‹ Oxford & CambridgeChapitre 9 sur 12 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LES TEMPS MODERNES

Oxford aux xvii et xvii^' siècles. — La décadence des mœurs et du savoir. — Les collèges modernes et la Renaissance de l'Université au xix- siècle. — Musées et Collections : la Bibliothèque Bodléienne, les Galeries de l'Université, le Muséum. — La vie moderne et les sports universitaires. — Environs d'Oxford. — Aspect général de la ville moderne.

L'histoire de Saint John's et de Jésus Collège nous amène jusqu'au temps de Jacques I" et de Charles I*' , qui fut une époque de grandes constructions à Oxford. C'est alors qu'on éleva le grand portique aux cinq ordres d'architecture et les bâtiments qui achevèrent la Bibliothèque sous la direction de sir l'homas Bodley, la deuxième cour de Merton et celle d Cniversit}- Collège. Xous avons parlé de ces édifices à propos des collèges fondés plus anciennement, mais Wadham, fondé en 1609, a l'intérêt de présenter intacts les bâtiments du temps de la fondatrice, DorothA Wadham, qui l'acheva après la mort de son mari. C'est un témoignage

très curieux de la survivance de lart gothique à Oxford que ce collège dont la chapelle, achevée en 1613 avec le reste de la première cour, a l'air d'être du xv^ siècle, au point que des architectes ont refusé, dit-on. de s'en rapporter aux comptes de construction conservés dans les archives'.

Le fondateur était un catholique qui avait songé d'abord, dit-on. à fonder un collège à Venise, puis s'était ravisé en vovant la persécution des catholiques succéder à la persécution des protestants, après la Conspiration des Poudres et avait pensé mieux servir ceux de sa foi en leur conservant un asile à Oxford.

Ce charmant petit collège a aussi son intéressante histoire intellectuelle. Il fut. avec John Wilkins, le beau-frère d'Olivier Cromwell, le berceau de cette Société Royale qui était appelée à devenir l'Académie des Sciences de l'Angleterre. Son premier historien, Sprat, aussi un élève de AVadham. la définit naïvement comme une Société « destinée à former une race de jeunes gens invinciblement armés contre les invasions de l'enthousiasme ». On avait vu évidemment l'enthousiasme de trop près, à Oxford, pendant les guerres de religion. Plus tard, et jusqu'au XIX'' siècle, le collèg"e devint en effet, chose curieuse, un nid de positivistes.

Les jardins de AVadham datent du XN'iii" siècle, et, dùt-on paraître trop enthousiaste, on est obligé de dire que c'est un des coins les plus parfaits du monde. Le grand cèdre, malheureusement mutilé depuis par le temps, était encore, il y a dix ans, un des plus beaux arbres qu on put voir, avec le hêtre pourpre qui était son voisin. Des arbres comme ceux-là font honneur à un collège comme des œuvres d'art.

Avec le xvii"-' siècle allait commencer pour Oxford une nouvelle crise presque aussi grave que celle de la Réforme, dont l'L^niversité était sortie en s'adaptant au vœu général du pays. Jacques P''' vint y faire un séjour de deux ans, de 1603 à 1605 et cette visite coïncida avec une épidémie de peste et l'apparition d'un autre fléau qui devait faire encore plus de mal à l'Université, l'ivrognerie. Le savant historien Anthon}^ Wood date le mal de cette visite : « Du temps de la reine Elizabeth il le péché d'ivrognerie] était peu ou pas pratiqué, le vin des Canaries était alors plutôt un cordial qu'une boisson ordinaire, et vendu comme tel dans les boutiques des apothicaires, et c'était alors considéré crime affreux que d'être ivre, ou de fumer du tabac, tandis que cela devint chose ordi-

^ Voir un article de J. Wells dans le Coiiiilrv Lift- ;iqo6\

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naire. » « La cour, dit-il encore, fit sur les étudiants une telle impression par ses débauches, qu'avec un peu de pratique, ils devinrent plus habiles que leurs maîtres, et cela sans causer de scandale, car cela devint une mode louable. »

Plus tard, Laud essaya de limiter le nombre des cabarets, mais cela n'empêchait pas de boire dans les collèges, et à la fin du xvii*' siècle, Prideaux raconte que lorsque l'amiral Tromp vint à Oxford, ce HoUan-

l'hoto CiilluiaDD, Oiloi-d.

Façade de Wadham Collège.

dais a graisseux et ivrogne » qui refusa le degré honorifique que lui offrait l'Université, fut vaincu en combat singulier à table par leD'^Speed, un membre de l'élégant collège de Saint John, et déclara qu'il n'avait encore jamais été aussi ivre, depuis qu'il était en Angleterre, ce que Prideaux juge d ailleurs « très peu à 1 honneur de notre Université ».

Les Puritains n'avaient donc pas tout à fait tort de parler de l'Université « ivrogne et papiste ». Le xviT siècle fut à Oxford une période de démoralisation générale. On continua de bâtir des collèges, la Bibliothèque Bodléienne fit l'admiration des étrangers, mais le goût du savoir devint rare. Tout ce qui est intéressant alors est tourné vers l'étude du

piissé, c'est le travail des « antiquaires . attachés à leur ville comme Anthony Wood, mais les mœurs étaient d'une brutalité extraordinaire, et le même Anthony qui blâme les excès de boisson se battait journellement dans les tavernes a\-ec le traducteur de ses savants ouvrages sur l'Université et les collèges d'Oxford el sur la biographie des hommes illustres d'Oxford, Athciiac Oxoiiiciises, comme l'appelait orgueilleusement cet Athénien.

Cependant la bonne étoile d'Oxford a voulu que les guerres de la

l'Iioto Giliiiunn. 0\lord.

Chapelle de \\'adham.

Révolution 2)endant lesquelles Oxford devint le quartier général du parti royaliste, n'aient pas laissé trop de traces de vandalisme. Même quand les généraux de Cromwell assiégèrent la ville en 1642, leurs canons placés sur les collines ne purent atteindre jusqu'à la ville. Quand elle se rendit après Xaseby, les gens d'Oxford semblent avoir fait de leur mieux pour sauver les monuments, comme nous l'avons raconté à propos du collège d'AU Soûls et de l'église Sainte 3larie la Vierge. Cromwell lui-même, que nous retrouverons étudiant de Sidney Sussex à Cambridge, n'était pas un ignorant et un barbare, et quand il se fit nommer chancelier de l'Université dOxford. il lui ht un cadeau de manuscrits précieux, tout comme Laud.

Il faut lire dans le plus beau et le plus exact roman historique qui

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ait jamais élé écrit, le John Iiig Usant de J. 11. Shorthouse, le taVjleau de cette période passionnante de l'histoire dOxford. Charles I"'' habitait à Christchurch et la reine Henriette-Marie à Merton, la ville était pleine de belles dames de la Cour qui, probablement mal logées et inquiètes. « n'étaient pas contentes et empêchaient les autres de l'être », comme a écrit gravement le noble Clarendon dans son Histoire de la Grande Rébellion. Il me sem1:)le que c'est au jardin botanique d Oxford qu'on

Jardins de Wadhara.

peut le mieux méditer sur ces souvenirs. Il date de 1632 et c est, dit-on, le plus ancien d'Europe. Le porche, dans le goût italien de l'époque, avec des statues de Charles I" et de Charles II. fut ajouté plus tard et payé en partie sur une amende infligée à Anthony AN'ood pour ses attaques contre Clarendon, Les arbres beaux et rares, les vieilles statues et les vases décoratifs composent un premier plan délicieux au pont et à la tour de Magdalen. qui .s'élève de l'autre côté de la rue. La rivière borde le jardin et tout en \ oyant passer les pi/nts et les tû/ioes des étudiants, on peut mettre en ordre la foule des souvenirs qui hantent Oxford, C'est un cimetière juif du moyen âge que ce jardin botanique du temps de Charles I'\

où quelques étudiants viennent apprendre aujourd'hui à mettre en valeur ■les forêts de l'Inde.

3Iais cette appropriation successive des lieux, ce mélange continuel des souvenirs et des st3-les c'est tout Oxford. L'unité de style a son intérêt dans la création d'un homme, comme Versailles, mais dans une ville façonnée pendant dix siècles par une foule d'influences diverses et contradictoires c'est une incohérence harmonisée par le temps qui est naturelle. On peut regretter qu'on ait détruit au xviir siècle le collège gothique de

l'Uoto UiUs cl Saundcr;., Oxiord.

Bâtiments monastiques à Worcester Collège.

Oueen's pour élever les grands bâtiments classiques que nous vo3'ons aujourd'hui dans High Street. Oxford n'y a pas beaucoup gagné comme ville d'art, mais c'est le goût de toute une époque (le collège fût rebâti de 1693 à 1730 par Hawksmoor et AVren) qui est fixé là, et Oxford ne serait pas Oxford sans ses bâtiments du xvin" siècle, majestueux comme la Radcliflfe Library, pesants comme les bâtiments de Clarendon. ou grotesques comme la balustrade des bustes qui entoure le théâtre Sheldonien. Cette architecture italienne attristée et noire qui règne alors, c'est l'art anglais qui s'endort jusqu'au moment où apparaîtra vers la fin du xviu'' siècle une splendide école de peinture, tandis que l'heure de l'architecture et de la sculpture ne semble pas revenue encore pour l'Angleterre.

LES TEMPS MODERNES

Cette inviision de lart classique se montre bien au collège de Worcester, qu'il ne faut pas manquer daller visiter au bout de Beaumont «Street, dans cette retraite relative qu'on appelle méchamment 13otany Ba}'. On \ a utilisé de façon très curieuse les antiques cellules d'un monastère de Bénédictins, Gloucester Hall, fondé au Xlli*^ siècle. Ces bâtiments forment une série de demeures indépendantes, avec des diiférences dans les niveaux et les toits qui montrent qu'ils ont dû être ajoutés successive-

Cour de Universitv Collège.

ment pour l'extension du monastère, dont la fondation primitive ne comprenait que treize étudiants. Les meneaux des fenêtres ont été enlevés, les armoiries distinctives des différentes maisons de l'ordre mutilées en plusieurs endroits, mais quelques détails de construction et d'ornementation fixent la date de ces bâtiments parmi les plus anciens d'Oxford. Quand on bâtit le collège actuel au xviii' siècle, les fonds manquèrent heureusement pour achever dans la pesante architecture qu'on y employa ce côté du qtiadranglc, et on laissa vivre les vieux bâtiments monastiques. Le jardin, moins soigné que quelques autres, est un des plus poétiques d'Oxford, avec sa pièce d'eau dormante ombragée de grands arbres. Le rêveur De Quincew qui n'était pas encore le 3langeur d'opium

qui devint célèbre, fut élève de Worcester et passait pour un grand original et un savant. Il travailla beaucoup et disparut avant de passer son examen.

A Pembroke. qui date du x\'ir^ siècle, mais qui a été remanié en stvle gothique au xix*" siècle, ce sont surtout les souvenirs du docteur Johnson qui sont intéressants pour le visiteur familier avec cette personnalité typique de TAngieterre du xviiT siècle. Il y a dans le Hall une réplique

l'iiulu liais et ^ilUlnler^, Oxtoiii.

Façade de Balliol CoUeoe.

de son beau portrait par Reynolds qui esta Londres à la National Gallery. Ce personnage, légendaire déjà, dont Boswell a écrit l'histoire, mériterait d'être plus connu en France, car il a façonné les esprits de toute une génération. On a souxent mis en contraste son affection })our Ox.brd rt pour son collège en particulier, quoiqu'il n'}- soit resté que peu de temps et qu'il n'y ait pas pris de grade, avec la mauvaise humeur de Gibbon. Peut-être le secret est-il moins dans une différence entre les deux collèges que dans le temi)érament des deux hommes. Gibbon, esprit très « continental » et de formation surtout fran(,'aise. ne comprenait pas aussi bien que Johnson, TAnglais de vieille race, le rôle traditionnel des

l'niversités. J/étudiaiU ])auvre ne s'est pas plaint, et c'est le riche coniiiioiicr ([ui n"a voulu voir (jue les mauvais côtés de la vie de collèo-e, la somnolence de ceux (|ui restent, à côté de l'entrain de ceux (|ui ne font que passer.

11 est certain du reste que le xvili'' siècle marqua encore à (Jxford une décadence sur le XVI1^ Les collèges loyalistes s'endormirent dans de \aines récriminations contre la nou\('ll(' dxnastie. la sottise et la préten-

Jardin d'Exeter Collège.

tion vinrent s'ajouter chez d autres à l'ivrognerie, sans la supprimer, et le savoir disparut presque de l' Université. Avec cela on n'était même pas tolérant, et les querelles religieuses jouaient encore un rôle important dans les disputes entre AVhigs et Tories, l.e portrait du Siiuirt (|ue trace un petit journal satirique du temps, Tcrrac Filins, est amusant, parce qu'il montre un t}pe aussi comi)lètement disparu des rues d'Oxford dans le costume actuel que dans celui d autrefois :

« C'est un élégant du ])remier rang, et de ceux qui vont tlans leur déshabillé académique, tous les jours entre dix et onzi heures du matin, au café de J.yne, ai)rès c[uoi il fait un tour ou deux au Parc, ou sous les murs du iardin de ^lerton, pendant que les sots ri'giiUcrs sont à dîner

dans le Hall, suivant les règlements. Vers une heure, il dîne dans sa chambre d'un poulet bouilli ou de quelques pieds de mouton, après quoi il se donne une heure au moins pour s'habiller, de manière à faire de nouveau son apparition au café. De là il ^-a chez Hamilton jusqu'à six heures et après avoir paradé dans la salle quelque temps et bu une citronnade, il va à la chapelle pour montrer comme il est bien habillé, et comme il sait bien psalmodier. Après la prière il prend le thé avec quelque beauté connue et l'accompagne aux jardins de 3lag-dalen ou au jardin du Paradis et revient ensuite. Il soupe rarement, et ne lit que des nouvelles et des romans.

« Quand il se promène dans la rue. on le remarque à sa robe de soie raide. qui fait un froufrou quand il parade... Ses habits sont doublés de soie voyante et sa chemise a des dentelles au jabot comme au poignet. En plus de tous ces signes distinctifs. il a une démarche emphatique et répand une odeur savante d'essences ' . «

On remarquera que dans l'emploi de la journée de cet élégant il n'y a pas une heure pour le sport, ce qui suffirait pour disqualifier un étudiant d'aujourd'hui, ^lais les jeux ne vinrent guère en faveur qu'à la fin du xviir siècle, au moment où le cricket fut inventé ou plutôt retrouvé.

