‹ Oxford & CambridgeChapitre 3 sur 12 · MM · texte numérisé non relu

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chronique entre la ville et l'Université, exigea la remise de leurs privilèges entre les mains du roi, qui ne les restitua qu'après avoir donné une nouvelle charte à l'Université et imposé une pénitence publique aux représentants de la ville, dans l'église de l'Université, le jour de Sainte- Scholastique. Les querelles ne cessèrent pas tout à fait, car on les voit

reparaître auxvi" siècle, mais l'Université avait vu affirmer de nouveau sa supériorité théorique.

Avant la création des collèges, l'Université n'était qu'un chaos. Les étudiants venaient de toutes les parties de l'Angleterre et les dialectes étaient souvent inintelligibles les uns aux autres, il y avait aussi beaucoup d'étrangers, surtout des Français du Xord. On ne sortait guère qu'armé et les rixes étaient innombrables même dans les églises, entre étudiants du Xord et du Sud, en 1273. entre gens du Xord et Irlandais. Il fallut défendre aux étudiants de porter des armes, défendre de danser dans 1 église et sur les places publiques « en portant des masques et des guirlandes de fleurs autour du visage ». Tous les prétextes étaient bons pour se battre, et on se disputait la garde et sans doute aussi le contenu des coffres de l'Université. Toutes les fois qu'il y avait joute ou tournois, il y avait aussi des rixes à main armée dans les rues.

Les mœurs n'avaient pas non plus l'austérité sur laquelle veillent aujourd'hui les proctors. Un des plus salés des Contes de Chaucer raconte comment un étudiant finit, trop tard, par se repentir d'avoir pris

l'holo Soôiue, Oxford.

Porche de Sainte-Marie la Vierge.

AU MOYKN AGE 17

log'ement chez un charpentier de l'al^baNe d'Oseney dont la femme était trojo jolie et trop bien habillée, et avec son admirable sens des nuances, Chaucer n'aurait pas attribué sans vraisemblance à « un clerc dOxenford » cette aventure qu'on ne peut pas raconter. Milita mala perpetrata fiicriinl , dit un document cité par 31. .Vndrew Lang, qui nous apprend ([u'on dût intertlire aux l)lanclnsseuses de rapporter leur linge aux étudiants vivant en chambre.

Mais le portrait du clerc dans Chaucer est si joli ([u'(jn nous saura gré de le citer :

Ce clerc avait nom Nicolas le gracieux

11 s'entendait à Tamour caché et au plaisir

Il était rusé et fort discret

Et modeste d'aspect ainsi qu'une jeune fille

Il avait chambre en cette hôtellerie

A lui seul, sans nulle compagnie

Qu'il avait joliment garnie d'herbes odorantes

Et lui-même était parfumé comme racine

De réglisse ou de zédoaire .

Son Almageste et ses livres grands et petits

Son astrolabe, instrument de s<jn art,

Et ses jetons de calcul étaient soigneusement rangés

Sur des rayons, à la tète de son lit

Son armoire était garnie de serge rouge

Et par-dessus était un beau psaltérion

Sur lecjuel il jouait le soir des airs

Si doux que toute la chambre en résonnait.

Il chantait Aiigcliis dJ Virginciit

Puis encore après l'air du roi

Plus d'un bénissait son joyeux gosier

Et cet aimable clerc passait ainsi son temps

Avec lu pension de sa famille et ses rentes '.

Ce sont sans doute ces désordres de toute espèce qui poussèrent l'Université à se constituer en collèges. Collegiinn ne signifiait qu'association de collègues, c'est-à-dire d'étudiants travaillant ensemble et n'implique pas nécessairement la vie en commun. Mais, en fait, les étudiants se réunissaient le plus souvent par « nations » dans des auberges spéciales et l'Université finit par louer des maisons pour eux. On fait dater le plus ancien collège, Uiiivcrsity\ de la première acquisition d'une maison (Do//z//^, A///a, qui traduit Hall) en 124g, sur l'argent laissé par un certain William de Durham. ].es bâtiments du collège actuel datent

' Nous modifions un peu la traduction parue dans les Contes Je Caiitcrbury ^Paris, 1908), sous la direction de M. l.egouis.

i8 OXFORD

surtout du xvir siècle, mais ce qu'il y a d'intéressant dans cette fondation, c'est qu'elle correspondait à une intention locale et que le collège resta longtemps, plus ou moins exclusivement, celui des gens du Yorkshire. Ainsi se constituèrent les collèges par des fondations privées dues ordinairement aux régions de l'Angleterre où s'en faisait le recrutement, de sorte que l'Université, d'abord internationale, devint peu à peu exclusivement anglaise. Le dernier reste d'un recrutement étranger à l'Angleterre propre est k Jésus Collège où la majorité des étudiants sont Gallois, mais les Irlandais et les Écossais ne viennent plus à Oxford qu'à titre individuel, et aucun collège ne leur est spécialement consacré.

