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Lettres d'Ozanam, I, p

quelques années plus tard, qu’il devait reprendre son apostolat auprès des étudiants. Survenant à Paris en un moment où l’on ne voyait presque plus de jeunes gens dans les églises, Ozanam, en peu de temps, avait en partie modifié la physionomie morale du vieux quartier latin. De cette modification, nous avons un témoin contemporain, c'est Sainte-Beuve en personne. Après avoir dit adieu au rationalisme du Globe, puis au saint-simonisme, Sainte- Beuve, en 1833 et 1834, éprouvait d’ardentes sympathies, plus littéraires d’ailleurs que morales ‘, pour la religion catholique ; et son roman Volupté était même salué par quelques-uns, par Falconnet*, par Hippolyte de La Morvonnais*, comme une œuvre d’apologétique spiritualiste et de mystique chrétienne. Or à cette époque, au moment même où l’auteur de Rolla, interpellant Voltaire, lui demandait s’il dormait content, Sainte-Beuve, en deux articles, notait le renouveau catholique dont il était le spectateur, et dont certains enthousiastes le considéraient lui-même comme un artisan.

En 1833, félicitant le jeune du Clézieu, auteur d'une ode à Lamennais, d'avoir de bonne pas cherché le port dans l'antique croyance », il ajoutait :

C'est un spectacle assurément mémorable, au milieu de tant de scepticisme et de tant d'écarts dont on est entouré, que de voir comment l'élite de ces vierges et vertueux esprits ne diminue pas, comment elle se recrute et se perpétue, conservant pour ainsi dire dans toute sa pureté le trésor moral. Quelles que soient les formes sous lesquelles doive se reconstituer (nous l’espérons) l'esprit religieux et chrétien dans la société, cette vertu avancée de quelques jeunes cœurs, cette foi et cette modestie tenue en réserve, aideront puissamment au jour de l’effusion*.

Quelques mois plus tard, dans la Revue des Deux Mon-

1. D'HAUSSONVILLE, À. de Sainte-Beuve, sa vie et ses œuvres, p. 67-68 (Paris, Lévy, 1895). MicaaurT, Sainte-Beuve avant les lundis, p. 188 et suiv. (Paris, Fontemoing, 1903).

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