1002, en 1010, en 1032. C'est dire que, des temps antérieurs à la conquête de l'Angleterre par les Xormands du continent, il ne reste plus guère à Oxford que des légendes.
A celle de sainte Frides\v3-de se rattache l'histoire de la cathédrale, qui lui est consacrée. Frideswyde. fille du roi Didan. qui vivait au vili'^ siècle, était de trop noble famille pour prendre le voile ailleurs que dans un monastère fondé expressément pour elle. 3lais elle était aussi trop belle pour vivre heureuse dans celui qui fut bâti pour elle à Oxford. Algar, roi de Leicester. voulut 1 enlever et s'acharna à sa poursuite, quoique la légende rapporte que ses émissaires avaient été frappés de cécité par la Providence. L'abbesse s'enfuit dans les bois et ne revint qu'au bout de trois ans. Elle fut enterrée dans son église, dont nous Aoyons peut-être un reste dans le fragment de mur saxon qui est dans le chœur de 1 église actuelle. Au Xill* siècle on éleva un monument à la
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sainte dans la nouvelle église, et dans les beaux fragments f[ui en restent, on veut trouver un souvenir des bois qui cachèrent la fuite de la sainte, symbolisé par une ornementation de feuilles de chêne. Ce serait, en tout cas, un des plus anciens morceaux de sculpture gothique anglaise décorée de feuillage naturel'.
Mais le corps de la cathédrale actuelle doit être en grande partie postérieur à la conc[uète normande, car l'église bâtie par Aethelred de
Photo Soame. Oxlord.
La Cathédrale et Christchurch.
31ercie fut brûlée en 11 go comme celle de P^ridesw^-de en 1002. La porte de la salle capitulaire est de la fin du xii" siècle, et peut-être ne fit-on alors que restaurer la nef, qui serait antérieure à cette époque. Mais le clocher cj^ui surmonte le transept est du xiiT' siècle, de même que la chapelle de la Vierge, et au xiv' siècle on ajouta la chapelle appelée Latine. L'église fut encore remaniée au xvi" siècle par le cardinal Wolse}' qui en fit la chapelle de son collège de Christchurch et de nos jours encore une aile a été ajoutée par sir Gilbert Scott. Mais toutes ces restaurations et additions successives n'ont pas altéré le caractère de l'église.
^ J. \\'clls, O.xford, p. 21-22. \'(Mr la Bibliographie, à la fin du volume.
une des plus petites, mais des plus élégantes cathédrales d'Angleterre.
Le monument est émouvant par la foule des tombeaux qui s'y pressent. Nous avons parlé du tabernacle de Sainte-Frides\v3'de, il y a d'autres tombes intéressantes des xn"" et xv'' siècles, chevaliers, nobles dames et puissants abbés. On remarquera sur un pilier le buste de l'écrivain Robert Burton, l'auteur de VAiiatoinic de la Mclancolie (1621) qui exprima si curieusement, ici même, dans ce collège de Christchurch auquel la cathédrale sert de chapelle, un tour d'esprit particulier à son temps, celui de l'érudit qui se moque de lui-même, en consumant sa vie en des riens savants.
Son épitaphe composée par lui-même a de la saveur ici :
paucis xotus. paucioribl's ignotls
hic jacet
democriïl's junior
cl'i vitam et mortem dedit
:melancolia
Obiit VII Id. Jan. A. C. MDCXXXIX.
Un grand conducteur d'âmes, Pusey, et un grand philosophe, Tévèque Berkeley sont aussi enterrés dans la cathédrale, et c'est bien par là qu'il faut commencer la visite d'Oxford, ce grand centre d'influences religieuses. Ce fut l'église de Charles I"' jîendant son séjour ici, et la cour y assista à bien des offices pendant les anxiétés de la guerre civile, quand Cromwell et Fairfax étaient aux portes d'Oxford.