Le satirique ajoute que tous les élégants d'Oxford de son temps '( n'étaient pas des nobles ni même des gentlemen eonnuoners. mais surtout des gens d'une classe moins élevée, qui ne pouvaient se permettre de suivre d'aussi près la mode qu autant que leurs merciers, tailleurs, cordonniers et perruquiers leur faisaient crédit, ce qui durait parfois jusqu'à trois ou quatre ans, après quoi on les voyait disparaître comme des comètes, dans la même obscurité d'où ils étaient sortis ». Sa conclusion était :

« Oxford s'enrichit chaque jour de beaux habits et de beaux édifices. Jamais les briquetiers, les charpentiers, les tailleurs et les perruquiers n'ont été plus encouragés. Chaque jour fait apparaître une nouvelle mode et élève un nouveau mur de pierre. 3lais si vous tenez à savoir si les bonnes manières et le savoir s'accroissent en proportion, j'ai une très bonne réponse à vous donner : N^on oninia possiimns onines. »

Oxford fut transformé à la fin du XViil'' siècle par les sports, la Révolution et les guerres de l'Empire, qui vinrent apporter un élément noulveau de patriotisme et de \irilile à ce petit monde endormi. Mais les col-

' Tcrrae Filins ^^1720), Xo XIA'I.

T,ES TE Ml' S MODERNES

lègcs étaient si nombreux et si richement dotés qu'il n'y eut pas besoin de fondations nouvelles. Nous n'en rencontrerons pas jusqu'après 1870, où furent fondés deux nouveaux collèges. Ainsi l'Oxford du grand mouvement religieux du xix" siècle, celui de Xewman, de Pusey et de Keble, et rOxford de Ruskin, ne virent pas de grand changement extérieur accompagner dans la physionomie de la ville cette grande révolution dans les âmes qui se rattachait ])ar plus d'un côté au romantisme.

l'h'to l.llllD.I

Bâtiments de Clarendon et théâtre de Sheldon.

Les collèges du xix*" siècle, Keble et Hertford, ne nous retiendront pas très longtemps. Keble Collège fut fondé, en souvenir du grand poète et conducteur d'âmes que fut John Keble, en 1870. C'est le seul collège pour hommes fondé au XIX' siècle, et il est intéressant de remarquer qu il se rattache à la fois au grand mouvement religieux qui sous le nom de mouvement d'Oxford a renouvelé l'esprit de l'église anglicane, et à l'idéal démocratique. On n'admet à Keble Collège que des membres de l'église d'Angleterre, et on s y est applicjué à réduire les dépenses de manière à rendre plus accessible la vie à Oxford aux étudiants sans fortune. Le collège est administré par un conseil qui représente les fondateurs et non par des fcUozi's se recrutant eux-mêmes par élection.

Les immenses bâtiments, de briques variées, sont plus heureux, à notre goût, comme effet de couleur que comme lignes. Le collège conserve la peinture de Holman Hunt, tlie Light ofthe World (la Lumière du Monde) que nous reproduisons. La photographie ne lui fait aucun tort, car la couleur de Holman liunt. entre tous les préraphaélites, est spécialement douloureuse, tandis qu'on peut admirer la conception et le sentiment de cette œuvre d'un des plus sincères de Técole. Une réplique de ce tableau a é"é récemment offerte à la cathédrale de Saint-Paul à Londres, et c'est, dit -on, parce que le collège d Oxford ne laissait voir le sien que mo3'ennant un droit d'entrée dans la chapelle.

Nous parlerons de Hertford Collège en dernier lieu, car les bâtiments n'en étaient pas encore achevés quand nous avons visité Oxford pour la dernière fois. Ce collège est cependant une très ancienne fondation, ressuscitée en 1874 par la générosité d'un banquier, 3L Baring. sur l'emplacement de 31agdalen Hall, qui avait succédé à un ancien collège de Hertford qui \ivait au XV" siècle, sous le nom de Hart Hall. Le collège ancien se signala i^ar son puritanisme et fournit un bon nombre des membres nouveaux introduits dans les collèges par les chefs républicains. Cependant, comme il ny a pas de règle sans exception, il a élevé lord Clarendon, l'historien royaliste de la Grande Rébellion et le bienfaiteur de 1 Université, ec Thomas Hobbes le théoricien de 1 absolutisme, aussi bien que Sir Henry Vane, le compagnon de Cromwell.

Des deux fondations anciennes à cet endroit il reste au collège moder ne une bibliothèque du XVI" siècle et d'autres bâtiments du XVIT' siècle. Lspérons que les agrandissements en construction laisseront subsister de quelque manière la petite boutique de libraire qui s'intitule fièrement u la plus ancienne maison d'Oxford ». et qui a dû faire partie d'un collège disparu, Cût ou Saint Catherine's Hall. La porte en est encore surmontée d'un bas-relief mutilé du XllT ou XlV" siècle.

Ce coin d'Oxford, à l'extrémité de Broad Street et au commencement de Holywell est un des plus amusants. Les vieilles maisons et les petites auberges du .siècle dernier font contraste avec les bâtiments classiques de Clarendon, autrefois occupés par rimi)rimerie de l'I'niversité et le Musée, et le Sheldonian Théâtre, qui n'est i)as un théâtre, car il n'y eut ])as de théâtre à Oxford jusqu'au XlX' siècle, mais un amphithéâtre qui sert aux grandes cérémonies universitaires. La petite ville que fut toujours Oxtord \()isine là avec la riche Université.

La jjlupart des collèges possèdent des œuvres d'art intéressantes, que

I,KS TEMPS MODERNES

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nous avons signalées autant que possible à mesure que nous les passif^ns en revue, surtout des portraits. .Mentionnons encore à P'xeter Collège, clans une chapelle moderne imitée de la Sainte Chapelle par Sir (lilbert Scott, la tapisserie offerte au collège par William Morris, (^ui l'exécuta sur les dessins de Sir Edward Burne Jones, et que nous reproduisons. La composition un peu trop imitée des tapisseries du xv® siècle a toute l'élégance de dessin du grand peintre, la couleur est moins heureuse.

C'est en somme une tentatixe très intéressante, quoi(:[ue un peu archaïsante, pour ressusciter un art perdu, et (jui n'avait jamais brillé en Angleterre.

Le patrimoine commun île r Université comprend la Bibliothèque Bodléienne, le musée UiiivcrsHy Gallcrics, et un musée d'histoire naturelle. De ces collections, la Bibliothèque Bodléienne est certainement la plus remar- ([uable et la plus universellement connue. Sir Thomas Bodley, ([ui réorganisa et développa au xvii^ siècle la Bibliothèque de l' Université ([ui a gardé son nom, mit 1 énergie d'un conq^uérant,

qu'on voit dans son beau portrait conservé à la IMbliothèque, à faire rechercher des livres ilans l'Europe entière. Depuis, des donations successives l'ont enrichie et elle partage avec le British Muséum, la bibliothèque de l'Université de Cambridge, celle d'Edimbourg et celle de Dublin le privilège du dépôt légal.

l'holo \V. II. \Vl eeU-r. Oiford.

La Lumière du Monde, peinture de Holman llunt. Ktb'e Collrge.

Les collections anciennes sont merveilleuses, et les manuscrits exposés suffisent à donner une idée des trésors qu'elles renferment. Un Français 3'verra avec plaisir quelques-uns de nos beaux manuscrits, entre autres un roman d'Alexandre qui fut offert à la Bibliothèque par Bodlev lui-même, et aussi le misérable petit cahier de jongleur du xr siècle qui contient le plus ancien texte connu de la Chanson de Roland. Les séries orientales sont aussi des plus remarquables, l'attention s'étant portée de ce côté dès le XViT siècle. Parmi les manuscrits d'auteurs anglais on remarque ceux de Shelley, qui renferment encore des inédits. La Bibliothèque possède d'autres reliques de lui, entre autres le petit Sophocle qu'on trouva dans sa main après sa mort.

Comme la Bibliothèque Bodléienne, les collections de tableaux et d'objets d'art réunies dans le bâtiment appelé University Galleries appartiennent à la corporation des collèges. Le musée de peinture contient des œuvres in'^éressantes des préraphaélites léguées par M. Combe liolman Hunt, Rossetti, Burne Jones) et quelques primitifs italiens, un Lilippo et un Filippino Lippi, et deux beaux portraits de Re^'nolds. L'origine de la collection est curieuse, c'était une sorte d'exposition ambulante qui renfermait des œuvres d'art, entre autres u curiosités », suivant l'usage du temps et qu'exhibaient des industriels du nom de Tradescant dont on voit les curieux portraits dans l'escalier. Cette collection fut acquise par le grand amateur Elias Aslimole, d'où le nom (XAshniolcan Muscinn que porte en particulier le musée de peinture. 31ais ce qui en fait avant tout l'intérêt c'est la série des dessins anciens qui en comprend 150 de Raphaël et 50 de Michel-Ange, connus de tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'art italien. Ils ont été souvent gravés, et reproduits de nos jours en une splendide publication éditée par M. Sydney Colvin. Le musée comprend encore des séries importantes de Rembrandt et de Van Ostade (eauxfortes et dessins) et Ruskin lui a légué toute une collection d'aquarelles de Turner qui vient immédiatement après celle de la National (xaller}'en importance et en beauté. On y voit beaucoup d'études faites en France par Turner pour sa série des Rivières de France et dont la plupart sont de petits chefs-d'œuvre de sa première manière.

Dans la section archéologique, il faut citer les marbres grecs des anciennes collections Arundel et Pomfret, du xv!!!*^ siècle, et les objets découverts à Cnossos dans l'île de Crète, entre autres le bas-relief en calcaire colorié et les si curieuses statuettes de terre à couverte de faïence qui ont fait sensation dans le monde des archéologues.

Il faut citer encore un objet unique comme intérêt historique. « le

LKS TEMPS MODKRXKS

bijou du roi Alfred » d une destination encore inojnnue, probah>lement une agrafe, en or émaillé sous cristal, avec rinscription anglo-saxonne :

Aelfred mec heht gewvrcax

Pli.. t. tlAivndon Près

Portrait de Bodley à la Bibliothèque'.

« Alfred m'a fait faire ». C'est en tous cas un charmant spécimen de bijouterie anglo-saxonne du ix." siècle, trouvé au xvii siècle près de Tile dAthelney, où on sait que le roi Alfred a passé.

'■ Reproduit avec rautorisation du Bibliothécaire <2n chef, sur un cliché fourni par la Clarendon Press.

La collection Fortnum. dans les galeries de l'Université, occupe deux salles. Elle contient surtout des objets d'art de la Renaissance italienne entre autres un admirable buste, portrait de !Michel-Ange, en bronze, un bas- relief en deux exemplaires cire et bronze, des plaquettes et des bijoux de la Renaissance, une belle série de majoliques de Gubbio et de Castel-Durante, des bronzes de Peter Vischer, etc.. Il faut espérer que cette collection très bien formée et surtout d'une grande valeur éducatrice par sa variété, sera encore enrichie.

Les deux autres musées d'Oxford, l'Institut indien et le 3lusée d'histoire naturelle sont des exemples de ce que l'on peut faire par la classification d'objets sans grande valeur intrinsèque. L'Institut indien renferme des collections ethnographiques du plus grand intérêt pour l'étude des divers peuples de l'Inde et très bien placées là, puisque bon nombre des aspirants à Vlndian Civil Service préparent leur examen à Oxford.

Le .Aluséum d'histoire naturelle fut créé en 1859 sous l'inspiration de Sir Henry Acland et de John Ruskin. Extérieurement c'est une tentative malheureuse pour concilier l'architecture vénitienne chère à Ruskin a\ec les exigences du climat et de la destination. A 1 intérieur Ruskin suggéra des détails intéressants, comme l'idée de construire tous les piliers de la colonnade en pierres différentes offrant en même temps des spécimens minéralogiques. Les chapiteaux en son: sculptés de plantes et fleurs indigènes d'Angieterre, d'une exécution malheureusement très inégale. Quand on connaît la passion de Ruskin pour l'histoire naturelle, on cherche avec intérêt dans ce musée une idée d art en même temps que de science. Les collections ethnographiques du général Pitt Rivers. ajoutées depuis la fondation, appartiennent à toutes les époques et à tous les pays, depuis les temps préhistoriques jusqu'à nos jours, et depuis les peuples sauvages jusqu'aux dernières survivances de sorcellerie ou de superstition dans l'Angleterre actuelle. Elles sont d'un intérêt unique à cause de 1 intelligence avec laquelle les objets sont groupés.

Un bâtiment de l'Université qu'on peut aussi visiter, mais avec une autorisation spéciale, et qui constitue une curiosité de premier ordre, c'est la Clarcndon Press, ou imprimerie de l'Université. Elle possède avec celle de Cambridge le privilège de l'impression des Bibles, qu'elle édite en toutes langues et dans tous les formats. Ses ressources lui permettent en outre de publier tous les ouvrages d'érudition dont l'Université lui confie l'impression. C'est une imprimerie modèle dans tous les départements de l'art du livre qu'on peut visiter là, et son plus beau titre de gloire est le catalogue de ce qu'elle a publié depuis plus de trois siècles.

],ES TicMi^s moi)I';rni:s

3lais, à nous attarder trop dans les musées et les bibliothè([ues, nous risquerions de laisser échapper un aspect caractéristique de la vie d()\ford, ce qui donne la couleur spéciale de la vie de .'■:es rues comme de sa vie intellectuelle. Oxford est une ville de jeunes gens, et cette population universitaire de 3 à 4.000 étudiants de dix-huit à vingt-cin([ ans, que les costumes rendent encore plus pittoresque, c'est la raison d'être de tout ce

l'huto W 11 WlKck-r. Oxt^id.

Tapisserie des Rois Mages à Exeter Collège, par Morris (.t Burne Jones,

que nous avons vu à Oxford. Une université est essentiellement un lieu de passage, une ville de jeunesse ccnsUimment renouvelée, mais on ne le voit nulle part mieux c[u"ici, où la ville a été faite pour elle. J.es é::udiants sont ici chez eux, non pas à lu façon hautaine et grossière des étudiants allemands, mais par la vertu d'une tradition consacrée par des siècles. Les batailles entre bourgeois et étudiants sont naturellement choses du passé, et la Ville et l'Université sont, dit-on, dans les meilleurs termes. Les désordres même d'Oxford, comme les bûchers allumés à certaines époques dans les cours de collège, où l'on sacrilie une partie du mobilier, ont quelque chose de prévu et de traditionnel qui

fait qu'on ne peut s'empêcher de croire que les autorités ferment les yeux, ayant probablement été coupables autrefois des mêmes crimes.

Les mœurs et coutumes de Viindcrgradiiate mériteraient une étude à part, qui vaudrait probablement une mauvaise renommée à son auteur. Elles ont été décrites dans le cours du XIX'- siècle dans deux livres très amusants et populaires en Angleterre, les aventures de Verdant Green. le frcshtiian ou « nouveau ». et Toiii Broicn à Oxford. Il y a quelque chose d'éternel et d'immuable dans le t^-pe. depuis le moven âge, de sorte que ces livres en apparence démodés sont encore vrais.