Balliol Collège se vante aussi de remonter à une fondation de 1260, en réparation d'un meurtre, ^lais simple maison d'asile pour étudiants, il ne se constitua en collège proprement dit qu'au xiv^ siècle. Le collège tvpe d'Oxford, dont les règlements de fondation furent copiés un peu partout, c'est Merton Collège. Heureusement c'est aussi un des plus pittoresques et des mieux conservés.

Les additions plus récentes, bâties autour de deux cours carrées [q 11 a ci rangles) ont changé le plan primitif, cj^ui semble avoir été tout à fait irrégulier. Comme le font remarquer 3L^L Willis et Clark dans leur excellente Histoire architecturale de Cambridge, la première idée des fondateurs de collèges ne semble pas avoir été d'imiter les couvents mais plutôt la disposition habituelle d'une grande maison noble [HalB. Il y a toujours chapelle, réfectoire commun qui servait aussi aux cours et conférences et on ajouta plus tard des bibliothèques, mais il n'y eut jamais de dortoirs dans les collèges. Toutefois les membres du collège habitaient souvent deux par chambre.

Quant au costume, M. Rashdal, a montré comment il dérive de certaines formes du costume ecclésiastic[ue ^ L'étudiant, à l'origine, était toujours un clerc destiné à la tonsure. La robe de Docteur actuelle avec toutes ses variétés de couleur, de garniture, de fourrure et de capuchon, dérive de la cappa^ manteau sans manches garni de fourrures. La robe actuelle des gradués ordinaires, maître es arts (3LA; ou bachelier 'B-A) vient du costume ecclésiastique ordinaire au xiii*" siècle, l.' iiiidergradiiate. ou étudiant non gradé, ne porte que le petit surplis sans manches réduit aux dimensions dune veste, mais il a usurpé le Ijonnet carré qui n'appartenait à l'origine qu'aux docteurs. Ces costumes du moyen âge ont naturellement varié au cours des siècles et de même que notre }"»lanche dajirès Log-

' Rcv. 11. Rashdall, TIic Univcrsiiics 0/ Europe.

gan [1675) montre les costumes universitaires portés par-dessus Ihabit à la française du temps, nous voyons aujourd'hui les étudiants se rendre

au

à la conférence avec le surplis noir passé, par exemple, sur un complet de flanelle verte, quand il n'est pas seulement porté sur le bras, ce qui est toléré. Le costume n'est obligatoire que le matin pour aller aux

cours, le soir après Iheure officielle de la rentrée. Les costumes de docteurs ne se voient que dans les grandes occasions.

Pour en revenir au premier collège régulièrement constitué, il est certain que Walter de 31erton qui le fonda de 1264 à 1274. s"il était chancelier d'Angleterre et évèque de Rochester. rêvait aussi peu d'un idéal purement laïque que d'un idéal monastique. Au Xiii'' siècle, l'Angleterre et Oxford en particulier a\ait été envahi par des moines de toutes couleurs depuis la fondation des grands ordres. Les Dominicains ou Frères Xoirs

Photo Hills el Saunders, Oxford.

Cliambre des archives à Merton.

étaient venus en 1221, les Franciscains ou Frères Gris, trois ans plus tard, ils avaient été bien reçus et on leur avait accordé des lots de terre pour beitir des monastères et des écoles. Les Carmélites ou Frères Blancs les avaient suivis, vers le milieu du siècle, et les Augustins arrivèrent plus tard. Robert Grosseteste, évèque de Lincoln et Chancelier de l'Université, professa chez les Franciscains. Les trois grandes gloires d'Oxford au xill*" et au XIV' siècle furent des moines franciscains : Duns Scot, Guillaume d'Ockham et Roger Bacon, le fameux et légendaire philosophe dont on montrait jusqu'au XV!!!"^ siècle le cabinet d'étude bâti sur un des ponts d'Oxford.