On dit que les soldats de Cromwell n'épargnèrent pas ses statues et ses vitraux « idolâtres » après leur entrée à Oxford, mais la série des vitraux de la cathédrale est cependant remarquable encore par sa variété, car elle va du XIV*^ siècle (bons spécimens de vitraux anglais de cette époque dans la Chapelle Latine) à "William ^lorris, qui exécuta sur les dessins de Burne Jones plusieurs grands vitraux qui sont célèbres en Angleterre. Celui qui représente la vie de sainte Lrideswyde en petits compartiments, admirable comme illustration, est manqué comme vitrail, le dessin en est presque illisibleet la couleur heurtée. Xous reproduisons cjuelques-unes des grandes figures comme la sainte Cécile, d'un dessin si noble et si bien appi-oprié aux moyens d'exécution. Ce ne sont pas seulement les plus beaux vitraux qui aient été faits en Angleterre au xix" siècle, (ce ne serait pas assez dire) mais de véritables œuvres d'art, d'un art qu'on croyait n\ori. Un gt)ùt non l)as mauvais mais étrange a inspiré ceux des Hollandais, les Van Linge.
\'itrail de Morris et Burne Jones à la cathédrale d'Oxford.
populaire, à Oxford au xvii^ siècle, et dont le chef-d'œuvre est peutêtre le Jouas sous son arbre^ avec une vue de Ninive dans le fond, qui est ici à l'extrémité ouest de la nef. On doit s'estimer heureux cependant que les restaurateurs du xyii*^ siècle ne leur aient pas confié
les vitraux de toute l'église.
3lais l'élégante cathédrale, à laquelle le travail des siècles postérieurs à sa fondation a tant ajouté, nous tromperait sur le caractère que pouvait avoir la ville avant la création de l'Université.
C'était une petite ville revêche, toute entourée de murs. L'ancienne porte démolie seulement au xvili'' siècle, qui était connue sous le nom scolastique de Bocardo', et qui servait de prison, présentait la iDarticularité d utiliser pour la défense le clocher d'une vieille église, Saint-^lichael, qui existe encore. Cette tour carrée, très fruste, avec des ouvertures en plein cintre et de curieuses colonnettes en balustres que nous retrouverons à Cambridge, date du Xir siècle. Une porte qu'on voit maintenant s'ou\T-ir à cj^uelques mètres de hauteur donnait sur le rempart de la ville. C'est bien l'utilisation d'une église plus ancienne pour la défense de la ville car on a fait remarquer que si c'était au contraire une tour de remparts utilisée pour l'église, elle serait probablement ronde -.
Oxford a une autre église fortifiée, Saint Peter i}i-thc-Ecist, qui était aussi proche du rempart. L'abside porte deux tourelles à toit conique qui
Photo LU
Vitrail de sainte Céàle, par Morris et Burne Jones.
^ Nom d'une furmc de ^syllogisme.
- llurst, Topogrcipliy, dans les publications de O.xforJ Historidil Society.
ont servi peut-être à guetter l'ennemi par-dessus le rempart voisin. La crypte de cette église est impressionnante avec ses chapiteaux grossièrement sculptés d'animaux fantastiques et d'ornements très primitifs, ciui ressemblent à ceux de saint Bénigne de Dijon, et évoquent un art plus ancien que la simple et gracieuse nef normande de l'église supérieure. Une crypte analogue, peut-être plus ancienne encore, est tout ce qui
Ancienne porte de Bocardo, détruite en 1771,. d'après Macl<enzie.
reste d'une église construite autrefois dans l'enceinte du château, aujourd'hui la prison du comté d'Oxford, L'impression y est écrasante. Ces rudes conquérants normands étaient terrorisés par les prêtres, et leur religion était surtout la peur de l'enfer.
Robert d'Oilly, à qui Guillaume le Conquérant avait confié Oxford après la conquête, et à qui on attribue toutes les constructions dont nous venons de parler, fit amende honorable aux moines de l'abbaye voisine d'Abingdon , pour s'être approprié un champ qu'ils possédaient dans l'enceinte de la ville, croyant que c'étaient leurs prières vengeresses qui lui avait valu un cauchemar horrible. Il s'était vu tourmenté par
«d'affreux petits garçons ^.turpissLDii pucri. qui lui brûlaient la barbe dans le champ même qu'il avait volé.
La femme de son neveu et successeur, le second Robert d'Oilly, était plus pieuse encore. Elle fonda l'abbaye d'Oseney. près d'Oxford parce que,
il'hoto Uills et Saundtrs, Oiford.