Un endroit favori de l'observateur est le coin des Christchurch incûdozcs où se trouvent amarrées les barges richement décorées aux armes des collèges, d'où on s'embarque poiu- la promenade ou l'entraînement sur la rivière. On peut y étudier à la fois Y iindergradiutc qui rame et celui qui regarde ramer, ces deux grandes classes de sportsmen entre lesquelles se partage presque également l'Angleterre. On sait que chaque collège a son équipe pour les différents jeux, bien connus maintenant en France. 31ais c'est peut-être encore la rivière qui est la plus populaire. Avec l'année scolaire commence l'entraînement pour l'admission dans les équipes de collège, puis viennent les courses des bateaux de collège entre eux. enfin la course entre les deux Universités rivales, qui a lieu, depuis soixante-dix ans environ, sur la Tamise entre Putney et 31ortlake. C'est un événement national, et les pronostics remplissent les colonnes des journaux pendant la moitié de l'année. On peut dire que c'est l'apothéose des Universités que cette fête, où les Anglais se réunissent par centaines de mille. C'est avec des jeux de cette espèce qu'on a créé et entretenu une solidarité nationale que nous pourrions envier, de même que les jeux olympiques ont créé la solidarité grecque. De plus, il est évident que si ceux qui rament dans le bateau de l'Université ou seulement dans celui de leur collège sont un peu perdus pour l'étude, c'est l'émulation créée qui entretient tous les étudiants dans le goût des sports. Il est presque impossible qu'on ne trouve pas dans la variété des jeux athlétiques et autres, quelque spécialité, où l'on peut réussir et, en fait, tout le monde joue, sauf quelques rats de bibliothèque.

C'est au printemps qu'il faut visiter Oxford, quand tous les jardins des collèges sont fleuris. En dehors de quelques rues centrales chaque maison a son jardin et la ville pleine de visiteurs a un aspect de fête qu'on ne donnera jamais à une grande ville toujours affairée. C'est en juin qu'ont lieu les grandes cérémonies universitaires, et chaque collège en profite pour donner des soirées, représentations de Shakespeare en plein air, ou

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dîners. I.e reste du teni])s se passe sur la rivière ou au l*arc de lUniversité, à assister aux matchs, ].a cérémonie elle-même appelée Comiiiriiioralion est imposante par les costumes et discours pompeux, amusante par les commentaires que la tradition veut que les étudiants y ajoutent, perchés dans les tribunes dans des attitudes plus ou moins correctes, comme notre i^Taxure du XX'IH" siècle le montre déjà. Tous les orateurs ou récipiendaires de grades honoraires ou autres étant parfaitement connus des

l'hut» \V. II. Wheelcr. ()xl..rd.

Cérémonie de la Commémoration, d'après une estampe satirique du xviii'' siècle.

étudiants, ceux cj^ui ont de Tesprit peuvent jouer le rôle du Tcitûc Filins ou bouffon avec avantage. On dit cependant que la tradition s'en va.

On sait que l'Université d'Oxford a souvent donné des grades honoraires à des écrivains, musiciens, artistes, même étrangers, qui seraient souvent embarrassés de comprendre les compliments qu'on leur adresse en latin. Notre illustration montre la procession solennelle se rendant à cette cérémonie et on }• reconnaît parmi les nouveaux docteurs. Rudyard Kipling et .Mark Twain, ce qui suftit à i)rouver que l'Université a le sens de l'humour et du pittoresque.

Les coutumes curieuses abondent encore à Oxford, et nombreux sont les collèges qui conservent encore dans ([uelques usages particuliers

des traditions qui remontent au moyen âge. On a collectionné et conservé ■pieusement ces vieux usages au lieu de les supprimer impitoyablement. Si on avait été aussi conservateur pour les bâtiments, Oxford serait la ville la plus pittoresque dEurope et il reste encore assez et plus qu'il ne faut pour faire regretter ce qui a péri. Un exemple t3-pique est celui de Ouern's Collège. Dans ce collège entièrement rebâti au xyiii*^ siècle, on a conservé des usages comme ceux-ci : tous les ans, le premier janvier, le trésorier offre à chaque hôte du collège une aiguille et du fil avec la recommandation : (c Prenez ceci et soyez économe, » et on dit que cette cérémonie rappelle le nom du fondateur Egglesfield au xiv'' siècle. On conserve dans le même collège la coupe de corne montée en or que ce fondateur lui a laissée, et on y célèbre tous les ans le jour de Xoël le dîner de la hure de sanglier, avec des chants appropriés et traditionnels mêlés d'anglais et de latin.

Ce sont tous ces traits qui créent à Oxford cette atmosphère du vieux temps, si charmante, qui n'empêche en rien le développement dune Université moderne. Xous ne pensons pas que les recherches d'un laboratoire de chimie soient beaucoup entravées par le fait qu'il est installé dans une ruelle étroite comme celle de Xew Collège, où rien ne semble avoir changé depuis le moyen âge, et on peut consulter les ouvrages les plus récemment produits par la science allemande dans les petites niches à travail qui garnissent la Bibliothèque Bodléienne depuis le xv" siècle, comme les cellules d'une ruche. On peut soutenir qu'on ne pourrait trouver un lieu plus propice au travail que cette petite ville calme et tranquille.

Pourquoi alors y travaille-t-on peu .' C est un problème qu'il serait indiscret de poser aux jeunes gens de dix-huit à vingt et un ans qui viennent là, comme nous l'avons vu, pour tout autre chose, et qui n ont souvent pas encore fait choix d'une carrière, .^lais parmi les autres, ceux qui restent comme felloijcs dans un collège, ou professeurs, il est certain, d'une part, c[ue des formalités inutiles occupent trop de temps, et que d'autre part la recherche personnelle n'est pas assez encouragée. Quelquesuns des plus brillants élèves de l'Université, comme 31 x\ndre\v Lang, l'ont reconnu, ceux qui restent à l'Université ne produisent pas ce qu'on pourrait attendre deux, parce que ce petit monde ne contient pas assez de motifs d'émulation. 31ais cet état de choses change tous les jours et peut-être aura-t-on un jour à regretter d'avoir trop mis l'Université sur la voie de la spécialisation scientifique, qui pourrait contrarier l'harmonieux développement qu'elle a réalisé'.

' Voir Andrew Lang, Oxford ; Percy CiarJner (professeur à Oxford), Oxford at the Cross Roads.

LES TEMPS MODERNES 77

Les environs dOxford complètent si heureusement la ville quil faut en dire quelque chose dans un livre consacré surtout à son aspect de ville dart. ].a campagne est telle qu'elle est restée dans toute la vallée de la Tamise qui n"a pas été envahie par rindu>trie. un ]>ay> charmant par sa verdure et sa belle rivière, tandis que presque tous les

Ceremonid de ia Coaiiuemûrauon u'OxiorJ.

villag-es et petites villes du voisinage ont quelque chose qui peut retenir latteniion. A ceux qui ne goûtent pas le charme de la campagne anglaise, tout de simplicité et de souvenir, il serait difficile de faire sentir celui d un village comme Wytham, où Cromwell vient assiéger Oxford, comme Godstow où est enterrée la belle Rosemonde

Rosa ijuinji non Rosj uiioida comme le disait son inscription, dans les ruines d'un monastère dont il

ne reste plus guère que les murs d enceinte couverte de lierres gigantesques.

Iffley, à quelques kilomètres d'Oxford sur la route de Londres, a une très intéressante église normande du XlT siècle, avec un portail à l'ornementation typique et barbare, dans un cimetière délicieux. Le moulin, brûlé cette année, était un but d excursion depuis des siècles. Plus loin Xuneham Courtena}'. avec ses beaux ombrages, est le type de la résidence de campagne anglaise, avec des vues charmantes. Abingdon est une délicieuse petite \ ille avec les restes d une très ancienne abbaye et un joli petit hôpital sur le bord de la rivière. C'était la ville rivale d'Oxford, dans des temps très anciens.

Au Xord. le village de AVoodstock est célèbre par le souvenir du grand Marlborough et le château de Blenheim. Les beaux tableaux de la collection (.^nt pour la plupart disparu, mais le parc suffirait à lui seul à faire visiter le château, qui fut offert au duc de 31arlborough en récompense de ses victoires sur nous. C'est un pesant édifice dans le st}le du commencement du xviii^ siècle, par Sir John Vanbrugh, l'autetir de comédies plus légères que son architecture.

Ce domaine fut offert au duc de Marlborough en 1704 avec une somme de 500.000 livres sterling. Ce fut la duchesse qui dirigea tous les travaux de l'architecte en lui imposant sa volonté dans les plus petits détails. Dans ces conditions le château n'était pas encore achevé à la mort du duc en 1722. Le célèbre jardinier Brown qui dessina aussi le parc de Xuneham Courtenay. fit les travaux nécessaires pour amener 1 eau dans le parc, se vantant que « la Tamise ne lui pardonnerait jamais ce qu'il avait fait à Blenheim ».

Le château contient encore une série de tapisseries de Bruxelles représentant les victoires du duc de ^larlborough. La célèbre bibliothèque a été vendue, comme aussi la plupart des tableaux. Il reste un grand Reynolds représentant un des descendants du duc et sa famille et deux Van Dyck dont un portrait de Lord Strafford. le malheureux ministre de Charles l^\ avec son secrétaire.

Cet entourage de petits villages intacts dans leur ap])arence » du vieux monde ». de châteaux historic[ues. d'abbayes ruinées, met Oxford, ville d'Université, dans son cadre national. Xotre Université de Paris n'est plus qu'un monument tout neuf entre des rues affairées de g'rande ville, mais tout, autour de ces Universités anglaises, suggère que l'on n a rien renié du passé national, depuis que la Révolution changea la d\nastie et la religion. Knct)re ces souvenirs de révolution sont-ils ici

LES TEMPS MODERNES

si adoucis par le temps, et le respect pour le passé, qu'il semble qu'il n'y eut là qu'une crise de croissance, et que les L'niversités d'Angleterre n'ont, comme la nation, qu'une histoire, qui ne date pas seulement de la Révolution, mais des tem])s bien plus anciens où les savants s'assemblèrent dans cette petite ville, pour enseigner dans les églises, les

Plaoto Taunt. ()\foi i.

Courses entre équipes de collèges.

monastères et bientôt dans des maisons à eux, qui devinrent les collèges, la science que leur temps cro3-ait seule nécessaire.

.Mais on n'étouffe cependant pas ici dans le respect de la tradition. L'institution ecclésiastique du moyen âge a dû s'adapter dans une large mesure à l'esprit laïque moderne. De même, le caractère trop aristocratique que les L'ni\ ersités avaient pris avec le temps car l'esprit d'origine était franchement démocratique et même, par certains côtés, égalitaire}, s'est modifié et se modifiera encore.

Le grand, l'unique défaut des Universités anglaises est de coûter trop

8o OXFORD

cher. L'accès en était presque interdit, jusqu'à ces derniers temps, à un étudian: pauvre, s'il n'obtenait pas une bourse. Le développement de l'institution des Xon-collcgiotc stiidcnts ou étudiants qui suivent les cours de rUniversLé et ont aussi leurs tutors ou professeurs particuliers sans résider dans un collège, permet à chacun maintenant de vivre à sa guise e: de réduire sa dépense à peu près comme il veut. Ces étudiants ne seronL jamais la majorité, la vie de collège est trop attrayante et inséparable de l'idée même d une Université anglaise, mais ils forment déjà une min()rité de dix pour cent environ, et s'ils étaient mieux organisés.

Château et parc de Blenhcim qu'après une estampe).

ils pourraient lutter avec succès contre les étudiants des collèges, car ils ont plus de temps et de liberté.

La création d'un collège plus économique. Keble. est un autre signe de la même tendance et enfin on a voulu que. même tles ouvriers restant occupés dans leur profession, pussent venir de temps en temps faire une saison d'études à Oxford. L'idée de Ruskiii Collège est due à deux Américains, mais elle a été encouragée à Oxford. L'étude de cette institution qui a déjà été faite en France, ne rentre piis dans le cadre de ce livre. 11 nous suffira de dire qu'elle a réussi et qu'elle prouve, si cette démon^tration était à faire, qu'il n'}' a rien d'incompatible entre l'exercice d une professicjn manuelle et la culture intellectuelle. Le douloureux roman de Thomas llardy. fiide F Obscur, se trouve ainsi en une certaine mesure démenti. Vn ouvrier c[ui se serait fait d'Oxford une idée niys-

LES TKMPS MODKRXES

tique, comme de la Jérusalem céleste du savoir, trouverait aujfjurd'hui une porte où frapper, et s'il le méritait par sa capacité intellectuelle, s'il avait surtout rap])ui d'un syndicat de sa profession, il pourrait venir étudier à Oxford pour vivre son rêve, ou pour le tuer.

L'institution a été bien nommée, car c'est à Kuskin et à ceux qui lont suivi, comme .Vrnold To3'nbee, qu'on doit le courant d'opinion qui a remué les vieilles X'niversités, qui a créé à Londres et ailleurs les Set fie-

riiuto So.TDic. Oxforil,

Moulin d'Irtiey, près d'Oxford.

ments ou Universités populaires qui ont si bien réussi là où les nôtres ont si tristement échoué, qui a créé aussi ï Univers/ fj Extension, les cours d'été qui attirent des centaines et des milliers d'auditeurs, l'éducation universitaire des femmes, et tant de choses qui ne permettent plus qu'on dise c[ue les « moines d'Oxford » se désintéressent de la vie de leur pa3's et jouissent en paix des l)ienfaits des fondateurs de collèges.

Cet aspect de la vie d'Oxford, il ne nous appartient pas d'en traiter ici, mais il est trop beau pour (|u"on ne nous ])ermette pas de le signaler. Oxford généreux, ouvert, ne disons pas à tous, car il est contradictoire et absurde de vouloir donner à tous l'éducation d'une élite, mais ]du^ largement, et choisissant dans un plus grand nombre les sujets qui

devront former cette élite, c'est un spectacle qui vaut qu'on s'y arrête. Il y a encore à faire dans cette voie, puisqu'Oxford, avec des revenus supérieurs à ceux de l'Université de Paris, a trois à quatre mille étudiants, au lieu de dix-sept mille. Avec l'organisation compliquée d'Oxford, il n"}^ a pas à songer à une c( réforme » générale et décrétée d'office, mais nous avons la conviction que l'Université ira sagrandissant et créera les enseignements qui manquent ou qui sont mal représentés. Par exemple le Tûylori'an Institutc, pour l'étude des langues vivantes, a d'excellents professeurs et une admirable bibliothèque, mais trop peu d'élèves, parce que cet enseignement de première importance dans une Université moderne n'a pas de tradition à Oxford et n'a jamais été encouragé. A\x contraire les cours de langues orientales sont suivis, parce qu'on a su diriger les étudiants d'Oxford vers Vliid/aii Civil Service.