L'idée de Walter de 3lerton fut d'assurer au cleroé séculier les avan-

AU MOYEN AOE 21

tages de létude et de la vie en commun sans les f)ljli t>ations de la vie monastique. Il stipulaexpressément que ses étudiants ne devaient pas pn;noncer de vœux et il leurdonna des chapelains ])our les décharger de l'rjbligation de dire des offices, l'ne idée particulièrement intéressante et vraiment démocratique, comme on savait l'être au moyen âge, était d'augmenter le nombre des élèves à mesure que les ressources de la fondation se développeraient, au lieu d'augmenter le confortable. Ainsi l'idéal était

Photo Hills et Saiinders. Ovio.d.

Extérieur de la bibliothèque de Merton.

d'étendre l'instruction autant que possible, et non pas de faire la vie facile à un petit nombre d'étudiants.

Les bâtiments ne furent pas conçus non plus sur un plan ambitieux. I.e fondateur acheta des maisons et y installa des étudiants. Le bâtiment de Merton appelé aujourd'hui Miinimcnf Room, chambre du trésor ou des archives, pourrait bien avoir été un de ces locaux primitifs. Il est curieux, avec son toit très incliné couvert en pierres jointes. La chapelle fut finie vers 1300, c'est un des plus jolis monuments du gothique anglais de cette époque, avec d'excellents vitraux de 1283 et des tombes des xiv' et XV siècles. Le vestibule [antc-cJiapcl , et le clocher, datent seulement du

xv'" siècle. Du hall il ne reste que les murs et une très vénérable porte à pentures de fer du xiii*^ siècle.

La bibliothèque est un des plus anciens bâtiments de cette destination qu'on ait conservés. Depuis l'antiquité, les bibliothèques étaient devenues rares, on conservait les manuscrits dans des coffres et ils étaient con-

Pholo Soame, Oxford.

Intérieur de la bibliothèque à Merton.

sidérés si précieux, que c'était un des gages les plus facilement acceptés, comme Targenterie ou les bijoux. Comme le dit 31. Andrew Lang, 1 étudiant de Chaucer c[ui possédait :

\ingt volumes habillés de noir ou de rouge. DAristote et de sa philosophie,

devait être un bibliophile.

Aussi la bibliothèque de Merton, qui remonte à 137g, est-elle une curiosité de premier ordre. C'est une chambre longue, bâtie au premier étage sur deux côtés d'une cour, éclairée de chaque côté par des fenêtres étroites auxquelles on a ajouté plus tard de grandes baies aux extrémités, A chaque fenêtre correspond un double pupitre en bois qui n'est pas du

Photo Soame. Oxford

Un coin de Merton.

temps, mais conserve l'arrangement ancien. Sur ces pupitres à deux étages étaient enchaînés les manuscrits. Ce système antérieur à l'invention de l'imprimerie n'est pas rare en Angleterre dans les bibliothèques encore attachées à quelques vieilles églises ^

Telle qu'elle est, avec son plafond de bois et sa décoration de la Renaissance , avec de charmants vitraux suisses ou allemands du xvi'" siècle ,

^ Voir J. W. Clark, The Cure of Books, et un article du Coiiiitry Life (1906) sur cette bibliothèque de Merton.

au monogramme du fondateur , cette salle toute g-arnie d'antiques .volumes est une de celles où Ton peut mieux se représenter la vie détude des hommes d'autrefois, penchés (^le jour surtout, pour épargner la chandelle), sur les lourds A'olumes enchaînés qui renfermaient la parole sacrée ou la science antique.

La fondation de la bibliothèque de .Merton est attribuée à 1 évêque Reade, de 1368 à i3(S5. Nous savons c[u'au xv'^ siècle celle de l'Université de Cambridge ne possédait encore que 122 vf)lumes, on peut donc supposer tout au plus quelques centaines de volumes dans cette biljliothèque du xiv^ siècle.

La situation de Merton Collège, non loin de la cathédrale et presque en dehors de la A'ille, est charmante. Les fenêtres donnent sur des prairies qui s'étendent jusqu'à la rivière, on aperçoit un peu plus loin la tour gothique de Magdalen. On voudrait pouvoir dire que ce coin délicieux a été entièrement respecté. Mais l'ancien Hall a disparu au xviii'^ siècle dans une restauration de l'architecte destructeur W'^att. En 1864, les autorités du collège firent couper les arbres de leur \-ieux jardin et construire des bâtiments modernes qui ont gâté une des plus jolies vues d'Oxford. A côté de la première cour datant en majeure partie du xn*^ siècle, il v en a une autre, de 16 10, qui montre comment les architectes d'autrefois savaient harmoniser les bâtiments. C est en même temps un de ces curieux spécimens de survivance du gothique au x\'ii'' siècle que nous rencontrons souvent à Oxford. On lui donnerait deux siècles de plus, et cette simple et grave architecture ne dépare pas les parties plus anciennes. Les jardins en terrasse datent du xviu- siècle, et les « champs de 31erton » étaient le rendez-vous du beau monde à cette époque. Le collège fut aussi très visité pendant le séjour de Charles I''' à Oxford, car la reine Henriette Marie de France y habitait avec sa suite.

