‹ Ozanam collégien, Ozanam étudiantChapitre 18 sur 51 · TE © D · texte numérisé non relu

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ne plus connaître Lamartine ni Chateaubriand ; Ozanam, lui, à peine arrivé à Paris, voulut approcher l’auteur du Génie du christianisme. Depuis qu’en 1826 Chateaubriand, passant par Lyon, s'était prêté à de glorieuses manifestations philhellènes, depuis qu’ils’était laissé nommer président honoraire et perpétuel de l'Académie provinciale de Lyon *, c'était une habitude, sur les bords du Rhône, de considérer ce Breton comme un peu Lyonnais. Chateaubriand, pour Ozanam, était un grand concitoyen d’adoption, à la porte duquel on pouvait oser cogner. En ce lendemain de 1830, nombreux étaient les jeunes hommes d'action qui levaient leurs regards, timides mais confiants, vers cette cime grandiose, espérant y trouver quelque mot d'ordre, quelque drapeau, tout au moins quelque adhésion; le grand désenchanté, coquet avec majesté, se prêtait ou bien se refusait,et parune magie souveraine,savaittoujours demeurer pour eux un enchanteur. On n’avouait pas qu’on pût être décu par M. de Chateaubriand! Jean-Jacques Ampère, au mois de juillet 1831, lui expédiait une lettre à Genève, au nom d’un certain nombre de jeunes gens, pour lui demander de revenir, d’être parmi eux. Et « René » répondait, avec de grands airs très fatigués, qu’il se considérait comme retranché brusquement du nombre des vivants. « Entre les panégyristes de la Terreur et les amis de la paix à tout prix, continuait-1il, où donc est ma place ? Combattre les uns et les autres! Où serait mon public ? Y a-t-il en France vingt hommes comme vous? J'en doute. A votre âge, monsieur, il faut soigner sa vie, au mien, il faut soigner sa mort.” » Des jeunes gens l’interrogeaient, l’appelaient, pour qu'il leur dit comment vivre; il voulait, lui, mourir en beauté.

Je ne crois plus à la société, écrivait-il vers la même époque à Villeneuve-Bargemont. Continuez, monsieur, àemployer vos talents

1. LATREILLE, Chateaubriand, études biographiques et littéraires, le romantisme à Lyon, p. 82-95 (Paris, Fontemoing, 1905).

2. ANDRÉ-MARIE AMPÈRE et JEAN-JAGQUES AMPÈRE, Correspondance et Souvenurs, I], p. 29-32 (Paris, Hetzel, 1875).

à des œuvres de piété et de morale puisque vous avez le bonheur d’avoir encore une foi politique ; désormais la foi religieuse me suffit, et celle-là ne voit d'avenir qu’au delà de la tombe,

La foi religieuse n’était-elle donc rien de plus pour Chateaubriand, qu’une sorte de corridor sombre, où l'on se désintéressait de la société humaine, et qui dévalait sur la tombe ? Ce n'était pas ainsi que la concevaient, ni que la pratiquaient, les jeunes catholiques qui avaient 18 ans en 1830. Et cependant, de longues années encore, Chateaubriand demeura leur idole, et lorsqu’en 1834 il honorait d’un encourageant sourire un journal qui s’appelait l’Echo de la jeune France, journal des progrès par le christianisme, une fanfare d’allégresse retentissait.

Chateaubriand, lisait-on dans cet heureux journal, voilà la magnifique recrue dont peut s’enorgueillir notre drapeau. Sa place était marquée parmi nous, car son génie n’a point d'âge, car son âme rajeunit avec les années, car tout jeunes que nous soyons, Chateaubriand est encore le plus jeune de nous. L’enthousiasme du beau, l’amour du vrai, la haine de l'hypocrisie, le culte de la patrie, la croyance religieuse et la croyance politique, la foi, le droit et la liberté, voilà sa Jeunesse : il y a des gens qui naissent vieux, il yen a d’autres qui ne le deviennent jamais. Chateaubriand est un de ces illustres exemples. À mesure qu’il avance dans la carrière, il ne vieillit pas, il grandit. Suivons-le, car l’œil de l’aigle sait où est le soleil ; suivons-le : quand ce fier génie marche, c'est de ce côté-là qu'est l’avenir?.

Dans la lettre du 10 novembre 1831, où le jeune Ozanam mentionne le bon accueil de Chateaubriand? il ne nous dit pas vers quel point de l'horizon le « regard de l'aigle » orienta ses jeunes regards.

En ces mêmes jours il visita Ballanche — un vrai Lyonnais, celui-là — et se hàta de transmettre à Falconnet, pour qu’il le méditât, ce mot du philosophe : « Toute religion renferme nécessairement une théologie, une psy-

1. ADOLPHE THÉRy, Un précurseur du catholicisme social, le vicomte de Villeneuve-Bargemont, p. 43 (Lille, Taffin-Lefort, 1911).

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