Au point de vue esthétique, il y a peu de réserves à faire sur l'aménagement moderne de la ville, Oxford a évidemment beaucoup d'admirateurs qui veillent sur elle et qui n'ont laissé s'élever aucun de ces bâtiments de rapport ou d'industrie qui déshonorent maintenant nos plus belles villes. Le nouvel Hôtel de Ville (Town Hall) a de jolis détails extérieurs, une belle salle de concert et de réunion comme on en chercherait vainement dans la plupart des villes de province françaises. L'Hôtel des Postes est aussi spacieux que la petite ville le réclame, et même des bâtiments comme le nouveau Masonic Hall dans High Street, ou les écoles de l'autre côté du pont de Magdalen, ont su parfaitement s'adapter à la ligne des vieilles rues ou à la grâce du paysage. Le carrefour de Cowley Road et d'Iffley Road, avec une jolie fontaine couverte, est un exemple de ce qu'on peut faire avec peu de chose pour décorer simplement un coin de ville qui finit là en village.

Dans les maisons particulières, il est rare aussi qu'on ait manqué de goût et l'amour des fleurs et des arbres, si général en Angleterre, suffit à les décorer.

Banbury Road et les faubourgs de ce côté, le long du parc de l'Université, ne forment qu'un jardin semé de maisons plutôt qu'une rue avec jardins. Ainsi Oxford, même si elle n'était pas la ville historique que nous avons vu peu à peu s'édifier du xii' au xix"' siècle, mériterait encore le nom de ville d'art'.

1 Nous n'avons pu. dans cette esquisse, rendre justice à des collèges comme Univer^ sity et surtout Bcilliol, dont les bâtiments ne sont pas à la hauteur de la supériorité intellectuelle qui les met au premier rang d'Oxford.

Hgfciïfti44:

Pboto Falmer Clarté. Cambriii^

Clare Collège.

Paysage et situation de Cambridge. — L'Université au moyen âge. — La plus ancienne fondation : Peterhouse. — Les collèges du xiv siècle : Queen's. Corpus Christi. — Le xv"^ siècle : Jésus Collège et son église. — King's Collège, sa chapelle et ses vitraux-

— Les collèges de la Renaissance : Christ's et Saint- John's, Caius et Magdalene Collège, Sidney-Sussex, Emmanuel. — Trinity Collège. — Physionomie particulière de Cambridge. — Musées et collections : la Bibliothèque, le Fitzwilliam Muséum.

— Environs de Cambridçre. — Rôle social des deux Universités.

Lorigine de la ville et de 1" Université, dans l'imagination des historiens d'autrefois, était encore plus fabuleuse à Cambridge qu'à Oxford, car on la faisait remonter jusqu au roi Arthur, pour faire pièce à la fondation d'Oxford par le roi Alfred, sans aucun doute.

En réalité, la position géographique de Cambridge, par rapport à Londres, est à peu près la même que celle d'Oxford et présentait les mêmes avantages. La ville est sur la limite du district, autrefois mare-

cageux. qu'on appelle Fciilûinf, et qui s'étend jusqu'à la mer. et était encore en partie recouvert d'eau dans les temps historiques, comme le prouvent des noms comme celui de « l'île d'Ely ». Isle ofElv. qui se trouve aujourd'hui en terre ferme.

Si Oxford fut d'abord un gué. Cambridge fut. comme son nom l'indique, un pont, sans doute un des premiers passages praticables pour la route du Sud au Xord. C'est près de là que se trouvaient les digues qui servaient de retranchement contre les inondations et aussi contre les

L"i( École de Pythagore » (d'après la gravure de Sparrow, 1783).

ennemis. C'était l'entrée du pays bas qui fut un des refuges des Bretons contre les Romains et des Saxons contre les Normands. C'est aussi le carrefour de deux Aoies romaines et il v eut une station romaine au village voisin de Grantchester, sinon à Cambridoe même,

La Cam ou Granta se jette dans l'Ouse, qui est navigable en barque jusqu'à la mer, et Cambridge jouait le rôle de marché pour toutes les marchandises arrivant par mer à l.vnn, bien longtemps avant la fondation de l'Université, Il s'y tenait une foire célèbre pour tous les produits du continent et, comme à Oxford. 1 Tniversité s'établit dans une ville florissante, en rapports directs avec la capitale.

Cette ville fut fortifiée dès l'origine, mais Cambridge n"a conservé que le monticule qui marque l'emplacement d'un château normand détruit au siècle dernier. Castle Hill. Près de cet emplacement se trouve encore une

CA M 15 RI DGF.

vieille construction normande du Xir' siècle sur laquelle on a raconté beaucoup de légendes. Cette « école de Pythagore » aurait été le premier liàtimcnt où se serait donne'' à Canil)ri(lo-p un cnseio-nenient public, et la pro]iriéi('' des moines de la célèl)re abbaye voisine de ("rowland. Kn tous

Intérieur de l'église Saint Benêt.

cas, cette grande maison de pierre à deux étages dut être 1 habitation de quelque personnage important au temps delà conquête.

Cambridge a conservé un monument antérieur à la conquête normande, si c'est de l'époque saxonne qu'il faut dater la tour de Siii'iit Bciirf (Benoît ou Bénédict] qui sert de clocher à une église postérieure remaniée au XV' siècle. Cette tour carrée ressemble beaucoup, extérieurement, à celle de Saint-Michael d'Oxford, elle a les mêmes fenêtres singulières à

colonnettes en balustres supportant un couronnement monolithe, qui doivent être une addition postérieure, car le style de la grande arche qui donne sur l'intérieur de 1 église, avec des chapiteaux sculptés danimaux d un style primitif, indique une époque antérieure au Xii- siècle. Léglise a servi longtemps de cha])elle au collège de Corpus Christi, avec lequel elle communique par une galerie du XV" siècle.

Un monument curieux, qui date du commencement du Xir siècle, c'est l'église Ronde, officiellement Tég-lise du Saint-Sépulcre. Elle passe pour être la ])lus ancienne des rotondes iDàties en Angleterre par les Templiers à 1 imitation du [Saint-Sépulcre. Nous n'avons d analogue en France que la chapelle de Laon ', L'intérieur seul, à Cambridge, est bien conservé. L'étage supérieur, qui avait été refait au XV siècle, a été resta tiré complètement en style roman sur le modèle d'une fenêtre conservée et on a couronné le tout d'un toit conique en pierre. L'intérieur est imposant, avec les énormes piliers qui portent la voûte circulaire. La galerie a d'élégantes colonnettes romanes dont on s'est inspiré dans le portail extérieur, aussi refait au XIX' siècle. L église ne sert plus que de vestibule à une nef moderne dans le style du xv^ siècle.

L'église de Saint-31ary, sur la place du 31arché, est en même temps l'église de l'Université, et la cathédrale. Elle existait déjà en 1204. mais brûlée en 1290. rebâtie au xn"^ siècle et de nouveau en 1478, elle ne fut achevée qu'en 15 19 et présente peu d'intérêt au point de vue artistique. Les fenestrages manquent sur les bas côtés, mais l'église a encore son plafond de bois sculpté. Le clocher flanqué de quatre tourelles crénelées a un aspect inachevé aux yeux d'un Français, mais c'est une disposition commune en Angleterre, où les flèches sont rares. La décoration intérieure a disparu au temps de la Réforme, on se servit de l'église comme salle de théâtre, on y éleva au XVill^ siècle un extraordinaire monument de bois, à jikisieurs étages de sièges, pour les autorités universitaires, qui contemplaient ainsi de haut la foule des fidèles, qui se vengeaient en appelant Golgotha cet informe édifice.

Le livre de 3L J. W. Clark sur Cambridge, auquel nous avons sou\-ent eu recours, et qui reste le meilleur tableau des mœurs et coutumes de l'Université, est plein de détails curieux sur l'étrange usage fait de cette église de Saint-31ary jusqu'au xviii*" siècle. Pour la collation solennelle des grades, c'est là que le candidat avait à soutenir ses thèses, contre le Praevaricator qui était chargé de modifier ou de rendre ridicule la

' Voir Enlart, Miiiiiwl d'arclu-ologic française, 1, 38.

question proposée, de faire des allusions iiux actualités et des personnalités. Il y avait aussi à cette occasion des « discours en musique », en vers souvent très grossiers, qu'on écoutait religieusement. J-a bizarre cérémonie durait sept ou huit heures, on l'appelait Coiniiiciicciiiciit, et comme une

Intérieur de l'église du Saint-Sépulchre.

séance à l'Institut de France, c'était le rendez-vous des dames, et même l'auteur du plus fameux des « discours en musique », celui de 17 14. leur faisait dire que si elles étaient toutes restées chez elles, le Cominenccnieiit n'aurait pas valu grand'chose.

Quant à l'origine de l'Université de Cambridge et du système des collèges, elle est très probablement la même qu'à Oxford et il faut admettre qu'elle est inspirée d'Oxford à certains points de vue. .V Cam-

bridge comme à Oxford, la ville avait été envahie par les moines dans le .cours du Xill'^ siècle. Les Franciscains étaient venus s'établir en 1224 dans une ancienne s3aiag'ogue et en 1274 les Dominicains s'étaient installés sur l'emplacement actuel d'Emmanuel Collège. Les Carmélites, les .Vugustins, les Gilbertins (le seul ordre purement anglais, de Saint-Gilbert de Sempringham), d'autres encore les avaient suivis. Comme à Oxford il était inévitable que ces congrégations de laïques que furent les premiers collèges s'établissent en concurrence avec les monastères. Comme à Oxford aussi c est un ecclésiastique, Hugh de Balsham, évéque d'Ely, qui fonda le premier collège, celui de Saint-Pierre, ou Petcrhoiise^ en 1281, et le transporta en 1284 en son emplacement actuel.

Le plus ancien collège de Cambridge est donc postérieur à celui d'Oxford et il est dit expressément dans un document de 1280 que les studieux écoliers qui vivront désormais dans l'Université de Cambridge le feront « suivant la règle des étudiants d'Oxford qu'on appelle étudiants de 31erton \ »

Peterhouse n'a conservé que des restes du « très beau hall », atila perpulclira, qui fut bâti après la mort de Hugh de Balsham, pour la somme de trois cents marcs, à la fin du Xlll*" siècle. Notre illustration en montre les murs à contreforts, à côté de la tourelle hexagonale qui faisait communiquer les appartements du principal ' Mastcr) avec le Hall. Une ancienne église de Saint-Pierre donna son nom au collège qui remplo3'a comme chapelle jusqu'au moment où elle fut reconstruite sous le nom de Sainte-31arie la Petite fSaint-.Mar}" the Less), par opposition à l'église de l'Université. Cette charmante petite église du xiV^^ siècle servit à son tour de chapelle jusqu'au xyu*^ siècle. Elle est très simple mais a des fenestrages flamboyants ou plutôt « perpendiculaires », d'une grande élégance. Au xvii'' siècle, le collège éprou\a malheureusement le besoin d'avoir une chapelle à lui et la jolie église fut désertée pour une construction au goût du jour, avec une galerie à l'italienne qui la fait communiquer avec les bâtiments d'habitation. Et, en 1855, cette chapelle fut décorée avec des \-itraux de Munich qui sont là sans doute pour montrer tout ce que des vitraux ne doi\-ent i^as être.

Heureusement le collège en a de meilleurs, dans le Hall et dans la salle de Réunion, de 31orris et Burne Jones, représentant les hommes illustres du collège et des sujets de la Légende des femmes vertueuses de Chaucer. Ces vitraux de i)etite dimension sont jiarmi lesiilus réussis qu'ait

i Cite par C. W. SUibbs, C.TiiibriJgc. p. 08.

CAMHRII)(/E

produit la collaboration des deux artistes. La bibliothèque a été bâtie de 1.590 à 1633 sur le legs fait par le D"" Andrew Perne, principal du collège de 15^4 à 1590 qui légua non seulement ses li\res, mais l'argent pour construire. De son vivant la renommée de ce personnage était duf surtout à la

l'Uolo Palnier Claïke, Cambridge.

Tourelle d'escalier et hall de Peterhouse.

rapidité de ses évolutions politiques et religieuses. En ces temps troublés on était souvent obligé de changer d'opinion si on voulait rester en place, et les plaisanteries sur les « girouettes » étaient communes, comme chez nous en 1815. On créa un verbe latin pcDiarc qui voulut dire u changer », et l'inscription du clocher de Saint-Pierre, A. P. A. P. fut interprétée « Andrew Perne, Protestant, Papiste ou Puritain ». Mais ce brave Docteur doit être loué pour son amour des livres et sa générosité.

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En 1643. Peterhouse reçut la AÏsite du célèbre puritain iconoclaste, William Dowsing. La chapelle lui avait été signalée comme entretenant les traditions du catholicisme et. le 21 décembre, il sen alla avec des officiers et des soldats et démolit « deux grands anges ailés, les 4 évangélistes et Pierre avec ses clefs, qui étaient sur la porte de la chapelle et environ 100 chérubins et anges, et diverses inscriptions superstitieuses ».

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Hall de Clare Collège.

Peterhouse est le seul collège de Cambridge qui date du xiiT siècle.

Le xiv^ siècle n'y a pas laissé d'ensemble aussi bien conservé que Xew Collège à Oxford. Le collège de Lady Clare, fondé en 1338 sous le nom de Clare Hall, a été entièrement rebâti de 1638 à 1715. C'est d'ailleurs un bon exemple de ce que pouvaient faire les architectes angljis du XVir siècle quand ils n'étaient pas possédés de l'idée d'imiter l'architecture italienne de trop près. La chapelle seule est de mauvais goût. Le joli pont de pierre s'harmonise parfaitement avec les bâtiments formant façade sur le jardin ; c'est une des plus charmantes vues des Backs ou arrière-cours des collèges.

CAMHRIDGH

Pembroke, fondé aussi au XIV- siècle par une noble dame, Marie de Saint-Paul, veuve de J.ord Pembroke, n'a rien non plus qui remonte ])lus haut que le XV!!** siècle. .Même, la porte monumentale en brique a été recouverte de pierre au xviil siècle, selon la funeste pratique de

Photo Pjluiei- Claïke, CamI.ridu-e.

Intérieur de la chapelle de Jésus Collège.

l'époque à Cambridge. Sir Christopher Wren fut rarchitecte de la chapelle et du cloître voisin et on dirait qu'on s'est amusé à collectionner les styles dans ce collège, car une des cours est dans le style de la Renaissance française, et fut bâtie de nos jours par Sir Gilbert Scott. La fondatrice Marie de Saint-Paul, était une Française d'origine, fille de Guy de Chàtillon. Dans ses statuts primitifs le collège devait être en partie donné à Tordre des Franciscains, un des deux recteurs devait être un trère

mineur et l'autre un séculier, mais les statuts furent re visés et finalement aucune connexion ne s'établit avec l'ordre franciscain, ce qui aurait été un exemple unique dans les annales des Universités. Les curieux bâtiments primitifs, qu'on connaît surtout par la planche de Log-gan dans sa CniitûbriQ-ia illiistrûta, furent détruits en grande partie de nos jours,

quand le collège fut reconstruit en 1874.