Dans notre promenade à travers Oxford, Tordre chronologique nous amènerait à parler d'Exeter Collège, fondé en 13 14. dOriel Collège, fondé en 1324, de Queen's Collège, fondé en 1341. Nous devons retenir ces noms comme autant de i)reu\es du dé\"elo])i)ement de rCni\ersité au XI V'" siècle, mais tous ces collèges ont été si souxxmL rebâtis c[u"on n'y respire plus guère Tatmosphère de leur jjassé. Les bâtiments d'Kxeter sont presque entièrement modernes, ceux d'Ch-iel du X\'ir' ^iècle. et ceux de Queen's du x\'iii''. 11 faut les réserver ])our le moment où nous i)arlerons d'un Oxford i)lus moderne. Le grand collège du Xiv*^ siècle, c'est A^ra' Collcgc\ qui fut appelé le Nouveau Collège probablement parce

AU MOYICN AGI-: 25

qu'il se posait en rival de .Merton. dont tous les collèges que nous venons de citer s'étaient plus ou moins insj)irés,

.Merton est surtout intéressant par son antiquité, par le chaos des bâtiments qu'on a essayé plus tard de ramener à une unité qui a gardé beaucoup de pittoresque et d'imprévu, New Collège offre un ensemble d'architecture conçu et exécuté en peu d'années par un seul homme.

William de Wvkeham, son fondateur, qui a\-ait ol:)tenu une charte

Photo Soame, Oxford.

Oriel Collège.

en 1379, prit possession des bâtiments en 1386. <( portant la croix haute et chantant une litanie solennelle. »

C'était un grand personnage, évèque de Winchester et surveillant des travaux d'architecture du roi Edouard III. C'est à ce titre qu'il rebâtit en partie la cathédrale de Winchester et le château de Windsor. En même temps c'était un pieux ecclésiastique effrayé des désastres qu'avaient amenés dans Oxford la guerre de Cent .Vns, la peste et surtout l'hérésie des Wyclifices et des ]j)llards. On croit c[ue c'est à lui que Wvclif fait allusion quand il se plaint « qu'on donne un évèché à un homme parce qu'il est habile à bâtir des châteaux et dans les affaires terrestres, quand même il pourrait à peine lire son psautier. » Mais ce sont là querelles d'ecclésiastiques. 11 est certain que AVilliam de Wykeham se préoccupa

surtout d'un nouveau recrutement d'étudiants pour Oxford et ses bâtiments sont là pour parler en sa faveur. Xew Collège fût bâti en connexion avec l'école de Winchester et resta étroitement lié avec cette autre fondation de Wykeham. Ce fut l'origine de ces rapports comme de parenté entre certaines grandes écoles [public schools] et certains collèges, qui sont caractéristiques des Universités anglaises.

Xew Collège est bâti contre ces remparts de la ville ancienne dont nous avons parlé et dans lesquels sont encore nichés ses jardins. Xous

PUi'li} Soame. Oxford.

Remparts de la ville dans les jardins de Xew Collège.

avons vu que l'église voisine de Saint Peter iii-tlie-East était également fortifiée et dans ces temps troublés du xiv'' siècle, "Wykeham ne négligea pas d'élever un clocher qui pouvait servir en même temps de défense et de prison et qu'on aperçoit dans notre vue du cloître. Ce beau cloître avec son plafond de bois, la chapelle, le hall et la première cour jusqu'au premier étage datent de la fondation et c'est peut-être le plus bel ensemble d'architecture à Oxford comme style, sinon comme pittoresque. Dans le vestibule de la chapelle [antc-chapel], tous les vitraux sont du XIV siècle, sauf la grande baie, en carreaux de verre peint plutôt qu'en vitraux, qui fut faite au xviii' siècle sur les dessins de Sir Joshua Reynolds. C'est une amusante curiosité que de voir les belles dames de ses tableaux

représenter ici la Justice ou riîspérance. ]^e sentiment religieux est absent, la couleur pâle et mal adaptée à l'effet de transparence, mais le superbe dessin des figures suffirait a rendre l'œuvre intéressante. Le sujet du haut est confus et presque invisible. Dans la chapelle même, il y a des vitraux anglais du xviii'^ siècle et un retable monumental. ].e trésor conserve la crosse en argent du f(jndateur. Le hall a été restauré, et dans la première c(nir on a surélevé tous les bâtiments d'un étage, au

Photo Soame, Oxford.

