‹ Ozanam collégien, Ozanam étudiantChapitre 44 sur 51 · Lettres d'Ozanam, 1, p · texte numérisé non relu

Lettres d'Ozanam, 1, p

tâche qui lui est imposée pour l'heure suivante, n’atteindra-t-il pas aussi sûrement au terme de l’œuvre que s’il avait sous les yeux le plan de l’architecte? Si nous savons ce que Dieu veut faire de nous demain, n'est-ce pas assez, et qu'avons-nous besoin de nous soucier de ce qu’il nous commandera dans dix ans? » C’est en ces termes qu’Ozanam, dans une lettre à Falconnet, essayait d’apaiser l’insécurité d'âme que créaient chez son ami les soucis d’avenir et qu'à son tour il éprouvait pour lui-même. Il s’agissait bien, en vérité, de ce qu’on serait dans dix ou dans vingt ans. « Que seras-tu dans quatre-vingts ans d'ici, s'écriait-il, el pendant tous les siècles après? Voilà ce qu'il dépend de toi de déterminer. » Il se retranchait finalement derrière cette reposante observation : « Les plus grands hommes sont ceux qui n’ont jamais fait d'avance le plan de leur destinée, mais qui se sont laissés mener par la main!. »

Si des soucis de sa propre carrière, sa pensée s'élevait aux soucis de son apostolat, il se laissait aller à d’autres affaissements. C’étaient quelquefois des scrupules : le désir de faire le bien, pour lui, ne se confondait-il pas avec le désir d'acquérir la gloire ? Et, d’autres fois, c'étaient des dégoûts, en présence de l’immoralité, de l’égoisme, de l’orgueil des savants, de la « fatuité des gens du monde », de la « crapule du peuple »*; des dégoûts, encore, en présence du manque de charité qu’il constatait dans les disputes religieuses, et des convoitises accapareuses dont il voyait les partis politiques entourer la jeunesse. Cela le rendait sombre et grave comme un homme de quarante ans, et il lui arrivait de dire que, s’il ne s’agissait que de son bien-être, il préférerait cent fois n'être jamais sorti de son trou. Mais il se secouait en songeant à l'Évangile, qui ordonne de se dévouer; en réfléchissant que « la Providence l’éprouvait; que si elle lui faisait connaître le monde, c'était pour qu'ensuite il s’y rendit plus

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