Jcsiis Collège, qui ne fut fondé qu'au xv"" siècle, a cependant la plus ancienne des chapelles de Cambridge. L'évèque Alcock qui le fonda en 1497 à la dissolution du ^lonastère de Sainte-Radegonde. conserva la chapelle de ce couvent, qui date des Xii*" et xiiT' siècles. C'est certainement la plus intéressante des églises de Cambridge, au point de vue purement architectural. A la transformation, au XV siècle^ on se contenta de cacher sous la maçonnerie et le plâtre bien des parties retrouxées de nos jours, comme les arcades normandes qu'on voit dans le bras droit du transept et les charmantes arcatures à décor de feuillage retrouvées sous le cloître. Du reste, les ailes latérales furent démolies, les murs surélevées et le toit changé, mais les détails comme la piscine romane à arcs entrecroisés, les arcades trilobées du chœur, les stalles de bois du XV® siècle dont nous donnons un spécimen, forment un ensemble ancien très intéressant, auquel il faut ajouter une belle série de vitraux par 3lorris et Burne Jones, peut-être moins heureux comme couleur que ceux de la cathédrale d'Oxford, mais d'un beau dessin.

Le reste du collège est en grande partie du temps de la fondation et ])résente de jolis détails, comme la porte qu'on voit ici, aux armes du collège les coqs de lécusson du fondateur). Les jardins à lancienne mode sont charmants et la situation, presque en dehors de la ville, particulièrement agréable et paisible, fcsiis Close s'étend du côté de la rivière et c'est là que le poète Coleridge, élève du collège de 1791 à 1794. a composé quelques-uns de ses vers de jeunesse. On n'a malheureusement de lui qu'une mauvaise copie de son portrait par Washington AUston. Un autre

Photo Palmer CL.rke, C.iinln i.l,.;e.

Détail des stalles, Jésus Collège.

C A M lî R I D G E

élève célèbre du collège fut Lawrence Sterne, dont on voit le portrait fjar Allan Ramsay.

De nos jours Jésus Collège sest beaucoup agrandi, mais a su conserver avec goût l'arrangement des jardins et des bâtiments anciens, La partie moderne, en brique rouge, et sans prétention, ne fait pas

Jt'lioto PaliiK

Jésus Coiiege, porte du cloître.

tort à l'ensemble. Jésus Collège un peu à l'écart de la ville et de la rue, a un air de retraite qu'il doit peut-être à son origine monastique et qui est des plus pittoresques. Ses jardins ont aussi plus d'intimité que les Backs des autres collèges et, de toute manière, c'est un de ceux où on retrouve le mieux cet air du moyen âge que Cambridge a moins bien conservé qu'Oxford. Cela ne l'empêche pas d'être un des plus brillants collèges.

Celui de Corpus Christie^i surtcmt intéressant historiquement, comme

fondation des guildes de la ville de Cambridge. A ce titre, il est seul de son espèce, à Cambridge et ailleurs.

En ce temps-là au Xiv*" siècle . dit FuUer'. il y avait deux guildes ou fraternités éminentes dans le peuple de la ville de Cambridge, consistant en frères et sœurs vivant sous l'autorité d'un chef choisi annuellement. L'une était appelée Guilde de Corpus Christi, et faisait ses prières dans l'église de Saint Benedict, et l'autre. Guilde de la Sainte Vierge, et observait ses offices dans l'église Saint ^lary... Ces deux guildes s'étant heureusement mariées, elles ne furent pas longtemps sans enfant, inais un petit collège fut bâti par leur effort commun, qui. portant le nom de ses deux parents, fut appelé Collège de Corpus Christi et de la Bienheureuse 3larie... »

Ce bizarre langage signifie que deux guildes ou corporations religieuses s'unirent pour fonder un collège, pour qu'il fût accessible à ses membres. Ces guildes de Cambridge n'étaient pas des corporations de marchands, comme les puissantes associations des Pays-Bas, mais surtout des confréries religieuses ; elles pouvaient posséder, et on a la preuve que des terres leur furent données en propriété.

L'intention de la fondation fut probablement d'établir un lien entre la Ville et l'Université, qui ne s'entendaient pas mieux à Cambridge qu à Oxford. En 1381, par exemple, au moment du soulèvement de Wat Tyler, éclata à Cambridge une révolte des bourgeois contre l'Université analogue à celle que nous avons vue à Oxford en 1354. Le tocsin sonna à Saint 31ary, on courut aux coffres de l'Université, et on brûla les chartes, les archives et les comptes sur la place du marché. Une vieille femme ramassa les cendres et les jeta en l'air en criant : « Ainsi périsse la science des clercs ! A mort, à mort ». Si on ne paraît pas avoir traité les personnes aussi cruellement qu'à Oxford, on coupa les arbres des collèges pour défigurer les jardins. Il ne faut pas oublier que les membres de l'Université étaient non seulement privilégiés, et maîtres spirituels et politiques de la ville, mais qu'ils étaient propriétaires de prés de la moitié des maisons, et probablement mauvais propriétaires. On pensa peut-être, en fondant un collège, avoir accéda l'Unixersité et améliorer les rapports. L'effet, en tous cas, ne fut pas immédiat, puisque nous voyons la grande émeute venir après la fondation de Corpus Christi.

Du collège ancien il ne reste qu'une petite cour qu'on croit être Tori-

' Fuller, Histoiv of the University, cité p;ir C. W. Stubbs. C.jiubriJ^<\ p. 122, auquel nous empruntons l'histoire de la fondation.

cAMin^iDGi-:

oinale. Il n'avait pas de chapelle, la ouilde employant son église de Saint Benêt, dont nous avons parlé.

J.es souxenirs les plus intéressants du collège sont peut-être ceux de Christopher .Marlowe, le plus grand poète dramaticiue de la Renaissance anglaise avant Shakespeare, c[ue laine a un peu trop représenté comme un « sauvage ivre ». dans son Histoire de la littérature anglaise. C était, il est vrai, un f(^rt mauvais sujet, ([ui fut tué à trente ans dans une rixe de

Phutu lliUs et S.iumiers. Caïubrid.i.

Chapelle de King's Collège.

cabaret, mais en même temps un bon élève de Cambridge, comme le prouve en particulier sa ravissante traduction ou plutôt imitation d'Héro et Léandre.

John Fletcher, le collaborateur de Sir Christopher Beaumont dans tant d'œuvres charmantes, fut aussi élève de Corpus Christi. En voyant ces architectures un peu noires et tristes, il faut se rappeler tout ce qu'elles ont abrité, tlepuis la Renaissance, d'esprit, dévie et de poésie. Cambridge est, bien plus qu'Oxford. l'Université des poètes. Après Fletcher et 3Uirlo\\e, nous y rencontrons -^liUon, Gray, Coleridge et Wordsworth, Byron et Tennyson.

.^lais nous ne pouvons nous permettre de rechercher ici si des influences spéciales n'avaient pas créé un terrain favorable à la poésie. Avec le XV*" siècle, nous arrivons à King's Collège, dont la chapelle est la gloire de Cambridge. Il est vrai que Ruskin la comparée irrévérencieusement à un tab(Hiret les pieds en 1 air. à cause de ses quatre hautes tourelles aux quatre coins, mais il était d'Oxford. En réalité, l'effet est dû surtout à l'isolement de l'édifice, seule partie des plans originaux qui aient été exécutées. Ici comme à la vSainte Chapelle, c'est surtout à 1 intérieur de la prodigieuse cage de verre C[u"il faut chercher l'impression de beauté, et on ne peut nier quelle ne soit grande. Construite de 1446 à 1515 dans le plus pur style perpendiculaire anglais, avec une merveilleuse voûte en éventails fatitraccry , analogue à celle que nous avons vue à l'Ecole de théologie d'Oxford, et donnant moins l'impression de pesanteur à cause de la grande hauteur', et aussi parce que les clefs sont moins retombantes, la chapelle est malheureusement coupée par un jubé de bois couronné d un orgue. Toute sa décoration est héraldique, répétitions à l'infini des roses de York et de Lancaster. de la herse de Beaufort et des initiales des trois Henry qui ont contribué à la construction. Plenry A'I. Henr\- A'II. et Henry VIII.

^lais Tenchantement réside dans les vitraux. Il y a vingt-six fenêtres, douze dechacjue côté et deux grandes faces aux extrémités. La grande baie à l'ouest est seule garnie de vitraux modernes. Tous les autres sont ceux qui furent exécutés de 15 15 à 1530 environ par des verriers anglais, entre autres par Bernard Flower, verrier du roi en 15 15.

Chaque baie comprend verticalement deux parties séparées par un ange ou « messager » portant une banderole sur laquelle on lit la légende des sujets qui interprètent, en haut, l'Ancien Testament et en bas le Nouveau, dans leurs correspondances. La couleur est très belle, avec cette prédominance du verre blanc qui semble caractériser le vitrail anglais.

Dans le dessin on remarque une influence de l'art flamand qui n'étonnera pas cjuand on saura qu'un certain nombre des sujets furent exécutés en Angleterre et sous la direction des verriers anglais, mais par des artistes flamands. Xos reproductions de deux fragments de ces vitraux donnent quelques-unes des tètes les plus caractéristiques, qui sont de véritables portraits, et d'excellents spécimens de l'art du verrier en même temps.

On remarque avec quel art les parties bien conservées sont des>inées

^ Les (iinitnsion::; sont environ 911 mètres de longueur. 13 de largeur it 25 mètres de hauteur à rintérieur. pour une nef unique.

("A:^nîRn)(iE

par les plombs. Dans d'autres endroits trop restaurés (les comptes du coUèg'e font souvent mention de ces restaurations anciennes^ les plombs forment au contraire un réseau trop serré (\u[ nuit à l'effet g-énéral.

Quant à l'invention des sujClS, .M. J. W. Clark a parlé du Spcciiimn hit-

l'I.uto VAmtv Clarko. Cuiiln i.l.e

Portail de la chapelle de King's Collège.

rnanae salvationis ou « Miroir de la rédemption humaine «' dont il y a des éditions du xv^ siècle avec des figures dues à des artistes allemands, flamands ou hollandais, mais on n'a pas fait de rapprochements précis, et cette étude ne sera pas possible tant c[u"une reproduction intégrale de ces superbes vitraux, qui le méritent amplement, n'aura pas été publiée.

' Ce serait un exemple de plus de rinfluence de ce recueil sur lart du vitrail, signalée par M. E. Mâle dant- VArt Religieux à la fin du yioyen Age, 1908, chap. v.

Plioto Palmer Clarté, C.imbrid^e.

Détail des vitraux de Kins's Collège.

Il ne faut pas chercher dans la chapelle de King-'s Collège Téblouissement de pierres précieuses des vitraux de la Sainte Chapelle. Il y a toute la distance de l'art du Xlll*^ siècle à celui du XV% auquel les vitraux de Cambridge appartiennent par leur inspiration mais l'ensemble est imposant, dans ses grandes dimensions, par la, largeur du style et le sérieux de la couleur.

La chapelle de King's Collège eut la chance d'échapper au vandalisme des puritains et en particulier de ce Dowsing. que nous avons déjà rencontré à Peterhouse et qui, vers 1643. « courait le pays comme un fou en brisant les vitraux ». On possède le journal de ce"^ énergumène, qui se proposait de rendre visite à King's Collège, sans doute pour y détruire les « mille peintures superstitieuses » des vitraux, mais heureusement il semble s'être tenu tranquille après avoir reçu quelque argent. Il y avait des puritains de toute espèce, comme 1 exemple de Milton le montre assez, et le principal du collège qui était lui-même un Puritain intervint probablement pour sauver sa chapelle '.

La décoration héraldique qui est répétée dans tous les détails de l'édifice et aussi dans les vitraux, lui donne une signification historique très vivante. C'est comme un immense bijou armorié qui porte les emblèmes de toutes les familles qui ont gouverné l'Angleterre au xvi'^ siècle. Quoique le traitement en soit d'un style un peu sec, surtout dans les boiseries, et n'ait pas l'élégance su])rème des chefs-d'œuvre héraldiques du Bargello

' j. \\'. Clark. Ciiiiihriiigc, p. 173-175.

l'hjlo l'aimer Clarté. Ombridï

Détail des vitraux de King's CoUeoe.

et de Seinta Maria Xovella, cette répétition à l'infini des mêmes motifs a sa grandeur et donne à lédifice son caractère particulier de chapelle rovale, d'autant plus que Cambridge est la A'ille du blason, et que les mêmes armes répétées sur les portails de plusieurs collèges, entre autres de ceux du Christ et de Saint-Jean, viennent à faire l'effet d'appartenir à la ville même.

Les boiseries des stalles du chœur, dont nous montrons ici une partie, sont d'un style assez français, dans leurs arabesques Renaissance. Elles sont datées de 1532 à 1535 par les initiales de Henry \lll et Anne Boleyn. Les portes ont été refaites en 1636 et sont décorées des armoiries de Charles I^'.

C'est dans la chapelle de King's Collège que la reine Elizabeth fut reçue lors de sa visite à Cambridge en 1564. Elle fut accueillie à la porte par un discours latin dune demi-heure, qu'elle écouta à cheval en faisant des courbettes devant le portail. Le lendemain elle y entendait encore un sermon en latin dans l'après-midi, et dans la soirée, étrange contraste, VAiiliilairc de Plaute fut jouée en latin dans l'Ante-Chàpel. On voit que les autorités de Cambridge avaient encore après la Réforme une conception toute médiévale de l'usage qu'on peut faire d'une église et rien ne nous éclaire mieux que des faits de cette nature sur cette époque de pédantisme et de religion inextricablement mêlés que fut là Renaissance anglaise.

Les autres bâtiments de King's Collège ne sont pas malheureusement

100 CA^IlîRIDGE

à la hauteur de la chapelle. La plus g-rande partie est une mauvaise imitation gothique, des xviii" et xix*" siècles. Il faut faire exception pour la cour de derrière, sur la rivière, bâtie dans le st3'le du xv*^ siècle, et le bâtiment de briques qui log'e l'école des choristes de la chapelle.

