Abeille, VI, p
2. Lettres d'Alphonse d'Herbelot à Charles de Montalembert et à Léon Cornudet (1828-1830), p. 170, Paris, Picard, 1908.
tact avec la culture religieuse des diverses époques et des diverses latitudes avait brouillé d'Herbelot avec la notion même d’une vérité absolue et l’avait plutôt acheminé vers l'ignorance de l’au-delà que vers le sanctuaire.
Je crois, écrivait-il, que le christianisme est la foi la plus pure quiait paru dans le monde, et la meilleure, par conséquent, mais qu’en général toutes les religions sont des dons et des inspirations de Dieu, proportionnées aux différents degrés de civilisation qui les reçoivent, et qu'ainsi chacune a sa vérité, sa convenance, puisqu’elle vient d’en haut. Je croirais assez que la plupart des dogmes ne sont que des symboles de certaines vérités qui se retrouvent dans tous les cultes avec plus ou moins de lumières et de clartés, selon l’état intellectuel des divers croyants !.
Confrontons avec cette conclusion sceptique les certitudes que glorifie Ozanam; de leurs façons différentes d'interroger l'horizon religieux de l'humanité, Ozanam et d’Herbelot ont déduit des réponses différentes. Les conclusions d’Alphonse d’Herbelot demeuraient ermprisonnées dans le secret de ses lettres; celles d’'Ozanam s’en furent trouver tous les lecteurs de l’Abeille et retinrent peut-être quelques-uns d’entre eux sur la pente où glissaient les esprits comme d'Herbelot.
Ozanam concluait en ces termes :
Heureux d’être nés dans le sein de l'Eglise, d’avoir été nourris de ses enseignements, jeunes gens, soyons-lui fidèles, et, éclairés par le flambeau de la philosophie et de la religion, formons une belle génération de vrais Français, de vrais sages, de vrais chré-
À 8 ) ges; tiens ?.
Il n'avait remué tant de vieux livres, frôlé par son érudition précoce le seuil de tant de sanctuaires, que pour recommander à ses jeunes lecteurs cette bonne résolution. Remarquez-y les deux mots, philosophie et religion, juxtaposés avec une sorte de ferveur; le culte d'Ozanam pour la philosophie était alors si profond, j'allais dire si dévot, qu’il écrivait dans un autre article de l'Abeille : « Ce n’est pas seulement dans l’étude de l’esprit humain que les philosophes se sont couverts de gloire.