Voir Univers religieux, 17 janvier
4. Reproduit dans l’Univers,13 février 1834. Nous avons, en collaboration avec M. Victor Bucaille, réimprimé une partie de cet article dans la Revue Montalembert du 25 mai 1912, p. 329-342.
manité. « Peut-être parmi ces idées, expliquait-il, se rencontrera-t-il quelque heureux pressentiment que d’autres plus favorisés devront poursuivre un jour. On dit que des jeux d’enfants réveillèrent dans Huygens et Newton le génie des découvertes; ce furent quelques rameaux flottants et des oiseaux dans l'air qui annoncèrent à Christophe Colomb la découverte du nouveau monde. » Le jeune adversaire des vertiges romantiques n’eut pas le temps de donner suite au projet qu'annonçait cet article. D'autres idées le hantaient, d’autres sollicitations l'obsédaient; très riche d’idées, il les semait, les laissant mürir au gré des âmes, au gré de Dieu.
Avant qu'il n’eût pu mener à terme ses études sur la poésie et le catholicisme, la Revue Européenne, en 1855, invoquait pour une autre besogne la plume d'Ozanam. Cette revue venait de traverser une crise; elle se réessayait à vivre; et c’est à Ozanam que l’on s’adressait pour l'article qui devait inaugurer la série nouvelle‘. Il l'intitula : Le Progrès par le christianisme. À côté d’une page sur la jouissance de la propriété, qui déjà fait pressentir les théories sociales du penseur catholique*, Ozanam dessine, dans cet article, toute une philosophie de l’histoire universelle. Il faut citer le passage où l’on voit les connaissances de foi introduites par le jeune historien dans le domaine même de la connaissance historique, pour l’exploiter et la féconder.
On verrait le christianisme, écrit Ozanam, préparer la voie que le genre humain doit parcourir et y placer trois radieuses images de la perfection dont l'aspect triplera son courage et ses forces : à l'entrée, le souvenir de l'innocence primitive ; à la fin, la vision prophétique de la glorification future ; au milieu, la figure sacrée du Christ, réunissant, dans sa personne, la nature humaine à la nature divine. On verrait le genre humain se diviser en deux parties et l’une des deux abandonner l'autorité de la tradition véritable et s’aller perdre dans une dégradation toujours croissante, marche rétrograde dont le paganisme offre l'exemple dans les temps antiques, l’hérésie dans les temps modernes, le rationalisme dans les
1. OZANAM, Vie de Frédéric Ozanam, p. 229-230. 2. OZzANAM, Mélanges, 1, p. 1a1.
uns et dans les autres. On verrait la partie fidèle de l'humanité s'avancer sous l'œil de Dieu, passer de la forme patriarcale à la forme de peuple, et de celle-ci à la forme universelle ou catholique : dans ce dernier état, on verrait enfin l'humanité chrétienne, grandissant encore, traverser successivement l'ère de la foi, qui est celle des martyrs et des Pères, l'ère de l'espérance, qui embrasse les temps laborieux du moyen âge, et l’ère de la charité, qui commence au siècle de sainte Thérèse, de saint Charles Borromée et de saint François de Sales, arrive jusqu’à nous et doit se prolonger jusqu’à la réalisation complète de la loi évangélique dans l'état social : époque où la cité de la terre se transfigurera pour devenir la cité de Dieu‘.
Quelques mois se passaient; et durant ses vacances lyonnaises de 1836, avant de retourner à Paris, Ozanam montait deux fois à Fourvières pour prier devant l'autel de saint Thomas Becket en vue de l'essai qu'il préparait sur deux chanceliers, Thomas Becket et Bacon*.
Ainsi coupait-il court à ses malaises, par [a préparation de quelque besogne nouvelle. C'était l’époque où beaucoup de jeunes gens avaient du vague à l’âme. Dieu et le travail arrachaient Ozanam à la morbide obsession du vague ; et les souffrances mêmes, qui lui semblaient paralyser son action, avaient l'évidente vertu de parachever sa vie intérieure et de le pousser à vouloir le progrès de son âme : c’est dans une de ces minutes fécondes qu'il se reprochait de n'avoir pas porté assez avant dans son cœur la pensée du monde invisible, du monde réel ; et d'avoir trop exclusivement considéré le christianisme comme « une sphère d'idées, une sphère de culte, et pas assez comme une sphère de moralité, d'intentions, d’aetions *». A l'issue de ces heures de tourments intérieurs, retentissait encore l'appel des conférences Saint-Vincent de Paul, réalisation par excellence de ce christianisme pratique dont cet intellectuel avait soif.
= © * * L'année 1837 l’éloigna de Paris ; c’est comme professeur,