11 faut rapprocher du collège du roi Henry A'I celui de la reine 31arg-uerite d'Anjou, sa femme, le collège de la reine ou Once n s Collège c^ui fut fondé sous son patronage en 1447. La petite reine, arrivée de France à làge de quinze ans, adressa tout de suite à son mari une pétition pour avoir l'honneur de fonder un collège à Cambridge. « comme les deux nobles et dévotes comtesses de Pembroke et de Clare. qui ont fondé deux collèges, en grande réputation pour les vertueux et honorables clercs qui ont été élevés par eux en grande multitude. »

Malheureusement il ne reste plus guère du collège original qu'un cloître en briques, très simple, dont nous savons qu il était déjà bâti en 1494. La décoration du Hall est du xvr siècle. Il est probable que le même architecte a dessiné Eton Collège, King's Collège et ce cloître du Collège de la Reine. On a remarqué aussi l'analogie entre ces constructions; le château de Haddon Hall, et dune manière générale, les collèges de Cambridge avec leurs bâtiments de brique, quand ils ont été bien conservés, rappellent plus encore que ceux d'Oxford l'architecture très simple des maisons nobles de campagne de la Renaissance anglaise. Le joli bâtiment qui est bâti au-dessus du cloître du côté Nord a été construit vers 15 10, mais remanié.

L'hôte le plus célèbre de Oueen's Collège est Lrasme, dont on montre la promenade favorite sous les arbres, de l'autre côté du pont de bois qui passe la rivière derrière le collège. Cette promenade n'a d'ailleurs été plantée qu'au XVir" siècle. C'est à Oueen's Collège c^ue le grand humaniste prépara son édition du Nouveau Testament en grec, c]^ui devait faire une révolution dans la critique. Ses lettres écrites de Cambridge sont très amusantes. 11 v resta sept ans, en grondant sans cesse contre le climat, la peste et le mauvais vin. Ce savant qu'on n'aurait pas cru si épicurien, sur la foi du portrait d'IIolbein, se faisait envoyer du Ain grec, et du meilleur, et gardant le tonneau \ide <( ])<)ur jouir au moins du ])arfum », il se plaignait de la dépense. 11 y a de lui au collège ])lusieurs ]iortraits qui ne font pas oublier celui d'Holbein, mais dont un est intéressant par sa ressemblance avec la gravure d'Albert Durer. C'est la coi)ie d'un original ancien perdu.

Il est bon de se rappeler ici les vivantes ])aroles d Krasme sur son travail de défrichement sur le terrain de la reliuion : u Comme si le Christ

CAMBRIUdH i"i

avait enseigné de semblables subtilités, des subtilités que quelques théologiens à peine peuvent comprendre, comme si la force de la religion consistait à ce que l'homme l'ignore 1... Je désire que même la plus faible femme puisse lire les Evangiles et les Kpîtres de saint Paul. Je désirerais ciu'ils fussent traduits dans toutes les langues, de manière à pouvoir être compris non seulement par les Ecossais et les Irlandais, mais même

Photo l'aimer Clarle. C.cinbiid^e.

Détail des voûtes Je la chapelle de King's Collège.

par les Sarrasins et les Turcs. .^Lais la première chose à faire pour qu'on les lise, c'est de les rendre intelligibles au lecteur ! J'attends avec impatience le jour où le laboureur s'en chantera des fragments en menant sa charrue, où le tisserand les répétera à l'accompagnement de sa navette, où le voyageur amusera avec leurs histoires l'ennui de son voyage. »

C'est l'hospitalité des Universités d'Oxford et de Cambridge et leur libre esprit qui permirent la publication de cette œuvre et sa diffusion.

Le souvenir d'Erasme nous amène à la Renaissance, qui fut aussi brillante à Cambridge qu'à Oxford, quoique un peu plus tardive. Une date significative est celle de l'introduction de 1 imprimerie. Le premier livre

Détail des stalles du chœur. Kiuç's Collesre.

imprimé à Oxford date probablement, comme nous l'avons vu. de 1478, et le premier livre imprimé à Cambridge, de 1521 seulement. Dans la chapelle de King-'s Collège, nous avons vu le dernier grand monument de l'art gothique anglais à Cambridge, moins archaïque en architecture qu'Oxford. Xous n'y verrons pas la tradition gothique s'y continuer jusqu'au xvil"-' siècle. Intellectuellement aussi, on peut dire que Cambridge prit plus rapidement l'empreinte de la Renaissance, et plus profondément. La i^lace qu'on }" a toujours donnée à la science et en i)articulier aux mathématic[ues. la tradition encore ])lus classique que religieuse ])er-

pétuée dans la philosophie du xvii' siècle par 1 école des platoniciens de Cambridge, tout cela montre un état d esprit qui fut assez différent de celui d'Oxford. .Mais cela ne s'exprime pas à la Renaissance par un art original. A Cambridge comme à Oxf(jrd, nous trouvons alors des imitations

riulo liais cl S,iuadei>, C.iu.biid-e

Intérieur de la chapelle de King's Collège.

de Tart italien souvent assez heureuses, mais ce sont toujours des imitations.

Les collèo-es de la Renaissance, à Cambrido-e sont ceux du Christ et de Saint-Jean, celui de la Trinité, Caius Collège et Magdalene Collège. Chris t^s Collège fut fondé en 1505 par lady 3largaret Beaufort, com-

:o4 CAMBRIDGE

tesse de Richinond, mère du roi Henri VII, qui fonda aussi Saint John s 'Collège. Les superbes écussons qui sont sur les portails presque sem- Vdables de ces deux collèges sont aux armes de France et d'Angleterre, supportées par les antilopes de Beaufort. Le semis de marguerites rappelle

Portail de Christ's Collège.

aussi le nom de la fondatrice. C'était une savante princesse, qui traduisit des livres du français en anglais pour les premiers imprimeurs anglais Pynson et AV3'nkyn de "Worde. 31ère d'un roi et veuve à quinze ans, elle partagea sa vie entre son fils et le souci des bonnes œuvres. KUe est enterrée à Westminster où l'on voit sa statue couchée, par Torrigiano, ce rival lie 3lichel-Ange, qui lui cassa le nez d'un coup de poing dans une querelle d'atelier.

CAMBRILX.E

Elle voulut avoir son appartement particulier dans ce collège du Christ et on V a retrouvé encore en 1S87 une cheminée armoriée du temps sous le plâtre d'une cheminée moderne. La fondatrice s'intéressait personnellement au coUèoe et vint y faire des séjours. On dit qu'un jour elle passa la tète à sa fenêtre, entendant réprimander un étudiant par le Principal, et lui dit •' Doucement, doucement ■ ■< ne voulant pas demander

Hhota Paloier Clarke. l'imbriilie.

Laa\- Margarei Biauiort, a après !e loaibc^au de Westminster.

son pardon, mais adoucir sa punition, miséricorde etjustice étant le meilleur mélange pour ceux qui pèchent' ».

Christ's Collège est un de ceux qui ont la physionomie intellectuelle la mieux marquée, et la plus heureusement faite de tolérance et d'intelligence. C'est avant tout le collège de John Milton, de Londres, ancien élève de l'école de Saint-Paul en cette ville, qui y fut immatriculé en 1624 et paya comme droit d'entrée dix shillings. Il n'avait que seize ans. et une tradition veut ciu'il ait encore été fouetté au collège, mais les autorités s'en défendent. On l'appelait la Dame, à cause de sa jolie figure, que nous montre peut-être un portrait contemporain daté de 1629, con-

^ Fuller. Histoire Je l'Université, cite* par Stubbs, p. 230.

io6 CAMBRIDGE

serve dans le Hall. Le collège a aussi un buste de lui, mais dune authenticité douteuse. En 1908, on y a célébré dune manière très intéressante le troisième centenaire de Milton par une exposition de tous les portraits, souvenirs et documents relatifs à .^lilton qu'on a pu rassembler à Cambridge, qui a assez de raisons de revendiquer .Milton. car son Ode sur la Nativité, ses Vers sur une musique solennelle et le passage du Penseroso où la poésie de l'art gothique est, pour la première fois peut-être, exprimée, et qu'on ne peut s'empêcher de rapporter à la chapelle de King's Collège, datent de son séjour à Cambridge. Si Milton ne fut pas un puritain ennemi des arts, c'est peut-être à Cambridge qu'il le doit autant qu à l'Italie. On montre encore la promenade de 31ilton, et le mûrier de 31ilton, et le collège a des jardins charmants.

Il a encore été le berceau de l'école de philosophie appelée des « platoniciens de Cambridge », au xvir' siècle, belles âmes bizarres, comme Henrj^ More, qui s'efforçaient de concilier la pensée grecque avec la religion chrétienne, le platonisme avec le christianisme, avec un pittoresque dans la théorie abstraite qui rappelle un peu Platon lui-même. Ce fut aussi le collège de Charles Darwin. Ce collège qui a de si beaux souvenirs a été malheureusement restauré. Les bâtiments de brique ont été refaits en pierre suivant la mode de Cambridge au xviir' siècle, et il ne reste plus guère d'intact que le portail.

Sailli John' s Collège, fondé aussi, comme nous l'avons dit. par lady Margaret Beaufort , ne fut bâti qu'après sa mort. 11 a succcédé à un hôpital des frères de Saint-Jean l'Evangéliste qui lui a donné son nom. Ici les Ijàtiments d'origine sont mieux conservés, et la brique a pris une couleur charmante, surtout dans la seconde cour. La première, ainsi que la porte monumentale, fut bâtie de 1510a i 520. Le hall a été modifié mais conserve ses boiseries et les vitraux héraldiques. Il contient un curieux portrait de la fondatrice attril:)ué à Lucas de Heere. La seconde cour date de 1598, elle est de Ralph Symons, un architecte que nous verrons encore à l'œuvre dans plusieurs collèges postérieurs à Saint John par la date de leur fondation. C'est l'ensemble le plus parfait qui reste à Cambridge de cette architecture domestique du XVT siècle anglais qu'on regrette tant de voir chassée par l'italianisme. La bibliothèque date du XVir' siècle (de 1624 à 1628), et l'intérieur est un des plus riches et des plus beaux de l'Université. Des deux ponts l'un, couvert, est de style gothique, moderne et ennuyeux, et l'autre appelé Kitchen Bridge, est ancien et charmant. La chapelle est de sir Gilbert Scott, et la vue qu'on voit ici du clocher, ])rise entre les beaux arbres qui bordent la rivière, est la i)lus

CAMHRlD(iE

favorable qu'on puisse donner de ce froid édifice. On y a conservé quelt[ues sialles en bois sculpté de la cha]:)elle anrienne. cl une jolie piscine

Photo Paliuci- Cl.irke. Cimbiiduo

Clocher de la chapelle de Saint John's.

romane copiée à l'époque sur celle que nous avons \ue à Jésus Collège. Caïus Collège est un des plus amusants témoignages de ce formalisme pédant delà Renaissance, qui, mêlé à des rappels de symbolisme

io8

du moven âge. tenait une si grande place dans l'esprit et dans l'art du temps. I:e médecin Caius qui l'a fondé en donnant une nouvelle vie à l'ancien collège de Gon ville, était si célèbre qu'on pense que c'est encore à lui que Shakespeare fit allusion, plus de cinquante ans après sa mort, en donnant le nom de Caius au médecin des Joyeuses Commères de Windsor. Il est vrai que celui-ci est personnage grotesque, et Français, tandis que le

HBolu Palluer Clarke, Ciiubiiii^e.

Intérieur de la Bibliothèque de Saint John's.

D' Caius de l'histoire était bon Anglais, et savant très grave. 11 avait été élève du collège de Gonville. puis il avait fait ses études de médecine à la célèbre Université de Padoue. où il était même devenu professeur. Revenu en Angleterre, il \"!)ulut enrichir « cette pauvre maison qu on appelle Gonville Hall » et obtint pour elle une nouvelle charte en 1553. Les trois portes monumentales du nouveau collège, la porte de l'Humilité, par la(iuelle on dexait y entrer, et la porte de la \'ertu. qui mène à celle de riionneui', >ont de son in\ention et la dernière fut. dit-on. bâtie sur son dessin. Elle ne fut construite cependant cpie ileux ans après sa mort, \ers 1575.

C A M li R I 1) ( . !■:

Ce curieux petit monument, autrefois peint et doré en partie, n est plus tout à fait tel quil était. Les illustrations de l'Histoire architecturale de Cambridge ]xir .^l.^l. Willis et (Jlark nous montrent des pinacles à clia<iue étage. Sur chaciue face du toit hexagone il y avait aussi un cadran solaire, cet appareil chéri des hommes de la Renaissance en Angleterre. Dans l'apparence que le monument avait à rorigine. il y

l'Iioto Palmer Clarke, Caiiibridae.

Charte de fondation de Caius Collesre.

avait quelque chose qui rappelait l'Italie, un mélange de Renaissance et de gothique dans le goût du Dôme de .Milan, qui a disj^aru.

Le D' Caius est enterré dans la chapelle en un sarcophage somptueux avec des inscriptions solennelles : Vivit post f'ii liera virtiis. Fui Caius.

Si nous ne parlons pas du collège de Gonville, c'est qu'il n'en reste plus rien. La chapelle, achevée en 1393, a été remaniée si souvent qu'on peut à peine dire qu'elle existe encore ; la première cour a été refaite suivant la formule au xviir siècle et même la porte de l'Humilité ne fut

no CAMBRIDGE

pas respectée, elle a été transportée sur un autre côté du collège et encastrée dans une façade de 1617-1619.

Le collèg-e conserve encore plusieurs portraits du D'' Caius, dont le meilleur est dans le Hall, et la masse d'argent ornée de serpents rappelant

l'iiolo P,l

Porte de rbonneur à Caius Collège.

CUuk,-. C.iinl.n.l.o.

sa profession et sa prudence, qu'il faisait porter devant lui dans les ]')rocessions, sous le nom de CcuUtcciis priidcntis gubcDialoris. Il mourut en 1573, après avoir été quatorze ans ])rincipal du collège quil avait fondé ou ressuscité, laissant une Histoire de Cambridge où il se plut dans de fabuleuses antiquités.

Si le souvenir du D"" Caius règne encore en maître, comme il est juste, à Caius Collège, c'est Samuel Pepys qui est le personnage en vue à Mdg-

CAMBRIDGK i"

dalcnc Collège. Ce n'était pourtant pas un aussi savant homme. -Mais ce secrétaire de lAmirauté est connu universellement en Angleterre par son Journal, laissé manuscrit en cryptographie et publié seulement au XiX"' siècle. C'est le document le plus intéressant et le plus vivant sur Londres au temps de la Restauration des Stuarts, et quoiqu'il ne comprenne guère plus de dix années, on peut dire qu'on y apprend autant sur la vie intime du xviT siècle que dans tous les autres livres de cette époque réunis. 3lais c'est de plus un document humain des plus précieux.

Bibliothèque de Pepys à Magdalene Collège.

et qui donne une peinture si naïve et si franche de l'homme et de tout ce qui l'entourait, que lorsqu'on l'a lu. on connaît Samuel Pepys aussi bien qu'on connaît 3iontaigne.

