QUE À D
geaient et le poursuivaient. Il bénissait de telles circons-
tances qui prouvaient qu'on voulait autour de lui faire les
affaires de Dieu, et d'autre part il les écartait, ne pouvant suffire à toutes.
Comme en 1835 son ami le jeune poète Gustave de La Noue lui proposait la vice-présidence d’une société dont le but était de glorifier la religion par les arts et de régénérer les arts par la religion, Ozanam, tout en s’exaltant pour ce rêve, déclinait, faute de temps et de forces, l'honneur d’y être directement associé, et invitait La Noue à réfléchir mürement, de crainte que l’œuvre ne manquät*'. Il paraissait en 1835 avoir moins d'entrain pour toutes sortes de besognes qu'il n’en avait en 1832. C'est que les conférences de Saint-Vincent de Paul le captivaient avec un certain exclusivisme ; et puis Dieu greffait sur de sourdes souffrances, au fond de l’âme du jeune Ozanam, la fécondité de l’action.
Il y avait des heures où l'incertitude de son avenir lui pesait : ferait-il du droit, ferait-il de l’histoire? Il avait obtenu de son père, à l’automne de 1834, d’ètre renvoyé à Paris pour deux ans, en vue de son doctorat. Mais ensuite, quelle serait sa tâche et quelle serait sa destinée? Il aurait « à gagner sa vie, à travailler pour de l'argent »° : cette nécessité même accroissait sa perplexité. Son âme alors flottait entre toutes sortes de sentiments divers, qui tous confluaient vers le mécontentement de lui-même. Tantôt il se sentait insouciant, paresseux, tantôt il se disait que son devoir était de remplir une place, mais qu'il ne la voyait pas, et que, s’il la voyait, l'énergie lui manquerait pour la remplir. Mais raisonnant avec lui-même, il acheminait son raisonnement vers un bel acte d’abandon à Dieu. « Pauvres gens que nous sommes, s'écriait-il, nous ne savons pas si demain nous serons en vie, et nous voudrions savoir ce que nous ferons dans vingt ans d'ici. Pourvu que l’ouvrier sache à chaque heure du jour la