Cloîtres et tour de New Collège.

xvii'^ siècle. La seconde cour date aussi du xvii'' siècle et donne par une belle grille sur le délicieux jardin tout entouré par les vieux remparts. Quant aux bâtiments modernes qui sont en façade sur Holywell Street, il vaut mieux n'en pas parler, car ils détruisent non seulement l'harmonie du collège, mais celle d'une des plus vieilles rues d'Oxford, ([ui a encore conservé beaucoup de maisons anciennes.

Les règlements de New Collège étaient assez différents à l'origine de ceux de jNLerton. De même que les bâtiments sont plus monastiques qu'à Merton, il y a aussi dans les règlements un plus grand souci d'austérité, ou bien les mœurs s'étaient gâtées, puisque le fondateur crut nécessaire de

défendre non seulement le tir à Tare et les jeux d'argent, le jeu d'échecs et le jeu de balle, mais encore « de danser, de lutter et de jouera d'autres jeux désordonnés et imprudents dans la chapelle ». Il faut se rappeler que les étudiants de New Collège étaient encore des enfants, puisque c'est à 1 àg'e de quinze ans qu'ils devaient passer du collège de Winchester à celui d'Oxford.

Xew Collège devint une pépinière de grands personnag"es, dont plu

Photo Soame, OiforJ.

Cour de Ne%v Collège.

sieurs fondèrent des collèges à leur tour. Chichele, qui fonda le collège d'Ail Soûls, et "William de WaA^nfiete qui fonda !Magdalen, étaient tous deux de Xew Collège et tous deux arrivèrent à la plus haute dignité ecclésiastique d'Angleterre, celle d'archevêque de Canterbury. Xew Collège lut aussi un des centres de la Renaissance classique avec AVarham et Grocyn, qui furent les maîtres de grec d'Erasme. Fondé pour lutter contre l'esprit nouveau dans l'Église, il fut longtemps orthodoxe et résista à la Réforme. C'est aujourd'hui un des grands collèges d'Oxford, et les élèves de Winchester n'}' sont plus qu'une minorité, mais la moitié des bourses leur est encore réservée.

Une des gloires de X'^ew Collège est sa maîtrise, et un beau service

clans la chapelle est un des spectacles intéressants d'Oxford, surtout quand

Pbotu GillmauD, UxTurJ

Vitrail de Revnolds à New Collège, détail.

on songe que depuis cinq siècles la tradition n'en est pas interrompue. .Mais il faut encore que Torganiste donne à Bach ou à Purcell la préférence sur la musit[ue anglaise moderne des anthcnis.

Le petit collège de Lincoln, fondé en 1429 par Richard Fleming, évêque de Lincoln, mérite une visite. La première cour est du xv*" siècle, et la chapelle, du xvir\ a de bons spécimens de sculpture sur bois de l'époque. On y montre la chaire où a prêché John Wesle\% qui fut élève

Photo Davis. Oilord.

Retable de la chapelle de New Collège.

du collège. C'était un studieux, surtout pour cette époque de loisir, et il aurait mérité le nom de méthodiste, rien que par le plan d'études qu'il s'était fait. Il devait consacrer le lundi et le mardi aux classiques, le mercredi aux sciences naturelles, le jeudi à l'hébreu et l'arabe, le vendredi à la logique et la métaphysique, le samedi à la rhétorique, le dimanche à la théologie, et devait étudier les mathématiques toute la semaine. C'était un de ces esprits tout logiques, comme Priestley, que

montait une passion religieuse ardente, et qui devaient transformer le xvili" siècle. Il est difficile de ne pas regarder la chaire de John Wesley avec respect quand on songe que les Méthodistes et les Wesleyens se comptent aujourd'hui par centaines de mille dans le monde entier. C'est un bel exemple du rayonnement d'Oxford.

Les deux grandes fondations du XV' siècle à Oxford sont AU Soûls Collège et 3Iagdalen Collège. La première est particulièrement intéres-

Pholo II1II5 et SauDders, OxM d.