Or ce Samuel Pepys était un collectionneur passionné de livres et documents relatifs à la marine et aux vovayes, sfravures. ballades des rues, et placards introuvables aujourd hui, et il a eu la bonne idée de laisser sa bibliothèque au collège où il avait acquis ce qu'il avait d'instruction.

Ces 3.000 volumes pas un de plus ni de moins^ . tous naturellement dans la reliure du temps avec les armes ou l'ex-libris du bibliophile, constituent une bibliothèque unique non seulement par sa valeur intrinsèque.

mais par l'intérêt et la rareté d'avoir ainsi réunie la bibliothèque personnelle d'un homme du XVll^ siècle. Les livres sont dans les armoires qu'il avait fait faire, tels qu'il les avait rangés et étiquetés lui-même avec cette minutie qui le caractérisait. La bibliothèque occupe le premier étage d un des plus jolis bâtiments du XVII" siècle à Cambridge, dune architecture simple et gracieuse, où on a su harmoniser une ornementation étrangère

Pbotu l'aimer Clarke, CaDibrid;:

Intérieur de la bibliothèque de Pepys.

au style anglais avec les formes familières d'une maison de campagne. On y voit encore un beau portrait de Samuel Pepys par Sir Godfrey Kneller. .Vinsi l'extraordinaire application que mit Samuel Pepys à ne pas laisser périr sa mémoire, à multiplier les portraits qui reproduisent son aimable mais peu classique figure, à laisser enfin un sou\enir de lui. a été récompensée, il est immortel, et c'est justice, car nul jdus que lui n'a contribué à faire connaître son temps. S'il a jiassé à la postérité c'est en contrebande, non pour son mérite, mais à cause du bavardage précieux de son Journal, et des curiosités de sa bibliothèque. La Pcpys/ûii

Library est un monument de vanité, mais de la plus amusante et la plus instructive, et mériterait bien, à elle seule, de faire la gloire dun collège. La Kéf(jrme a fondé deux collèges à Cambridge, Emmanuel et Sidney Sussex. Sir Walter .Mildmay, qui fonda Emmanuel Collège en 1583, était chancelier de 1 Echiquier sous le règne d'Elizabeth, et ami particulier de la reine. Il était lui-même ancien élève de Christs Collège et c'est sur

P.iliner Clarke, Canibrid^-e.

Emmanuel Collège, vu du jardin.

les terrains d'un ancien couvent de Dominicains, qu'on appelait en Angleterre les Frères Xoirs [Blackfj'iars]^ établi à Cambridge depuis la fin du Xiir siècle et dissous en 1538, que le nouveau collège fut élevé. 11 eut dès l'origine une réputation d'austérité et de puritanisme. La réponse ambiguë que fit, dit-on, Sir Walter à la reine, montre bien la position encore incertaine de la secte à ses débuts : « On dit, Sir Walter, que vous avez fondé un collège puritain. — Xon, Madame, loin de moi la pensée de favoriser rien qui puisse être contraire aux lois établies par vous, mais j'ai planté un gland qui, lorsqu'il sera un chêne, produira Dieu sait quel fruit. »

Notre illustration ne donne pas une idée si austère du collège, avec • ses beaux jardins. Il se distinguait cependant par son horreur du faste et de la superstition. 31M. Willis et Clark ont publié une liste de griefs imputés à ce collège et rédigée en 1603, dont la lecture est instructive et amusante, car elle nous éclaire en même temps sur la vie des autres collèges :

I. D'abord, comme premier pronostic de désordre, tandis que toutes les chapelles de l'Université sont bâties avec l'abside à l'Est, comme c'est l'ordre uniforme dans toute la Chrétienté, l'abside de ce collège est au Nord et leur cuisine est à l'Est

3. Dans tous les autres collèges, les lAlaîtres et les Etudiants de toute sorte portent des surplis et des manteaux à capuchon [hoods\ s ils ont leur grade, tous les dimanches et jours de fête pour le service divin. Mais ceux d'Emmanuel n'ont pas porté ce costume, soit au service divin, soit à la célébration du Saint-Sacrement de la Cène, depuis sa fondation.

4. Tous les autres collèges portent, suivant le règlement de l'Université et mainte ordonnance donnée par feu la Reine, des robes d une coupe déterminée et des bonnets carrés. 31ais ceux d'Emmanuel sont là tout à fait irréguliers, et prétendent n'être pas obligés de se conformer à ces règlements.

5. Tous les autres collèges suivant les lois à cet effet et la coutume de la 31aison du Roi restreignent leurs soupers ircfraync thcir siippcrs), les vendredis et autres jours de jeune. 31ais ceux d'Emmanuel Collège ont leur souper tous les soirs, toute l'année, en public dans le grand Elall, oui, même le Vendredi-Saint. Etc.

On voit bien là la révolution dans les mœurs qui se fit insensiblement sans que les « puritains » eussent jamais fait de résistance ouverte, jusqu'aux jours de la Révolution. Le fondateur n'entendait pas non plus fournir aux felloics de son collège une résidence perpétuelle, il avait voulu créer un séminaire de savants pour les besoins de l'Eglise, dans l'Université qui commençait à s'endormir comme Oxford au xviT siècle, et ce zèle était sans doute encore plus mal vu que l'habitude de ne pas porter le bonnet carré réglementaire.

Les bâtiments d'iùnmanuel Collège, très simples, sont en partie ceux d'origine, bâtis par Ralph Symons, l'architecte de Saint John's, que nous retrouverons à Trinity, et en partie de Sir Christopher Wren. D'autres constructions du xviii'' siècle, en particulier celles du fameux James Essex, il n y a rien de bon à dire. Le collège a de beaux ])ortraits, entre autres de Gainsborouoii et de Romnev.

CAMBRinf. K 1(5

Sidncv Siisscx CoUcgc fut fondé par Lady Frances Sidney. la tante du poète Sir Philippe Sidney et du comte de Leicester, favori de la reine l'.lizabeth. C était une de ces dames savantes de la Cour, qui sétaient mises au ton de la reine. C'est par testament qu'elle donna 5.000 livres sterling pour fonder un collège destiné à vingt étudiants. I.e testament

Photo Palmer CUrle. Can bridL-e.

Portrait de Cromwell. Pastel de Samuel Cooper à Sidney Sussex Collège.

date de 1588. mais les formalités ne furent terminées et les bâtiments achevés qu'en 1598. Ils sont encore de Ralph Symons, mais ici aussi les bâtiments trouvés trop simples furent recouverts de plâtre et défigurés. I.e collège fut encore restauré au xviiT siècle, et la chapelle du xviT a disparu dans cette restauration. Essex et Wyatt, les deux grands criminels architectes du XVI II" siècle, sont encore ici les coupables.

Le collège semble avoir été au xvii" siècle un lieu où régnait la plus singulière incohérence ou liberté de penser, car il produisit des royalistes

ii6 CAMBRIDGE

exaltés comme Lestrange et des puritains comme Cromwell, Ce dernier, qui était d'une bonne famille du comté de Huntingdon, et parent du célèbre Thomas Cromwell, le ministre de Henry VIII, fut immatriculé en 1616. Son portrait au pastel par Samuel Cooper, qui est dans le Hall du collège, est une des belles choses qu'on peut voir à Cambridge. C'est le portrait de Cromwell le plus authentique, celui qui est devenu classique, et le caractère de l'homme y est si bien exprimé qu'il est difficile de l'oublier. Si ce fut un grand hypocrite, grandis impostor^ comme un membre du collège l'écrivit prudemment sur les registres après la Restauration des Stuarts, il n'est plus permis de se fier aux apparences.

iMais on a mis sous ce portrait admirable les vers d'Andrew 31arvell qui expriment mieux le sentiment national sur cet homme extraordinaire.

Je le déclare librement, je suis pour le vieux XoU ^Olivier). Quoique son gouvernement ait ressemblé à celui d"un tyran. 11 fit TAnsleterre orande et fit trembler ses ennemis.

Trinity Collège tient une place si importante à Cambridge, par le nombre de ses étudiants, qui va jusqu'à près d'un tiers de 1 Université, et par les hommes célèbres qu'il a élevés, que son histoire est en quelque sorte celle de l'Université elle-même, et nous avons voulu la traiter à part.

C'est encore une fondation de Henr}- VIII. mais surtout c est le résultat de l'union de plusieurs fondations antérieures. Henrv VIII. qui, après avoir laissé faire Wolse}' à Oxford, aurait bien voulu a\'oir la gloire de son collège de Christchurch, voulut ensuite avoir son collège à lui. à Cambridge, et y éclipser le renom du collège de Henry VI. Il y avait jusqu'à deux collèges et sept /î06/67.s" ou auberges spéciales aux étudiants, soumises à certaines règles (ce qu'on appelait Halls à Oxford', sur remplacement choisi pour le nouveau collège. De toutes ces constructions du moyen âge il ne reste rien, que quelques-uns de leurs règlements curieusement archaïques. Comme à ^Merton toute conversation devait être tenue en latin. Par exception, le français était permis à Kings llall, un de ces petits collèges, mais aucun étudiant n'avait le droit de passer les portes sans être accompagné par un associé ■fclloze], par un autre étudiant, ou un domestique. On lisait la Bible à haute voix pendant les repas comme au couvent.

D'autre part, le confort matériel était soigneusement étudié, la bière

et le })ain faits au collège même, (|ui faisait \-enir deux: tonneaux de vin de Bordeaux par an ; il avait sa blanchisserie et ses barlners.

^l. J. W. Clark dont le livre nous fournit ces curieux détails, cnjit que ce collège primitif de King's Hall avait une chapelle sur l'emplacement de la chapelle actuelle de Trinity C(jllege. et f[ue les murs en ont été utilisés. 11 reste aussi des fragments de la ])orte monumentale à quatre tourelles avec une statue d'Edouard III. Kn 1535, on bâtit la porte actuelle, avant que Tancien collège fût absorbé dans la nouvelle fondation de Henry VIII.

l'Iioto Palmer Clarke, CanilniJu

Grande cour de Trinit\- Collège.

La chapelle fut bâtie de 1555 à 1564. Les bâtiments qui entourent l'immense cour à la fontaine datent surtout du temps du principal Thomas Neville (après 1593), et furent probablement l'œuvre de Ralph Symons. Il eut le bon goût rare de conserver la porte ancienne de King's Hall et se contenta de la transporter du côté de la chapelle. La charmante fontaine qu'on voit au milieu de cette première cour est de la même époque.

Le Hall est imité de celui du Temple de Londres, mais on a remanié au xviir siècle ce bâtiment gothique et on l'a couronné d'une balustrade classique pour l'harmoniser avec la seconde cour, Nevile's Court, comme on l'appelle, qu'il sépare de la première. Cette seconde cour est entièrement bâtie sur arcades à l'italienne. KUe n'a été complétée qu'en 1675. par la construction de la grande bibliothèiiue qui la clôt du côté du jardin

u8 CAMBRIDGE

et dont l'architecte fut Sir C'hristopher AVren. L'intérieur est un des j^lus beaux ensembles de son style majestueux qu'on puisse voir, car l'architecte dessina lui-même les armoires à livres, les pupitres et les sièges. Les armoires sont en chêne avec des sculptures rapportées, en bois de tilleul, par Grinling Gibbons.

C'est une impression de respect qu'on éprouve en pénétrant dans cette superbe salle, surtout quand on songe aux trésors qui y sont renfermés. Si on tient compte du fait que la Bibliothèque Bodléienne et celle de rL^niversi:é de Cambridge ne sont pas propriété privée, la bibliothèque de Trinity Collège est probablement la plus riche d Lurope qui soit entre les mains de particuliers. Les manuscrits y abondent, et les plus précieux sont exposés. La série va des manuscrits anglo-saxons aux œuvres autographes de Byron.

Le collège possède un certain nombre de bustes de Roubillac, ce Français qui travailla surtout en Angleterre et dont la statue de Newton que nous reproduisons, est un des plus intéressants portraits.

On l'a appelée « la plus belle statue c[u'il y ait en Angleterre » et elle a inspiré les beaux vers de Wordsworth sur Xewton dans le Prélude^ Wordsworth était lui-même élève du collège voisin de Saint John et nous a raconté comment il pouvait voir de sa chambre au clair de lune ou à la lumière des étoiles, le vestibule de la chapelle où était :

La statue de Newton

Avec son prisme et sa face silencieuse

Exprimant en marbre un esprit, toujours

Seul, voyageant dans des océans de pensée inconnue .

Roubillac, venu en Angleterre vers 1740. d'après Uussieux, n'exécuta pas cette statue d'après nature, mais d'après un masque mortuaire conservé à la bibliothèque. Newton étant mort en 1727. ^lème observation pour les autres bustes de lui que conserve la bibliothèque et qui représentent Bacon, Newton, Trevor, A\'hitworth, le fameux juge Coke, l'archéologue Sir Robert Cotcon, les naturalistes Ray et AVilloughby. Isaac Barrow l'humaniste, mathématicien, théologien et orateur, qui fut j^rincipal du collège à la lin du xvii" siècle', .^lais tous ces bustes sont intéressants ])ar la facture, restée bien française malgré le long séjour de l'artiste en Angleterre. Sa facilité doit avoir été prodigieuse, pour qu il ait pu exécuter en une \ ingtaine d'années tout ce qu'on voit de lui à

^ Cette liste complète celle de Dussieux, Les Artis,tcs fraii^,ii$ à li-trjugcr, p. 136.

à Westminster Abbey, au British Muséum et ailleurs. Autant les monuments funéraires et les allégories sont froides, autant ses portraits même d'après des documents, comme la plupart de ceux qu il a faits, ont de vie

l'iKlJ Unis et i.iunJers, Uinibri.l^e.

Chapelle de Trinity Collège.

et d'expression. Cet artiste peu connu en France mériterait une étude, qui

devrait faire une belle place aux œuvres en possession de Trinity Collège.

3lais la plus belle collection que possède le collège, plus belle que

sa bibliothèque et ses tableaux et statues, c'est la liste des noms

de ses élèves, qui rivalise avec celle de Christchurch à Oxford. Elle commence avec Sir Francis Bacon, c^iii n"a pas besoin d'avoir écrit Shakespeare, comme l'assurent quelques Américains, pour avoir été un des plus grands esprits de la Renaissance. Newton est naturellement un des noms c[ui appartiennent à l'histoire du monde entier. Ceux de Donne, de Georg-e Herbert, de Barrow représentent des nuances de la pensée religieuse et de la poésie du XVlT siècle bien connues en Angleterre. Richard Bentley, qui fut principal au XVIII'' siècle, fut un grand humaniste qui restaura les études classiques dégénérées au xviT siècle. Il fut d'ailleurs déposé pour avoir dilapidé les fonds du collège dans les restaurations et violé les règlements, maisresta encore pendant dix ans le maître, sans cjue la sentence fut exécutée. Richard Porson fut le grand helléniste anglais après Bentley. .Macaulay fut non seulement élève, mais plus tard associé du collège, Tennyson et Thackeray y succédèrent à Lord Bx'ron. De nos jours Trinity Collège a compté parmi les hommes politiques 31. Arthur Balfour et Sir William Harcourt parmi ses élèves, ainsi que c[uelques-uns des plus connus parmi les humanistes et les érudits vivant actuellement à Cambridge.

