Ami de la religion, 15 mars 1854, p. 330. l
2. Ami de la religion, 20 mars 1834, p. 367. Voir sur Elie de Kertangui, CHARLES SAINTE-Fo1, Souvenirs de jeunesse, éd. Latreille, p. 78-81 (Paris, Perrin, 1911).
3. Cité dans l'Ami de la religion, 10 mai 1834, p. 67. L'Univers religieux du 7 mai 1834 publia un résumé et une réfutation de la lecon de Lerminier contre la théocratie catholique : les deux plumes d’Ozanam et de Lallier avaient collaboré pour ce travail.
rifiait saint Ambroise devant Théodose; il faisait comprendre la portée du sacre, contrat établi par l'Église, « au pied des autels, entre deux parties libres, le peuple et Le roi ». Se tournant vers l’autre confession chrétienne, il saluait, en elle, l’alhiée véritable des rois absolus, Wasa, Henri VIII, Élisabeth: et passant en revue les Bourbons, il constatait que le peuple catholique de Paris s'était défié de la conversion d'Henri IV, que Louis XV avait eu Voltaire pour gentilhomme, que Louis XVI avait signé la Constitution civile du clergé, document schismatique. Puis il montrait l'Eglise favorisant le génie dans la science, dans l’art et dans l’action. « Que l’on ne se prévale pas des découvertes de l'intelligence, concluait-il en substance, et que l’on n’espère pas dépasser le christianisme. Jésus-Christ, comme Colomb, a découvert un nouveau monde intellectuel, les découvertes que l’on pourrait faire n'aboutiraient qu'à décrire quelques petites iles, circonvoisines du monde révélé. » Puis lorsque Ozanam eut parlé, Kertangui, cherchant à Lamennais des excuses, vint lire une lettre où celui-ci se déclarait fort tranquille sur les suites que pourrait avoir, relativement à Rome, la publication des Paroles d'un croyant, et se proclamait « soumis en religion, et libre sur tout le reste » ‘.
Il y avait, parmi les assistants, un jeune légitimiste passionné, et sans doute extrêmement chatouilleux, qui s'appelait Cartier. D'après des souvenirs qu'il avouait déjà n'être plus récents, il envoya à l'Ami de la religion un résumé critique du discours d'Ozanam, résumé qu'il présentait lui-même comme incomplet. Un des collaborateurs ecclésiastiques de l’Ami trouva dans cette communication la matière d’un long article. Ozanam y était accusé d’avoir émis des « assertions hasardées, bizarres, fausses », d’avoir calomnié la monarchie, injurié Louis XVI, affirmé que « l’appui du royalisme était sali »; on lui imputait, aussi, d’avoir qualifié Lamennais de génie-démon.
1. La lettre fut publiée dans l’Ami de la religion, 7 juin 1834, p. 271. ù
Puis l’article relatait, d’une facon incomplète, l’intervention de Kertangui, et concluait : « Tous ces détails nous ont paru assez piquanis dans les conjonctures présentes ; ils montreront à quel point de jeunes esprits se laissent prévenir en faveur de théories et de systèmes dont il faut espérer que la réflexion et l'expérience les détacheront peu à peu”, »
Lorsque parut le numéro de l’Ami, le plus ennuyé fut Cartier. Jamais il n'avait pensé que ses indiscrétions pussent susciter contre Ozanam trois pages aussi agressives; il écrivit à celui-ci pour se confesser et s’excuser. La réponse d'Ozanam fut un modèle de cordialité et de généreuse dignité. Il la faut citer toute entière.
Monsieur,
Je vous remercie de la loyale conduite que vous avez tenue à mon égard, en me prévenant de l’article inséré contre moi dans l’Ami de la réligion. L'imprudence que vous pouviez avoir commise est plus que réparée par l’aveu amical que vous m'en faites.
Nous sommes jeunes, Monsieur, et comme tels nous sommes tous capables de pareilles fautes, mais nous sommes chrétiens aussi, et si comme tels nous nous devons le pardon des injures, à plus forte raison nous devons-nous l'oubli d’un manquement involontaire.
Ainsi je vous promets de ne point parler à la conférence de cette affaire qui me peine vivement, ou si, par quelque motif je me vois obligé d'en parler, je vous promets de le faire de manière à ce que rien ne puisse blesser votre délicatesse. Votre démarche envers moi mérite de ma part reconnaissauce, elle vous assure mon estime, elle me fait désirer votre amitié.
Je suis faché de ne pouvoir pas donner communication de votre lettre à M. de Kertanguy avec qui je n'ai d’autres rapports que ceux de la conférence; je me ferai d’ailleurs un plaisir de lui expliquer tout à votre honneur samedi prochain.
Je comprends enfin que des motifs sacrés puissent vous empêcher de témoigner votre mécontentement à M. l’ecclésiastique, auteur de l’article en question. Je vous prie en retour de lui transmettre la lettre ci-incluse, dans laquelle il ne trouvera rien d’offensant, mais un appel à sa bienveillance et à sa justice. J'espère que vous voudrez bien lui faire parvenir cette lettre, j'y tiens expressément.
Il pourra se faire, Monsieur, que nous ne partagions point les mêmes doctrines politiques; toujours nous serons d’accord sur les