AU SouIs Collège et bibliothèque de Radcliffe.

santé comme souvenir historique. Son nom officiel est Colle^ii/in Oiniiiiim Aiiiinaruni Fulcliinn Defiinctoriim.^( Le collège des âmes de tous les fidèles défunts ». mais l'archevêque Chichele, qui le fonda en 1438, pensait surtout aux âmes de ses compatriotes, morts pendant la guerre de Cent Ans, à laquelle il avait beaucoup poussé, « à la mémoire de l'illustre prince Henry et des ducs, comtes, barons, chevaliers et autres qui ont péri dans les guerres faites pour la Couronne de France >>. Les sculptures du portail sur Lligh Street, représentent les âmes du purgatoire. Elles furent sauvées des soldats de Crom\\ell, qui voulaient les détruire comme superstitieuses, par le même alderman Nixon qui avait dénoncé la Vierge du porche de Saint-Mar\-.

La fondation profita des dépouilles des monastères supprimés sous Henry V et fut très riche dès l'origine. Le roi Henry VI s'v associa aussi, mais pour recevoir, plutôt que pour donner, semble-t-il. Le collège joua un rôle brillant dans la Renaissance classique de la fin du XV'' siècle, il a contribué aussi à restaurer la science antique, en particulier la médecine. Sydenham en fut membre au XVli* siècle, et la bibliothèque, une des plus riches des bibliothèques de collège ^80.000 volumes . renferme de nombreux ouvrages de médecine ancienne. Les constructions ont beaucoup souffert du zèle puritain ou plutôt réformateur du XYI*" siècle. Le grand retable de la chapelle fut mutilé et caché sous le plâtre et ne fut retrouvé quen 1870. Toutes les statues ont été refaites en portraits de professeurs ou de célébrités d'Oxford. On voit ainsi feu 31ax 31ùller. le sanscritiste, en évèque. C est une œuvre moderne où il ne reste que le cadre architectural ancien. 31ais une partie des vitraux de la chapelle date du XV siècle, avec des portraits contemporains le fondateur, les rois Henry V et Henry VI . La bibliothèque est superbement installée dans une galerie du xviii' et conservée dans les armoires sculptées du temps.

Au XViil^ siècle, AU Soûls posséda un architecte unic[ue en son genre, Hawksmoor, qui répondit aux autorités du collège qui l'invitaient à démolir les bâtiments du XV" siècle, de se garder au moins de bâtir à la place de u misérables constructions fantastiques, modernes et périssables ». Malheureusement, après cette déclaration, il construisit les deux clochers pseudo-gothiques qui déshonorent le collège, La chapelle aussi a été restaurée et la façade sur High Street refaite, à l'exception du portail.

Une des particularités du collège d'Ail Soûls, c'est de ne recevoir, chaque année, que quatre étudiants, pour les préparer à obtenir leur grade. 31ais les bourses sont célèbres pour leur générosité. Elles n'obligent pas à la résidence, et sont données le plus souvent à d'anciens élèves, mais exceptionnellement à d'autres. Les hommes les plus illustres du pays, comme lord vSalisbury, ont joui quelque temps des faveurs d'AU Soûls.

Le collège est un de ceux où on comprend le mieux qu'Oxford ne veut pas donner seulement l'instruction, mais encourager la vie supérieure du pays sous toutes ses formes. Il y eut naturellement bien des abus dans une fondation de ce genre. Comme les fcllozcs se recrutent eux-mêmes par élection, la fâcheuse tradition de nommer le successeur désigné par le titulaire, qui payait souvent cette faveur, régna longtemps

AU MOYKX A(tK

au XYii*" siècle et tendait à transformer le collège en maison de retraite pour oisifs.

Il a toujours eu une réputation de luxe. I/archevêque Cranmer, qui devait être un des martyrs d'Oxford, dut s'employer pour empêcher les membres du collège « d'avoir des chiens et de porter des robes ouatées et doublées de soie. « Tous ces abus ont disparu évidemment, mais Ail Soûls est toujours le collège de la grande hospitalité et, dit-on. des grands vins

Phuto Soame, Oxfonl.

La tour de Magdalen vue de Hioli Street.

Notre illustration représente la grande cour qui a \ue sur la Bodleian Library, dont on aperçoit le pavillon circulaire construit au XVlll* siècle par le D'' John Radcliffe, et qui porte son nom.

Le collège de vSainte .^lary ^lagdalen, dont le nom est prononcé familièrement « .^laudlin », fut fondé, comme celui tl'All Soûls par un ancien élève de New Collège, William de Waynflete, de 1448 à 1458. Les bâtiments actuels ne datent que de la iin du siècle, de 1475 environ à 1480. Magdalen est situé très heureusement, presque en dehors de la ville, à l'extrémité de iiigh Street, tlont la perspective est admirablement terminée i)ar son beau clocher gothique, bâti de 141)2 à 1305, peut-être sous

la direction du futur cardinal Wolsey, qui était alors trésorier du collège.