Les excentricités de Byron au collège sont célèbres, et peu intéressantes. Les deux Tennyson n'avaient pas de chambre au collège, mais vivaient au dehors, comme fait encore une grande partie des étudiants de cet immense collège, dont les cuisines préparent tous les jours les repas de 700 personnes. Arthur Hallam, pour qui Tennyson écrivit /// Menioi'iam, habitait les nouveaux bâtiments et ce sont les vers à'iii Meiuoriam qui ont fait donner le nom de Tcnnvsoiis Walk à la splendide avenue de tilleuls dont nous donnons une illustration. Ces vers expriment admirablement la poésie particulière, et aussi la tristesse du collège où rien ne change, alors que ses hôtes changent si rapidement, il faut les relire à Cambridge pour se rappeler que tout n'étant ciue vanité, rien n'est vanité et que les joyeuses absurdités, le tapage qui \-ous empêche d'entendre la vie. et les discussions enflammées, où on réforme tout ce que Ton ne connaît i)as, tout cela peut avoir autant d'importance que les occupations les plus graves, si cela vous laisse l'amour du monde où l'on a vécu. Or il est \isilile que tous ici ont le culte de leur C(,)llège. tandis que nous avons souvent la haine du nôtre, en France. On dira qu'il n'est pas difficile de faire aimer la vie de collège dans un milieu comme celui d'Oxford et de Caml)ridge. et cela nous ramènerait à la question que nous avons touchée à ])ropos d'Oxford, savoir si ces Universités aristocratiques ont remi)li leur tâche d'éducation nationale. Il nous semble qu'ici comme

à Oxford, ce sont les murs des Halls qui répondent, en montrant les portraits de la plupart des grands hommes de l'Angleterre. On dira encore qu'un futur grand homme, pau\re. n'aurait pu \- entrer. mai>- i^^i romme à Oxford ce nest pas tout à fait vrai.

Pour en revenir aux portraits eux-mêmes, signalons encore dans le Hall de Trinity le délicieux portrait du petit Frédéric, duc de Gloucester de la famille royale .

par Gainsborough, le portrait du fameux marquis de Granhy par Reynolds et celui de Pratt. marquis de Camden et chancelier de 1 Unixersité. par Lawrence.

dans la grande Conibi nation Rooni. Il y a aussi une statue de Byron, assis sur les ruines dun temple grec, parThorvaldsen, qui est surtout remarquable pour avoir été refusée deux fois par le collège, qui avait gardé mauvais souvenir de ses relations avec Lord Byron. Avec le temps on pardonna au poète, et la statue fut placée à la Bibliothèque, où il n'avait pas fait probablement de longs séjours.

D'ailleurs il semble que toutes les discussions doivent finir par s'éteindre dans le cadre un peu disparate de ces vieux collèges, qui ont dû devenir sceptiques à force d'entendre discuter les générations successives, au XVI* siècle pour ou contre la Réforme, au xvil" pour ou contre les Stuarts, au xviir Bentley et les classiques, au XIX' surtout les sports, qui ne firent leur invasion définitive qu'au commencement du siècle, et la politique.

Phoîc Pdlmer CLirLe. oamL.:ii.e.

Newton, par Roubillac, à Trinity Collège.

]/histoire de Trinity Collège résume, comme nous lavons dit, l'histoire moderne de l'Université de Cambridge. Toutes les tendances actuelles }' sont représentées et ce:te immense fondation aurait presque pu suffire aux besoins de TUniversité. ^lais nous avons vu que tel n'était pas l'esprit des Universités d'Angleterre et le particularisme qui s'exprime par des fondations nouvelles représentant chacune quelque groupe ou quelque conception de l'éducation s'est là aussi fait sentir. De Downing Collège, fondé en 1767. et de Sehvyn Collège, fondé en 1882. il n'y a pas grand'chose à dire au point de vue de l'art.

Les collèges de femmes, Girton et Xewnham. sont ici encore plus importants qu'à Oxford, mais leurs laids bâtiments de briques, situés en dehors de la ville et comme à l'écart, ne nous donnent pas l'occasion d'en parler. C'est cependant un des traits caractéristiques de l'Université de Cambridge que le nombre des étudiantes, qui du reste ne sont pas admises encore aux mêmes grades que les étudiants, ec reçoivent une éducation spéciale, à Cambridge comme à Oxford.

Les étudiants originaires des colonies et en particulier les Hindous sont aussi plus nombreux à Cambridge qu'à Oxford, surtout à Downing Collège. C'est encore un élément de pittoresc[ue et de variété, et il suffit de voir leur figure basanée sous le iiiortar-board ou. bonnet carré, pour avoir une idée vivante de la complexité de l'Empire qui attire jusque dans cette petite ville anglaise des étudiants nés sur les bords du Gange. Cette complexité est redoutable, et on assure qu'on n'a pas à se louer également de tous les résultats de cette éducation des Hindous à Cambridge, mais elle doit contribuer à donner aux étudiants les plus réfléchis le <• sens de l'Empire ».

S'il fallait indiquer quelques points par où Cambridge se distingue d'Oxford, l'idéal et le système général de l'éducation y étant les mêmes, il semble qu'on pourrait citer la prédominance de l'esprit scientifique sur l'esprit littéraire.

Cambridge depuis Xewton a été 1 Université des mathématiciens, et celle c[ui a le plus fait pour maintenir le bon renon scientifique de l'Angleterre. De nos jours, l'école de physiciens dont 31ax\vell et Sir A\'illiam Thomson, Lord Kelvin, ont été les principaux représentants, est célèbre dans le monde entier et le u Lûb " ou Laboratoire de physique a déjà été l'instrument de découvertes du plus grand intérêt.

Dans l'étude des langues anciennes et modernes, on peut dire aussi que c'est l'esprit scientifique et critique qui a dominé à Cambridge depuis Bentle\' et Porson. De nos jours, c'est l'Université de Cambridge c[ui a

entrepris la publication d'une Histoire moderne et dune Histoire delà littérature anglaise qui sont les premières tentatives de ce genre en Angleterre. La Pitt Press ou imprimerie de 1" Université rend ici les mêmes services que la Clarendon Pressa Oxford.

l'hoto P

La promenade de 'i'cnuyson à Triuiiy Collège.

La bibliothèque de l'Université de Cambridge, quoique moins riche que la bibliothèque Bodléienne, surtout en ouvrages anciens, n'en renferme pas moins des collections de premier ordre, et ses règlements sont particulièrement libéraux. C est peut-être la seule grande bibliothèque publique d Europe où le lecteur dûment inscrit ait directement 1 accès aux livres, dans certaines conditions. Plusieurs dons de manuscrits et de livres précieux, exposés dans une grande galerie, sont venus l'enrichir au

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XIX'' siècle. La 1)ibliothèque de lord Acton. achetée par 31. Carnegie et offerte par lui à 3L John Morley. a été finalement donnée à l'Université de Cambridge, elle comprenait à elle seule près de 60.000 volumes.

Parmi les manuscrits, il faut citer le manuscrit des Evangiles du VI'' siècle, qvu provient du prieuré de Saint-Irénée de Lyon, et fut arraché aux flammes du pillage de 1562. et offert à l'Université de Cambridge par le réformateur Théodore de Bèze en 1581, les manuscrits anglo-saxons des viii'^ et IX' siècles, et le magnific[ue livre d'heures dTsabelle d'Aragon, duchesse de 3lilan, manuscrit flamand à miniatures de la fin du xv" ou du commencement du XVI*" siècle.

Les portraits c[ui se trouvent à la bibliothèque sont surtout des réplicjues ou des copies. La statue de William Pitt, qui fut élève de Cambridge et plus tard député et chancelier de l'Université, est placée au-dessus de la porté du bâtiment officiel de l'Université qui touche à la bibliothèque et qu'on appelle ici Senate House. Elle est de Xollekens, sculpteur flamand, qui vécut en Angleterre. Le monument lui-même date de 1730 et c'est un bon spécimen de la meilleure architecture classique du temps, c'est-à-dire de la plus simple. Tout le reste des bâtiments de l'L'niversité est maintenant occupé par la bibliothèc|ue, le muséum d'histoire naturelle ayant été transporté dans un bâtiment nouveau en 1904.

Le musée de l'Université, ou i^/'/^LcV'///'^?/// Mnseniii a été constitué en 1816 parle legs de la collection de Richard, vicomte Eitzwilliam, de la famille du comte de Southampton, dont on voit un portrait, de l'école de Holbein, dans sa collection. Celle-ci a été beaucoup augmentée depuis par des dons et des acquisitions. Elle comprend surtout des peintures de l'école italienne grand tri])tyque de l'école de EilippoLippi, représentant la Vierge et les Anges avec des figures de donateurs et de saints) ; hollandaise très beau portrait d'homme, esquisse de Frans Hais' et anglaise. Il faut signaler les portraits du donateur et de "William Pitt par Gainsborough, un portrait inachevé de Raeburn, et ceux de la famille de lord E'itzwilliam par Hoare. Le musée a aussi des esquisses de Rubens et une collection d'aquarelles de Turner léguée par Ruskin. Il y a encore une bibliothèque qui contient de précieux manuscrits, dont ([uelques-una reliés avec des iliaques d"i\-oire de style byzantin, des Xl" et Xll" siècles, et le volume envoyé par Henri XIW au pape : Assert io sept cm sacrainentonim advcrsus Martluii})i Luther in)U(\\x\ lui valut le titre de défenseur de la foi avant qu'il prît lui-même le rôle de réformateur. Le cabinet des Estampes est un des plus riches d Europe.

Pendant l'été de 1908, le Fitzw illiam Muséum a reçu encore un legs

important de tableaux que nous n'avons pu voir, mais qui compléteront sa collection de peinture anglaise. Ce legs comprend i4tableauxde Gainsborough, Romney et Sir Joshua Reynolds, la « Veronica Veronese » et plusieurs aquarelles de Dante Gabriel Rossetti. Parmi les Gainsborough, ceux qui sont signalés comme les plus remarquables sont les portraits de yi. et 31'"* Kirby. Le Rexnolds, peinture non terminée, est le portrait de lord Rockingham et d'Edmond Burke. assis ensemble.

Cette collection de l'Université, quoiqu'elle contienne beaucoup d'oeuvres douteuses ou de copies 'signalées par le catalogue publié sous la direction de .^l. Sidney Colvin en 1898 dans les écoles ancienne^, n'en est pas moins fort intéressante dans sa partie moderne, et les nouveaux d<ms la mettront au premier rang des musées provinciaux où Ton peut étudier l'école anglaise.

Le monument, classique, a été construit à partir de 1837 et achevé seulement en 1875 par l'aménagement du hall d'entrée.

Diviiiity SchooL l'école de théologie, était comme à Oxford un très ancien bâtiment, achevé en 1400, mais ici il a été restauré au xvir siècle et finalement remplacé en 1879 par une construction moderne qui s'élève en face de Saint- John's Collège, bâtiment en brique rouge de stvle gothique anglais. Les autres locaux uni\ er^itaires comme la Pitf Pn'SS, les laboratoires de physique et les musées d'histoire naturelle, sont bien aménagés, mais ne présentent rien de particulièrement intéressant au point de vue de l'art.

Aux environs de Cambridge, il faut voir l'église de Cherry Hinton, à quelques milles, dont le chœur a de belles arcades trilobées du xiii" siècle, du même dessin que celles de la chapelle de Jésus Collège, mais formant un ensemble plus complet. A une vingtaine de kilomètres se trouve Ely qui se rattache à Cambridge non seulement par les souvenirs de son histoire, le premier fondateur d'un collège, Hugh de Balsham, avant été évèque d'Ely. mais par l'influence qu'a exercée à Cambridge l'architecture de la cathédrale d'Ely, une des plus belles de la région. Sir Gilbert Scott a montré que le plan original de la voûte de la chapelle de King's Collège à Cambridge était celui de la chapelle de la Vierge à la cathédrale d'Ely, et avait dû être modifié en cours d'exécution, et le doven Stubbs a fait remarquer que le maître maçon Reginald d'Ely. qui en fut probablement aussi l'architecte, avait dû s'inspirer de la cathédrale de sa ville natale.

Nous avons dit du mal du paysage et du climat de Cambridge, et assurément il ne faut pas voir la ville par un mauvais temps d'hiver, mais elle a son heure au printemps, quand les champs de safran des environ.-;, « les plus beaux du monde », ^ont en fleur. On peut alors aller à Trumying-

ton, comme réiudiant de Chaucer. ou à Grantchester, et voir sur son chemin quelques coins de pa5'sages aussi rustiques que ceux des environs d'Oxford. Madingle}" est aussi un village à l'ancienne mode, à l'écart de la route et encore intact. Par la rivière qui coule sous leurs murs mêmes, les collèges de Cambridge ont aussi leur porte ouverte sur la nature comme ceux d'Oxford, et en profitent.

La ressemblance n'est pas seulement extérieure, et un étranger qui veut ignorer leurs petits différends, qui sont encore entretenus comme une tradition amusante plutôt qu'une rivalité hostile, pourra dire peut-être que les deux Universités représentent le même idéal.

C'est une œuvre d'art encore que l'harmonieux développement de la jeunesse d'Oxford et de Cambridge chez les meilleurs sujets. Il va sans dire que t(^us ne profitent pas de cette éducation et qu'il y a dans toutes les professions des non-valeurs décorées de grades universitaires. 3lais quand la culture anglaise réussit, elle ne donne ni un savant de cabinet comme en Allemagne, ni un intellectuel trop souvent déraciné comme en France. Elle est à la fois nationale et européenne, physique et morale, et forme à la fois un citoyen et un homme. En France, on a quelquefois parlé des Universités anglaises sur le mode sentimental, comme s'il y avait là un paradis réservé à la seule Angleterre. 3lais c'est dans ce genre de portrait que les uni\ersitaires anglais se reconnaissent le moins. Ils pensent que c'est eux-mêmes qui, à chaque génération, refont Oxford et Cambridge.

L'impression de vie joyeuse et intense que donnent ces villes toujours pleines d'une jeunesse toujours renouvelée, où les formes extérieures de la tradition seules ne changent pas, tandis que l'esprit change quand il le faut, est celle qui doit nous rester. Ces vieilles pierres peuvent encore abriter des Universités modernes, parce que rien n'est changé en substance de l'idéal qui les a assemblées pour être les demeures de la discipline.

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Panorama d'Oxtord (d'après une estampe)

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