Tour de Sainc-Micluel.
se promenant un jour le long de la rivière, elle entendit une grande compagnie de pies qui était rassemblée sur un arbre, faisant un bruit terrible avec leur caquet et semblant s'adresser à elle. Elle fit venir son confesseur Radulphus, chanoine de Sainte-Erideswyde et lui demanda ce que signifiait ce prodige. Radulphus, « la plus rusée des pies en l'espèce », lui expliqua que ces pies n'étaient pas des pies, mais de pauvres âmes du purgatoire, tiui suppliaient qu'on leur vînt en aide et qui lui adressaient leurs clameurs
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dans Tespoir que sa charité voudrait bien créer une fondation diurne d'elle et de son oncle Robert dOilly. l^lle importuna si Ijien son mari ([uil lui laissa fonder l'abbaye d'Oseney à Tendroit où s'étaient rassemblées les pies, et Radulphus en fut le premier prieur' 'ii2g\
De ces temps anciens, il reste encore à Oxford une tour du château bâti par Robert d'(Jilly le I"', en 107 1. C'est un superbe spécimen de l'architecture militaire de ce temps, encore pres([ue intact. Les murs ont
Crypte de Saiiit-Pilcr iii thc East, d'après Mackcnzie.
près de 3 mètres d'épaisseur à la base et plus d'un mètre au sommet. La tour est construite en trois étages un peu en retrait l'un siu" l'autre et tout l'ensemble est d'une robustesse admirable dans sa simplicité. Cette vieille tour a vu peut-être l'évasion de la reine 3latilda qui s échappa une niùt de neige en robe blanche, pour n'être pas vue, par une fenêtre du château d'Oxford assiégé par Etienne de lUois. petit-fils de Guillaume le Conquérant. Le moulin qu'on voit au pied du donjon dans notre illustration est bâti sur un cmjdacement consacré à cet usage depuis
^ D'après Anthony Wood, cite par lleadlam, Oxt'orJ, p. 5.:
le temps du Domesday Book. A côté de la tour on voit un reste dune fortification encore plus ancienne, une butte artificielle comme on en élevait dans ces terrains marécageux pour servir d assise aux retranchements. Ainsi Oxford conserve bien des traces d'un passé antérieur à TUniversité et il est aisé de s'y transporter par l'imagination à un temps où on ne se souciait pas encore de science.
V'ir.lo lUV.i .1
Tour du château d'Oxford.
Le grand historien J. R. Green nous rappelle très heureusement, dans ses études sur Oxford au moyen âge, que l'Université malgré toutes ses querelles avec les bourgeois, n'a dii sa naissance qu'à une position privilégiée de la ville, La conquête normande avait amené une espèce de paix dans ce pays si ravagé auparavant, Oxford était devenue une place de commerce importante jusqu'où les marchandises arri\ant jnir mer pouvaient remonter en bateau par la Tamise. Les Juifs, qui aiment la paix et les affaires, vinrent s'y établir en nombre et firent la fortune de la ville. Ils étaient presque seuls à posséder de belles maisons de pierre, et
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on a fuit remarquer ([ue tous les Ijàtîments qui (jnt servi successivement crHôtel de Ville à Oxford jus([u"à la Renaissance étaient d'anciennes demeures juives.
Ce sont les Juifs qui, en accumulant des capitaux et en prêtant de grosses sommes, rendirent possibles les grandes constructions. S'ils vinrent s'éttiblir à Oxford c'est sans doute aussi à cause de la présence d'une résidence royale. Henry Beauclerc avait beiti à Oxford un château appelé
fliulo Su.Miie.OxIoiil.
Vue extérieure des remparts de Ja ville à New Collège.
Beaumont (il n'en reste que le nom d'une rue) et Henry II y habita souvent. En 1161, il accorda une charte à la ville confirmant aux citoyens leurs privilèges « spécialement à leurs guildes marchandes, pour qu'elles jouissent de toutes les coutumes, libertés et lois propres qu'elles ont en commun avec nos citoyens de Londres ». Il n'est pas encore question dune Université, c'est-à-dire d'un enseignement public de la science universelle du mo3'en âge, de l'ensemble des sept arts libéraux.