Le fondateur de ^lagdalen fut évêque de AVinchester comme l'avait été celui de Xew Collège. Le premier collège qu'il fonda était de l'autre côté de la rue, et ce n'est que plus tard seulement, qu'il le transporta sur l'emplacement d'un ancien Hôpital de Saint Jean. Les règlements s'inspirèrent de ceux de Xew Collège. La grande innovation, c'est que l'admission payante des « jeunes gens de haute naissance » était non seulement prévue, mais encouragée par les statuts. Jusque-là les gcntlcjucn conimoiiers étaient admis à titre individuel à loger dans les collèges en payant double pension, mais ne profitaient pas des avantages de l'instruction qui y était donnée. Ce fut une nouveauté que d'appeler chaque année vingt jeunes gentilshommes à partager non seulement la table, mais la vie d'études du collège et on peut dire que la vie universitaire moderne d'Oxford commençait seulement alors. La fondation, religieuse et protectrice à l'origine, s'ouvrait maintenant à tous ceux des classes supérieures qui voudraient en profiter. Depuis la fondation de Xew Collège, il y avait des cours dans les collèges mêmes, qui jusque-là fournissaient la nourriture spirituelle et corporelle, mais pas d'instruction laïque. Dans la première cour de 31agdalen s'élève encore le vieux bâtiment du xV siècle, peut-être plus ancien que le reste du collège, qu'on appelle encore Graniuiar Hall et qui servait à l'enseignement.

La fondation de 31agdalen date de cette renaissance des études classiques en Angleterre, à laquelle les rois s'intéressèrent comme chez nous. Le coUèQ-e attira à lui l'helléniste Grocvn, de X'ew Colleyfe, et Richard III fut si content de l'entendre discourir, en 1483. qu'il offrit au collège en témoignage de satisfaction u cinq chevreuils et cinq marcs pour acheter du vin )>. manière toute rabelaisienne de récompenser l'érudition. Le prince Arthur, frère aîné de Henry A'III, résida au collège qui conserve une tapisserie faite en l'honneur de son mariage a\"ec Catherine d'Aragon. Le patronage royal ne lui manqua pas non plus dans la suite, car le prince Henry, fils de Jacques L', y fut élevé ainsi que le fameux prince Rupert, le général de cavalerie de Charles I*-'', un des plus braves et des plus beaux hommes de ce temps, dont l'élégance guerrière fut immortalisée par un admirable portrait de Van D\"ck. Pour qui connaît l'Angleterre, inutile de dire que cette faveur royale rendit le collège un des plus brillants d'Oxford. John Lyl\-, le Balzac et le A'oiture de la Renaissance anglaise, l'arbitre du savoir-vivre dans son célèbre roman d'Euphiics^ fut élevé là, et on peut dire que le collège est un de ceux qui ont inspiré le plus d'affection et d'orgueil à ses élèves.

AU MOYEN AGK

Sa beauté y est sans doute pour beaucoup. Le charme de 3lagdalen est une jurande partie du charme d'Oxford, les constructions se présentent sous un aspect plus heureux que dans la plupart des autres collèges, grâce au voisinage de la rivière qui coule sous ses murs. J.a sculpture ancienne y est plus parfaite et les restauratif)ns y ont été plus discrètes qu'ailleurs.

La tour du clocher, si admirée qu'elle est devenue comme un s}mbole d'(3xford, est vraiment une belle chose. Robuste et élancée, elle domine

Photo Hills ft Saunders, Ox'ord.

Tour du fondateur et cloitres de Magdalen.

toute la ville et on comprend qu'on en ait choisi le sommet pour y chanter l'hymne qui chaque année, le i*" mai, salue le printemps, à cinq heures du matin. A l'angle du clocher, dans la cour intérieure, se trouve une charmante chaire à prêcher extérieure, comme à l'église de Saint-Lô en France, qui sert encore quelquefois à des sermons en plein air.

La chapelle, finie avant 1483, est une des plus belles d'Oxford et la sculpture du portail ouest est excellente. C'est une frise qui représente le roi Kdouard III à côté de sainte Marie-Madeleine, avec saint Jean, saint Swithun et le fondateur du collèoe agenouillé. L'intérieur a terriblement souffert de la Réforme et a été depuis restauré, les vitraux datent du xvir siècle.

