LA RENAISSANCE ET LA RÉFORME
et qui fut un des plus charmants poètes de la seconde t/énération de la Renaissance anglaise.
Au point de vue pittoresque, ce qu"on y admire le plus, c'est la façade sur le jardin, en style o-()thi(iue du XVIT" siècle, espèce de repentir des plus curieux qui termine l'œuvre de la Renaissance, les deux cours pompeusies à colonnades italiennes. C'est comme si le collège avait voulu, pour sa vie familière et ses méditations dans le jardin, une architecture
PIdIo soame, OMuid.
Façade de Saim-John's sur le jardin.
plus simple et plus intime. Le collège de la Renaissance se termine en maison de campagne de style Tudor, et cela est du xvii" siècle et de Inigo Jones. Il serait difficile de trouver un exemple plus caractéristique de la survivance du style national dans l'imitation de l'étranger, et on voit là la différence entre ce qu'on a admiré et ce qu'on a aimé.
La pierre d'Oxford se prête mal à la sculpture, elle se délite, et les deux cours classiques de Saint John ont l'air d'un palais bolonais vieilli par le brouillard, frissonnant et égaré dans le Xord. 3lais quand on a passé la dernière porte, on est dans un jardin anglais éblouissant de fraîcheur. Cette façade garnie de fleurs et de plantes grimpantes, ce vaste jardin aux arbres magnifiques forment un des coins célèbres d'Oxford.
Saint John souffrit sous la République pour son loyalisme et ses convictions et quand Fairfax se fut emparé d'Oxford il chassa le Président et les fcllows du collège qui avait élevé Laud et les remplaça par des puritains. Après la restauration des Stuarts, le collège put faire enterrer secrètement le corps de Laud sous l'autel de la chapelle. Il conserve son portrait par Van D3'ck, avec d'autres reliques du temps des Stuarts,
Les statues de Charles I*"^ et d'Henriette-31arie de France sont attribuées à Hubert Le Sueur ou Le Sœur, sculpteur français qui passa au service de Charles I"'' vers 1630. C'était alors le sculpteur attitré de la cour et c'est lui qui exécuta aussi la statue équestre en bronze de Charles I''' pour être placée à Charing Cross, à Londres, fondue en 1633, sauvée de la Révolution et érigée après la Restauration. Les statues d'Oxford, qui ne sont pas mentionnées par Dussieux, -à qui nous devons ces détails, sont des œuvres intéressantes, quoiqu'un peu lourdes, qui sont bien du style Louis XIII français. Il y a plusieurs autres œuvres de cet artiste en Angleterre, mais on ne connaît rien de lui en France, cro3'ons-nous, sinon qu'il a travaillé à la statue de Henri IV sur le pont Xeuf, et qu'il est qualifié « sculpteur du roy » en i6io\
Le dernier collège du temps de la Réforme c est Jésus, fondé en 157 1 par un Gallois nommé Llugh ap Rees, que les Anglais appelaient Price. La reine Elisabeth s'y intéressa dès l'origine et voulut se souvenir des origines galloises des Tudors pour favoriser le collège gallois de Jésus, qui fut aussi le premier collège protestant.
Il doit encore aujourd'hui sa ph^'sionomie originale à l'élément gallois. A voir les étudiants, généralement de petite taille et aux cheveux noirs, qui parlent souvent entre eux leur langue maternelle, on sent tout de suite qu'on n'est pas là tout à fait en Angleterre. 31ais c'est une preuve remarquable de tolérance intelligente, dont nous ne devrions pas nous étonner, que d'avoir conservé dans l'Université anglaise d'Oxford un collège presque exclusivement gallois. Chez nous on ne songerait pas à établir un collège breton à Paris. Cependant Jésus Collège a donné l'instruction à la plupart des hommes éminents du pays de Galles et on ne voit pas que l'Angleterre ni le pays de Galles aient souffert de ce qu'ils ont conservé leurs traditions, leur langue et leurs coutumes. Il serait même à souhaiter que les autres parties du Royaume-Uni se rapprochassent ainsi en envoyant leurs étudiants dans les Universités d'Oxford et de Cambridge. Les étudiants écossais y apportent déjà des éléments
i L. Dussieux, Les Arlistcs français à l'Htrangcr, p. iiS; Jal, Dictionnaire critique, 2*-' cdit.
LA RKXAISSAXCE ET LA RKFORMR
nouveaux dont on sent parfois le besoin dans ce monde un peu fermé. Les bâtiments de Jésus Collègue sont surtout «gothiques, du XVII' siècle, sauf la façade sur Turl Street f[ui date de la fondation. Les nouveaux bâtiments en construction sur Ship Street paraissent devoir s'harmoniser avec le style simple et austère du collège.
Portrait de la reine Elizabeth à Jésus Collège ^
Il faut voir à Jésus le portrait de la reine Elizabeth par Zucchero et le portrait de Charles I" par Van Dyck, que les autorités du collège ont bien voulu nous permettre de reproduire ici.
Le portrait de Zucchero, daté de I59<J, est intéressant comme portrait authentique de la reine savante, dont la prédilection pour les Universités
I. Ce cliché et celui de la page 50 sont reproduits avec l'autorisation spéciale des autorités de Jésus Collège et des délégués de la Clarendon Press.
est bien connue. Elle vint à Oxford en grande cérémonie, en 1566. et répondit en grec au discours grec qui lui fut asséné, à son arrivée dans la ville, par la députation de l'Université. Puis elle assista pendant trois journées à des Disputations en latin dans l'église de Saint-31arv, couronnées par un discours latin en l'honneur de ses victoires sur l'Espagne. Le
portrait que nous reproduisons est aussi très curieux par le costume. Il y en a plusieurs répliques, dont une fut le premier portrait reproduit en Angleterre, au burin, l^ar "William Rogers.
Celui de Charles I*". par Van Dyck. en grand appareil, est un des plus intéressants de la nombreuse série des portraits de Charles I" par Van Dyck, dont les plus célèbres sont au Louvre, à A\ indsor. au palais Pitti et au musée de Dresde. Il y a une réplique du portrait d'Oxford à Windsor.
On a dit que Charles I*'' était, par son élégance bien connue, le modèle rêvé de Van Dyck, mais il est certain qu'il a cherché ici autre chose qu'un modèle et que son intimité avec le roi lui a permis d'aller très avant, et plus avant qu il ne faisait d'ordinaire, dans l'expression du caractère. On lit bien, en tous cas, dans cette figure plus usée et soucieuse que celle des autres portraits de Charles, la tristesse et aussi la duplicité de ses dernières années. Van Dyck avait peint, plusieurs fois déjà, le beau gentilhomme, il semble qu'on a ici le roi, héros ti'un drame inoubliable, avec toutes ses qualités et ses défauts. La tète seule attire l'attention, donne la signification et la vie à l'arrangement pompeux du portrait. L'art de Van Dyck est ici émouvant, ce qui est rare et précieux.
Charles 1^"", par Van Dyck à Jésus Collège.
l'Iioto Dans. (Urutil.
Un coin du jardin botanique, avec la tour de Magdalen.