Mais autour des fondations religieuses qui existaient à Oxford dut se créer naturellement un enseignement théologique et l'influence normande, là aussi, se fit sentir. Roljert PuUein, qui fit un cours public sur la Bible pendant cinq ans à partir de 1 133, était de Paris, et ïhéobald d'Etampes,
qui était un docteur de Caen, est aussi connu pour avoir enseigné à Oxford au Xll^ siècle. A la fin de ce siècle une Université, cest-à-dire une corporation de maîtres enseignants, était établie à Oxford. Vers 1 167, on sait que Henry II. au cours de sa querelle avec Thomas Becket, rappela tous les étudiants anglais qui se trouvaient à l'Université de Paris. Ils ramenèrent sans doute avec eux des Français et rapportèrent en tous cas ridée d'une Université comme celle de Paris, donnant l'instruction à des étudiants libres. Pendant près d'un siècle il n'y eut pas de collèges proprement dits, et tous les collèges furent des fondations privées, destinées à entretenir des étudiants à l'Université pour qu'ils devinssent des maîtres en théologie.
L'Université d'Oxford est donc à l'origine une fondation religieuse et on ne peut pas ignorer même de nos iours ce caractère, qui est imprimé dans tous ses règlements. La grande rue des collèges, High Street, nous montre une église du XV'' siècle, mais bâtie sur l'emplacement d'une autre qui datait du XIl^ c'est cette église de Sainte-3L'irie-la-Vierge qui était le siège officiel de l'Université. Les différentes chapelles étaient attribuées aux différentes Facultés pour leurs délibérations et le chœur à la Congrégation ou Corporation des membres de l'Université. Jusqu'au xvii'' siècle on y fit des conférences et on y fit passer des examens. On croit que c'est sous l'ancien porche de cette église qu'on devait se tenir prêt à discuter pour obtenir le titre de sopliisfc gciicml. On voit encore la partie du Xiv'' siècle qui a servi de lieu de réunion au conseil de ri^niversité ou Coiivoccifion . et dont l'étage supérieur a contenu la bibliothèque de l'Université jusqu'à la fin du XV'' siècle. L'église servait à tant d'usages séculiers, qu'elle fut souvent le théâtre de querelles et même d'assassinats, pour lesquels il fallut solliciter le pardon du pape qui finit par en suspendre l'usage. File a malheureusement i^erdu beaucoup de son caractère dans sa reconstruction au xv*^ siècle, et les restaurations successives, mais son clocher du xiii'' siècle est encore un de ceux qui embellissent Oxford, et elle conserve des souvenirs intéressants. C est Id qu'eut lieu, dans le chœur, le premier procès de Cranmer. dont nous parlerons plus loin, c'est là que fut apporté le corps d'Amy Robsart, dont Walter Scott a écrit la légende dans AV////u.'0/7//, et qui mourut à Cumnor Hall, près d'Oxford. C'est encore aujourd'hui la chapelle officielle de l'Université. Xewnian en fut desser\ant de 1831 à 1S43, Kel>le et Pusey y ont prêché.
Le porclie à colonnes torses, très admiré à Oxford, est surtout admirable quand la vigne vierge le cache à moitié sous ses feuilles pourpres.
.Mais un souvenir curieux s'y rattache encore. La '< superstitieuse image j) de la Vierge y fut placée par le chapelain de l'archevêque Laud et ce fut un des chefs d'accusation contre son maître quand vint le jour du jugement. Du temps de Cromwell. elle fut déplacée et mutilée parce qu'un épicier puritain, Y aldcnimn Xixon, avait déposé qu'il avait vu des fidèles r (( adorer >'. c'est-à-dire se prosterner devant elle.
Ce sont les cloches de cette église qui sonnèrent le tocsin lors des
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High Street.
grandes querelles entre la ville T^ot*.";^ et l'Université 'Go'u.'if qui commencèrent avec l'Université même et remplirent presque le Xiv*^ siècle, jusqu'au grand jour de vSainte-Scholastique.
Ue mardi 10 février 1355, quelques étudiants qui étaient allés boire dans un cabaret près de Carfax n'ayant pas trouvé bon le vin de l'hôte, lui jetèrent le pot à la tête, et ce fut le prétexte d'une bataille formidable entre bourgeois et étudiants. Les premiers eurent le dessus avec l'aide des villageois des alentours, tirèrent sur le chancelier de l'Université qui venait pour les apaiser, scalpèrent les chapelains en dérision de la tonsure ecclésiastique, envahirent et pillèrent les collèges. Le roi Edouanl III fut obligé d'envoyer une commission d'enquête ([ui. ])our régler la dispute