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LACOARDAIRE, Frédérie Ozanam, p. 23 (Paris, Bray

Collège de France au cours de Jean-Jacques Ampère, il l'apostrophait ainsi dans l'Univers :

Grand homme, on vous a rendu gloire, on vous a fait justice, et il est vrai que votre parole est merveilleusement puissante et que vous avez été éloquent à la tribune, et majestueux dans votre vie politique : et cependant ce n'est point parce que vous êtes éloquent et profond, que vous êtes grand et que l'on vous rend gloire ; c’est parce que votre puissante parole a bien su parler de Dieu, c’est parce que, chantre des martyrs, vous avez le premier entonné des hymnes d'amour sur une terre fumante encore du sang des échafauds ; c’est parce que, pèlerin de Jérusalem, vous avez le premier apporté la palme de l'espérance, après le déluge de l’impiété; c’est qu'enfin, chrétien des temps nouveaux, vous avez le premier arboré la bannière sous laquelle les enfants du dix-neuvième siècle veulent marcher à la régénération religieuse du monde social !.

Ainsi le jeune Ozanam contemplait-il, dans un recul propice à cette somptueuse figure, l’auteur du Génie du Christianisme.Il eût pu le rencontrer souvent, à l'Abbaye aux Bois, chez M"° Récamier, où le jeune Jean-Jacques Ampère, dès que le cours de ses voyages le ramenait à Paris,s attardait lui-même beaucoup; mais Ozanam, malgré les encourageantes invites dont il était l’objet, inclinait plutôt à s’effacer de ce salon : « C'est, répondait-il, une réunion de personnes trop illustres pour mon obscurité. Dans sept ans, quand je serai professeur, je profiterai de la bienveillance qu’on me témoigne »*. Pas plus qu’il ne se laissait attirer par les théâtres, il ne se laissait confisquer par les salons : son idéal d'action sur les jeunes le retenait au cœur du quartier latin, à l'ombre de cette Sorbonne, où le respect superstitieux de la formule Magister dixit risquait d’égarer et de rendre libertins nombre d'étudiants pour lesquels, au loin, des mères pieuses priaient !

. Univers, 127 mars 1834.

2. Souvenirs et Correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, I, p. 490-

491 (Paris, Lévy, 1860).

Avec ses allures de « brahme chrétien »', comme disait Lamartine, le doux et tenace Ozanam prit au nom du catholicisme, dans la Sorbonne de 1832, certaines attitudes de révolutionnaire. « La royauté du talent, déclarait-il plus tard, est comme celle des sociétés politiques, elle ne subsiste que par la supposition de son infaillibilité. Ses méprises, en s'imposant aux intelligences dociles, deviennent des actes involontaires de tyrannie ?. » C’est en 1837, à propos d'un livre de Michelet, qu'Ozanam écrivait ces lignes. Il y circule un parfum de 1830, du temps où l'on voyait des royautés succomber, d’autres péricliter ; il y flotte, aussi, un souvenir de cette année 1832 durant laquelle les jeunes catholiques, dociles au geste d’Ozanam, insurgèrent leur foi chrétienne, en pleine Sorbonne, contre la royauté du talent. L'époque était propice à tous les genres de ripostes : les peuples ripostaient à l'oppression tentée par la Sainte-Alliance ; les croyants ripostaient à l’oppression tentée par certains savants.

Ce fut au pied des chaires de l'incroyance que s’ébaucha le groupement de jeunes gens auquel aspiraient les vœux d'Ozanam, groupement de défensive, et d’offensive, et d’émancipation. L'on se retrouvait pour se prêter réciproquement main forte, et pour prêter, tous ensemble, main forte à la foi. Des bruits de chaines secouées traversaient l'atmosphère de l'Europe ; les catholiques aussi prendraient leur part du concert. Montalembert allait secouer celles du monopole universitaire; Ozanam allait, lui, s'attaquer à d’autres chaînes, à celles qu'une certaine

1. LAMARTINE, Cours familier de littérature, III, p. 388-389 (Entretien xvu), (Paris, 1857.) 2. OzanaM, Mélanges, II, p. 368.

science, doctorale et brillante, prétendait imposer aux jeunes consciences. Il écrivait dès le 10 février 1832 : « Chaque fois qu’un professeur rationaliste élève la voix contre la révélation, des voix catholiques s’élèvent pour répondre. Nous sommes unis plusieurs dans ce but. Déjà deux fois j'ai pris ma part de ce noble labeur en adressant mes objections écrites à ces messieurs’. »

Assez nombreux, ce semble, étaient les cours où cette jeunesse se portait. Au Collège de France, on allait entendre Lerminier, qui professait les législations comparées”; ou bien l’on écoutait Ampère « justifier par une brillante théorie géologique l’antique récit de la Genèse »°. A la Sorbonne, un peu plus tard, on s’assit près de la chaire de Michelet; on épiait sur ses lèvres « un sentiment qui ressemblait à l'esprit de retour vers les doctrines chrétiennes »; on lui savait gré de ne pas se faire gloire de son incroyance ; on avouait ne pouvoir contempler sans émotion son front que le travail sillonnait de rides prématurées, ses cheveux blanchis avant l’âge; et l'on pleurait « bien des larmes » tandis que sa « parole chaleureuse » redisait la vie et la mort de Jeanne d'Arc.

Deux cours où l’on faisait bonne garde, et où l'on agissait, étaient ceux de Letronne et de Jouffroy. Une première fois, Letronne avait traité la papauté d’« institution passagère, née sous Charlemagne, mourante aujourd’hui » ; une seconde fois, 1l avait accusé le clergé d’avoir constamment favorisé le despotisme. Certains gestes de tête, fort expressifs, par lesquels Ozanam repoussait les allégations du professeur, furent surpris par un autre étudiant catholique, qui ne le connaissait pas encore; il s'appelait Lallier, et son nom devait s'inscrire, à côté de celui d’Ozanam, dans l'histoire des conférences de Saint-Vincent de Paul. Les jeunes catholiques ripostèrent

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