Le Hall, entièrement g-arni de boiseries à panneaux de vélins du xvr siècle, avec des armoiries en couleur, et des vitraux armoriés, est une des plus belles salles d'Oxford. La porte d'entrée est le plus beau spécimen de sculpture sur bois du commencement du xviT siècle à Oxford. Il y a des portraits intéressants entre autres celui de Wolsev,

La tour qu'on appelle tour du Fondateur, et qui s'élève sur un des

Pholo NV. H. Wheeler. Oxford.

Hall de Magdalen.

côtés du cloître, le cloître lui-même, et les sculptures (( hiéroglyphiques », sortes d'emblèmes énigmati(;[ues qui couronnent les contreforts, sont de la fin du XV et du commencement du XVr' siècles. Par derrière, formant une seconde cour ouverte de deux côtés, se trouvent les grands bâtiments du xviii'^ siècle qui servent d'habitation aux f'c'/lo'ix\s\ assez imposants du côté du parc aux daims. Comme le collège se trouvait autrefois en dehors de la ville il a pu acquérir de vastes terrains et la pelouse entourée par la rivière offre des vues charmantes. La promenade circulaire qui l'entoure est appelée Addisoiis Wiilk, en souvenir du célèbre essayiste, qui

fut étudiant de Magdalen, et c'est bien un des endroits les plus propices à la rêverie dans Oxford, un coin de cam})agne à deux pas du collège dont la ferme se trouve située à côté, avec son moulin, ha ferme du collège, le moulin du collège, ce sont des mots (lui sonnent étrangement à loreille

riiolo So.ime, ()\r.rd.

Ancien bâtiment d'école à Ma2:dalen.

d'un Français mais ils n'étonnent pas ici, où les oiseaux familiers, grives ou ramiers, se dérangent à peine devant vous, et où. l'on peut passer toute sa vie dans l'étude sans perdre aucun des avantages de la vie au grand air pour le sport, ou, pour mieux dire, pour la santé de l'âme et du corps. 31agdalen est un des collèges où on sent le mieux la merveille qu'ont réalisée les siècles à Oxford, pour que quelques-uns y travaillent, et que tous y jouissent de la vie à l'âge où on en a le plus besoin, et envie.

3lais ce n'est pas ici le lieu de discuter l'éducation donnée à Oxford. La beauté de 3lagdalen mérite l'admiration, quand elle ne serait qu'un décor de théâtre autour de vies inutiles. C'est cela que l'un de ses fils, le grand historien l-ribbon. lui a àprement reproché d'être, dans une page célèbre

Ph.lo Pav.ï. Oxlurd

l.i promenade d'Addison, .i Magdaieu.

de ses Mémoires. Le passage sur les « moines de ^lagdalen. dignes gens:àla conscience tranquille, qui jouissaient paresseusement des bienfaits du fondateur... qui avaient libéré leur conscience de la tâche de lire et d'écrire » reflète surtout la mauvaise humeur d'un esprit peu fait pour comprendre et aimer ce qui ne lui ressemblait pas, et trop avide de .science pour s'être jamais laissé vivre. Si 3lagdalen ne fit pas autre chose au xviir siècle que de se laisser vivre, le collège est devenu de nos jours

AL' MOYRN AGE

un des plus grands, non seulement peir le nombre, mais aussi parla valeur de ses « hommes », pour employer la jolie expression qui remplace là-bas le trop peu compréhensif « étudiant ». C'est aussi un des grands collèges sportifs, et le seul oii on peut amarrer son canot sous la fenêtre de sa chambre.

Ne quittons pas Magdalen sans dire un mot de l'école ([ue le collège

l'Iiulo liais et Saundcrs, Otfurd.

La rivière sous les murs de Magdalen.

entretient et dont les bâtiments modernes, qui touchent au grand collège, sont parmi les plus réussis d'Oxford. Quelques-uns des jeunes garçons élevés là fournissent des voix admirables à la maîtrise du collège, et Magdalen dispute à New l'honneur d'être le collège le plus u musical » d'Oxford. C'est un souvenir à garder précieusement que d'avoir entendu les cantiques de Noël dans le grand hall de Magdalen, tandis ([u'on fait circuler autour des tables la bière du collège dans l'argenterie ancienne. Il y a un air de la Renaissance dans Magdalen, qui exprime bien dans son caractère, sinon encore dans son architecture, la transition entre le moyen âge et la Renaissance.

l'hoto Hîlh et Saunders, Oxford.

Cour de Brasenose Collège

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